Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin


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sujet d’étude du mois étant « le phénomène humain », j’ai choisi le chapitre II de la quatrième partie du livre « la survie ». Cet épisode est intitulé « au-delà du collectif : l’Hyper-personnel ». Il va des pages 282 à 298 dans l’édition du Seuil.


Pourquoi cette partie ? parce que le néophyte en science que je suis, , (et j’ai peur que la majorité des personnes que nous tentons de convaincre d’étudier l’œuvre de Teilhard de Chardin soient dans le même cas que moi) après la lecture de « l’étoffe de l’univers », « le déploiement de la noosphère », « l’issue collective » etc. …. se sent de plus en plus petit et noyé dans ce collectif et se croit parfaitement incapable de faire quoi que ce soit pour accélérer le processus de prise de conscience planétaire. Lorsque l’individu n’est ni chercheur, ni inventeur, lorsque sa profession l’a simplement amené à réaliser des tâches indispensables, certes, à l’organisation de la communauté humaine mais dépourvues de toute fonction novatrice (j’étais expert comptable), il peut avoir vite le sentiment que son passage sur terre n’a servi à rien au niveau de l’élévation de la conscience collective, et, il n’y a rien de plus déprimant. Hors, cet extrait du « phénomène humain » va nous démontrer le contraire.


Dès le sous-titre du chapitre on aborde ce problème essentiel : « une impression à surmonter : le Découragement ».

« même surmontées les difficultés intellectuelles de l’esprit à concevoir le Collectif et à voir dans l’Espace-Temps, une autre forme d’hésitation demeure, peut-être plus grave, liée à l’aspect incohérent présenté actuellement par le Monde humain. »

Là, j’ouvrirai une parenthèse pour citer Peter Sloterdijk, «Nous sommes devenus des marins électroniques capables de faire venir le monde à nous sur nos écrans. Nous sommes entrés dans l'âge de la globalisation accomplie: nous englobons le monde. »
Dès la page 286, Teilhard fait le bilan de l’état intellectuel actuel de l’humanité quand à la conscience qu’elle a des individualités.

« A l’inverse des primitifs qui donnent un visage à tout ce qui bouge, ……….. l’Homme moderne est obsédé par le besoin de dépersonnaliser (ou d’impersonnaliser) ce qu’il admire le plus. Deux raisons à cette tendance. La première est l’analyse, - ce merveilleux instrument de recherche scientifique, auquel nous devons tous nos progrès, mais qui, de synthèse en synthèse dénouées, laisse échapper l’une après l’autre toutes les âmes, et finit par nous laisser en présence d’une pile de rouages démontés et de particules évanescentes. – Et la seconde est la découverte du monde sidéral, objet tellement vaste que toute proportion paraît abolie entre notre être et les dimensions du Cosmos autour de nous. – Capable de réussir et de couvrir à la fois cet Infime et cet Immense, une seule réalité semble subsister : l’Energie, entité flottante universelle, d’où tout émerge et où tout retombe, comme dans un Océan. ………. Sous l’influence de ces impressions, on dirait que nous ayons perdu, avec l’estime de la personne, le sens même de sa véritable nature. Etre centré sur soi, pouvoir dire « je », finissons-nous par admettre, est le privilège (ou plutôt la tare) de l’élément, dans la mesure où celui-ci, se fermant au reste, parvient à se constituer aux antipodes du Tout . Suivant la direction inverse, tirant vers le Collectif et l’Universel, dans le sens c’est-à-dire de ce qui est le plus réel et le plus durable au Monde, l’ego, pensons-nous, décroît et s’annule. Personnalité, propriété spécifiquement corpusculaire et éphémère, - prison dont il faut chercher à s’évader ……»

Autrement dit, la civilisation actuelle verrait d’un mauvais œil le phénomène d’individuation cher à Jung ? « L'individuation n'a d'autre but que de libérer le Soi, d'une part des fausses enveloppes de la persona, et d'autre part de la force suggestive des images inconscientes. » extrait de : Dialectique du Moi et de l'Inconscient, Carl Gustav Jung.

Teilhard va nous rappeler, page 288, que « ne vivons nous pas à chaque instant l’expérience d’un Univers dont l’Immensité, par le jeu de nos sens et de notre raison, se ramasse de plus en plus simplement en chacun de nous » quelle plus belle image peut-on donner de l’être humain ? un univers concentré dans les quelques décimètres cubes que représente le corps de l’homme.

Plus loin, « loin de s’exclure, Universel et Personnel (c’est à dire « centré ») croissent dans le même sens et culminent l’un dans l’autre en même temps. » voilà donc l’individu, vous, moi, devenu acteur au sein de la Noosphère, acteur indispensable, essentiel !.

