Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Abbé Gérard-Henry BAUDRY/L'AVENIR,CONDITION DE L'AGIR/Conférence N° 3
Parmi les trois questions fondamentales que se pose l’homme selon Emmanuel Kant, il y en a une qui introduit le problème de l’action : “ Que dois-je faire ? ”. Le grand philosophe allemand a bien compris que la question de l’action renvoie à la question essentielle : qu’est-ce que l’homme ? Et si l’homme est cet être extraordinaire — le seul parmi les animaux — qui s’interroge sur l’avenir, il faut en conclure que la question de l’agir est inséparable de celle de l’avenir. J’irais même plus loin en disant, dans la ligne de Teilhard, que l’Avenir est la condition de l’agir. Mais avant de développer cette idée, je voudrais attirer votre attention sur une constatation qui me paraît digne d’intérêt. La voici.

La philosophie moderne (depuis le XIXe s. surtout) s’est particulièrement préoccupée de ces deux points corrélatifs : l’action et l’avenir. On pourrait citer du côté français : Maurice Blondel, dont l’influence sur Teilhard ne fut pas négligeable ; et pour l’étranger, Ernst Bloch, le philosophe allemand néo-marxiste, qui a joui d’un grand prestige, il y a quelques années. L’originalité de ce dernier est précisément d’avoir analysé l’avenir comme une dimension propre de l’homme, allant même jusqu’à la qualifier d’ “ ontologique ”. Teilhard serait sans doute d’accord malgré ses réticences à s’engager sur le terrain de la métaphysique, encore qu’il l’ait fait plus d’une fois ! Ainsi au début de son essai Action et Activation (1945) : “ Dans les perspectives d’une Métaphysique de la Vision, le postulat implicitement admis était que le Réel a la propriété d’être pleinement et indéfiniment intelligible pour notre raison. Pareillement, du point de vue de l’Action, le présupposé fondamental et secret de nos démarches intellectuelles ne serait-il pas que ce même Réel doit être agissable et activant au maximum et jusqu’au bout, pour notre volonté ? Autrement dit, n’y aurait-il pas contradiction, déséquilibre ontologique dans le Monde si notre capacité de désirer et d’agir se découvrait, ne fût-ce que sur un point, supérieur aux possibilités que lui offre le milieu cosmique ? ” (IX, 221) .

Vous connaissez par ailleurs le trinome par lequel Teilhard définit les grandes orientations de la modernité : Futurisme, Universalisme, Personnalisme (IX, 188). “ Futurisme ” d’abord, donc la question de l’avenir lui paraît première…

Soyez rassurés, je ne vais pas vous entraîner dans les arcanes de la philosophie. En citant Kant, Blondel et Bloch (parmi d'autres), je voulais souligner, dès le début, combien notre problème est actuel et concerne les grandes interrogations de l’homme moderne. À mon avis, Teilhard doit être classé parmi les grands philosophes de l’action. Là, comme en d’autres domaines, il a renouvelé les perspectives, jouant un rôle de pionnier et de précurseur. Et ce n’est pas un effet du hasard si l’on trouve dans son œuvre tant de textes sur l’action et tant de textes également sur l’avenir, les deux groupes étant souvent en corrélation. Voilà pourquoi, afin d’apporter ma contribution à notre réflexion sur l’action, j’ai centré mon exposé sur le lien étroit existant entre l’agir et l’avenir.

Après l’avoir montré d’une manière générale en ce qui concerne l’homme individuel dans sa vie quotidienne (1er point), je montrerai surtout comment l’avenir conditionne les grandes orientations de l’action humaine, tant au niveau de l’homme individuel qu’à celui de l’humanité globale (2e point).

1° L’activation de l’énergie nécessite un but à atteindre, une vision d’avenir.

