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AM Tisserand/ L'EVOLUTION DE LA RESPONSABILITE DANS LE MONDE
Vendredi 1 Janvier 2010Chapitre écrit par Teilhard de Chardin le 5 juin 1950, extrait de l'oeuvre "L'ACTIVATION DE L'ENERGIE"
Vous avez peut-être en mémoire le film de Charles Chaplin « Le Dictateur » ?
Deux scènes immortalisent les conséquences de deux comportements opposés :
-Celle où le dictateur, dans son délire paranoïaque, folâtre et jongle avec le globe terrestre, finissant par le faire exploser en lambeaux.
-Celle de la proclamation finale du film, où le sosie du dictateur harangue une armada servile. Il fait l’apologie de la vie, de la paix, de l’amour entre les Hommes, de l’harmonie universelle.
Ces deux séquences illustrent à quel point, dans un phylum identique, « le même » peut à la fois être «autre". C’est une mise en garde, chacun d’entre nous étant susceptible de basculer dans un sens ou dans un autre, de manière plus ou moins délibérée, plus ou moins visible.
Mais que dit Teilhard sur l' éternel sujet qu'est la responsabilité ?
L’auteur le démultiplie en trois phases :
1-Convergence de l’univers et montée de la solidarité cosmique,
2-Compression planétaire et montée de la responsabilité humaine,
3-Conclusion / responsabilité juridique et responsabilité biologique
Pour suivre son raisonnement, j’avoue m’être cassé l’os du foie ! Phrases touffues, envolées lyriques, mots techniques qui nécessitent l’utilisation d’un glossaire pour le teilhardien débutant, tournures littéraires d’un autre âge, d’une autre sphère de pensée … Et pourtant ! Une fois ces obstacles passés, nous avons progressé.
1-Convergence de l’univers et montée de la solidarité cosmique
(…) « analysons d’un peu plus près l’état présent et l’avenir probable du phénomène. C'est-à-dire , non plus à travers les grandes lignes, un peu vagues, de l’univers, mais à l’intérieur du domaine précis constitué par le groupe humain, cherchons à discerner sous l’influence de quels mécanismes , et avec quelle vitesse, continue à croître (comme il fallait le prévoir) pari passu avec les progrès de l’anthropogénèse, la solidarité d’une masse réfléchie empoignée et aspirée de plus en plus étroitement, comme un tourbillon par les forces de socialisation ».
Pour Teilhard, ce qui se passe sur notre terre, est le corollaire de ce qui se passe dans l’univers, la terre en faisant partie intégrale : «l’univers s’arrange ; pas seulement à la façon géométrique d’un cristal(…), mais de la manière organique et centrée (synergique), propre aux particules chimiques, cellulaires, zoologiques, dont nous faisons nous-mêmes partie. »
Finalement, les constituants du fondement, de l’environnement et de la vie des humains, (avec les interactions physiques, sociales, psychologiques, éthiques), ne formeraient qu’un seul et même corps ? Une immense cellule tentaculaire évoluant vers « l’ultra humain » ? D’où une solidarité compacte, vécue de gré ou de force, entre les composants de cet ensemble ? non seulement à l’échelle planétaire mais aussi en osmose cosmique. D’après ce que j’ai compris il s’agirait, finalement, d’un ensemble « organique » biologique, imbibé de conscience… mais
« imbibé » ou «submergé» de Conscience ?
Les deux à la fois ! C’est ce que nous verrons lors de la phase deux, à propos de la couche de pensée consciente (réfléchie sur elle-même) qui enveloppe la terre : la « noosphère ».
Dans cette partie du texte, Teilhard ne fait pas l’amalgame entre « responsabilité » (qu’il souligne) et « culpabilité » (qu’il occulte) ; ce qui correspond bien à sa conception de la non « faute originelle.
« Responsable mais non coupable » . On se souvient de cette formule rendue célèbre par Georgina Dufoix lors du scandale du sang contaminé.
-En Droit, la culpabilité est déterminée à l’issue d’un jugement sur le comportement d’une personne. Dans ce contexte, « culpabilité » et « faute » vont de paire.
