Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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'A la Rencontre des non-croyants' écrit par Jean-Pierre Frésafond / AUBIN Edition
Teilhard de Chardin, s’adresse à tous ceux, croyants et non-croyants, qui cherchent un sens à l’aventure humaine. Faut-il rappeler les nombreux témoignages perçus lors de la célébration du centenaire de naissance de Teilhard, en 1981 à l’UNESCO ? Nous découvrions alors que l’ouvrage était enseigné dans certaines universités de l’Union Soviétique et des Etats-Unis, pays aux idéologies diamétralement opposées. A partir du moment où une oeuvre trouve un écho multiple, les différentes approches reflètent forcément des sensibilités différentes, sans pour autant trahir la pensée de l’auteur. Un juif et un chrétien n’ont pas la même position face à la Bible. Les chrétiens eux-mêmes se sont déchirés, parce qu’ils étaient en désaccord sur l’interprétation des textes fondateurs. De même, un libéral abordera la pensée marxiste d’une autre façon qu’un marxiste convaincu et vis versa. Si un juif entre dans les subtilités d’un chrétien et un libéral dans celles d’un marxiste, il sera lui-même chrétien ou marxiste.
D’une manière générale, l’analyse de la pensée d’un chercheur ne peut pas être réservée aux seuls initiés. Ce serait l’enfermer dans un cocon dont l’enveloppe serait imperméable à la curiosité des autres.

Il est courant de dire que nous vivons une époque où les Hommes ne croient plus en rien. Qu’en est-il réellement?
Si les idéologies du XXe siècle se sont effondrées, si les religions historiques s’essoufflent, d’innombrables croyances sauvages nourrissent l’irrationnel et connaissent un essor considérable. Elles débouchent sur deux extrêmes : le fanatisme ou la crédulité.
Les kamikazes qui se jettent dans la foule en se faisant exploser, ne sont nullement des nihilistes
l’image des révolutionnaires russes du XIXe siècle. Ils sont animés d’un “trop plein” de croyance qui
pousse à tuer ceux qu’ils considèrent comme des impies. Ils sacrifient leur propre vie, pour accéder
félicité suprême auprès d’Allah. Cette croyance poussée au paroxysme, forme également l’ossature
sectes dures dont certaines conduisent leurs adeptes au sacrifice de leur vie.
A l’opposé de ce “trop plein “ de croyance, apparaît un vide sidéral où évolue l’incroyance qui résulte d’une insatisfaction véhiculée par les religions traditionnelles que Teilhard stigmatise “Autour
nous, un certain pessimisme s’en va répétant que notre monde sombre dans l’athéisme. Ne faudraitil pas plutôt dire que ce dont il souffre, c’est de théisme insatisfait? “ (T.7,p.248)
Comment se présente la “ non-croyance “ aujourd’hui ? Elle n’a pas forcément quitté l’irrationnel.
sociétés démocratiques sont à l’origine d’une liberté que les Hommes n’avaient jamais connue et
en l’absence de tout repère débouche le plus souvent sur un individualisme exacerbé. Pour un grand nombre, la croyance est devenue crédulité et le religieux a basculé dans la superstition et l’ésotérisme. Pour eux, le gourou, le chaman et l’astrologue ont pris la relève du prêtre, du pasteur ou du rabbin. Les horoscopes apportent les réponses à l’angoisse existentielle de ceux qui veulent savoir mais ne savent
qu’ils ne font que croire.
Le retour à un monde de croyance gouverné par un pouvoir religieux développant des valeurs supérieures “, n’est plus accepté par les démocraties. Par contre, ce retour se manifeste sur le terreau
l’intégrisme. Les théocraties modernes offrent un exemple sinistre de ces résurgences qui rappellent
temps archaïques, que l’on croyait à jamais révolus.
Le passage du XXe au XXIe siècle est marqué par l’abandon des croyances dogmatiques qui ne se diluent pas dans la “ non-croyance “, mais s’éparpillent dans une nébuleuse de croyances. Les vérités définies jadis, par les religions révélées et par les grandes philosophies, ne sont plus perceptibles. Un doute profond s’est généralisé et devant ce désarroi, une anarchie s’est installée qui consiste à croire tout et n’importe quoi. Les ouvrages ésotériques sont en constante augmentation dans les librairies. Ils dépassent largey ment le nombre d’ouvrages classés sous la rubrique “ Religion” et “ Philosophie “. S’imaginant émancipés,
nouveaux croyants butinent de tous côtés et certains, déçus de ne pas trouver de réponses à leur
angoisse, finissent par se réfugier à l’abri d’une secte ou d’une communauté intégriste.