Comme tous les vivants, l’être humain agit sous l’effet d’excitations, de besoins, d’attraits, dans une sorte de “ plus grand effort pour survivre ” (VII, 343), mais à la différence des animaux, il peut se libérer de l’instant présent pour considérer l’objet de son action, les buts plus ou moins lointains qu’il veut atteindre (VII, 142 s.). Parce qu’il est libre, l’homme peut choisir ses objectifs. Cela veut dire que les objectifs choisis (donc situés dans l’à-venir) vont motiver son action, l’orienter et la nourrir, bref, “ déchaîner des réserves d’énergie ” (II, 357). C’est ce que Teilhard appelle “ l’activation ” (ibidem) ou parfois en forgeant un néologisme “ le principe de l’activance ” (IX, 222). Je voudrais souligner que cette activation vient de quelque chose qui n’existe pas encore ou qui n’est pas encore accessible. Quand un jeune entreprend de longues études pour devenir ingénieur ou médecin, son objectif est futur et… hypothétique, mais celui-ci va polariser son action… Si vous voulez construire une maison, vous allez constituer un plan d’épargne, puis un plan de financement, et vous organiserez votre budget familial et votre travail de façon à réaliser votre objectif… Vous avez alors la vision d’un certain avenir qui va conditionner et motiver votre action présente…

Teilhard part d’observations du sens commun pour bien souligner que toute action présente est liée à un projet futur. Bien évidemment, la plupart de nos actions quotidiennes ne concernent pas de grands projets d’avenir et par conséquent ne font pas l’objet de débats dramatiques ou d’options qui engagent vraiment l’avenir, le nôtre et ceux de nos communautés. Mais même au cœur de ces petites actions joue le principe de l’activance, et la perspective du futur n’y est pas étrangère.

Là où les enjeux prennent de l’importance, c’est lorsqu’il s’agit des choix de vie, des choix de société, des grandes options qui engagent la vie d’un individu ou le destin d’un groupe ou d’un pays tout entier. C’est en ce domaine que l’homme se réalise comme homme, c’est-à-dire comme personne libre, créatrice de son avenir. Pour Teilhard le problème de l’action se situe essentiellement à ce niveau, et c’est là qu’il devient dramatique. Cela dit, en fait, et j’y insiste, toute action humaine, dans son dynamisme profond, implique une certaine vision d’avenir. Voici ce que nous lisons, sous la plume de notre auteur, dans les Singularités de l’espèce humaine (1953) : “ … Non seulement, chez les êtres pensants, la mise en jeu de l’Énergie obéit à une gamme exceptionnellement riche de répulsion et d’attraits ; mais encore chez eux (par suite de la redoutable faculté de prévoir) nous expérimentons tous que craintes et espérances débordent le présent ou le futur immédiat, tendent à s’alimenter de plus en plus aux promesses illimitées des temps à venir. Ce qui revient à dire que dans le cas de la “ Matière hominisée ”, l’activation majeure de l’Énergie, au lieu de s’exercer seulement (comme dans le cas de la Matière simplement vitalisée) à partir de ce qui se touche et ce qui se voit, est inévitablement amenée à s’opérer aussi à partir d’une chose attendue, c’est-à-dire sous l’influence d’une foi ” (II, 357-358).

L’action exige finalement une foi en l’avenir, autrement dit une espérance “ Toute énergie consciente est, …, à base d’espoir ” (I, 257 en note).

2° Tout agir fondamental de l’homme exige une fois en un avenir absolu.

C’est par cette formule que je résumerai la position de Teilhard de Chardin. Tout le monde peut observer que les gens découragés, déprimés ou désespérés, perdent le courage d’agir avec le goût de vivre. Agir et espérer vont de pair pour l’être réfléchi. Si l’homme est poussé à agir malgré la prévision de la mort, c’est qu’il porte en lui un désir d’éternité, d’éternisation, oserais-je dire. (Voir le témoignage de Teilhard dans Comment je crois, 1934, X, 131-132). Dans ce texte l’auteur passe insensiblement du problème de l’immortalité personnelle à celui de la survie collective de l’humanité. Non pas que la perspective de la survie personnelle soit sans importance pour fonder, en dernier ressort, l’action de chacun, bien au contraire ; mais il s’y attarde moins. Cet aspect est cependant présent et, en raison de son importance, je vais brièvement l’exposer.

Action et immortalité personnelle

Voici la thèse de l’auteur dont j’expliciterai ensuite les arguments : “ Ma personnalité, c’est-à-dire le centre particulier de perceptions et d’amour que ma vie consiste à développer, voilà mon vrai trésor. Voilà, par conséquent, la seule valeur dont le prix et la conservation peuvent intéresser et justifier mon effort. Et voilà par suite la portion par excellence de mon être que ne peut laisser échapper le Centre où convergent toutes les richesses sublimées de l'Univers (Comment je crois, 1934, X, 136). Déjà en 1917 dans L’Union créatrice : “ La vie humaine courageuse, consciente, réfléchie, est impossible (c’est-à-dire renferme en soi une contradiction intrinsèque) à moins que l’Esprit (notre Esprit) ait pour lui une garantie de succès, une promesse d’avenir. Cette promesse, cette garantie qui ne sont ni dans le passé ni dans le présent, seule une Puissance maîtresse du temps et du hasard peut la faire, la donner ” (Écrits du temps de la guerre, 183).