-En psychologie ou en psychanalyse, la culpabilité est un sentiment insidieux, conscient ou inconscient. Or, La responsabilité est bien plus difficile à assumer que la culpabilité. Proclamer mea culpa, mea maxima culpa » est, au final, relativement confortable, comme si on attendait qu’une bonne âme nous dise : « mais non ! Tu es pardonné, essaye de faire mieux la prochaine fois ». Alors que la conscience de ses propres responsabilités implique une veille active et une libre mise en actes quasi permanentes : « Être libre et de bonnes mœurs » comme le dit la Franc Maçonnerie, toutes tendances confondues.
2-Compression planétaire et montée de la responsabilité humaine,
L’accroissement actuel de la responsabilité, selon Teilhard, est lié à la compression planétaire générée par la montée de la démographie ; elle-même produisant une accélération de la croissance et de l’efficacité de la couche pensante qui enveloppe la terre.
(…) « l’évènement principal et spécifique de notre ère biologique n’est rien autre chose, initialement, que la compression, compénétration et cimentation paroxysmale de la masse humaine sur elle-même, sous l’étreinte de l’étau planétaire », soit :
- Une masse humaine en expansion,
-qui élabore de manière exponentielle de la pensée sous forme de « filet »,
-filet qui enserre de toutes parts le globe ; ce dernier étant une surface fermée subit un effet « cocotte-minute » .
-Rapidité de tous moyens techniques de communication qui annulent les distances et accroissent d’autant le rayon d’action individuel en temps réel ou très rapidement.
Tous ces facteurs augmentent proportionnellement la responsabilité de chacun. Nous arrivons à « une sorte d’ultra responsabilité généralisée, affectant et renforçant la gamme entière des vertus et des fautes, telle serait donc, pour finir, la caractéristique morale la plus marquante de l’ultra-humain vers lequel, bon gré mal gré, par nécessité cosmique, nous sommes en train de dériver ».
Cette situation est périlleuse, pesante et contraignante. En revanche, bien gérée, elle peut se convertir en une puissance phénoménale, capable de produire « une énergie spirituelle intense », allant dans le bon sens.
3-Conclusion. Responsabilité juridique et responsabilité biologique
"Dans un monde reconnu de nature convergente, dit Teilhard, la responsabilité, automatiquement et immédiatement, s’universalise et s’intensifie, aux dimensions et au rythme mêmes de l’évolution cosmique".
Pour l’auteur, l’antique conception grecque d'un environnement statique, suivie pendant des siècles par la pensée Occidentale, d’ « un monde pour les corps et un autre monde pour les âme » est désormais dépassée mais « i[que d’oreilles n’offusque-t-on pas encore en parlant de la réalité physique d’un monde mental » remarque l'auteur.
Pourtant, la réalité des maladies psychosomatiques (exemple parmi d'autres) est maintenant bien admise. Par corrélation l’utilisation inversée de cette même force négative en force positive est envisageable; une même puissance, mais pouvant être utilisée de manières opposées. C'est ce que j'ai voulu représenter au début de mon texte avec les deux sosies du film "Le Dictateur".
« C’est dans un réseau non plus (seulement) de conventions, mais de liaisons organiques que la socialisation peu à peu nous enlace ". Et Teilhard de conclure en disant : « avec le juridique, on peut toujours, par quelque compromission, arriver à s’entendre. Tandis que l’Organique, lui, si on le viole ne pardonne pas. »
Il est donc urgent d’adapter une éthique capable d’accompagner cette dynamique, faute de quoi elle se retournera contre nous. Nous en serons tous "responsables" et même "coupables" d'un point de vue juridique pour certains.
En quoi consisterait cette éthique ?
-Sens civique (respect de la loi) pour commencer,à défaut d'amour,
-vision globalement écologique de nos actes,
-respect d'autrui et volonté de le COMPRENDRE (renvoi aux origines de ce terme = prendre avec soi) et non plus seulement le tolérer.
