teilhard de Chardin


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Il vous est probablement arrivé d’être piégé, au volant de votre voiture, dans des kilomètres de bouchon. L’impression que « ’l’âge du fer » est revenu n’est pas totalement fausse, surtout si l’on observe les réactions de certaines personnes en de telles circonstances et … fi donc de la prétendue belle évolution de l’humanité et du sens de la vie !

La pensée de Teilhard est difficile à saisir, que ce soit dans la forme ou dans le fond. C’est dans un embouteillage que, concrètement, il semble que je me sois approprié son chapitre « La montée de l’Autre » dans son livre ACTIVATION DE L’ENERGIE.

Face à l’accroissement numérique formidable de la démographie sur le volume fermé qu’est notre globe, impossible d’échapper à la sensation de surcompression, d’écrasement de l’individualité, d’épreuve dangereuse et d’impuissance même.

Pour traduire cette phase d’évolution Teilhard utilise des mots clef ou expressions qui explicitent bien un embouteillage de voitures avec des gens dedans :
Effarant accroissement numérique des centres de conscience,
"Implacable marée"
"Surcompression"
"Prise en bloc"
"Fourmilière"

Tant et si bien, qu’avec lui, nous nous demandons « si nous sommes certains que ce soit vers la
« fourmilière » que le jeu des forces interhumaines de cohésion nous aspire » en espérant que la réponse puisse être « non ».

Isolé ? l’Homme ? Non pas. Ce chapitre m’a fait réfléchir sur l’altérité. J’aborderai ce concept en quatre expériences tangibles.

Pour Teilhard, la conscience grandissante des humains est inhérente à la surcompression puisqu’elle favorise et développe l’apparition d’un troisième infini. En effet, dans le monde binaire de l’infiniment petit et l’infiniment grand Teilhard met en lumière un troisième terme, celui de l’infiniment complexe. Cette complexité distille un centre de conscience niché, en potentiel du moins, au cœur de chaque Homo Sapiens.

C’est ainsi que le super organisme de l’humanité socialisée, constitué par tous les individus, peut devenir la synthèse de tous les centres, ou encore tous les « grains de pensée » représentés par chaque personne. Cette synthèse s’opère, d’après Teilhard, dans le creuset de l’humanité et il explique qu’elle doit se transmuter en « pouvoir d’aimer ». Telle est la « splendeur » que la terre cache sous nos pieds pour reprendre l’expression de Teilhard.

1er exemple :
La capture de notre globe par le net (mot anglais qui signifie « filet ») pourrait symboliser le tissage de la noosphère qui nous enveloppe progressivement, sachant qu’elle est constituée par l’ensemble des esprits de tous ceux qui sont ou ont été des êtres humains pensants. Le net permet de transposer, de manière observable, la montée de l’esprit par et dans la matière, resserrant ainsi les rapports et la communication dits « virtuels » des êtres entre eux.

Le 2ème exemple illustre des expériences personnelles comme quoi l’individu qui prétendrait vivre retranché de ses semblables est une chimère :

-A chaque fois que j’ai rencontré en face de moi la douleur, la déchéance, l’impuissance, la mort,j’ai directement perçu, sur un autre registre que celui de la zone de sensibilité, l’altérité et l’osmose entre les êtres. Un petit coup de volant de trop sur le côté dans la conduite de ma vie, et j’aurais pu devenir ce SDF ou encore cette personne que je juge sévèrement.

-A chaque fois, aussi, que j’ai rencontré le talent, l’intelligence sous diverses formes, le courage, la dignité, l’amour. Ces contacts, même lointains ou fugitifs, m’ont améliorée.

L’empirisme de ce double constat m’a permis de toucher du doigt la profonde interdépendance des humains entre eux, un peu comme la même personne vue sur le négatif d’une photo puis sur le cliché développé. Ainsi, ai-je pu observer la construction du « super organisme » dont parle Teilhard.

3ème exemple :
Nous sentons bien le courant d’une rivière lorsque nous nageons et il serait bien étrange que nous ne percevions pas, d’une manière ou d’une autre, le formidable courant de l’esprit qui nous entraîne au-delà de nous-même.

L’homme pour l’homme est une conception philosophique et pragmatique, mais insuffisante pour donner sens à la vie car une telle conception disparaît avec la mort de chaque personne et avec l’érosion inévitable de nos constructions matérielles.