échoué, parce qu’elles allaient à l’encontre de la notion de transcendance qui pousse l’Homme à se dépasser lui-même. “ L’Homme passe infiniment l’Homme “ s’exclamait Pascal. Les religions historiques ont-elles pris suffisamment en compte ce vide qui taraude l’être humain? Ont-elles situé Dieu au-delà de tout concept, comme “étant” et non comme” existant “, selon le message de Yahvé à Moïse “Je suis celui qui suis” ?
Le savoir a permis au croire de situer la transcendance au coeur de l’évolution dans la direction d’une complexité toujours croissante. Cette complexité ne peut s’abîmer dans l’absurde, à moins de rendre absurde le processus de complexification qui, partie de la matière la plus inorganisée est devenue vivante, puis pensante. Répondant à Sartre pour qui “l’homme est une passion inutile “, Jean Guitton s’écria “Entre l’absurde et le mystère, j’ai choisi le mystère à cause de l’absurdité de l’absurde “.
Ce que recherchent les Hommes au fond d’eux-mêmes, sans en être toujours conscients, c’est la vérité par rapport à leur propre réalité, mais aussi par rapport au monde. Une vérité qui donne sens à leur vie. Aujourd’hui, la vérité ne se présente plus sous une forme intangible et définitive, mais au contraire, comme un ordre à créer par l’Homme en vue, non seulement de son plus grand épanouissement, mais surtout de son plus grand accomplissement. Cette démarche est à l’opposée des croyances sauvages qui, par leur incohérence, donnent des arguments à l’agnosticisme et au nihilisme. Une relation étroite doit s’instaurer entre la recherche de la vérité et la découverte d’une désillusion qui accompagne Souvent le progrès Or, le progrès n’est au service de l’être humain que s’il induit une augmentation de conscience, donc de responsabilité qui est le corollaire de la liberté.
Teilhard de Chardin définit clairement le progrès comme une “montée de conscience “. Il restera un des grands visionnaires de cette quête toujours recommencée, jamais achevée qui ne peut enrichir l’Homme qu’à travers un équilibre subtil entre croire et savoir, le rôle du savoir étant de décaper le croire de ses archaïsmes: “La marque spécfïque de la Vérité est de pouvoir se développer indéfiniment, non seulement sans jamais développer de contradiction interne, mais encore en formant un ensemble positivement construit, où les parties se supportent et se complémentent toujours mieux mutuellement.
(T. 11, p.1 82) Dans ce cheminement, l’être humain est appelé à renoncer à deux tentations : s’isoler ou devenir le rouage passif d’une communauté. Pour éviter ces deux pièges : l’individualisme et le communautarisme, il importe que chacun prenne conscience que le “je “ne devient “ moi “qu’à travers l’autre “. Teilhard nous rappelle que “Pour être pleinement nous-mêmes, c’est dans le sens d’une convergence avec tout le reste, c’est en direction de l’Autre qu’il nous faut avancer.” (T.1, p292)
La démarche de Jean-Pierre Frésafond est importante, parce qu’elle essaie de décrypter la question essentielle que pose Teilhard à tout Homme, qu’il soit croyant ou non-croyant : comment sommes- nous devenus ce que nous sommes ? Ce n’est pas la première fois qu’un franc-maçon s’intéresse à Teilhard. En 1960, Ernest Kahane, secrétaire général de “l’Union Rationaliste “ avait publié un livre intitulé “ Teilhard de Chardin “. J’ai moi-même été invité plusieurs fois par différentes obédiences maçonniques, à donner des conférences sur Teilhard de Chardin. Chaque fois j’ai rencontré des frères et des soeurs attentifs, curieux et ouverts, parce qu’ils étaient sans présupposés.
Dans un monde angoissé, déroutant et privé de repères, Jean-Pierre Frésafond a su admirablement découvrir dans “Le Phénomène humain” de Teilhard de Chardin, le message d’un visionnaire, et d’un maître d’espérance.
Bernard Pierrat
Vice-Président de l’Association
des Amis de Pierre Teilhard de Chardin
Président de l’Académie d’Alsace

Mardi 4 Décembre 2007 14:29