Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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chapitre 6 COMMENT JE CROIS, Editions du Seuil (livre de poche)
Réflexion proposée par notre président pour octobre 2012


Plusieurs Eglises chrétiennes, mais pas toutes, reconnaissent que la Transsubstantiation est Présence Réelle de Dieu qui épouse la matière sous les apparences du pain et du vin, « fruit de la terre et du travail des hommes » , expression qui porte en elle les fruits murs à point de la Transformation Créatrice .

Constat : on n’est quand même pas loin d’une sorte de panthéisme; sans parler du tabou ancestral du cannibalisme ; ce serait un autre sujet….. encore que ! « Manger Dieu » : ineptie, blasphème selon les uns et les autres ! Mais ne serait-ce pas plutôt Dieu Tout Puissant, par le "Pontificat" du Christ qui, en se laissant absorber, nous assimilerait par interactions d’où Lui et sa création sortiraient vainqueurs; à condition d’un acte conscient et volontaire de notre part ?

Tel est l’état d’esprit dans lequel j’ai abordé cet épineux sujet puisqu’il exposa Teilhard à tant d’incompréhension.
Avant de suivre la pensée de Teilhard et pour mieux la situer peut-être, voyons successivement

(1) Définition officielle du panthéisme,
(2) Position de l’Eglise hier et aujourd’hui
(3)Panthéisme et religion
(4) Permanence du panthéisme originel dans les temps modernes
(5) Transposition chrétienne et moderne du panthéisme
(6) Conclusions

(1) DEFINITION (Wikipedia)

Du grec pan, tous et theos dieux.
Le panthéisme est une doctrine philosophique et métaphysique qui identifie Dieu au monde, à l'univers. Dieu, ou des dieux, existeraient dans tout, dans la nature même des choses et des êtres vivants. On dit alors que Dieu est immanent par opposition au Dieu transcendant et personnel des grandes religions monothéistes.

Mais le terme "panthéisme" est plus souvent désigné par un comportement ou un état d'esprit visant à diviniser la nature. Ces doctrines prennent des formes religieuses en Inde et plus philosophiques en Occident avec les stoïciens et Plotin. Spinoza en a construit une théorie logique conduisant à un Dieu impersonnel : "Dieu, c'est-à-dire la nature". Fichte, Schelling, Haeckel... étaient panthéistes.

(2) POSITIONS DE L’EGLISE HIER et AUJOURD’HUI

L'Eglise a condamné à plusieurs reprises les contrevérités par rapport à ses dogmes, sous jacentes à certains panthéismes, considérés comme hérésie idolâtre.
-Giordano Bruno fut brûlé vif par l’inquisition en 1600 à Rome.
-Au milieu du XVIIe s. Spinoza fut excommunié.
-Pie IX (1792 1878) a blâmé les erreurs du panthéisme où Dieu n’a ni transcendance, ni personnalité et n’est pas distinct du monde : voir Syllabus de Pie IX + Vatican-1 (1869-1870).
- En Occident le monisme et toute forme de panthéisme ont étés farouchement combattus avec, entre autres, les anathèmes du Vatican jetés sur le dominicain Maître Eckhart au XIVe siècle et, plus proche de nous, sur Teilhard.

-Le Pape Benoît XVI au Synode des évêques pour l’Afrique le 26.juillet .2009 a déclaré :«La fonction du sacerdoce est de consacrer le monde pour qu’il devienne hostie vivante, pour que le monde devienne liturgie : que la liturgie ne soit pas une chose en parallèle à la réalité du monde, mais que le monde même devienne une hostie vivante, qu’il devienne liturgie. C’est aussi la grande vision qu’a eue Teilhard de Chardin panthéiste : à la fin nous aurons une véritable liturgie cosmique, où le cosmos devient une hostie vivante.»

