Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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chapitre 8, seconde partie


A.M. Tisserand / Confluence des religions
EN ILLUSTRATION : chef d'oeuvre signé par le photographe italien Giuseppe Peppoloni, ruines de l' Abbaye de Saint Galgano,Italie - Sienne .
Je remercie Liberty Peralta, ami de longue date, de m'avoir transmis ce cliché de la confluence "Esprit et Matière" et du travail des Hommes.





« Les religions sont des fleuves et l’océan dans lequel elles confluent c’est le silence » (Köan zen). Les premiers kōan furent rédigés dès le IXe siècle, la plupart des kōan ont été compilés aux XIe et XIIe siècles de notre ère.Ils se comptent par centaines, et sont les témoins de plusieurs siècles de transmission du bouddhisme chan en Chine et bouddhisme zen au Japon… pas étonnant que Teilhard, qui a longtemps vécu en Chine, utilise la métaphore «confluence»
Toutefois, pour Teilhard les perspectives sont RELATIVEMENToptimistes : (p. 150) "Sur le grand fleuve humain, les trois grands courants religieux que j’ai décrits s’opposent encore, mais à certains signes incontestables, on peut dire qu’ils tentent à se rapprocher ; mais pour que cela se produise, il faudrait que prospère la notion de Christ Universel."


....« confluence des religions » ... rêve impossible ? Improbable réalité humaine ou Vérité transhistorique sur l'axe compris entre chacun des deux points extrêmes du temps ?

-La Vérité serait transhistorique, toujours parée d’un voile mystérieux malgré la puissante montée de conscience de l’Homme.
-La réalité, elle, est quotidienne, historique, chaotique, changeante et parfois extravagante.

La réalité peut-elle être ajustée à la Vérité ? La Vérité doit-elle être réduite à la réalité sous prétexte de l’accommoder aux « progrès » ? Or les notions de progrès selon Teilhard et selon l'air du temps divergent à bien des égards.

A toutes les lourdes questions soulevées par ce chapitre, une seule réponse m’est possible : LE SILENCE, celui du dépouillement des idées reçues, des certitudes, des élucubrations tous azimuts, qui ne semblent engendrer que des « recettes » transitoires, plus ou moins « cuisinables ».

-Page 139 "Le phénomène religieux n’est rien moins que la réaction à l’univers de la conscience et de l’action humaine et collective en voie de développement.
La religion est attachée et coextensive, non à l’individu mais à l’humanité."

Aussi, la religion ne peut pas être réduite à la peur de la mort . Tout le monde a plus ou moins peur de la mort et cela est un réflexe salutaire d’instinct de vie. Les grands mystiques ont presque tous eu des moments de doute, de vide, d’absence de l’Autre. Teilhard, nous le savons, n’était pas exempt de déprime passagère. Réalise-t-on que sans ce sentiment de solitude, d’incomplétude, pas de sursaut, pas d’avancée ? Le doute ne mène pas forcément au suicide ; il peut conduire à des actes de courage, d’autonomie, de sainte colère : exactement ce que demande le Christ.

- Quant à l'athéisme ("religion" par mi d'autres) qui se réfugie vers la foi dans l’Homme seulement … pari souvent hasardeux, non ?.

- Si on se dit chrétien, on ne peut pas restreindre le Christ au statut d’un « super homme » et, partant de là, bricoler les fondamentaux de la foi chrétienne. Mais je me dois de nuancer, ne serait-ce qu'en vertu de ce que déclare Jésus : "Qui n'est pas contre nous est pour nous" (Marc IX-38)
P. 149 Teilhard écrit : "Maintenant je reconnais que la notion de Christ universel ne me sauvera qu’en faisant corps avec l’univers ; et ce sont du même coup mes aspirations panthéistes les plus profondes qui se trouvent satisfaites ; tout le monde autour de moi devient divin et pan-christique."

