Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Aujourd’hui, nous avons à revisiter l’articulation entre misère physique et misère morale, selon TDC.

D’emblée, sans par la suite me permettre de contredire la pensée de l’auteur, il me vient une objection : la misère morale ne s’accompagne pas forcément de la misère physique et inversement; du moins à l'échelle d'une vie humaine, la misère morale peut être assortie d’une arrogante, d’une cynique aisance physique et matérielle.

-Le seul mot « goût » a plusieurs sens qui esquissent l’idée selon Teilhard d'une correspondance et d'une charnière entre :
-niveau physique : odeur, appétit, saveur, appétence
-et niveau psychique, intellectuel, moral : attachement, désir, passion, préférence, souhait,vocation.

-Quant au mot « vie » le sens est tout aussi complexe car il englobe toujours les deux pôles : physique et moral, vus dans un élan dynamique cher à TDC. Cette dynamique est sensible par le passage de la racine "vie", substantif, au verbe actif "vivre".

action, allant, allégresse, animation, besogne, dynamisme, efficacité, énergie, fonction, fonctionnement, , industrie, labeur, oeuvre, prospérité, ressort, travail, turbulence, vie, vigueur, vitalité, vivacité, entrain , existence, subsistance, survie,.

1) goût de vivre, ressort ultime de l’évolution

Pour bien suivre le raisonnement de Teilhard il faudrait reprendre mot à mot, sans en délaisser un seul, tout le chapitre. Des concepts balayés rapidement par les nuances synonymiques ci-dessus s’y retrouvent : Appétence (contraire de nausée… On pense à Sartre que Teilhard a lu pendant sa convalescence), dynamisme, énergie, fonctionnement, travail, construction, vie, entrain, survie ; concepts qui expliquent la complexification organisée de la matière et d’où jaillissent du fond de l’hominisation la conscience, la réflexion, le psychisme.

TDC définit le goût de vivre en tant que disposition psychique à la fois intellectuelle et affective, tout en se gardant bien de le confondre avec un phénomène fugace d’euphorie. Cette disposition, considérée dans ses formes les plus achevées, est dynamique, constructrice, aventureuse et ne se limite pas à l’instinct de conservation tout en l’incluant.

« Le mouvement vraiment spécifique du système cosmique où nous sommes plongés ne serait pas la formation des galaxies et des étoiles, -mais bien (à la faveur et en fonction de celles-ci ) la genèse des grosses molécules, puis celle des cellules, puis celle des vivants supérieurs »; c’est la montée de la conscience au sein de l’agitation cosmique.
Pour Teilhard, un tel arrangement est un effet de la sélection en faveur de la survivance du plus apte, se plaçant dans les pas de Darwin. Or, dans cette compétition, Teilhard voit plus loin que Darwin car il débusque « un sens obstiné de la conservation, de la survie » Pour le scientifique contemporain qu’est Teilhard, cette construction n’est pas due entièrement au hasard. C’est la victoire de l’improbable sur le probable, de l’ordre sur le désordre, de la vie sur la mort.

Le phénomène cosmique de vitalisation serait de nature psychique, tout comme pour l’Homme, qui n’aurait qu’à observer ce qu'il se passe en lui pour comprendre ce qu'il se passe autour de lui. Ce serait en allant au plus profond de lui-même que l’Homme percevrait (devinerait ?) le noyau insécable de vie. De ce point de vue, évidemment, on aborde un niveau spirituel ! J'utiliserais ici plus volontiers le vocable spirituel plutôt que le mot religion, stigmatisé, déformé, par des malentendus et des a priori ...

2)Le goût de vivre grandeur variable et fragile

En vertu de son hypothèse sur la nature psychique ultime de l’évolution, du fait de la variabilité d’un état psychique (à multiplier par plus de 7 milliards d’individus pour l’instant), avec des irrégularités positives ou négatives pouvant faire chanceler l’édifice,Teilhard souligne la nécessité d’approfondir les calculs sur l’énergétique de masse humaine.Ce facteur ayant des conséquences directes sur le goût de vivre, il faudrait calculer cette énergie qu’il compare à d’autres ressources telles l’uranium, le pétrole etc, afin d’alimenter cette énergie, de l’accroitre, de la soigner. Ainsi considéré, ce dynamisme psychique est vital tant pour l’individu que pour la masse humaine et le devenir de l’environnement (le cosmos) car tout est lié, et nous sommes bien placés maintenant pour le comprendre avec les effets écologiques en chaîne . Le coeur du livre "Activation de l'Energie" pourrait bien être dans le chapitre à l'étude aujourd'hui.

3) Le goût de vivre produit attendu de l’effort combiné des religions (2)

i[«(…) Parce que, à nos yeux, l’univers est en train de se découvrir comme organiquement en porte-à-faux sur l’avenir (…) les réserves de foi (c'est-à-dire la quantité et la qualité de sens religieux disponible) doivent continuellement monter dans notre monde (…) à charge toutefois, pour les croyants, d’incorporer et de sauver les nouveaux besoins religieux».

