Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






Interprétation possible des 5 cercles selon Teilhard


Anne-Marie Tisserand / PENTAGRAMME du  MILIEU MYSTIQUE DANS la CREATION
pentagramme.docx pentagramme.docx  (134.96 Ko)
Ce chapitre semblait, en apparences, facile à synthétiser du fait de l'ordre en 5 cercles donné par Teilhard, cependant il n'en est rien car chaque étape ne se stratifie pas nettement mais est en osmose avec la suivante ... ou la/les précédente(s) ! Il y a manifestement interpénétration du fait de la "Présence initiale" du 1er cercle qui est d'ores et déjà un tout en tout qui ne fait qu'un. Présence unique , fondamentale, du Christ cosmique par qui « nous sommes présents les uns aux autres » . Elle est un « milieu universel » qui immerge et infuse, toute manifestation de la vie, passée, présente et future : passage de la transformation créatrice par l’Alpha jusqu’à l’Omega, « le Début et la Fin » du « JE SUIS ».(cf Apocalypse)

Les 5 cercles nommés successivement sont : La Présence, La Consistance, l’Energie, l’Esprit et la Personne. J’ai concentré le contenu des 5 cercles dans un emblème géométrique, nommé aussi étoile à 5 branches, où s’inscrit« l’Homme parfait » (je préfère le terme « Homme accompli"). Ce dessin selon Vitruve (architecte romain génial né aux environs de 90 avant JC et mort en 15 après JC) a été enrichi par la philosophie humaniste de la Renaissance de Léonard de Vinci qui en fit une icône, toujours célèbre de nos jours. L’homme est inscrit dans l’étoile, elle même inscrite dans un cercle.

Avant d’aborder les 5 cercles, mentionnons rapidement la symbolique du nombre 5 et celle du cercle. Nous observerons que ces 2 symboles convergent avec la pensée de Teilhard.

LE NOMBRE 5

Pour présenter un texte qui ne soit pas trop chargé dans le cadre de nos réflexions, j’ai dû me limiter dans la longue liste symbolique possible du nombre 5. Je n’ai choisi que quelques exemples particulièrement parlants. Un symbole implique un système, c'est-à-dire une complexité organisée, variée (elle comporte plusieurs éléments), interactifs, les éléments agissent les uns sur les autres, dans un ordre adapté à chaque personne.

-5, comme les 5 plaies de Jésus

-5 comme un triangle rectangle dont les deux côtés de l’angle droit ont pour valeur 3 et 4 et, pour hypoténuse 5. (théorème de Pythagore) Or, si 3 représente le Créateur s'exprimant dans le fini, le binaire par immanence, - 4 symbolise le monde naturel, champ des oppositions, accrues au carré, soit par 2(système de complexification teilhardien de la matière).Ces antagonismes disent que rien de bien ne peut se produire sans un élément nouveau, le 5 (l’hypoténuse), de sorte que 5 est au 4 (un des côtés du triangle rectangle) ce que le 3 (l’autre côté) est au 2 Cela se vérifie par équerre (triangle rectangle), symbole d’exactitude, de rigueur, pour passer à l’unité du 5 c'est-à-dire : L’Homme accompli créé par Dieu et pour Dieu, afin d’être capable d’ harmoniser ce qu’il pense avec ce qu’il dit, ET ce qu’il FAIT.

-5, comme les 5 sens, par lesquels nous percevons et vivons le monde en interdépendance continuelle. Ils ne se limitent pas à une perception, mais permettent selon Teilhard, une relation mystérieuse car la sensation n’ est que « la surface du mystère de la Connaissance. " Quand le monde se manifeste à nous, c’est lui, en réalité, qui nous prend en lui, et nous fait nous écouler en quelque chose de lui, qui est partout en lui et qui est plus parfait que lui. » écrit Teilhard.

- 5 sens, seulement ? Non, car pour Teilhard, du fait de l’Incarnation, il faut en considérer 5+1, le 6ème étant celui de l’énigmatique « éther » pouvant être représenté par le rayonnement du point d’intersection de l’axe vertical (monde spirituel) et de l’axe horizontal (monde matériel) d’une croix constituée par l’Homme dans l’étoile ; réplique de Jésus en croix. Ce point représente la synthèse matière-Esprit dans la création selon Teilhard.

