Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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"Comment je crois" de Teilhard, réflexion pour la réunion du 25 mai 2012 une synthèse du chapitre 13/"
pages 217 à 230 / Editions du Seuil, livre de poche


Anne-MarieTisserand-Frésafond / Réflexion sur le péché originel"
Le schéma du cône n° 2 p. 224, avec ses repères M-A1, V, H, A2, EV et D permettra une synthèse du chapitre 13. Mais « l’essentiel à entendre est-il bien là ? Nous essaierons de voir comment le texte parle plus que ce dont il parle. » (cf Joseph Grison, dans son article n° 583 paru sur notre site le 1/5/2012), dans le respect de la pensée de Teilhard; ce qui nécessitera de la part du lecteur de faire momentanément abstraction, peut-être, de ses habitudes de penser.

1-- point M-A1 LE MULTIPLE DE BASE.

-Commentaires de Teilhard par rapport au point M : « Multiple primordial, non peccamineux, du néant, équivalent fonctionnel du Premier Adam » et source du mal statistique. »

-Formes potentielles créables :

"Le multiple de base représente (…) non plus les débris d’un être pulvérisé" (comme sur la figure 1), "mais la forme originelle, essentielle de l’être participé". (p. 227P)
L’embryon d’enfant contient déjà tous les potentiels du futur être humain . De manière similaire, les potentiels en M-A1 correspondent à la note de Teilhard sous le schéma n° 2, soit : "créable" et non nécessairement appelé à être créé" . C'est l'Alpha DE l'Omega sur l’axe facilement imaginable du cône n° 2 : A-1 (-premier Adam) / A-2 (deuxième Adam) selon Teilhard . D'un point de vue sémantique on utilise le terme "second" quand il n'y a pas de suite numérique. Ici, c'est le vocable "deuxième" Adam (soit le Christ, Premier d'une lignée) ce qui signifie que chaque être humain est appelé à être un deuxième Adam en Jésus.
A ce niveau, le multiple de base s’organise déjà « obscurément » en fonction d’informations ou d'un plan d’évolution ultérieure des points V (apparition de la vie), H (apparition de la liberté et du péché), A2 (Nouvel Adam)

Rappel du principe d’émergence énoncé par Teilhard dans Le Phénomène Humain :
« Dans le monde rien ne saurait éclater un jour comme final à travers les divers seuils (si critiques soient-ils) successivement franchis par l’évolution, qui n’a pas d’abord été " obscurément" primordial »

-Le multiple apparait du « néant » dit Teilhard,
c'est-à-dire du rien; à supposer que ce qui est hors espace-temps, (en dessous du point M, ou carrément au-delà du point A2 ?), soit vraiment du néant; qu'en savons-nous exactement ? Le point M serait, du même coup, véritablement créé car ex nihilo . Mais on peut aussi admettre que Teilhard nomme "néant" ce qui est au-delà de toute analyse scientifique possible pour l'instant, Pourquoi n'existerait-il pas quelque chose qui aurait l'air de rien mais qui ne serait pas "rien" ? Il est hautement envisageable que les limites de l'intelligence humaine ne puissent qu’être indéfiniment repoussées "plus loin et plus haut".

-Une présence divine ou Immanence : / Où l'on comprend mieux L'Hymne à la Matière de Teilhard ... (note de bas de page n° 3)

Teilhard écrit, p. 229 : " la création entraînant (parce que unificatrice) une certaine immersion du Créateur dans son œuvre (…) et encore : « Pourtant, quelque chose de divin ne peut pas ne pas être impliqué dans la création » .
Le multiple de base ou matière première (materia prima) est comparable au sein de la « Vierge Noire » ("Je suis Noire et pourtant je suis belle ......"/Cantique des cantiques"( pièce jointe n° 2, La Vierge Noire du Puy en Velay, en tenant compte du caractère volcanique du site) où s’opère une lente gestation en vue de l’Incarnation quand le moment sera venu. C'est l'archétype de la Mère de Jésus et c'est l'instant de rappeler, qu'à ce niveau, Elle ne peut être que "non peccamineuse" ... ou encore "Immaculée Conception" selon la formule révélée au XIX siècle à Lourdes.

-Il n’y aurait donc de « chute originelle » que celle d’une Etincelle divine, ou Immanence, dans la création en devenir.
-Il n'y aurait, au contraire, pour l’Homme, qu' une lente et douloureuse ascension (et non pas une « chute ») sur les degrés de l’échelle d’évolution ; comme le montre progressivement la figure 2 (contrairement à la proposition alexandrine de la figure 1 ).

Avant de se faire « chair » le Verbe s’est d’abord fait « matière ». Si l'on s'intéresse aux Ecritures, écoutons :

-Livre d'Isaïe 44:6."Je suis le premier et je suis le dernier, et hors moi il n'y a point de Dieu"
-Apocalypse 1:8 "Je suis l'alpha et l'oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout Puissant".
-Jean 8 : 58 : " En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis. "

En complément de la pensée de Teilhard et des Ecritures, j'ai trouvé intéressant l'article ci-dessous :
« L’importance des états virtuels dans l’émergence de l’ordre complexe dans l’univers » par Lothar Schäfer : Mécanismes de l’évolution ? (références google) Lothar Schäfer, Département de Chimie et de Biochimie Université de l’Arkansas, Fayetteville, Arkansas 72701 U.S.A

