Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Photo : Fontaine de Trevi, Rome

"Comment je crois", éditions du Seuil
Réflexion pour septembre 2013

En référence à l'intervention du Professeur Bruno Pinchard qui, à l'époque du colloque du 26/9/2009 à L'université Lyon-3, avait accueilli notre Association Lyonnaise Teilhard de Chardin en tant que Directeur de l’Ecole Doctorale de Philosophie . Lors de son intervention Bruno Pinchard nous avait fait découvrir, entre autres, les aspects "baroques" de l'écriture de Teilhard de Chardin et cette proposition m'a depuis fait réfléchir.


Anne-Marie Tisserand / Vous avez dit « baroque » ? / chapitre 12   SUGGESTIONS POUR SERVIR UNE THEOLOGIE NOUVELLE
1- Le baroque :

une révolution culturelle ou « contre Réforme », heureuse initiative de l’Eglise à partir du XVIe s jusqu’au XVIIIe s en Europe et en Amérique latine.

Le lien entre « l’Avertissement » et la première partie (A) du chapitre XII , pages 203 à 206, est que, justement, j’y ai spécialement remarqué l’ estampille de quatre des sceaux du baroque bien adaptés à Teilhard : Luxuriance, étrangeté, méthode et spiritualité . Une révolution est annoncée, au-delà d’un « changement dans la continuité » selon l’adage bien connu.

Ne nous y trompons pas : la libération baroque n’évacue pas un n’importe quoi tripal et donc excrémentiel. Il s’agit d’une volonté, d’un désir qui libère la noblesse de l’Ame humaine. Dès lors, cette libération passe par le contrôle virtuose des disciplines techniques : littérature, philosophie et spiritualité, musique, peinture, architecture, sculpture ; artisanats divers dont tapisserie, orfèvrerie, lutherie, facteurs d’orgues ou de clavecin (clavier inséparable de la musique de Vivaldi, Padre Solaire, Scarlatti, Couperin (Barricades Mystérieuses »), Rameau, Pancrace Royer (son stupéfiant « Vertigo »),Purcell, Bach, etc…) Ecoutez, goûtez, le discours musical de Jordi Savall ! Comprenez combien Glenn Gould, malgré ses accès de folie, a ressuscité Bach des pesanteurs martiales où il avait été fossilisé; Admirez l'élégance sans faille du baroque par William Christie; les phénoménales fioritures et appogiatures vocales de Cecilia Bartoli.
Nous trouvons aussi « l’Utopie » ou étymologiquement « pays de nulle part » de Sir Thomas More (1478/1535) ; Alcofribas Nasier pseudonyme-anagramme de François Rabelais et son « Abbaye de Thélème », autre utopie avec chiffrage protecteur sous-jacent ; sans oublier de nos jours Frédérick Tristan et l’une de ses œuvres « La Serenissime » ; des peintres comme Jérôme Bosch (1453/1516), Arcimboldo ( (1527/1593), Salvador Dali, Thierry Poncelet (né en 1946 à Bruxelles), etc…(voir note de bas de page 1) Et, pour couronner le tout, je vous propose d'aller sur Leonidas Kavakos Bach Partita no.2 Sarabande - YouTube... avec quelle paix l'interprète émerge de la complexité d'écriture de Bach. Un seul mot à dire : Alleluia.

Cet état d’esprit, cette exubérance, s’expriment à travers une méthode rigoureuse qui tamise les scories afin de ne filtrer que la Belle Ame du monde (qui, pour un teilhardien, un chrétien catholique, est l'Alpha-Omega, le Christ Universel et transhistorique); cette Essence permanente insufflée à travers les âges est le Ressort, la Dynamique de l’évolution, la plus avant-gardiste , la plus improbable soit-elle.. N'est-il pas dit que "l'Esprit souffle où il veut" ? Reste à savoir le discerner ! Ce qui ne peut pas se faire au pied de la lettre.

2- Partie A (p. 204 à 206) La situation religieuse présente / FOI EN DIEU ET FOI AU MONDE : Une synthèse nécessaire

Dans ce passage, il y a relation entre la sauvagerie primordiale et structurée du « Sacre du Printemps » de Stravinsky (voir note de bas de page 2) et l’exubérance « baroque » des mots choisis avec discernement par Teilhard car son style est bien baroque au sens de luxuriant, étrange (inspiré), méthodique et empreint de la plus haute spiritualité. Les mots que j’ai soulignés signalent la correspondance Stravinsky / baroque teilhardien.


