Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Chapitres 2 et 3 d' "l'Avenir de l'Homme"


Les thèses proposées par Teilhard dans les chapitres 2 et 3 de « L’AVENIR DE L’HOMME » sont prenantes ; que l’on soit pour ou contre. Voici rapidement mon choix parmi les grands sujets abordés :

Chapitre 2 HEREDITE ET PROGRES :

-Education et vie

Par son caractère d’additivité dirigée (caractères acquis) la vie ajouterait sans cesse à elle-même de nouvelles compétences qu’elle transmettrait d’âge en âge aux descendants de chaque espèce animale.

Après sa démonstration, Teilhard conclut : «(…) l’éducation n’est rien moins qu’une forme essentielle et naturelle de l’additivité biologique ; en elle nous voyons l’hérédité dépasser l’individu pour entrer dans sa phase collective et devenir sociale ; ainsi nous faisons apparaître l’importance de tout ce qui touche à l’éducation de l’humanité ».

-Education et humanité
Le constat de Teilhard est net et précis : : « L’humanité se constitue sur l’élévation des consciences individuelles ; en aucun cas nous devons nous prétendre plus intelligents que nos pères, mais grâce à leurs efforts additionnés, nous comprenons mieux qu’ils ne pouvaient le faire eux-mêmes. Un état hu main de conscience collective s’établit et porte un peu plus loin celui des générations nouvelles ».
Il va même plus loin, comme souvent il le fait, en maniant l’analogie : « La fonction spécifique de l’éducation est la preuve définitive de sa valeur biologique jusque dans les choses de l’esprit ».

b[-CHAPITRE 3 « LA GRANDE OPTION
» Au bord de la socialisation humaine

« -Au origines l’homme a dû vivre par petits groupes autonomes, après quoi, des liaisons se sont établies entre familles, puis entre tribus, les liens se sont alors compliqué, ce régime s’est maintenu pendant des millénaires. »]b

-L’homme n’est pas un insecte (ceux-ci vivent par synergie de leurs instincts de base), il ne peut pas sombrer dans l’anéantissement de sa personnalité parce qu’il est réfléchi et capable de prévoir ses actions, il assimile les lois de la nature, les transforme et leur donne un sens, une valeur morale. L’homme ne peut pas continuer à vivre sans faire des transformations en lui et autour de lui pour forger UN TOUT hominisé en nous et autour de nous. Plus profond que toutes les questions techniques, le problème de valeur qui se pose à chacun de nous pour faire face à notre destinée, à nos responsabilités à l’égard de l’évolution, se présente à nous sous la forme d’un tourbillon bien plus fort que nous, mais que nous pouvons raisonnablement avoir une espérance si, en notre qualité d’homme conscient, nous le jugeons, l’examinons, afin de décider quelle sera la grande option qui décidera de la victoire de l’homme esprit sur l’homme matière ".

Ces trois thèmes se lisent avec plaisir.


Par contre je n’ai appuyé ma réflexion que sur deux points délicats abordés par Teilhard : Ses prises de position sont plus qu’audacieuses car elles sont contestables et agaçantes pour des agnostiques, pour des athées ou des personnes d'une autre confession. Ces passages sont Education et chrétienté tout d’abord dans le chapitre 2 (page 49 à 53/Editions du Seuil) Après avoir passé en revue « les chemins du possible », « le choix de la route, « les propriétés de l’union » Teilharde aborde « le vrais milieu de l’action humaine .

(a)b[Education et chrétienté]b

où l’on voit que l’auteur ne cible que des éducateurs chrétiens… J’entends déjà le leitmotiv des critiques systématiques de certains. Vous connaissez leurs arguments, inutile de les ressasser.

Et pourtant, et pourtant … en se repérant à certains Etablissements tels les Chartreux ou les Lazaristes à Lyon qu’observe-t-on objectivement ? Ne connaissant personnellement que ces deux Etablissements je ne cite qu’eux. Cependant il faudrait en citer beaucoup d’autres en France et dans le monde étant donné le fort vent de réflexion qui souffle sur les esprits dans le monde chrétien, en particulier chez des catholiques d’ Ordres religieux différents : Jésuites, Dominicains ..............

1-Leur enseignement général est de haute qualité et mixte

2-Les frais d ’inscription sont adaptés aux revenus des familles.

3-Il n’est question chez eux d’aucun prosélytisme confessionnel

car ils accueillent des jeunes de toutes origines culturelles et cultuelles. D’où leur encadrement dans une morale citoyenne et universellement acceptable, souvent inspirée par des fondamentaux chrétiens et les Droits de l’Homme. Qu’on me cite une seule des deux autres religions monothéistes dites « religions du Livre » où s’exerce, dans leurs Etablissements scolaires, une aussi large liberté de conscience . Toutefois, apprécions à sa juste valeur la morale de vie qui y est transmise et dont les vraies racines sont reconnues d’ordre spirituel.

4-L’enseignement religieux est optionnel.

Il confère une ossature spirituelle nécessaire pour donner vie au sens moral car si l’être humain est un corps vide d’âme et d’esprit il ne restera qu’un pantin manipulé par les ficelles de ses instincts et de ses idées préconçues. Il ne sera pas cet homme accompli dans toutes ses dimensions que Vitruve et Léonard de Vinci ont inséré dans une étoile à cinq branches, pentagramme lui-même inscrit dans un cercle. Cette belle image anthropologique et cosmologique nous est familière car elle a été véhiculée comme logo publicitaire d’une société de travail intérimaire.

Elle révèle l’être humain dans son harmonie optimale, corps et esprit, « une âme saine dans un corps sain » (Dixième satire de Juvénal).
Une vision exclusivement sociale ou exclusivement scientifique ne suffit pas pour conférer une signification philosophique aux mouvements de l’univers dans lequel nous tournoyons tout en étant propulsés. De la sorte, on peut admettre qu’une perspective spirituelle peut éclairer les tenants et aboutissants de "L’Avenir de l’Homme ». Si le monde se suffisait à lui-même, quelle incohérence désespérante !

Dans les pays Occidentaux nous avons gagné, de haute lutte, la liberté de croire ou de ne pas croire en une vérité révélée de notre choix. Nous pouvons impunément tout contester, à tort ou à raison. Pensons-nous assez à l'héritage éducatif de violence qui se joue dans les rues de certains pays où les Chrétiens sont tués ou relégués au rang de citoyens de basse catégorie du fait de leur foi et doivent souvent quitter leurs terres-mères ?


(b)Enfin au chapitre 3 dans le paragraphe 4 pages 76 à 78, « les propriétés de l’union »

je n’ose penser à la réaction d’un athée ou d’un agnostique qui tomberait sur cette partie du livre.

Il faudrait être un Ignace de Loyola, un Maître Eckhart, une Thérèse d’Avila, ou encore une Hildegarde de Bingen pour se dilater dans une béate compréhension en abordant ce passage : Teilhard livre au lecteur d’impalpables exhalaisons mystiques qui ont dû avoir une influence sur son style d’écriture car le texte en lui-même est difficile à capter. C’est vraiment dommage (pour les autres) que sa pensée survole de si haut parfois l’intellect humain et le devance de si loin dans le niveau de conscience lié -il est vrai- à la complexité et à la centréité (selon son principe complexité/centréité/conscience).

Conclusion

« Le corps, temple de l’esprit », (Paul/ lettre aux corinthiens) mais à cette formule il faudrait proposer un corollaire : l’esprit, temple du corps.
En identifiant simplement le mot « corps » à toutes les manifestations de la matière, à partir de là, il me semble que Teilhard devient plus compréhensible.



Lundi 8 Novembre 2010 11:07