La conclusion de ce chapitre : « Erreur, donc, de chercher du côté de l’Impersonnel les prolongements de notre être et de la Noosphère. L’Universel Futur ne saurait être que de l’hyper personnel, - dans le point Oméga. »

Voilà que quoi « motiver les troupes » si vous me pardonnez cette expression. Il suffit de leur prouver que rien ne se fera sans la participation de chacun. D’où l’intérêt d’œuvrer chacun selon ses possibilités c’est à dire selon le temps que lui laissent les fonctions sociales (obligation de gérer la vie humaine sur la terre) et familiales (nécessité d’une procréation pour faire perdurer la fonction humaine), mais aussi en fonction de la formation que lui ont donné ses géniteurs heureusement différente pour chacun. C’est de la richesse de nos différences que la Noosphère peut se nourrir.

Il me semble essentiel si nous voulons que la pensée de TDC se diffuse dans toutes les couches de notre société et ne reste pas confinée dans le milieu scientifique, que cette notion d’hyper personnel croissant dans le même sens que l’universel soit comprise et intégrée dans l’étude de l’œuvre.

Sinon, l’amplitude des idées de TDC ajoutée à la complexité de son propos pour les non scientifiques empêchera l’intégration au sein des groupes de travail d’individus issus de milieux culturels divers. Personnellement, je souhaiterai diffuser les écrits de TDC auprès des ouvriers, des artistes bref de tous ceux qui ne sont pas la cible essentielle des scientifiques. Car sans eux la Noosphère sera appauvrie. Bien sûr elle ne nous attend pas pour s’enrichir mais si le souvenir de TDC perdure depuis plus de cinquante ans c’est que la diffusion de son message est longue et difficile. Puissions nous être les propulseurs de sa vulgarisation non pas pour la galvauder mais pour l’amplifier.




Lundi 3 Décembre 2007 17:36


Teilhard affirme dès le prologue, qu'il intitule "Voir", que l'homme n'est pas, comme il le croyait, le centre du monde, mais plutôt l'axe et la flèche de son évolution. Pour arriver à cette manière de voir les choses et à situer sa propre place, l'homme a dû acquérir peu à peu, toute une série de "sens", depuis la découverte de l'immensité spatiale, jusqu'à celle de l'unité structurelle de l'univers, "le sens de l'organique".

Dans un premier temps, Teilhard s'intéresse à "l'étoffe de l'univers". Le résultat ultimedes analyses toujours plus poussées de la science ainsi qu'à la matière qui en est le fondement.

Sans écrire tout de suite le mot, il évoque les atomes qui constituent cette matière et forment "un substrat vertignneux par le nombre et la petitesse" de ses éléments fondamentaux. Ce qui le frappe, c'est la similitude de ces éléments, l'unité, que présente leur assemblage et l'énergie qui assure leur cohésion.

"Pluralité, unité, énergie, les 3 faces de la matière".

Teilhard conclut ainsi son analyse : "Si les choses tiennent et se tiennent, ce n'est qu'à force de complexité vers le haut". Malgré le nombre vertigineux des éléments constitutifs, cette matière forme un tout qu'il qualifie de "matière totale". Tissée d'une seule pièce, l'étoffe de l'univers forme structurellement un tout. "Chaque atome est coextensif à l'espace dans lequel on le situe, comme cet espace est l'univers, chaque atome a pour volume le volume de l'univers; il n'est plus le monde microscopique et clos que nous imaginions".

Cette matière évolue, en obéissant à la grande loi de "complexification" ainsi qu'aux 2 principes fondamentaux, de la thermodynamique. Après s'être étendu sur ces 2 principes, Teilhard termine sa réflexion sur l'Etoffe de l'Univers par une question : "La science s'est-elle jamais donné la peine jusqu'ici de regarder le monde autrement que par le "dehors des choses "?
Chemin faisant, j'ai fait 2 rapprochements entre 2 phrases et certains aspects de la physique moderne :
- A l'Etoffe de l'univers forme actuellement un tout" j'associe les conclusions que tirent certains physiciens des expériences d'Alain Aspect : "il existe dans le monde macroscopique une interaction d'une toute autre nature,que celle que décrit la physique que nous connaissons."

-A "chaque atome a pour volume le volume de l'univers" j'associe une hypothèse de la mécanique quantique qui attribue à chaque élément, non pas une position bien précise, mais une probabilité d'occuper cette position.
Vendredi 30 Novembre 2007 18:19

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