Le « à la fin » de Benoît XVI est très important : il fait subtilement comprendre que le panthéisme teilhardien est dans une perspective chrétienne et ne s’appréhende PAS POUR TOUT DE SUITE. . La « grande vision » de Teilhard, évoquée par le Pape, concerne une évolution en cours vers le futur du cosmos: Parousie, Plérôme (terme grec qui signifie "Plénitude"). Il désigne également le monde céleste, formé par l’ensemble des éons que le gnostique atteindra à la fin de son aventure terrestre. Pour résumer : unité de toute la création en Omega, mais pas avant l’ultime étape du monde créé.

(3) PANTHEISME et RELIGION


Préoccupation du tout et panthéisme originel sont reliés pour Teilhard du fait de la Gestation (Alpha) puis de l’Incarnation (qui aboutit à Omega, suite à la Résurrection)

P 74 "La préoccupation religieuse du tout a ses racines dans le fond le plus secret de notre être,

-PAR NECESSITE INTELLECTUELLE : le Monde intelligible, le Monde vrai, ne saurait être qu’un monde unifié."

P 75- "PAR BESOIN AFFECTIF nous trouvons au fond de nous même le besoin affectif et volontaire de l’union. Nous cherchons désespérément notre complétude."


-PAR IMPRESSION DIRECTE, peut-être de l’univers. Le tout, parfois, se manifeste directement à nous, s’impose presque intuitivement.
On se demande sérieusement s’il n’y aurait pas, dans notre âme, une sorte de conscience cosmique.
Cette conscience de l’universel est-elle une réalité ou seulement la matérialisation d’une attente ?"


P 76 : "S’il est vrai que les racines de la préoccupation du tout sont aussi profondément humaines que je viens de le dire, il ne faut pas s’étonner que le courant panthéiste nous apparaisse aux premières manifestations historiques de la pensée humaine."

P 77 : " LA PREOCCUPATION DU TOUT APPARAIT COMME RELIGIEUSE SOUS L'EXPRESSION LA PLUS PROFANE DE L'AMOUR, SOUS LA CONSTRUCTION LA PLUS FROIDEMENT RAISONNEE DE L'UNIVERS.
Elle est extrêmement ancienne. Elle est de tous les temps."


(4) PERMANENCE DU PANTHEISME DANS LES TEMPS MODERNES

Ne pas manquer de lire et de savourer le passage p. 78 à 81 sur les observations scientifiques (biologiques, physiques…) du schéma structurel des mécanismes du TOUT

-"Le travail (essentiellement moderne) de critique philosophique et d’exploration scientifique qui se poursuit depuis deux ou trois siècles dans tous les domaines du monde, va directement, à magnifier et à solidifier devant nos yeux le bloc de l’Univers par une étonnante convergence de tous ses résultats."


P. 78 :b[ "Loin d’être un atome juxtaposé à d’autres atomes, chaque monade" (chaque macromolécule pourrait-on dire aussi) "doit être conçue, pour que sa conscience soit explicable, comme un centre partiel du Tout. Cette compréhension mutuelle, cette harmonie des esprits dans leur pénétration collective du réel, exige une raison d’être qui ne peut se chercher que dans l’existence d’un principe régulateur et unificateur des perceptions individuelles (…) Toutes les consciences prises ensemble , sont dominées, influencées, guidées, par une sorte de Conscience supérieure (…) Non seulement chacun de nous est partiellement Tout, mais tous ensemble nous sommes pris, cohérés dans un groupement unificateur. Il y a un Centre de tous les centres."
P. 79 : "A l ’intérieur de ce large spectre de grandeurs corpusculaires (…) il règne, nous le savons, une solidarité inouïe qui par les mystérieuses zones de l’éther et de la gravité, relie tout ce qui existe dans un extraordinaire continu d’énergie. Tout tient à tous dans l’ordre de l’énergie mesurable."

(5) TRANSPOSITION MODERNE ET CHRETIENNE DU PANTHEISME

P.81 "La question vitale pour le christianisme, aujourd’hui, est de savoir quelle attitude les croyants adopteront vis-à-vis de la « préoccupation du tout ».