Tous ces paramètres éthiques pourraient se construire naturellement en étudiant les textes de Teilhard, par exemple, qui ouvrent un horizon de manière élaborée aux dimensions spirituelles. Mais rien ne pourra se faire sans l'adhésion du coeur et de la raison de chacun.
Deux scènes immortalisent les conséquences de deux comportements opposés :
-Celle où le dictateur, dans son délire paranoïaque, folâtre et jongle avec le globe terrestre, finissant par le faire exploser en lambeaux.
-Celle de la proclamation finale du film, où le sosie du dictateur harangue une armada servile. Il fait l’apologie de la vie, de la paix, de l’amour entre les Hommes, de l’harmonie universelle.
Ces deux séquences illustrent à quel point, dans un phylum identique, « le même » peut à la fois être «autre". C’est une mise en garde, chacun d’entre nous étant susceptible de basculer dans un sens ou dans un autre, de manière plus ou moins délibérée, plus ou moins visible.
Mais que dit Teilhard sur l' éternel sujet qu'est la responsabilité ?
L’auteur le démultiplie en trois phases :
1-Convergence de l’univers et montée de la solidarité cosmique,
2-Compression planétaire et montée de la responsabilité humaine,
3-Conclusion / responsabilité juridique et responsabilité biologique
Pour suivre son raisonnement, j’avoue m’être cassé l’os du foie ! Phrases touffues, envolées lyriques, mots techniques qui nécessitent l’utilisation d’un glossaire pour le teilhardien débutant, tournures littéraires d’un autre âge, d’une autre sphère de pensée … Et pourtant ! Une fois ces obstacles passés, nous avons progressé.
1-Convergence de l’univers et montée de la solidarité cosmique
(…) « analysons d’un peu plus près l’état présent et l’avenir probable du phénomène. C'est-à-dire , non plus à travers les grandes lignes, un peu vagues, de l’univers, mais à l’intérieur du domaine précis constitué par le groupe humain, cherchons à discerner sous l’influence de quels mécanismes , et avec quelle vitesse, continue à croître (comme il fallait le prévoir) pari passu avec les progrès de l’anthropogénèse, la solidarité d’une masse réfléchie empoignée et aspirée de plus en plus étroitement, comme un tourbillon par les forces de socialisation ».
Pour Teilhard, ce qui se passe sur notre terre, est le corollaire de ce qui se passe dans l’univers, la terre en faisant partie intégrale : «l’univers s’arrange ; pas seulement à la façon géométrique d’un cristal(…), mais de la manière organique et centrée (synergique), propre aux particules chimiques, cellulaires, zoologiques, dont nous faisons nous-mêmes partie. »
Finalement, les constituants du fondement, de l’environnement et de la vie des humains, (avec les interactions physiques, sociales, psychologiques, éthiques), ne formeraient qu’un seul et même corps ? Une immense cellule tentaculaire évoluant vers « l’ultra humain » ? D’où une solidarité compacte, vécue de gré ou de force, entre les composants de cet ensemble ? non seulement à l’échelle planétaire mais aussi en osmose cosmique. D’après ce que j’ai compris il s’agirait, finalement, d’un ensemble « organique » biologique, imbibé de conscience… mais
« imbibé » ou «submergé» de Conscience ?
Les deux à la fois ! C’est ce que nous verrons lors de la phase deux, à propos de la couche de pensée consciente (réfléchie sur elle-même) qui enveloppe la terre : la « noosphère ».
Dans cette partie du texte, Teilhard ne fait pas l’amalgame entre « responsabilité » (qu’il souligne) et « culpabilité » (qu’il occulte) ; ce qui correspond bien à sa conception de la non « faute originelle.
« Responsable mais non coupable » . On se souvient de cette formule rendue célèbre par Georgina Dufoix lors du scandale du sang contaminé.
-En Droit, la culpabilité est déterminée à l’issue d’un jugement sur le comportement d’une personne. Dans ce contexte, « culpabilité » et « faute » vont de paire.
