Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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chapitre 2 de "Comment je Crois", éditions du Seuil


Sénanque juillet 2012 photo AMT
Sénanque juillet 2012 photo AMT
Qu'est-ce que cette transformation créatrice ? p. 31, livre de poche/ Ed. du Seuil Teilhard écrit : "acte "sui generis" (particulier) qui, se servant d'un créé préexistant l'agrandit en un être TOUT nouveau. Cet acte est réellement créateur car il exige l'intervention renouvelée de la Cause première. Et cependant il s'appuie sur un sujet, sur quelque chose dans un sujet"

et, plus loin p. 32 (ibidem.) : "TOUT mouvement bon est, en quelque chose de lui-même créateur. La création se poursuivant, à chaque moment, en fonction de ce qui existe déjà, il n'y a JAMAIS, à proprement parler, de "nihilum subjecti" (néant d'une matière sous-jacente)"

Dans les conditions énoncées ci-dessus par Teilhard, la transformation créatrice serait un développement potentiel d'un existant préalable, pouvant être activé, rendu effectif dans tous les domaines de la vie, à tous les niveaux ; à condition que quelqu’un (un "sujet") agisse et/ou se laisse agir (par la "Cause Première") ... si tant est qu'on on admette, d'une manière ou d'une autre, le postulat d'une insaisissable, énigmatique et impénétrable "Cause Première".



Les cisterciens, ordre monastique chrétien réformé dont l'origine remonte à la fondation de l'abbaye de Cîteaux par Robert de Molesme en 1098, ne sont pas un Ordre prècheur ce qui est confirmé par le fait que leurs abbayes sont toujours nichées au fond d’une vallée (et non pas sur un promontoire). Bernard de Clairvaux, (1090-1153) « tout-puissant malgré lui et condamné à gouverner l'Europe » (J. Michelet) est avant tout un moine porteur de farouches exigences. Luther l'en louera. . Bernard veut revenir aux sources du monachisme, dans une quête incessante de pureté et de rigueur, D'où ce dépouillement novateur qui prévaut dans l'art cistercien. Sa volonté est de libérer les couvents de son ordre du monde laïque et de les faire accéder à l'indépendance matérielle. Bernard est aussi un théologien mystique.

Les moines cisterciens pratiquent donc depuis presque un millénaire la transformation créatrice, co créateurs par leurs travaux qui rendent gloire à Dieu : Immenses champs de lavande en bon ordre et oliviers avec leurs produits dérivés, arbres fruitiers, potager bio, accueil des retraitants et disponibilité à leur égard, bibliothèque privée ouverte aux retraitants, entretien méticuleux de la vénérable abbaye (XIIe s.), temps de prière, … Par cette transformation créatrice, le chapitre 2 de « Comment je crois » de Teilhard devient une évidence concrète !

Dans leur boutique ouverte au public (caravanes de cars bondés : asiatiques, européens ... n'ayant accès ni au cloître, ni à la zone "retraitants", sauf dans la limite' des visites guidées) sont proposés des disques, une féconde librairie où l’on peut aussi trouver la plupart des livres de Teilhard, y compris des œuvres de spécialistes de la pensée teilhardienne tels Gustave Martelet s.j . Tous les livres, objets et produits élaborés exposés pour la vente relèvent ainsi d’une transformation créatrice en chaîne, exponentielle, qui est proposée à la liberté de choix du client…ou par la grâce de Dieu ; comment discerner ?

Autre correspondance avec Teilhard : l’efficacité de la spiritualité en tant que force unificatrice et arme pacifique contre un monde de brutes . L’abbaye est une centrale d'énergie spirituelle par la prière, la méditation et le travail,le tout ne faisant qu'un. De cette énergie, Teilhard en parle souvent et il pense même qu'il faudrait la canaliser, la développer, au même titre que tout autre système de production d'énergie. Les bons moines sont des «Chevaliers» spirituels, leur épée de lumière est invisible mais on sent sa présence.

Scandalisée par tout acte de violence et particulièrement ceux perpétrés contre les chrétiens (que ces actes soient terroristes dans certains pays, ou idéologiques en Occident), je confessai que cet état de fait génère de la haine dans mon âme, malgré moi .« Que peut-on faire, Père, prier ?" « Oui, c’est très important, il faut prier » me répondit-il entre autres.

Catholique, mais plutôt protestante par rapport à la « Confession » (1), j'ai cependant désiré poser un acte d’acceptation de l’Alliance et d’amour. Le Père proposa de m’aider pour me préparer à ce sacrement que je n’avais plus pratiqué depuis…......depuis ..….... D’autant que ma notion de « péché » s’est émoussée par rapport à certaines choses, comme pour beaucoup de mes contemporains. A ma grande surprise, le Père me dit : « Pour préparer votre confession (rendez-vous fixé pour dans quelques heures plus tard) réfléchissez sur les "Béatitudes", chapitre 5 , dans Matthieu". Et il ajouta : « Vous savez, « confesser » n’est pas seulement dire ce qu’on a fait de mal, mais c’est aussi reconnaître tous les bienfaits reçus de Dieu »… Dire que j’étais d’accord eut été un euphémisme. Que de « talents » nous sont confiés aux uns et aux autres, que nous enfouissons par manque de hardiesse au lieu de les faire fructifier. Là encore nous sommes confrontés à l'une des nombreuses applications possibles de la transformation créatrice ! (cf. parabole des talents, Matthieu, chapitre 25, versets 14 à 30, voir bas de page (2).

Puis, il fallut quitter Sénanque, havre de paix, de beauté, d'ordre, de silence, de psalmodies faites pour l’architecture cistercienne ou l’inverse. Alors qu’une lumière victorieuse rendait les pierres de l’abbaye aussi blanches que des nougats, que les parfums de la nature brûlant comme de l’encens s’évanouissaient peu à peu, en retournant au monde profane j’avais l’impression de débarquer de très très loin.

(1)-Credo : « Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés »
-« Ceci est mon Sang versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés » ( "Justification" UNIQUE et DEFINITIVE pour nos frères protestants).
-« Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir mais dis seulement une parole et je serai guéri »

(2) -Matthieu, chapitre 25, versets 14 à 30 :

Il en sera comme d'un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs, et leur remit ses biens. Il donna cinq talents à l'un, deux à l'autre, et un au troisième, à chacun selon sa capacité, et il partit. Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents s'en alla, les fit valoir, et il gagna cinq autres talents. De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres. Celui qui n'en avait reçu qu'un alla faire un creux dans la terre, et cacha l'argent de son maître. Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint, et leur fit rendre compte. Celui qui avait reçu les cinq talents s'approcha, en apportant cinq autres talents, et il dit : Seigneur, tu m'as remis cinq talents; voici, j'en ai gagné cinq autres. Son maître lui dit : C'est bien, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître. Celui qui avait reçu les deux talents s'approcha aussi, et il dit: Seigneur, tu m'as remis deux talents; voici, j'en ai gagné deux autres. Son maître lui dit : C'est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître. Celui qui n'avait reçu qu'un talent s'approcha ensuite, et il dit : Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes où tu n'as pas semé, et qui amasses où tu n'as pas vanné ; j'ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre; voici, prends ce qui est à toi. Son maître lui répondit: Serviteur méchant et paresseux, tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, et que j'amasse où je n'ai pas vanné ; il te fallait donc remettre mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j'aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt. Ôtez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents. Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents.




Jeudi 12 Juillet 2012 10:57