Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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"Ecrits du Temps de la Guerre" l'UNION CREATRICE" /réflexion pour janvier 2016
Les phrases entre guillemets, écrites en gras, sont les citations de Teilhard


Anne-Marie Tisserand / L'UNION CREATRICE
Le thème de l’Union Créatrice m’a renvoyée à celui du chapitre 2 « Comment je crois », « La Transformation Créatrice » où l’on peut lire p. 31 et 32

-" Acte "sui generis" (particulier) qui, se servant d'un créé préexistant, l'agrandit en un être TOUT nouveau. Cet acte est réellement créateur car il exige l'intervention renouvelée de la Cause première. Et cependant il s'appuie sur un sujet, sur quelque chose dans un sujet. »

TOUT mouvement bon est, en quelque chose de lui-même créateur. La création se poursuivant, à chaque moment, en fonction de ce qui existe déjà, il n'y a JAMAIS, à proprement parler, de "nihilum subjecti" (néant d'une matière sous-jacente) "

Ainsi, Union Créatrice et Transformation Créatrice se prolongent, se complètent ; ce qui n’est pas rare chez Teilhard dans le développement de sa pensée au cours de sa vie.

-1 Nature synthétique (composée) de l’Esprit

La proposition repose sur deux postulats : la " réalité d’une évolution : l’univers est soumis à un devenir " et " l’évolution universelle a un sens absolu, lequel est vers l’Esprit. "

Ces 2 postulats résultent d’inférences et d’inductions immensément étendues imbriquées et complexes, à tel point qu’ " expliquer la figure du monde revient à expliquer la genèse de l’Esprit. " Genèse secrète, observable a posteriori si l’Homme se pose la question, où réside la théorie de l’UNION CREATRICE selon Teilhard.

Il faut se représenter, à l’origine, l’Energie ouvrière du monde comme aux prises avec une pulvérulence infinie, infiniment dissociée (la base très évasée de la pyramide ou du cône de Teilhard) ". "b[ Le problème et le secret de la création ont consisté à réduire et à inverser cette puissance de dissociation, de manière à obtenir des monades de plus en plus synthétiques. L’âme, à tous les degrés (atomique, végétatif, sensitif, raisonnable) est née de cette concentration progressive de la poussière initiale. La création se fait en UNISSANT et l’union vraie ne s’obtient qu’en CREANT. "
" Chez l’Homme, les composantes organiques arrivent à se centrer (l’Homme pense qu’il pense) .. Une substance spirituelle apparait au monde pour la première fois, à savoir : le centre même de l’unification. "

" Chez l’Homme, le corps (somme des éléments unis) peut disparaître. Cependant le principe de son union lui survivra en tant que forme détachable de sa matière ; force d’union devenue séparable du tout unifié : l’âme humaine est incorruptible.
Le multiple est la face inférieure (séparable) de l’âme qui est elle-même le point de convergence (détachable) de la matière.
En vertu du mécanisme d’évolution l’UN nait sur le multiple, autrement dit : le simple se forme en unissant du complexe. ’ Dans le cycle de notre création l’.Esprit apparait au moyen de la matière
N’expérimentons-nous pas cette continuité quand nous croyons reconnaître sur nous-mêmes que la pensée est de la sensation transformée ?
"

-2 Réalité du centre de convergence de la vie

-La force qui crée le monde ne peut être qu’une attraction. Mais Teilhard pose une alternative :

- " Cette Force d’attraction serait elle noyée dans le multiple, affinité diffuse dans la poussière initiale ? "
- Ou alors " serait elle au contraire une énergie extra-cosmique dans son origine (bien qu’immanente) dans son terme ? animant les éléments matériels, et les soudant entre eux par l’afflux d’une puissance étrangère à eux (auquel cas le Centre unificateur des monades est réel et transcendant )? C’est le problème de Dieu qui se pose ici en fonction de l’UNION CREATRICE. "

Teilhard opte pour le second terme de l’alternative." L’intervention d’une énergie unifiante, distincte du cosmos, parait indispensable afin que le moindre groupement des éléments de l’Esprit puisse s’amorcer. Car par nature, le multiple ne peut ni se grouper, ni progresser en tant que puissance de dispersion. Le centre d’évolution universelle doit donc être réel et transcendant. "

