Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Chapitre XIV, COMMENT JE CROIS, éditions du Seuil
Réflexion pour octobre 2013


Phénomène, définition : Façon dont une chose du monde physique (objet, action…) ou psychique (émotion, pensée…) se présente à notre esprit (conscient ou non), par opposition à ce qu'est en soi la chose réellement existante. Par exemple, je vois un arbre, des couleurs (phénomène), mais qu'est-ce qui est réellement ? Nous n'en savons rien, que ce soit intuitivement, scientifiquement ou métaphysiquement.

Au phénomène peut s'opposer le noumène, ce qui existe mais n'est pas perceptible par les sens, bien que compréhensible par l'intellect. Le noumène est distinct de la chose en soi car il en est la partie imperceptible, qui ne se manifeste pas en un phénomène. (Le noumène pourrait être le "dedans des choses" selon Teilhard).

Chrétien, définition :
-Baptisé; Trois sortes de baptêmes : le baptême d'eau, le baptême de sang et le baptême de désir. Cependant il n'y qu'un seul sacrement de baptême.

-Qui tend à se conformer aux enseignements de Jésus-Christ, vrai Homme et vrai Dieu, mort et ressuscité, le « Rédempteur » c'est-à-dire le Libérateur ; Celui qui n’est pas venu abolir les lois de la création mais qui est venu les « accomplir », procéder à leur aboutissement.

-Pour le chrétien, la présence du Christ, est à la fois :
-sensible dans l’eucharistie (ou par les yeux de la foi pour certains) et par sa traçabilité humaine de l’histoire dans les Evangiles.
-invisible avant et après la vie de Jésus sur terre,



Il me semble que Teilhard traite et développe Le Phénomène Chrétien avec les deux modèles, le phénoménal et le nouménal, ce qui pourrait surmonter des clivages, mais encore pas tous. C’est par rapport à l’aspect noumène qu’un lecteur risque de « coincer », particulièrement s’il ne partage pas la même foi. Pourtant chez Teilhard la vision scientifique et le regard mystique sont dans une logique d’interactions, eu égard à des valeurs chrétiennes évoluées ou a une interrogation évoluée tout court.

PROLOGUE (pages 233-234)

-Prégnance diffuse du christianisme dans la civilisation occidentale.
Page 233 : « Qui pourrait dire (…) tout ce qui circule d’évangélisme, non seulement potentiel, mais héréditaire, dans le matérialisme le plus stalinien ? »

-Mais que dire du présent et, encore plus, de l’avenir du christianisme ?

Page 234 : « Il semble possible de déterminer l’orbite cherchée, et de reconnaître, sur bonnes données objectives, que, au-dessus de nos têtes, l’astre céleste, loin de décliner, poursuit toujours (et parait destiné à poursuivre jusqu’u zénith coïncidant avec celui de la Pensée terrestre elle-même)sa marche ascendante, à travers un perpétuel renouveau de netteté et d’éclat. »
Par l’allégorie de « l’astre céleste »Teilhard utilise une image traditionnelle du Soleil-Christ, conférant au phénomène chrétien (page 234) « une valeur exactement coextensive, en intensité comme en durée, aux développements prévisibles de l’humanité. »


(I)CHRISTIANISATION ET MONOTHEISME

-Le paléontologiste Teilhard constate que « l’Homme est entré sans faire de bruit » (cf. Le Phénomène Humain), sans témoignages possibles, car les origines de la saga humaine se perdent au fond de l’épaisseur insondable du temps.

-(page 235) « Comme d’habitude en matière de « spéciation » ou de phylogénèse, les premiers stades de ce développement religieux échappent à notre vision distincte, aussi bien dans leurs modalités mystiques que dans leur répartition ethnique et géographique »

-Il en va de même pour l’apparition sur terre de l’homo religiosus :

(page 235) : « A priori aussi bien qu’à postériori, le monothéisme a toutes sortes de droits pour être considéré comme une des principales formes élémentaires (…) du sentiment religieux »

-Une interprétation « visionnaire » d’émergence typiquement teilhardienne : (page 236) :

« Irrésistiblement, autour de nous, par tous les accès de l’expérience et de la pensée, l’Univers va se liant organiquement et génétiquement sur lui-même ».