-En psychologie ou en psychanalyse, la culpabilité est un sentiment insidieux, conscient ou inconscient. Or, La responsabilité est bien plus difficile à assumer que la culpabilité. Proclamer mea culpa, mea maxima culpa » est, au final, relativement confortable, comme si on attendait qu’une bonne âme nous dise : « mais non ! Tu es pardonné, essaye de faire mieux la prochaine fois ». Alors que la conscience de ses propres responsabilités implique une veille active et une libre mise en actes quasi permanentes : « Être libre et de bonnes mœurs » comme le dit la Franc Maçonnerie, toutes tendances confondues.
2-Compression planétaire et montée de la responsabilité humaine,
L’accroissement actuel de la responsabilité, selon Teilhard, est lié à la compression planétaire générée par la montée de la démographie ; elle-même produisant une accélération de la croissance et de l’efficacité de la couche pensante qui enveloppe la terre.
(…) « l’évènement principal et spécifique de notre ère biologique n’est rien autre chose, initialement, que la compression, compénétration et cimentation paroxysmale de la masse humaine sur elle-même, sous l’étreinte de l’étau planétaire », soit :
- Une masse humaine en expansion,
-qui élabore de manière exponentielle de la pensée sous forme de « filet »,
-filet qui enserre de toutes parts le globe ; ce dernier étant une surface fermée subit un effet « cocotte-minute » .
-Rapidité de tous moyens techniques de communication qui annulent les distances et accroissent d’autant le rayon d’action individuel en temps réel ou très rapidement.
Tous ces facteurs augmentent proportionnellement la responsabilité de chacun. Nous arrivons à « une sorte d’ultra responsabilité généralisée, affectant et renforçant la gamme entière des vertus et des fautes, telle serait donc, pour finir, la caractéristique morale la plus marquante de l’ultra-humain vers lequel, bon gré mal gré, par nécessité cosmique, nous sommes en train de dériver ».
Cette situation est périlleuse, pesante et contraignante. En revanche, bien gérée, elle peut se convertir en une puissance phénoménale, capable de produire « une énergie spirituelle intense », allant dans le bon sens.
3-Conclusion. Responsabilité juridique et responsabilité biologique
"Dans un monde reconnu de nature convergente, dit Teilhard, la responsabilité, automatiquement et immédiatement, s’universalise et s’intensifie, aux dimensions et au rythme mêmes de l’évolution cosmique".
Pour l’auteur, l’antique conception grecque d'un environnement statique, suivie pendant des siècles par la pensée Occidentale, d’ « un monde pour les corps et un autre monde pour les âme » est désormais dépassée mais « i[que d’oreilles n’offusque-t-on pas encore en parlant de la réalité physique d’un monde mental » remarque l'auteur.
Pourtant, la réalité des maladies psychosomatiques (exemple parmi d'autres) est maintenant bien admise. Par corrélation l’utilisation inversée de cette même force négative en force positive est envisageable; une même puissance, mais pouvant être utilisée de manières opposées. C'est ce que j'ai voulu représenter au début de mon texte avec les deux sosies du film "Le Dictateur".
« C’est dans un réseau non plus (seulement) de conventions, mais de liaisons organiques que la socialisation peu à peu nous enlace ". Et Teilhard de conclure en disant : « avec le juridique, on peut toujours, par quelque compromission, arriver à s’entendre. Tandis que l’Organique, lui, si on le viole ne pardonne pas. »
Il est donc urgent d’adapter une éthique capable d’accompagner cette dynamique, faute de quoi elle se retournera contre nous. Nous en serons tous "responsables" et même "coupables" d'un point de vue juridique pour certains.
En quoi consisterait cette éthique ?
-Sens civique (respect de la loi) pour commencer,à défaut d'amour,
-vision globalement écologique de nos actes,
-respect d'autrui et volonté de le COMPRENDRE (renvoi aux origines de ce terme = prendre avec soi) et non plus seulement le tolérer.
Tous ces paramètres éthiques pourraient se construire naturellement en étudiant les textes de Teilhard, par exemple, qui ouvrent un horizon de manière élaborée aux dimensions spirituelles. Mais rien ne pourra se faire sans l'adhésion du coeur et de la raison de chacun.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Vendredi 1 Janvier 2010 à 18:51
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