-Mugissement des vagues sociales
-Bruits discordants qui montent en ce moment de la masse humaine résonnent à la mesure d’une note fondamentale unique, la foi et l’espérance en quelque salut lié à l’achèvement évolutif de la terre. Non le monde moderne n’est pas irréligieux, bien au contraire. Seulement en lui, par brusque afflux à dose massive, d’une ère nouvelle, c’est l’esprit religieux dans sa totalité et son étoffe même, qui bouillonne et se transforme
-Eruption ici, émergeant du tréfonds de la conscience humaine, une montée native, tumultueuse d’aspirations cosmiques et humanitaires, irrésistibles dans leur ascension, mais dangereusement imprécises et plus dangereusement encore « impersonnelles » dans leur expression :

La société crie son besoin dans des extravagances juvéniles, pas toujours du meilleur goût, mais ce qu’il faut en retenir c’est l’expression d’aspirations irrépressibles de « baroque » … et, surtout, de réponses sans feintes. Car, pour un catholique, il n’est pas idéal de se sentir libre, sincère et heureux au sein de l’Eglise……malgré Elle ! Cette Eglise recèle un trésor dont elle est gardienne mais non propriétaire (en tant qu'Instance humaine AUSSI ) : le Mystère de la Vie, à la fois si proche et si lointain.

Ce n’est pas un seul langage que l’Eglise doit oser pour transmettre et placer ses dogmes, dans les lumières scientifiques contemporaines, mais la COHERENCE de PLUSIEURS langages en fonction des personnes visées. Reconnaissons-le, ce travail est en cours à maints égards, quand bien même il est encore confidentiel.

Avec, par exemple, le Pape François, l’Eglise n’a pas grand-chose à se reprocher sur l’axe horizontal de la Croix que sont les actions humanitaires et le sens moral universel. Par contre, sur l’axe vertical de cette même Croix il y a beaucoup à RE-faire. Ces deux axes sont, pourtant, indissociables. C’est en leur point d’intersection que rayonne, tous azimuts, du microcosme au macrocosme, le Centre de Conscience de l’Homme-Dieu. C’est à partir de ce Point d’Intersection que fleurit la rose rouge de l’art baroque.


« On entend souvent dire que, religieusement parlant, la terre est en train de se refroidir. En réalité, elle n’a jamais été aussi ardente. Seulement c’est un feu nouveau.

L’Homme s’est indubitablement éveillé, depuis un siècle, à l’évidence qu’il se trouve engagé, sur un plan et à ]i des dimensions cosmiques, dans un vaste processus d’anthropogénèse. Or le résultat direct a été de faire surgir ,hors des profondeurs juvéniles, « magmatiques » , de son être, une poussée encore informe, mais puissante, d’aspirations et d’espérances illimitées.

pages 205 et 206 :
-LA NOUVELLE FOI AU MONDE
Ici, représenté par l’Humanisme moderne, une sorte de néo-paganisme, gonflé de vie, mais encore acéphale. (…) Les nappes d’un cône prodigieusement élargies, mais incapables de se fermer sur elles-mêmes : un cône sans sommet.

-L’ANCIENNE FOI EN DIEU
Là, figurée par le christianisme, une tête où le sang ne circule plus qu’au ralenti. (…) Un sommet qui a perdu sa base
Poser le problème c’est à mon avis le résoudre. Foi au monde et foi en Dieu, les deux termes, loin d’être antagonistes ne sont-ils pas complémentaires par structure.
Il est clair que, pour que la synthèse se fasse, le christianisme doit, sans modifier la position de son sommet, ouvrir ses axes jusqu’à
embraser, dans sa totalité, la nouvelle pulsation d’énergie religieuse qui monte d’en bas pour être sublimée

3- ECHANTILLONS DU DEVELOPPEMENT DE LA DEMONSTRATION DE TEILHARD

3-1—Nécessité d’Une nouvelle orientation théologique : le Christ Universel (p. 207 à 213
Nous ne comprenons pas pourquoi, par simple « bienveillance », un Dieu a pu s’engager dans un tel déchaînement de souffrance et d’aventures »(p.213) : Sans création, d’abord, quelque chose manquerait absolument à Dieu considéré dans la plénitude, NON PAS DE SON ETRE, mais de son acte d’union

Inutile, superflu, sur le plan de l’être, le créé devient essentiel SUR LE PLAN DE L'UNION. (…) l’immensité organique de l’univers nous oblige à repenser la notion d’omni-suffisance divine.

