Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Chapitre 16 de "COMMENT JE CROIS", éditions du Seuil
Réflexion pour le 24/01/2014
En pièce jointe : photo par Nadine YAGHLIAN, que je remercie vivement. Par Michael Elmgreen et Ingar Dragset « LE POIDS DE SOI MEME ». Cliché pris depuis le belvédère du Palais de Justice, Lyon Rives de Saône


le_poids_de_soi_meme_.docx Le Poids de Soi Meme .docx  (727.54 Ko)

La sculpture en illustration trace les deux axes d’une croix et l’harmonisation, difficile pour l’Homme ("Le poids de soi-même" !), de la double dimension qui le compose; à la fois celle du surnaturel et de la réflexion qui le porte (partie verticale) et comme partie indissociable du naturel, de la matière, qui compose la création (partie horizontale) qui est portée ; l’ensemble devant suivre la dynamique montante de l’évolution, selon Teilhard
Vue ainsi, cette oeuvre d’art interprètera le chapitre 16 que nous avons à étudier : « Une généralisation et un approfondissement du sens de la croix » pages 253 à 262. L’auteur y développe les deux représentations de la croix chrétienne qui sont : La croix d’expiation et La croix d’évolution car « Il devient de plus en plus nécessaire de reconnaître, en bonne science, que, avec l’apparition sur terre , au Quaternaire, de la conscience réfléchie (Pensés), l’Homme, classifiable zoologiquement en Mammifère-Primate, représente surtout, en fait, l’apparition sur la Planète d’une deuxième espèce de Vie (ou, si l’on préfère, d’une vie au second degré » (page 255 et plus loin, page 256), Plus loin encore, page 257 : « D’où la nécessité urgente pour l’Eglise de présenter sans tarder au Monde un NOUVEAU sens (un sens ultra-humanisé) de la Croix. »


1- D’OU VIENT LE SYMBOLE DE LA CROIX ?
La croix » ne fut pas toujours un attribut chrétien car elle est un symbole universel, bien avant l’arrivée de Jésus. La croix chrétienne ne détruit pas pour autant ce sens universel mais, au contraire, elle l’inclut, le prolonge et l’accomplit. : . « Ne pensez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes : je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir» (Matthieu 5:19)

-C’est le poisson qui fut d’abord le signe de reconnaissance entre les premiers chrétiens. En grec, la langue des évangiles, le mot poisson s'écrit « ichthus » du grec ancien ΙΧΘΥΣ, ἰχθύς / ikhthús . Chacune des cinq lettres grecques est le début d'un titre christologique que l'on traduit par : Jésus, Christ, Fils de Dieu, Sauveur, d’où le rapport étroit, du poisson et de la croix.

Une croix, n’importe quelle croix, réunit en son centre l’horizontalité de la condition TOTALE humaine, et la verticalité de toute spiritualité. Elle relie les quatre points cardinaux du monde. Elle rassemble ce qui est épars en point d’intersection, le centre.

-Dans la tradition indienne : Dans la grotte d’Elephanta, on peut voir une croix au-dessus de la tête d’un personnage. Dans une autre peinture, le dieu Krishna est représenté avec six bras dont trois tiennent une croix.

-Quand les conquistadors envahirent les Amériques, ils furent surpris de découvrir des croix dans de nombreux endroits. L’usage sacré de la croix était révéré au Paraguay bien avant l’arrivé des envahisseurs occidentaux. Au Pérou, par exemple, les Incas honoraient une croix sculptée d’une seule pièce dans le jaspe. Les Muyscas de Cumana croyaient que la croix était dotée du pouvoir de chasser les esprits mauvais. En conséquence, les enfants nouveaux nés étaient placés sous sa protection.

- La croix de vie égyptienne ou Ankh était depuis longtemps révérée.

–La croix celtique dite « croix cerclée » a été reprise, non sans raisons, par la chrétienté. Elle représente le développement du Principe Divin dans le plan de la création . Le débordement des branches de la croix celtique par rapport au cercle laisse subodorer l’immense potentiel de développement de l’être DANS et AU DELA de la sphère humaine. Là encore, aucune contradiction avec la croix chrétienne. Le cercle, symbole de l’Esprit en représente la prédominance sur la matière, la présence de l’Esprit Créateur dans la matière.

- La croix gammée : symbole que l'on retrouve en Eurasie, en Afrique, en Océanie, aux Amériques (Amérique précolombienne chez les Mayas et amérindiens Navajos et kunas) et en Extrême-Orient. Son apparition se fait dès l'époque néolithique où elle apparait dans la pré-écriture de la culture de Vinča. On peut la décrire comme une croix composée de quatre potences prenant la forme d'un gamma grec en capitale , d'où le nom de croix gammée qui lui est donné depuis son apparition dans l'art chrétien et byzantin primitif.
…On sait qu’au XXe s. la croix gammée a été satanisée par le nazisme.

Il est fort probable que nous portions tous en nous, d’une manière ou d’une autre, l’universalité du symbolisme de la croix, à des niveaux de conscience individuelle différents et qu’elle nous est transmise par «l' inconscient collectif » (noosphère ?)