P. 82 "Comment le chrétien pourrait-il vivre coupé de la sève qui alimente le sentiment religieux fondamental de l’Humanité ?"

P 83 " Il faut voir et faire voir aux hommes que c’est Dieu lui-même qui les attire et les atteint à travers le processus unificateur de l’univers. "

P 90 " Par delà l’Hostie transsubstantiée, l’opération sacerdotale s’étend au Cosmos lui-même que, graduellement , à travers la suite des siècles l’Incarnation , jamais achevée, transforme. Il n’y a qu’une seule messe au monde, dans tous les temps."

P 91 "Le Panthéiste, sous prétexte d’unifier les êtres, les confond, , c'est-à-dire anéantit en fait, par le monisme, le mystère et la joie de l’union. Plus heureux que le panthéiste, le chrétien qui a compris la fonction universelle exercée par le Dieu Incarné, est vraiment parvenu à la position centrale et inexpugnable d’où faire rayonner sa foi et son espérance du haut de la possession du monde."

(6) CONCLUSION : PANTHEISME CHRETIEN ? QUESTION DE TEMPS !

b[« Croire pour comprendre / Comprendre pour croire ]b» ai-je entendu sur la 2 dans une homélie un dimanche matin.

-La nature n’est pas « Dieu » mais elle en est l’Ostensoir : Dieu habite la « Sainte Matière » en tant qu’Alpha de l’Omega, d’où le sublime Hymne à la Matière de Teilhard lequel, considéré dans cet éclairage, ne prête plus à confusion. Le panthéisme chrétien est lié au temps. Alors :

-OUI : par rapport à des mécanismes divins, cause de création continue dans la globalité du cosmos.

-NON : par rapport à la plénitude IMMEDIATE du projet de ces mécanismes . Teilhard, lui le paulinien, a parfaitement vu que non seulement le corps est « temple de l’esprit » mais il en a vu, aussi, le corollaire : l’Esprit, en tant que Cause Première, est initialement Temple du corps et de tout ce qui touche l'être humain de près ou de loin ; même d’aussi loin que la plus lointaine étoile

Il s’agit bien d’un certain « panthéisme » chrétien qui s’enracine ontologiquement dans la profondeur des désires obscures et multiples de l’âme humaine depuis l’aube des temps. Ces aspirations ancestrales débouchent, pour le chrétien, sur la foi en une glorieuse finalité ou, tout au moins, en l’espérance de cette finalité. Là, on atteint la « Grande vision » de Teilhard (cf. : Le Pape Benoit XVI) : le panthéisme de Teilhard est lié à l’unité graduelle et croissante du TOUT dans l’UN.

Si Alpha de l’Omega n’était pas de nature divine, la plénitude eschatologique de cette unité ne pourrait pas s’opérer, entièrement livrée qu’elle serait aux caprices d’une évolution de type darwinien.

Les choses ne sont pas divines en elles-mêmes et, le seraient elles, que la vie sur terre serait paisible et harmonieuse... enfin ! Tout dépend de l'idée de perfection que l'on a de Dieu; mais Dieu agit à l’intérieur et à travers ces "choses". Il les fait évoluer, il les transforme, et Il finira par les posséder. Il agit à travers l’homme. Ainsi, l’homme transforme les choses et se transforme. Le panthéisme de Teilhard est un panthéisme de mouvement, d’évolution, de transformation créatrice, lié à l’Incarnation du Dieu Fait Homme (voir Prologue de Jean, une fois de plus).

A nom de la Religion du Tout ( "catholique" au sens fort du terme : du latin catholicus, issu du grec ancien καθολικός, katholikós, « général, universel »), nous sommes tous destinés à devenir des « Ostensoirs » Ad Maiorem Dei Gloriam (A.M.D.G.), devise des Jésuites. Est-ce que cela vous gênerait par hasard ?



Mercredi 3 Octobre 2012 13:29