Maintenant, les arguments : l’homme comme être réfléchi, comme conscience d’une conscience et d’une liberté, apparaît comme le sommet de l’évolution du vivant, un acquis “ irréversible ” de l’évolution. Si cet acquis — la personnalité — n’était pas un acquis irréversible, c’est-à-dire immortel, c’est tout le mouvement évolutif vers la Vie et l’Esprit qui serait absurde puisqu’il détruirait le fruit même qu’il a produit et qui est sa raison d’être.

Or mon agir, c’est moi-même : je me fais à partir de ce que je fais. Ma personnalité, c’est ce que je suis devenu par les actes successifs de mon existence. Je me suis actualisé par mes actes. Pour justifier mon effort, j’ai besoin de croire que le meilleur de moi-même et de mon action subsistera pour toujours. Ceci exige l’immortalité personnelle, car je ne peux me satisfaire de l’immortalité impersonnelle dans la mémoire collective de l’humanité.

Pour conclure ce point, voici un texte très clair de Teilhard, extrait d’une lettre à son amie Léontine Zanta : “ Sans persistance de la personne, notre travail intérieur le plus précieux deviendrait vain, nous n’aurions plus une raison suffisante d’agir, et puis la perspective de la mort serait intolérable. Le double fardeau 1° de l’action à poursuivre et 2° de la mort à affronter, ne sont admissibles, pour un être conscient (réfléchi), que si l’âme est immortelle. Ainsi, immortalité et réflexion sont nécessairement associés, non seulement par nécessité métaphysique, mais par nécessité morale. Un univers où la deuxième apparaîtrait sans la première serait, non seulement un Monde absurde, mais, ce qui est presque plus grave, un Monde odieux ” (Lettres à L. Zanta, éd. Desclée de Br., 1965, p. 134).

La perspective de la “ mort totale ” pour l’humanité briserait le ressort de l’action collective.
Si la perspective de la mort totale (= le néant au terme de l’évolution individuelle et collective) est suprêmement désactivante pour l’individu, elle l’est aussi pour l’humanité prise comme un tout. Et, à ce point de vue, elle est encore plus dramatique, puisque c’est la poursuite même de l’évolution qui est en cause. En effet, celle-ci se prolongeant en l’homme où elle prend un nouveau virage devient “ auto-évolution ”… Voici un texte de notre auteur, daté de 1947 : “ Appliquée à l’individu, l’idée de la mort totale peut, au premier abord, ne pas scandaliser. Étendue à l’Humanité globale, elle fait se cabrer notre esprit et nous donne la nausée. C’est que, plus l’Humanité prend conscience de sa durée, de son nombre, de ses possibilités, — et aussi du poids énorme qu’il lui faut soulever pour survivre — plus elle comprend que, si tout ce travail doit retourner à zéro, nous sommes des dupes ; et il n’y a plus qu’à nous révolter… ” (V, 277 s.).

Ce texte rejoindrait l’analyse de certains existentialistes si l’auteur ne repoussait pas catégoriquement la dialectique de l’absurde, précisément pour des raisons d’activance énergétique. Pour agir, c’est-à-dire finalement pour accepter de poursuivre son évolution (qui est une “ auto-évolution ”), l’humanité a besoin de savoir qu’elle pourra franchir la “ barrière de la mort ”, qu’il y a une “ issue ”, autrement dit un avenir absolu. Dans Le Phénomène humain, l’auteur pose ainsi le problème, persuadé qu’il est au cœur des préoccupations contemporaines : “ … qui peut bien nous garantir un demain ? — et sans l’assurance que ce demain existe —, pouvons-nous bien continuer à vivre, nous en qui, pour la première fois peut-être dans l’Univers, s’est éveillé le don terrible de voir en avant ? Mal de l’impasse, angoisse de se sentir enfermé… Cette fois enfin nous avons mis le doigt sur le point douloureux. Ce qui fait spécifiquement moderne le monde où nous vivons, c’est, ai-je dit, d’avoir découvert autour de lui et en lui l’Évolution. Ce qui, tout à la racine, inquiète le monde moderne, puis-je ajouter maintenant, c’est de ne pas être sûr, et de ne pas voir comment il pourrait jamais être sûr, qu’il y a une issue, — l’issue convenable —, à cette évolution. Or que doit être l’avenir, pour que nous ayons la force, ou même la joie, d’en accepter les perspectives et d’en porter le poids ? ” (I, 254).

