Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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chapitre 22, L'Avenir de l'Homme, éditions du Seuil
Réflexion proposée pour notre réunion du 27/01/2012


D’après Teilhard, Homme de foi et scientifique, l’évolution est devenue raisonnablement incontestable. Cette évolution depuis le « pas de la réflexion » entraine une irréversible et encore mystérieuse complexité globale que l’on ne peut, faute de l'évaluer exactement, que constater d'après certains phénomènes. La complexité est elle-même supposée générer (par densification et resserrement de la macromolécule qu'est la masse humaine, et enroulement) une centréité de communication, non seulement entre les hommes, mais soutenue et « modélisée » par un « Super-Centre », Omega, le Christ... ou nommez le comme vous voulez si cela vous gêne . En effet, Jésus affirme : «Celui qui n’est pas contre nous est pour nous» (Marc 9.40). ). Cette phrase dite avec autorité par Jésus laisse une importante place à nos expériences d'incomplétude, au delà des certitudes à fleur de peau. J’ai comme l’impression,au travers de nos luttes, modestes ou non, de nos efforts de toutes sortes, que Dieu fera le reste; amorce de confiance, de" lâcher prise" après avoir été opératif jusqu'aux limites de nos possibilités du moment.

De notre part, c’est une question de compréhension de son message d’amour, et de bonne volonté; une question de « oui » ou de "non" individuel, comme seule alternative possible d’après Teilhard. Quand bien même ne pourrions-nous pas faire davantage, là réside l’essentiel . D'ailleurs Teilhard écrit page 355 :
« Les hommes de l’avenir ne formeront plus qu’un, en quelque manière, qu’une seule conscience ; et parce que leur initiation étant terminée, ils auront mesuré la puissance de leurs esprits associés, l’immensité de l’univers et l’étroitesse de leur prison, cette conscience sera véritablement adulte, majeure. Ne peut-on pas imaginer qu’à ce moment se posera pour la première fois, dans une option finale, un acte vraiment et totalement humain, -le OUI ou le NON en face de Dieu, proféré individuellement par des êtres en chacun des quels se sera pleinement épanoui le sentiment de la liberté et de la responsabilité humaine ? »


Devant une telle logique corroborée par la foi (et malheureusement pas toujours l’inverse) qu’avons-nous à craindre au sujet de l’avenir de l’homme. ? Une métamorphose, comme la chrysalide de papillon ? L’Energie et la Présence de l’esprit divin seraient-elles si faibles et imbéciles, voire perverses, qu’elles ne puissent être victorieuses de nos limites et de nos réticences ? Cette victoire finale n’était-elle pas inscrite et programmée, dès les origines, d’après Teilhard, et d’après les Ecritures lues « selon l' esprit », et non pas au pied de la lettre (c’est peut-être à partir de ce point que se résorbera un jour le malentendu créationnistes/évolutionnistes) ; cela au cœur même de la matière que les chercheurs commencent à détecter, confrontés qu’ils sont à la fuyante « incomplétude » . ?

Or, nous pouvons avoir les cartes en main par le jeu combiné de la raison et de la foi. Après tout, cet enjeu pour aléatoire qu’il paraisse à certains, est plus rationnel que ceux proposés par la florissante Française des Jeux.

Ce constat d’incomplétude, débusqué par la physique quantique, d’une part et, d’autre part, par les théologiens et les mystiques depuis fort longtemps, a des répercussions possibles dans tous les domaines. Il a été magistralement et de manière accessible présenté par le Père Magnin, Recteur de la Faculté Catholique de Lyon, Théologien et physicien, à l’occasion de la parution de son livre "L'EXPERIENCE DE L'INCOMPLETUDE /Le Scientifique et le Théologien en Quête d'Origine" le 16 janvier dernier à la Faculté Catholique de Lyon . Toujours dans le même cadre, à l'expérience d'incomplétude, il convient d'ajouter deux autres facteurs dans l'observation actuelle des tréfonds de la matière : la "non localisation" (1) et la "non séparabilité" . Puisse notre regard chrétien s'adapter à ces trois indications scientifiques.

Et, justement, je me dis que sans ce sentiment d' incomplétude, nous ne chercherions pas aveuglément l’amour sous quelque forme ou objet que ce soit. Or, c’est précisément « l’amorisation » qui, d’après Teilhard, totalisera
« naturellement » l’humanité dans sa quintessence la plus précieuse, lors de sa convergence ultime -et inévitable- vers le « Point Omega ».


(1) Références wikipedia
Nicolas de Cues rompt avec la distinction aristotélicienne entre les mondes supra-lunaire et sub-lunaire, en appliquant à la « machine du monde » l'image de la sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part . Cette image, dont l'origine remonte aux écrits hermétiques (Livre des XXIV philosophes, prop. II), reçut son expression classique à la fin du XIIe, en particulier chez Alain de Lille, dans ses Règles de Théologie, où elle était appliquée exclusivement à Dieu. Nicolas de Cues accepte cette image symbolique, qu'il applique d'ailleurs aussi à Dieu ; son originalité est de l'utiliser aussi à propos de l'univers, quitte à bouleverser la cosmologie traditionnelle et faire le premier pas menant à la révolution copernicienne. Comme l'univers est indéfiniment grand, la terre ne peut plus en être le centre, écrit-il explicitement au chapitre 11 du livre II de la Docte ignorance (n. 157). Et comme tous les astres, elle n'est pas fixe mais en mouvement. Sans être à proprement parler infini, l'univers est sans limite finie, indéfini ou « indéterminé » (sans terme assignable).

Dimanche 22 Janvier 2012 15:57