Le besoin d’infini n’est pas à réduire uniquement et définitivement au rang d’une réponse à la peur de la mort. Ce besoin de survie par delà le corps révèle une réponse possible, comme une attraction vers la dimension spirituelle. A notre besoin vital d’eau correspond l’existence de l’eau elle-même. La nature ne générant pas des besoins autres que ceux auxquels elle puisse répondre, j’ose avancer l’hypothèse qu’à notre besoin d’une réalité spirituelle correspond, là encore, une réponse possible.

Je sais que ce que je vais dire est contestable d’un point de vue scientifique mais je prends le risque : dans le cadre de la théorie de l’évolution et des informations primordiales contenues dans la matière, pourquoi ne pas imaginer que l’eau elle-même serait apparue en prévision de l’émergence, le moment venu, du phylum humain ? Après tout, je ne fais là qu’utiliser le principe d’émergence de Teilhard : « Dans le monde, rien ne saurait éclater un jour comme final à travers les divers seuils successivement franchis par l’Evolution, qui n’a pas été d’abord primordial. »

Dès lors, toujours dans le cadre du processus d’évolution, pourquoi ne pas expérimenter le pari, rationnel, de Teilhard selon qui « Ce n’est pas une baisse, c’est un afflux interne qui nous fait souffrir (…) en vue de l’éruption d’un flots d’êtres nouveaux » … L’éruption d’un super organisme humain et spiritualisé.


4ème exemple :
L’homme étant bien davantage qu’un frère pour l’homme puisqu’il en est l’alter ego, en écho à cette observation, j’entends la phrase que Ponce Pilate prononça en livrant Jésus à ses tortionnaires : « Ecce Homo ». Voici l’Homme dans sa double dimension : individuelle et universelle… Ponce Pilate ! Sans doute n’as-tu pas mesuré cette dimension universelle, mais considère que nos paroles et nos actes nous dépassent, tout comme l’œuvre d’art dépasse les intentions de l’artiste..

Lorsque ce même Jésus dit, alors qu’il est agonisant sur son arbre « Père, pardonnez leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc, XXII//34) on voit bien que la compression dont parle Teilhard n’est pas la seule cause de nos souffrances, mais que l’ignorance et l’inconscience en sont à l’origine pour une grande part.

Pour illustrer la cohésion et l’osmose des êtres dans leur altérité, j’ai devant les yeux certaines peintures du Moyen Age où la blessure au cœur du Crucifié est à droite et non pas à gauche ; ce qui ne pouvait pas provenir d’une erreur candide des artistes de l’époque car ils étaient aussi bien placés que nous pour savoir que le cœur se trouve plutôt sur la gauche.
Dès lors, pourquoi ne pas envisager que cette bizarrerie est une méthode pédagogique afin de suggérer un effet miroir ? Quand on est face à l’œuvre d’art on est comme placé face à une glace dans laquelle l’image est inversée. Notre côté gauche est placé à la droite du supplicié. Lui c’est nous, et nous c’est Lui. Ecce Homo lorsqu’il est dégradé par les conséquences multiples et toujours perverses, voire arrogantes, de l’ignorance.


Je ne voudrais ni trahir, ni instrumentaliser la pensée de Teilhard mais je dois quand même conclure ma réflexion sur La montée de l’autre.

-Le mot « montée » dans le contexte teilhardien est à comprendre dans le sens
d’augmentation, d’élévation, de poussée, d’évolution vers un certain accomplissement.

- Le mot « autre » peut être compris à 3 niveaux indissociables :

- D’abord : celui de l’individu unique en son genre et dans l’histoire de l’humanité .En réalité, les mots homme et humus ont la même racine indo-européenne ghyom qui signifie terre ; ce qui permet de ne pas éluder l’importance fondamentale de l’homme dans sa dimension toute matérielle et personnelle.

-Ensuite en tant qu’élément complexe d’un tout social cohérent plus complexe encore. « Aime ton prochain comme toi-même » … Injonction dont le corollaire est souvent occulté voire mal interprété, même dans nos lambeaux de culture judéo-chrétienne culpabilisante.

-Enfin, l’Autre, comme élément constituant de la synthèse du Super Organisme, lequel procède d’une universelle communion en cours d’actualisation en mémoire de; célébration très au-dessus d’un simple rituel de commémoration car il s’agit de notre connexion consciente et volontaire à la mémoire vive du Super Ordinateur qui a pouvoir de gérer la création et la créature : Là, je veux évoquer le Point Omega; Point de convergence agissant et attracteur, Présence à la fois en nous et en dehors de nous, historique et transhistorique.
« J’avais faim, et vous m’avez donné à manger, j’avais soif, et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli » XXV/Matthieu.

Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Dimanche 30 Novembre 2008 à 09:04 | Commentaires (0)