-3 Le néant positif, intérêt quasi-absolu de la création

- " Quelle réalité convient-il d’attribuer à la poussière sur laquelle s’exerce l’union créatrice ? le multiple originel, assigné comme état originel dans l’évolution du cosmos, doit être pris comme ayant une existence vraie, objective, absolue." (p.201)

-" Quelle est la nature de ce substrat primitif de l’Esprit ? Il faut se le représenter , d’abord, comme une substance excessivement appauvrie et réduite.
L’union, ne l’oublions pas, ne transforme, n’additionne pas seulement : elle PRODUIT. Or, rien n’est positif que ce qui a déjà subi une première influence de l’union. Avant toute unification on ne peut parler que de négatif sous sa forme réelle ou multiple pur. ; une puissance essentielle de dissociation. . La production ex nihilo a consisté à inverser cette puissance de dispersion. « Je ne pense pas qu’il en résulte une estime moins grande ni de l’Ouvrier ni de son Œuvre
."

Il y aurait ainsi 2 actions créatrices divines :
- " la première, quasi organique ", aboutissant à l’apparition du multiple pur " (effet antagoniste de l’unicité divine) " ;
- " la deuxième, quasi efficiente, unifiant le multiple, ou création proprement dite."

-4 Qualité et quantité

" Une pyramide est d’autant plus élevée que sa base est plus large, et son angle au sommet plus aigu, de même l’être créé (dans NOTRE univers) est d’autant plus spirituel qu’il ramasse plus étroitement en soi une plus grande multiplicité initiale. (p. 203) Cet axiome entraine des corollaires intéressants :

-1 " L’univers a une puissance déterminée et invariable de développement (…) en fonction de la masse de pluralité transformée " ; d’où le célèbre « PRINCIPE D'EMERGENCE » que Teilhard énoncera plus tard dans son œuvre scientifique «Le Phénomène Humain » = " Dans le monde, rien ne saurait éclater un jour comme final à travers les divers seuils successivement franchis par l'évolution, qui n'a pas été d'abord obscurément primordial ."
Cependant, " toute la masse appelée à l’union n’obéit pas au flux qui la sollicite. A côté des unions vivifiantes, spiritualisantes, il y a des unions qui paralysent, stabilisent, matérialisent ; il y a surtout les répulsions, les divisions, les haines. "

-2 "Malgré ces pertes inévitables, il reste que la perfection spirituelle de l’univers est en raison directe de l’ampleur de sa base matérielle. La simplicité ponctiforme de l’âme se trouve ainsi rattachée à l’immensité de l’espace qui nous entoure ".

-3 "L’immensité du temps est fonction de l’immensité de l’espace " . " La multiplication des siècles est aussi nécessaire à la simplicité de l’âme que la profusion des étoiles " .

-4 " La vraie puissance n’est pas celle qui accroit le nombre mais celle qui le réduit. » La qualité est supérieure à la quantité.

-5 Transience. La vraie matière

Qu’est-ce qu’une monade ?

-étymologie : du latin monas qui signifie « mono » d’où monastère
-ruche, fourmilière, essaim
-Plotin, Pythagore : l’Un , l’Absolu, est à l’origine de ce qui existe ; autrement dit : Dieu
-Leibniz : substances simples, incorruptibles, différentes de qualité et qui sont les éléments de toutes choses et de tous les êtres ; terme qui renvoie à l’unité spirituelle élémentaire dont ce qui existe est composé.

« Si l’ on déclare les monades achevées, fermées, si on n’attribue aucune valeur métaphysique au milieu où elles baignent, il est bien clair qu’on n’arrive plus à expliquer l’influence mutuelle des substances. . Ainsi rend-on le mouvement impossible a priori quand on le réduit en fragments immobiles. » (P. 204) Or, selon la théorie de l’Union Créatrice, la transience ne soulève pas de difficultés puisque cette théorie n’admet pas l’existence de choses isolées. »

« La somme de transience de l’Univers va en augmentant sans cesse, jusqu’au jour où elle atteindra la valeur d’une immanence qui englobera toutes choses dans une sorte de même Ame ». En langage chrétien, l’instant « T » où apparaitra cette grande « Ame » qui englobe toutes les âmes est nommé parousie . Alors apparaitra la super monade nommée Nouvelle Jérusalem .