-Dans la conception ancienne (l’ancienne foi citée plus haut) Dieu pouvait créer instantanément, des êtres isolés, aussi souvent qu’il Lui plaisait

-La nouvelle foi au monde implique un processus évolutif (…)
Reconnaître que Dieu ne peut créer qu’évolutivement résout radicalement, devant la raison, le problème du mal en tant qu’effet direct de l’évolution et explique en même temps la manifeste et mystérieuse association de Matière et Esprit.

D’où les relations du Christ avec le monde.
Le travail théologique aujourd’hui à entreprendre sera de se concentrer sur la montée dans la conscience chrétienne, de ce qu’on pourrait appeler Christ Universel. Jusqu’ici, explicitement, la pensée des fidèles ne distinguait guère, en pratique, que deux aspects du Christ : l’Homme Jésus et le Verbe-Dieu.

Or il est évident qu’une troisième face du complexe théandrique demeurait dans l’ombre : (…) le mystérieux personnage super-humain partout sous-jacent (…) Celui en qui tout a été créé, Celui en qui tout subsiste..

Le monde chrétien passe du concept d’un Christ Rédempteur à celui d' un véritable Christ Evoluteur (Celui qui porte AVEC les péchés, tout le poids du monde en progrès (…) élévation du Christ historique à sa fonction physique universelle ( j’ajouterai spirituelle) ; osmose, synthèse, interactions entre cosmogénèse et christogénèse.

3-2 Une nouvelle orientation mystique : L’AMOUR DE L’EVOLUTION

Quelqu’un est en gestation dans l’univers, et non plus seulement quelque chose.
(…) Le Christ Universel naît et se complète en chacun de nous


CONCLUSION

Ainsi la création dans sa totalité est "dynamisée", "universalisée" (et non plus strictement limitée à la planète terre et aux bons chrétiens), « panthéisée » ou eucharistiée car c’est ainsi que les deux axes de la Croix chrétienne sont bien vivants et consacrés, en tant que « Fruit de la Terre et du Travail des Hommes »

Dans cet acte d’amorisation (p.216) : toutes les formes possibles d’intellection et de volition se découvrent (…) indéfiniment sublimables, synthétisables.
Une « super communion » entre le Christ Universel et l’Homme, s’opère, sans fusion ni confusion ; car l’amour différencie et personnalise ses termes en les unissant).

L’art baroque a un très bel avenir devant lui !



-Note de bas de page 1 : sans oublier ni le ballet final du "Bourgeois gentilhomme" de Molière, à la fois si drôle et embelli par la musique de Lully, ni le film "Tous les matins du monde", roman écrit par Pascal Quignard et publié en 1991 puis adapté la même année au cinéma sous le même titre par Alain Corneau.


-Note de bas de page 2 : Références wikipedia

-Orchestration finale datée du 8 mars 1913
-Le Sacre du printemps ne comprend pas d'intrigue. « C'est une série de cérémonies de l'ancienne Russie », précise le compositeur en interview le 13 février 1913
-Voici les notes de programme que les spectateurs avaient entre leurs mains lors de la première représentation, le 29 mai 1913:

« Premier tableau : L'Adoration de la terre
Printemps. La terre est couverte de fleurs. La terre est couverte d'herbe. Une grande joie règne sur la terre. Les hommes se livrent à la danse et interrogent l'avenir selon les rites. L'Aïeul de tous les sages prend part lui-même à la glorification du Printemps. On l'amène pour l'unir à la terre abondante et superbe. Chacun piétine la terre avec extase.
Deuxième tableau : Le Sacrifice
Après le jour, après minuit. Sur les collines sont les pierres consacrées. Les adolescentes mènent les jeux mythiques et cherchent la grande voie. On glorifie, on acclame Celle qui fut désignée pour être livrée aux Dieux. On appelle les Aïeux, témoins vénérés. Et les sages aïeux des hommes contemplent le sacrifice. C'est ainsi qu'on sacrifie à Iarilo, le magnifique, le flamboyant dans la mythologie slave, Iarilo est le dieu de la nature. »


Mardi 20 Août 2013 11:30