Voici maintenant la parabole des mineurs que Teilhard aime raconter pour illustrer son propos : “ Imaginons un groupe de mineurs pris, par accident, au plus profond de la terre. N’est-il pas évident que ces rescapés ne se décideront à la peine de remonter la galerie où ils se trouvent que si, au-dessus d’eux, ils peuvent présumer l’existence : 1° d’une issue, et 2° d’une issue s’ouvrant sur du respirable et du lumineux ? — Eh bien, pareillement, à une génération (la nôtre) brusquement confrontée avec la limite supérieure, toujours plus reculée, de l’Humain, il serait inutile, je prétends, de dire de marcher, si, en avant de nous, nous pouvions soupçonner que le Monde est hermétiquement clos, ou qu’il ne débouche que sur de l’ “ Inhumain ” (ou du Sous-humain). Une Mort totale où sombrerait, pour toujours et pour tout le monde, le fruit évolutif de notre effort planétaire ; ou bien, ce qui reviendrait au même, une forme atténuée ou déformée de survie où ne passerait pas le meilleur de la vision unanimisante à laquelle l’existence nous incite à collaborer : l’une quelconque de ces deux tristes perspectives serait suffisante, à elle seule (ceci me paraît psychologiquement sûr), pour que, incurablement, s’insère dans les moelles de notre action le virus foudroyant de l’Ennui, de la Peur et du Découragement… ” (Le Phénomène chrétien, 1950, X, 240).

Ainsi la perspective de la mort totale désactive l’énergie humaine, paralyse l’activité réfléchie. En conséquence, l’agir humain pour fonctionner normalement, a besoin d’exorciser le spectre de la mort totale. Remarquons cependant que la négation de cet aspect répulsif n’est pas suffisant. Le philosophe dirait que c’est la condition nécessaire mais non suffisante à l’activation de l’énergie humaine. “ Ce n’est qu’un minimum accordé aux exigences de notre Action ”, précise notre auteur (Barrière de la Mort et Co-réflexion, 1955, VII, 426). Il faut encore un pôle attractif, positif, “ une activance maximale ”.

L’activance maximale : l’avenir absolu = ultra-personnalisant et irréversible.
L’activance maximale est assurée par la perspective d’atteindre le Point Oméga. Mais le Point Oméga, chez Teilhard, comporte, si j’ose dire, plusieurs niveaux de réalité. Son activance n'aura donc pas la même force selon les niveaux considérés. Je m’explique.

Le premier niveau correspond au premier sens d’Oméga, c’est-à-dire quand Oméga désigne le Foyer de convergence de l’évolution humaine, le point central et terminal de maturation humaine, le stade où l’humanité sera pleinement unifiée, centrée sur elle-même… Une humanité à construire, plus adulte, plus maîtresse d’elle-même, plus fraternelle, voilà le but qui peut polariser l’action des hommes et des communautés humaines, “ voilà l’issue ouverte devant nous ” (X, 108 ; I, 271 s.). Tous les humanismes modernes et contemporains se sont alimentés à cette perspective, n’ayons pas peur du mot, à cette espérance. Teilhard y voit un des moteurs naturels d’une humanité consciente de ses possibilités et de ses progrès, et voulant assumer librement son destin… Cependant, au cœur de cette espérance humaine, comme le ver dans le fruit, se cache la crainte que la personnalité humaine individuelle disparaisse dans le grand Tout impersonnel (II, 372)… Or ceci est désactivant tant que cette crainte n’est pas définitivement surmontée. La perspective d’un âge d’or en avant ne peut donc constituer l’activant suprême, car la personne humaine n’y trouve pas son compte : je ne serai plus là pour jouir de cet âge d’or à venir au terme de je ne sais combien de siècles, voire de millénaires… ! De plus, abstraction faite de ma petite personne, qui garantira la permanence, l’irréversibilité de cette humanité arrivée au bout d’elle-même ? Cette apothéose ne serait-elle qu’un magnifique feu d’artifice retombant dans le néant de la nuit cosmique ? Qui garantira que l’humanité arrivée à son point de maturation franchira le mur de la mort… ?