-6 Fonction morphogénique de la morale

" La somme de nos âmes est la puissance (le « néant » ) de quelque chose, qui n’est pas fait, mais qui doit sortir de leur masse. Les aspirations collectives accompagnent et aident ce travail organique, plus grand que nous, qui s’opère en chacun de nous. " (p.209,210)

-D’une part, " Incliner nos libertés à coopérer utilement à cette tâche est la fonction de la morale."
-D’autre part, " L’effort moral est la prolongation, dans nos âmes, du même dynamisme qui a donné nos corps. " (p.210)

Mais, à tout les degrés d’élaboration de notre être « la synthèse créatrice entraine des arrachements » afin de se lester du poids de l’égoïsme et d’un hyper individualisme. " L’effort moral est nécessairement accompagné de sacrifice » (p. 211)

-7 L’union dans le Christ

« Pour le croyant qui a compris -sans atténuation et sans glose- la parole de Saint Jean,
- le Christ se manifeste au cœur de tout être qui progresse, semblable à un Centre à la fois tout proche et très lointain (…)
-et en vertu même de l’existence, en eux, d’un Centre commun, tous les êtres (en dépit des apparences) se touchent en profondeur
. » (p.212)

- " Par tous ces prolongements attractifs et unifiants qui sont l’axe de toute vie individuelle et collective ", le Christ a non seulement un Corps Mystique mais un Corps Cosmique

CONCLUSION

A partir de l’analyse luxuriante, voire impénétrable de Teilhard, je vais risquer une conclusion en suivant les petits cailloux blancs que j’ai semés (les axes des sept parties du chapitre) comme le « Petit Poucet » , afin d’assurer mon retour.

- -L’Esprit est perçu par l’Homme au moyen de la matière. Par la double nature de l’Homme : matière + âme en voie de spiritualisation, dès le Commencement, un « Alpha » (de l’Omega) contient déjà tout le programme de l’évolution globale.

- -Par nature, le multiple est une puissance de dispersion, il ne peut ni se grouper, ni progresser Le centre d’évolution universelle est donc réel et transcendant.
L’union n’additionne pas seulement, elle produit. Or n’est positif (producteur) que ce qui a déjà subi une première influence de l’union créatrice.

-Nous avons vu que la qualité prime sur la quantité

La « Vraie Matière », celle qui est incorruptible, pleinement spiritualisée, est le sens originel de la création. Elle est en « puissance » de réalisation à travers les efforts de l’humanité. Rien ni personne n’est destiné à être isolé, en dépit des échecs d'union, de l’ensemble de la Création et de son devenir.

-C’est pourquoi , L’effort moral est la prolongation, dans nos âmes, du même dynamisme qui a donné nos corps. L’Homme est une créature co-Créatrice. Telle est sa grandeur.

La « Grande Ame » à l’œuvre dans chaque « grain de poussière » constituant la création ou « Sainte Matière » selon Teilhard ; cette Grande Ame qui englobe toutes les âmes de tous les temps, est « Alpha-Omega » , le Début et la fin, la Genèse et la Nouvelle Jerusalem, le Christ mystique et Cosmique.

Pour conclure et résumer ce chapitre, citons le PROLOGUE de Jean à qui Teilhard s'est référé :
1.Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.
2.Elle était au commencement avec Dieu.
3.Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle.
4.En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
5.La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue.
6.Il y eut un homme envoyé de Dieu : son nom était Jean.
7.Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui.
8.Il n’était pas la lumière, mais il parut pour rendre témoignage à la lumière.
9.Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme.
10.Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l’a point connue.
11.Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont point reçue.
12.Mais à tous ceux qui l’ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu
13.lesquels sont nés non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu.
14.Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père.


Mardi 19 Janvier 2016 07:20