-Et cela, sous la forme de noumène d’une « Christologie étendue aux nouvelles dimensions du temps et de l’espace, profondeur phylétique du christianisme (…) : Monothéisme non plus seulement de domination, mais de convergence, au sommet duquel, par action victorieuse de l’amour sur les forces cosmiques de multiplicité et de dispersion, rayonne et se plérômise (suivant l’expression biblique) un Centre Universel des choses. » (page 237).

(II)MONOTHEISME ET NEO-HUMANISME (pages 238 à 240)

-Pression d’évolution / le goût de vivre:
« Un certain ressort ou dynamique sans lequel les mécanismes évolutifs resteraient fatalement aussi inertes qu’un moteur auquel on aurait oublié de fournir sa réserve d’essence ». Que la transformation des espèces s’opère du dehors par effet de sélection naturelle (néo-darwinistes), ou au contraire du dedans par effet d’invention (néo-lamarckiens) "il est nécessaire d’imaginer, au cœur de l’être animé, une certaine polarisation ou préférence en faveur du « survivre », si non même du « super-vivre ».

-Les rescapés de la mine :

« Imaginons un groupe de mineurs pris, par accident, au plus profond de la terre. N’est-il pas évident que ces rescapés ne se décideront à la peine de remonter la galerie où ils se trouvent que si, au-dessus d’eux, ils peuvent présumer l’existence 1) d’une issue et 2) d’une issue s’ouvrant sur du respirable et du lumineux ? Eh bien, pareillement à une génération (la nôtre) brusquement confrontée avec la réalité d’un long et pénible effort à donner pour atteindre la limite supérieuer, toujours plus reculée, de l’humain, il serait inutile, je prétends, de dire de marcher si, en avant de nous, nous pouvions soupçonner que le monde est hermétiquement clos, ou qu’il ne débouche que sur de l’inhumain (ou du sous-humain) ».
L’histoire des mineurs veut dire que « la seule forme d’univers compossible avec la présence et la persistance d’une pensée sur terre implique un système psychiquement convergent sur un foyer cosmique de conservation et d’ultra-personnalisation »

Reprenant les mots clef de Teilhard, il s’agit d’une exigence biologique péremptoire, d’un ressort et d’une dynamique capables d’exercer une pression d’évolution vécus, tout simplement, en tant que goût de vivre. Ces conditions réunies sont favorables à l’apparition d’une aspiration supérieure, celle du monothéiste des origines mais, cette fois, évolué, adapté aux conceptions modernes.

(III)CHRISTIANISME ET AVENIR

Ces étapes dans l’évolution au cours du temps ont un énorme impact psychologique dans la noosphère (sphère de la pensée), «rencontre ni plus ni moins de l’En-Haut avec l’En-Avant » ; tout en intégrant sur la continuité de l’axe chrétien le «torrent plus nouveau, mais rapidement grossissant, du sens de l’évolution. » Telle est l’analyse prévisionnelle de Teilhard, «anticipation conjuguée d’un surhumain transcendant et d’un ultra-humain immanent" ; deux courants qui convergent et confluent pour le «mystérieux processus planétaire de l’Hominisation» dans sa double nature : matière et esprit.
Le phénomène chrétien selon Teilhard devrait aboutir à un « ultra-monothéisme » de plus en plus christifié qui amorise l’évolution.

Faut-il voir la création, terre comprise, comme un seul et même être en gestation, mis au monde dans les douleurs de l’enfantement, selon la Genèse ? Organisme « phénoménal » et gigantesque dans lequel chaque partie fonctionne pour un seul corps, une seule Ame, laquelle donnerait souffle, vie et identité à toutes les composantes de cet organisme démesuré ?

En réponse à la question, écoutons une phrase souvent attribuée à St Augustin, du moins dans son sens, car c'est Pascal qui a trouvé la formule utilisée (chapitre 10 des Confessions) : "Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais pas déjà trouvé" lui dit le Christ, Centre des centres.

Photo : et ce n'est qu'une galaxie parmi des centaines de milliard d'autres ... la taille de l'univers est inimaginable ! Alors que pourrait-on dire du Centre des centres, Omega ?
Anne-Marie Tisserand / LE PHENOMENE CHRETIEN

Jeudi 10 Octobre 2013 18:16