Telle est l’ une des traductions possibles du sens profond du nombre 5 choisi par Teilhard.

« Un son très pur est monté à travers le silence ;une frange de couleur limpide a trainé dans le cristal ; une lumière a passé au fond des yeux que j’aime… »
Teilhard est sidéré (étymologie de sidérer : qui a rapport aux astres, heureuse coïncidence avec l’étoile à 5 branches) par la révélation d’une présence portée par trois « petites flèches » matérielles qui dardent en lui un feu sacré : un son, une couleur cristalline, une étincelle fugitive dans un regard aimé.
L’instant est quasi subliminal mais en fait c’est un instant d’éternité qui saisit Teilhard dans son être, « là où les facultés de l’homme sont si étroitement groupées qu’elles ne forment plus qu’un point. » Teilhard se dit saisi bien davantage qu’il ne peut saisir.

LE CERCLE

L’attrait de Teilhard pour le cercle procède d’une chaîne continue aux origines « paléontologique » de la Tradition transmise depuis les temps les plus obscures à travers le monde. En effet, du simple cercle éphémère tracé à main d’homme sur le sol pour séparer un espace sacré entre le visible et l’invisible, puis, le cercle devenu symbole d’interdépendance entre ciel et terre où est à l’œuvre la présence de l'Esprit divin immanent dans la création, on a, ici, la représentation de l’unité dans le multiple et du multiple dans une unité possible.

-La croix celtique inscrite dans un cercle est très antérieure au christianisme. Elle est l’allégorie des possibles humains dans l’alliance terre-ciel. Quand la croix parvient à l’extérieur du périmètre du cercle, elle signifie que les possibles normaux ont été dépassés par des capacités particulières d’ordre spirituel ou sur naturel.

-La roue solaire évoque de manière évidente une dynamique entrainant les éternels recommencements ainsi qu’une évolution.

-L’architecture sacrée : mégalithes, tumulus, cercle tracé par le maître d’œuvre pour la construction d’une église afin de délimiter le chœur de la nef et d’orienter l’édifice ; les précieuses rosaces gothiques, et tant d’autres exemples.

-L’Hostie perd sa forme de pain entre les Xe et XIe siècle pour des raisons de commodités de rituel ; principalement pour éviter la chute de toute parcelle du Pain consacré. Il n’empêche que le Corps du Christ a pris l’apparence d’un cercle, incluant et "accomplissant" tout son poids anagogique antérieur = "Je ne suis pas venu abolir la loi ancienne, mais l'accomplir"

Conclusion transitoire :
Tout cela dit, nous allons pouvoir passer aux cercles successifs selon Teilhard. Quelques citations, très claires, en étayeront le sens:
Considérons les 5 cercles comme des accroissements séquentiels du « dosage » de la Présence divine dans l’ Homme et dans l’univers ; non pas dans l’ Essence car Dieu ne peut être que tout en tout, l’ Infini ne se divisant pas (un point sur l’infini est partie intégrante de l’infini), mais dan la prise de conscience progressive de chaque homme sur terre.

Le cercle de LA PRESENCE

Ce «quelque chose » ce « seul essentiel de l’univers » ce contact indicible, cette auréole autour du monde, tout homme devrait pouvoir les percevoir par fulgurances . « Le mystique dit Teilhard, est celui qui est né pour donner à cette auréole la première place dans son expérience. »

Incessamment, le réel nous rappelle à la conscience passionnée d’une expansion plus grande et d’une débordante unité »

L’homme absorbé par les exigences de la vie pratique, l’homme exclusivement positif, ne perçoit que rarement cette deuxième phase , celle où le monde, qui est entré, se retire de nous en nous emportant. Il est médiocrement sensible à l’auréole émotive, envahissante, par laquelle se décèle à nous , en tout contact, le seul Essentiel de l’Univers »

Ce que tu as vu passer, comme un monde, derrière le chant, derrière la teinte, derrière les yeux, (les 3 « petites flèches » citées plus haut) n’est pas ici ni là : c’est une Présence répandue partout, Présence unique des autres présences, par qui nous sommes tous présents les uns aux autres. »

La pratique d’une mystique est le contraire du drame de la séparation qui se joue en « Eden » car la Présence divine est diffuse en tout, partout. Le cheminement mystique est une sorte de retour vers notre véritable identité, accroissant ainsi le gout de vivre. Trop beau pour être vrai ! prétend un grand nombre et je pense à l’aveu d’évidence scientifique, tristement célèbre « eppure si muove” (et cependant elle tourne) de Galilée.