-Légende arthurienne
Le chevalier en campagne qui ne pouvait pas se recueillir dans un lieu sacré plantait la pointe de son épée dans la terre et s’agenouillait devant pour prier, car elle est cruciforme du fait de son anatomie.

Le roi Arthur aurait obtenu son trône (symbole de l’Homme roi, prêtre selon le mythe de Melchizedek) en étant le seul à pouvoir retirer d’un rocher (le rocher est un symbole christique) son épée Excalibur. Rappel de l’Art Royal, non pas dans un sens monarchique séculier » mais dans le sens de la quête du Graal, calice contenant le sang du Christ, autre rappel de la Croix chrétienne…. En effet : le maniement spirituel de l’épée représente le mythique et mystique combat de l’archange St Michel contre le dragon. Or l’Archange St Michel est patron d’une certaine chevalerie …. Et aussi des parachutistes. Quel beau clin d’œil entre la Tradition et les temps modernes ! La lutte entre les antagonismes « bien » et « mal » continue donc, éternel combat de générations en générations.

Naissance de l’épée

Depuis la forge où est travaillé le lingot de métal en fusion qui donnera la lame, allégorie s’il en est du travail intérieur que peut faire tout Homme, l’épée reçoit, inflige et transmet la matière ignée, c'est-à-dire la matière pénétrée par le feu de l’Esprit.. Pour cette raison l’épée représente le Logos, le Verbe . A l’image du feu de l’éclaire qui tombe du ciel sur la terre, l’épée est aussi symbole axial de lien entre ciel et terre, tout comme l’arbre de la croix. C’est en ce sens qu’il ne m’a pas paru inutile de faire l’analogie entre la croix et l’épée… D’ailleurs le cœur du Christ en croix n’a-t-il pas été transpercé par le glaive ?

2- LA DOUBLE FONCTION DE LA CROIX SELON TEILHARD . / « Crucem sanctam subiit » chant des templiers de Jerusalem/youtube


-Rédemptrice
-Symbole de l’évolution lente et douloureuse en termes de temps humain

-Rédemptrice selon la tradition chrétienne
La mort, la dégradation, ne sont pas la rançon d'une faute originelle mais elles sont liées à la matière elle-même, sous toutes ses formes.

Une fois le pas de la réflexion franchi, dans le cadre de l’évolution de la matière, l’homme conscient n’a plus cessé volontairement ou non de « rater la cible ». Selon une source étymologique du mot péché la racine hébraïque est hatta’t, traduit par les juifs grecs d’Alexandrie par hamartia soit : l’"égarement", l’"erreur", puis "détournement", "éloignement de Dieu".

Oui, à l’évidence, l’Homme a grand besoin d’un « Rédempteur » pour être dégagé d’un « péché » certes pas « originel » mais quand même devenu héréditaire : à un moment donné, il (le péché, ou la faute, ou l'erreur, ou le mal... nommez cela comme vous le souhaitez) s’est enraciné dans le phylum humain avec tout un système d’aberrations, tout un imbroglio quant au sens de la Vie . Or pour Teilhard, cette Croix ne doit plus être regardée uniquement et seulement « sous les traits d’une épuration douloureuse » mais «elle ne doit plus briller à nos yeux, non plus SEULEMENT comme purificatrice, mais comme MOTRICE. »
Pour Teilhard, la matière doit être regardée comme une réserve d’esprit »

-Symbole de l’évolution de la matière : 'Voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5)

Le second aspect ne remet nullement en cause le premier, mais il le prolonge, le complète, le dépasse même, et il semble que ces deux interprétations, à condition qu’elles soient conjuguées et non opposées, peuvent aider la réflexion chrétienne contemporaine. Ce ne sont ni plus ni moins que deux phases décisives de la création. Pour le chrétien, Dieu s’est incarné historiquement (voir le mythe prophétique de la création dans Genèse). Désormais Esprit et matière sont unis. L’arrivée à terme de cette union mystique est, qu’on le veuille ou non, une forme de « panthéisme » évolué ( en tant que Fruit de la Terre et du travail des hommes, Parole consacrée ET consacrante), mais les mots, représentations verbales humaines, sont très en dessous de la réalité, même selon Teilhard puisqu’il a été confronté à tant d’incompréhension.

Page 260 : « Porter les péchés du monde coupable c’est identiquement traduit et transposé en termes de cosmogénèse, PORTER LE POIDS D’UN MONDE EN ETAT D’EVOLUTION »
Et plus loin en note de bas de page : « Porter le poids d’un monde en évolution, ce n’est pas diminuer la part du sacrifice, mais ajouter à la peine d’expiation celle, plus constante et contraignante, de participation en pleine conscience de la destinée humaine, au travail universel indispensable à sa réussite. »

Et Teilhard de conclure : b[ "La croix cesse de s’offrir à nous surtout (ou même exclusivement…)comme le signe d’une victoire sur le péché, pour atteindre enfin sa plénitude, qui est de devenir le symbole dynamique et complet d’un Univers en état de personnalisante Evolution. »
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Samedi 4 Janvier 2014 16:17