Cela dit, oui, les dogmes devraient être reformulés dans leurs énoncés à la lumière d’un Teilhard (par exemple), des avancées scientifiques, mais sans toucher au sens de ces dogmes. Cette démarche est certes délicate et difficile mais il faut la faire. Le résultat sera-t-il accessible à des enfants jeunes ou « vieux » ou sera-t-il ramené au plus petit dénominateur commun ?
Les dogmes ? Des kernes indicateurs de l’itinéraire où sont passés des pèlerins d'un autre âge et qu’ils ont amoncelés, caillou par caillou . Le catholicisme et les religions chrétiennes rassemblés dans l'oecuménisme comptent de nombreux intellectuels qui peuvent venir à bout de cette tâche et ajouter, eux aussi, leur "caillou" ...

Etudier Teilhard ne laisse pas indifférent. Alors voici les impressions à chaud d’une lectrice. Teilhard dépasse de loin une idée molle des ponts entre les religions, c'est-à-dire bien pensante, capillarité du politiquement correct dit moderne et progressif, ravaudé au plus petit dénominateur commun, une fois de plus (ravaudé = rapetassé dans le savoureux langage lyonnais ……. « râpé et tassé » ?).

Page 144 : "Moi, dont toute la sève monte de la matière, mon adhésion à la théologie du chrétien moyen est forcée, conventionnelle, seule la foi en Jésus me rattache au christianisme."
]b L’auteur ne semble guère impliqué dans un consensus passager, mais dans l’Unification finale qu’il conçoit tout au long de son oeuvre. Il n’utilise pas les arguments syncrétiques des mouvements idéologiques. Il est libre, Teilhard et parait très clair avec sa conscience. Cette partie de sa réflexion peut contredire athées ou adeptes du prêt à porter des divers courants de pensée « consacrés »:. Si, là, réside l’opulence complexe de la mosaïque des sensibilités humaines, on ne peut pas dire que Teilhard l’ignorait, en dépit d’une supposée férule éducative et du contexte de son époque démarqués par rapport à aujourd’hui.

Il est vrai que les valeurs de choix personnels de vie sont portées par une épaisse couche palpable et matérielle d’histoires et d’avatars : hérédité familiale ; imprégnation des héritages historiques et culturels, Providence ou hasards, échecs, réussites passagères … mais pas « QUE »

Dans un sens nos frères Juifs ont raison : le Messie est à venir ; à la différence près que, pour les chrétiens, Christ s’ incarne potentiellement en chaque être humain, non seulement sur un plan terrestre mais aussi universel et spirituel. Si le Messie « a planté sa tente parmi nous » (Prologue de Jean) il y a 2000 ans, Il a ré-initialisé en quelque sorte le phylum humain afin que le « Grand Œuvre » devienne parfait.. Charge à nous en tant que co-créateurs de participer à la convergence de la Totalité au Point Omega. D’où l’importance pour Teilhard de ne pas séparer Esprit et matière, de ne pas mépriser l’un par rapport à l’autre.

Teilhard souhaitait que nous le dépassions. Une chose est certaine, il avait une foi "rationnalisée" en la cohérence des forces de vie, il savait bien que nos luttes sont difficiles d’où parfois le sentiment d’être démuni … A cet égard, l’Evangile de Marc VI/30-66 permet de réfléchir : à partir de 5 pains et de 2 poissons que les apôtres récoltèrent PAR EUX MEMES sur l’ordre de leur Maître et, à partir de là seulement, il est écrit que Jésus nourrit en abondance 5000 personnes ! Or, le levain de la pensée de Teilhard est bien davantage que «5 pains et 2 poissons».
Ce passage de l’Evangile symbolise les limites des moyens humains. Si ces ressources de base ne sont pas exploitées le phénomène de la « multiplication » ne sera pas mené à bien. Là réside la nécessaire et vitale question pour l'humanité de la Transformation Créatrice et de la responsabilité de l’Homme selon Teilhard.

L'hypothèse de la confluence des religions est l'un des aspects de la mission globale et il y a de quoi retrousser ses manches .



Jeudi 14 Février 2013 16:35