L’action exige donc une activance plus grande encore, à savoir qu’il y a “ une issue (…) quelque part au-delà de toute Mort ” (1950, VII, 246). Pas seulement une issue “ naturelle ” (immanente), mais une issue “ surnaturelle ” (tanscendante). Nous avons là le 2e aspect d’Oméga, le plus important aux yeux de Teilhard. “ Pour être suprêmement attrayant, Oméga doit être suprêmement présent ” (I, 300). (On pourrait multiplier les citations sur ce thème). Mais c’est là aussi que les humanistes athées ne le suivront plus. Il faudrait relire ici les pages passionnées du Phénomène humain, lorsque l’auteur analyse ce qu’il nomme “ les exigences d’avenir ” (I, 246 ss.). Je citerai seulement le dilemme qu’il pose en conclusion :
“ Ou bien la Nature est close à nos exigences d’avenir : et alors la pensée, fruit de millions d’années d’effort, étouffe mort-née, dans un Univers absurde, avortant sur lui-même ”.
“ Ou bien une ouverture existe, — de la sur-âme au-dessus de nos âmes : mais alors cette issue, pour que nous consentions à nous y engager, doit s’ouvrir sans restrictions sur des espaces psychiques que rien ne limite, dans un Univers auquel nous puissions éperdument nous fier ” (I, 258 ; VII, 49 s. ; IX, 20, 206).

Avenir absolu pour l’Humanité et immortalité des personnes, voilà les conditions d’une activance maximale. Seul un Oméga transcendant, divin, — surpra-personnel et personnalisant — peut les assurer et les garantir. Parce qu’il s’adresse au cœur, à l’intelligence et à la liberté, il “ représente une manière incontestablement supérieure de déchaîner, jusque dans ses tréfonds, notre pouvoir d’action ” (II, 373, 1954 ; IX, 230 s.).

L’énergie christique

Si l’on suit Teilhard jusque-là, jusqu’à postuler un Dieu transcendant, on comprendra que pour lui la Révélation chrétienne est “ la parole attendue ”, la réponse apportée aux espérances humaines, en ce sens qu’elle garantit une “ issue ” et une “ réussite ” du phénomène humain, au-delà de toutes espérances, dans le Royaume de Dieu. En d’autres termes — en termes d’énergétique — la Révélation du Dieu fait homme assumant l’humanité et son devenir, et la guidant jusqu’à son épanouissement plénier dans l’Amour éternel, apporte à l’homme la garantie absolue, nécessaire au déploiement final de son énergie ; elle est “ le type rêvé de l’excitant évolutif dont nous avons besoin ” (II, 371-374). Dès lors, on comprend pourquoi Teilhard parle d’ “ énergie christique ”, de “ christogénèse ”… On comprend aussi que c’est sur ce critère de l’activance qu’il voit le moyen de départager les religions : “ Tôt ou tard les âmes finiront par se donner à la religion qui les activera le plus ” (X, 272). L’avenir de la religion, c’est la religion de l’avenir… Nul doute, pour Teilhard : sur ce point le christianisme est insurpassable (VII, 406 ; XIII, 111-114).

Au fond, pour reprendre le thème de cet exposé et en donner la conclusion, je dis ceci : l’avenir n’est la condition finale de l’agir humain que s’il peut prendre le visage de l’Amour absolu, c’est-à-dire le visage de Dieu en Jésus-Christ.

Gérard-Henry BAUDRY

Derniers ouvrages de l’auteur sur Teilhard :

Le Credo de Teilhard, 2004, 17 €.
Teilhard de Chardin et l’Appel de l’Orient. La Convergence des religions, 2005, 17 €.
Teilhard et Chardin ou le Retour de Dieu, 2007, 18 €.
Dictionnaire Teilhard de Chardin, 2009, 15 €.

Les quatre ouvrages sont parus chez Aubin éditeur, Saint-Etienne.
 

Mercredi 31 Mars 2010 15:36