Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






dernier chapitre "Ecrits du temps de la guerre"


Anne-Marie TISSERAND  /  LA PUISSANCE SPIRITUELLE DE LA MATIERE
Le texte de Teilhard peut être perçu au prime abord comme un conte à la fois symbolique, une hallucination surréaliste et, au final, une envolée mystique :

Deux hommes marchent dans le désert quand, pour l’auteur, « la Chose fondit sur lui . De loin, elle lui était apparue toute petite, glissant sur le sable, pas plus grande que la paume d’un enfant, une ombre blonde et fuyante, semblable à un vol hésitant de cailles, ou à un nuage de moustiques dansant le soir dans le soleil, ou à un tourbillon de poussière ».


J’ai pensé à l’apparition du " Petit Prince " qu'eut Antoine de Saint-Exupéry, perdu seul en plein désert, son avion étant paralysé par une avarie mécanique. Mais la comparaison s’arrête et ne va guère plus loin.; exception faite pour la célèbre phrase extraite de ce livre : " on ne voit bien qu'avec le cœur " .

Continuons à lire ce passage :
« La Chose semblait ne pas se soucier des deux voyageurs. elle rôdait capricieusement dans la solitude. . Mais soudain, affermissant sa course, elle vint droit sur eux, comme une flèche. Et alors l’homme vit que la petite vapeur blonde n’était que le centre d’une Réalité infiniment plus grande, qui s’avançait , incirconscrite, sans forme et sans limite. Aussi loin qu’il pût voir, la Chose, à mesure qu’elle approchait, se développait avec une rapidité prodigieuse, envahissant tout l’espace.(…) Et, tout autour, l’éther, devenu vivant, vibrait palpablement sous la substance grossière des rochers et des plantes, ainsi que tremble en été le paysage derrière un sol surchauffé. Ce qui venait était le cœur mouvant d’une immense subtilité. L’homme tomba la face contre terre (…) un grand silence se fit autour de lui. Et puis, brusquement, un souffle ardent passa sur son front, força la barrière de ses paupières closes, et pénétra jusqu’à son âme. L’homme eut l’impression qu’il cessait d’être uniquement lui-même (…) En même temps, l’angoisse d’un danger surhumain l’opprima, le sentiment confus que la Force abattue sur lui était ambiguë et trouble, essence combinée de tout le mal avec tout le bien. » L’ouragan était en lui. Or, tout au fond de son être qu’elle avait envahi, la tempête de vie, infiniment douce et brutale, murmurait au seul point secret de l’âme (…). Tu m’as appelée, me voici. Chassé par l’Esprit hors des chemins suivis par la caravane humaine, tu as osé affronter la solitude vierge. Lassé des abstractions, des atténuations, du verbalisme de la vie sociale, tu as voulu te mesurer avec la Réalité entière et sauvage.
Tu avais besoin de moi pour grandir ; et moi je t’attendais pour que tu me sanctifies (…) LA MATIERE, C’EST MOI »

Dans la pensée chrétienne de Teilhard, l’Esprit est la puissance, le principe d’unification de la matière et l'auteur en perçoit chaque élément au-delà des apparences, comme un tout et non plus comme une « multitude » de pièces en vrac d’un puzzle . La Matière aurait besoin de l'Esprit afin de se rapprocher de Dieu Qui est UN et en Qui tout devient UN.

Dans ce chapitre, notons des mots qui portent le concept de « Centre » , Centre du Cosmos incirconscrit et Centre intime de l’Homme. Les deux se surcentrent afin de co-créer par l’union globalisante de l’Esprit et de la Matière. Cette union serait destinée à être divinisée.

Toute cette fantastique évolution individuelle et globale est inévitable dans LE « pèlerinage » de la vie de tout Etre Humain ici bas, véritable dédale, avec ses impasses, mais aussi de nouvelles liaisons connectées à d’autres points conduisant, à divers autres points, créant ainsi de nouvelles liaisons … un LABYRINTHE !
Par la Foi , nous est donné le « Fil d’Or d’Ariane » lequel conduit au centre et permet de remonter à l’Air Libre, de contempler La Lumière et le Ciel, c'est-à-dire l’Esprit. C'est par amour qu'Ariane donne le fil d'or à Thésée afin qu'il trouve la sortie, par le haut.

Le Labyrinthe a une structure en rhizome, touffe de racines, réserve d’énergie, lieu des conjectures et des hypothèse de renouveau. Une structure en rhizome change sans cesse de forme.

Le Labyrinthe de Chartres est particulièrement intéressant par rapport au sujet à étudier, suite aux dernières découvertes du Rectorat, en effet : par projection sur le labyrinthe de la rosace de la façade de la Cathédrale consacrée à la résurrection du Christ et à la résurrection des morts, deux centres s'y « Surcentrent » pour reprendre une expression fréquente chez Teilhard, se superposent, se correspondent, :
-Le Christ en Majesté centre de la rosace
-Et le centre du labyrinthe, lieu secret de la Matière, du Cosmos et de l’Homme

La coïncidence de ces deux centres sur le labyrinthe de Chartres donne d'autant plus de sens à " LA PUISSANCE SPIRITUELLE DE LA MATIERE " à la « Sainte Matière » selon Teilhard.
 

Vendredi 12 Mai 2017 09:50


Nouveau commentaire :