Il n’existe qu’un seul sentiment fondamental à la base de toutes les mystiques : l’amour inné de la personne humaine, étendu à tout l’univers »

Le cercle de LA CONSISTANCE

Quoi de plus naturel qu’une Présence, relevant du chimérique pour qui n’en a pas fait l’expérience, prenne Consistance une fois l’effet d’ébahissement passé ? Alors, s’esquisse « progressivement la Forme et les attributs d’un élément ultime, en qui toute chose trouve sa Consistance définitive » « Support unique » , « Ame absolue » , « Réalité synthétique « « Principe incorruptible du cosmos » « Ô triomphe » exulte Teilhard pour qui « la jouissance et les épanouissements sont indispensables à l’éveil et à l’entretien du goût mystique. »

Le cercle de L’ENERGIE

« Certaines énergies axiales ou âmes collectives sont, dans l’ensemble, irréductibles à l’industrie et à la pensée. C’est au mystique qu’est réservée la tâche de s’emparer du monde là où il échappe aux autres. »

« Que notre perception grandisse, sans fin, des puissances secrètes qui dorment, et des infiniment petits qui grouillent, et des immensités qui nous échappent parce que nous n’en voyons qu’un point. »

« L’opération créatrice de Dieu est un feu qui anime ceux qu’Il touche (…) c’est donc en VIVANT que nous devons nous prêter à elle. » Pour capter un peu plus de l’Energie Créatrice, " il faut développer sa pensée, intensifier son activité extérieure car la créature doit travailler, si elle veut être créée davantage. »

Le cercle de l’ESPRIT

Dans, avec et par l’action Créatrice(…) du cercle de l’Energie, le mystique « considérait , presque à l’exclusion des objets créés, l’Energie créante qu’il sentait couler dans sa vie comme une sève. » selon « deux invariantes, son être et Dieu, « en voie de se réunir à travers la surface de contact offerte par les choses palpables. » Cet homme en voie de divinisation est un « lieu » immortel de l’univers, le « Royaume ». Le travail humain « ne l’intéresse plus seulement en tant qu’OPERATION » de co-création « mais en tant qu’ŒUVRE (opus) conditionnant la Présence de Dieu parmi nous ».

« L’Esprit est le terme poursuivi par la nature en ses longs travaux. » (…) « Un intérêt très supérieur aux réussites individuelles est en jeu. »

« Que les hommes ,devenus plus conscients et plus forts, se groupent en organisations riches et heureuses, où la vie mieux utilisée, rend cent pour un ! Que l’univers fournisse à notre contemplation les symboles et les formes de toute Harmonie et de toute Beauté ! »

« Il ne s’agit plus seulement pour l’initié -comme dans le cercle de l’Energie- de courir à la flamme et de s’y perdre en restant lui-même. Le moment est venu où la propre substance de la créature doit, sous l’emprise divine, devenir élément constitutif de l’univers régénéré. »

« Que ceux qui ont des oreilles entendent »(Matthieu XIII-13) ajoute plus loin Teilhard

Le cercle de LA PERSONNE

« Peu à peu , le milieu mystique s’est développé, et il a pris une forme, divine et humaine » Il est devenu Quelqu’un.

« Quel est le nom de cette Entité mystérieuse qui est un peu notre œuvre, et avec qui surtout nous communions, qui est quelque chose de nous-mêmes, et qui cependant nous subjugue, qui a besoin de nous pour être, et qui, en même temps nous domine de tout son Absolu ? »

L’Homme de culture chrétienne connait son nom : Jésus-Christ. L’homme seulement cartésien peut le nommer : Alpha-Omega.

Jeudi 29 Octobre 2015 11:15