Les i["nouveaux]b"]i besoins religieux" ? Dus certainement à la complémentarité contemporaine foi/raison, à la conscience globale accrue portée par l'Homme d'aujourd'hui et de demain, à un contexte économique et social sous pression, à des technologies de communication ultra rapides qui permettent une information générale directe aux évènements du monde ... il est dorénavant difficile de faire passer l'obscurantisme des messages d'antan. L'individu doit conduire sa quête spirituelle en respectant et en conservant le sens fondateur des grands mythes (sur lesquels s'appuient certains dogmes, mais aussi la Tradition) tout en les alliant à la lumière de la raison.
Je reprends une phrase "éclairée et éclairante" de Marcel Comby, l'un de nos membres, sur la physique moderne : " l’atome admet une nature double. Ce qu’on ne savait pas jusqu’au XXième, c’est que l’atome se comporte à la fois comme une onde et comme un corpuscule, ce qui est paradoxal puisque aucune chose visible ne peut avoir deux aspects contradictoires. La physique quantique nous fait pénétrer dans un univers où l’on découvre des superpositions d’états, ce que l’on sait mettre en évidence mais qui demeure incompréhensible pour notre logique.
Pourquoi les mystères de la matière que les savants admettent aisément aujourd’hui, ne pourraient-ils pas se retrouver à un niveau plus subtil encore inconnu ?"


Pour Teilhard, l’Homme souffre surtout de théisme insatisfait. Ce qu’il rejette c’est un dieu trop petit, trop mesquin, ne répondant pas à son besoin d’adorer. L’Homme est en voie de comprendre que, s’il y a rédemption éventuelle de toute la création, elle ne peut se faire que par, dans, et avec l’Etre Ineffable. Ainsi seulement, selon Teilhard, l’hominisation pourra aller de l’avant pour compléter son besoin d’être.

« D’après et sur leur valeur d’excitation évolutive une sélection et une convergence générale des religions, voilà donc, en somme,le grand phénomène dont nous serions présentement à la fois les acteurs et les témoins ».

Les Religions -pour ceux qui les pratiquent- devraient être une voie vers le spirituel, au goût de vivre… mais ce n’est pas le cas lorsque le culte est borné dans le pré carré d’une pratique externe exclusivement. Il est indéniable que le spirituel, n’étant pas obligatoirement accolé à une confession, risque de présenter certains aléas = isolement, voie plus difficile, plus hasardeuse et parfois même douteuse s'il n'est pas inscrit dans une communauté de pensée, même élargie. Mais, considérons la religion sous ses aspects positifs : alliance de la pratique externe avec en priorité une pratique INTERNE. Par le Christianisme, nous avons le privilège de mieux percevoir, imaginer la présence, l’action permanente et le rôle d’Omega, c'est pourquoi nous avons de bonnes raisons de vouloir participer à cette Rédemption globale.

Ainsi, point n’est besoin d’être en surexcitation et en hyper activité permanentes pour savourer le goût de vivre. Prendre la vie pour un « fourre-tout » n’est pas LA solution. Le temps n’est pas nécessairement rempli par tout ce qu’on y met Un peu de lâcher prise (loi de Maslow par exemple) à bon escient ne peut que nous récréer … nous RE-créer . Avoir le droit et le goût d’exister, en cessant ponctuellement ses activités, est un bon moyen d’exister, tout simplement, en savourant la vie… Inventer son existence, la placer en silence au niveau des archétypes du possible.. Accorder son instrument et mettre ses cordes en harmoniques ...


Une bonne fois pour toutes, quel est notre désir profond : vivre ou mourir ? S’ennuyer ou vibrer de multiples désirs ? Que dit notre petite voix intérieure ?
Questions aussi nues que la lame d’une épée.

Avant d’accomplir un miracle, Jésus a toujours demandé à l’intéressé « que veux-tu que je fasse pour toi ? » comme s’il s’agissait de lui apprendre à puiser dans ses ressources "essentielles" et naturelles.

Jésus appela la foule et lui dit: "Ecoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l'homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur.(1) Mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui rend l'homme impur. » Marc VII,14-23.)

(1) par impur on peut comprendre : mélangé, frelaté, contaminé, dénaturé, hétérogène

(2) Pour approfondir et rationaliser la légitimité de la religion, vous pourriez consulter le site de l'IUP où s'exprime Jean-Michel Oughourlian professeur émérite de psychopathologie clinique à l’Université de Paris et ancien directeur du département psychiatrique de l’hôpital Américain de Paris. Dans cette interview, Jean-Michel Oughourlian revient sur le désir mimétique chez l’homme, confirmé par les neurosciences et leur théorie des neurones miroirs. Jean-Michel Oughourlian explique également les processus qui sont à l’origine de la violence, mais aussi pourquoi le sacré est quelque chose de fondamental chez l’être humain. Co-auteur avec René Girard de l’ouvrage "Des choses cachées depuis la fondation du monde". http://www.uip.edu/uip/spip.php?article710 ou en core : Sur la chaîne de l’UIP sur Youtubehttp://www.youtube.com/user/uipedu#p/a/u/0/tSz5_LlQdpw


.Jean-Michel Oughourlian est également l’auteur de “Un mime nommé désir” qui développe la théorie mimétique pour en faire une méthodologie psychologique. Il vient par ailleurs juste de sortir son dernier ouvrage "Psychopolitique" aux éditions François-Xavier de Guibert. Vous pouvez rencontrer l’auteur pour un cocktail avec signature du livre le 15 avril de 18h à 21h à la librairie Julliard: 229 Boulevard Saint-Germain 75 007 Paris (métro Solférino).






Vendredi 12 Mars 2010 19:47