« Dans sa transcription de la « Phénoménologie de l’Esprit » de Hegel, Küng (1978) décrit le Dieu de Hegel comme n’étant pas le Dieu du passé, ni celui au-dessus du monde (Dieu au Ciel), ou bien encore le Dieu-Horloger déiste extérieur au monde, mais un Dieu dans le monde, traversant l’histoire et évoluant en elle, à la recherche de soi à partir d’une aliénation de soi-même, un Dieu en développement « qui s’abandonne au monde, guidant le monde en tant que Nature et finalement en tant qu’Esprit à travers tous les stades, jusqu’à lui-même et son Être infini et divin. » (Küng 1978, p.177). Hegel développe le concept de Dieu-dans-le-Monde et le Monde-en-Dieu sans se départir du cadre chrétien, sans se soumettre à un « athéisme irréligieux » (Küng, p. 172) menant néanmoins à une nouvelle compréhension du Divin et du Monde. « Le Dieu de Hegel n’est pas un dieu au-delà des étoiles qui agit sur le monde de l’extérieur. Au contraire, Dieu est l’Esprit emplissant tous les esprits dans les profondeurs de la subjectivité humaine... La création du monde n’est pas perçue comme une résolution délibérée, aléatoire et abstraite, mais comme quelque chose d’enraciné dans la nature de Dieu : elle n’est pas considérée dans le contexte d’une sorte d’émanation (procédant du parfait vers l’imparfait avec au commencement un âge d’or au Paradis), mais dans le contexte d’une évolution (procédant de l’imparfait vers le parfait, même si l’évolution des espèces n’est pas envisagée) »
(Küng, 1981, p.189).

-Phase non peccamineuse du mal statistique

La zone M-A1 est bien la source du mal statistique qui.« remonte jusqu’à l’origine première des choses (…) pourquoi les vivants meurent-ils, si non en vertu de la « désintégrabilité » essentielle à toute structure corpusculaire ? » (p.221)
L’homme doué de réflexion et de conscience n’étant pas encore apparu, le niveau M est forcément non peccamineux.


2- POINT V, APPARITION DE LA VIE ET DE LA DOULEUR

"Voilà pourquoi le péché originel n’est pas à l’origine de la mort puisqu'elle est « Inscrite dans la physico-chimie même de la matière, elle ne fait qu’exprimer à sa façon l’atomicité structurelle de l’univers. S’il y a dans le monde un péché originel, il ne peut y être que partout et depuis toujours."

Le processus d’évolution se conçoit bien quand on voit le cône émerger de la nuit des temps et, avec lui, l’apparition de la vie et de la douleur, toujours imprégnées du "mal statistique" depuis le point M, liées qu'elles sont à une multitude de tâtonnement et d’essais dans l’immensité de l’espace-temps du repère EV (p.227) ,

3. POINT H, APPARITION DE LA LIBERTE HUMAINE ET DU PECHE

A partir de l’Homme qui a franchi le pas de la réflexion et qui est donc libre de ses choix, va apparaitre le péché, d'où la nécessité d'une Rédemption par le Rédempteur.
Dans cette explication, écrit Teilhard p. 228, « le péché originel cesse d’être un acte isolé pour devenir un état (affectant la masse humaine dans son ensemble, par suite d’une poussière de fautes disséminées au cours du temps dans l’humanité. Mais ceci même contribue à intensifier (loin d’atténuer) les caractéristiques dogmatiques de la chute. En effet, la Rédemption est bien universelle, puisqu’elle vient remédier à un état de choses lié à la structure la plus profonde de l’univers en voie de création. »
"Mal statistique » et mal moral (lié à la liberté de choix, en conscience) se cumulent, interagissent réciproquement. Tangentielle et Radiale se cumulent et interagissent l’une par rapport à l’autre.
-C’est au niveau de la « tangentielle » (les apparences ou le « dehors des choses) qu’existerait le «mal statistiques »
-C’est au niveau de la « Radiale » (dedans des choses, ou forces spirituelles bien/mal) qu’apparait le « péché »


4-POINT A-2 NOUVEL ADAM

Sommet qui résume toute la manifestation. C’est l’unification totale de la création par la puissance d'attraction, d'amorisation, du Christ-Omega. C’est aussi l’actualisation d’un accès à un niveau de vie supérieure pour l’Homme. C’est la spiritualisation maximale de la création, dépassant ainsi les « ratés » et « tâtonnements » du phénomène d’évolution.

5-POINT D :

le triangle du point D est détaché du sommet du cône, comme si D n’était pas dans la création en tant que Dieu transcendant, le Tout Autre, non immanent .

CONCLUSION :

Jean Chapitre XX 1 à 18 où l’on apprend que Jésus ressuscité apparut en premier à Marie-Madeleine, qui ne le reconnut point, et qu’elle prit pour un « jardinier ». J’ai longtemps pris l’image du « jardinier » pour image d’Epinal. A bien réfléchir, j’ai fait la relation entre le « Jardin d’Eden » puis le jardin de la Terre, et celui du cosmos. L’Alpha de l’Omega, le Verbe Créateur ne serait-il pas le divin Jardinier de la création qu’il cultive, qu’Il ensemence, qu’Il gère et fait prospérer (successivement points M-A1, V, H et A2) en vue de b[la « Récolte » au point A -2 ]b? (Voir en bas de page pièce jointe n° 1)

Dans les deux Testaments les références aux travaux de la terre , à la Paysannerie, sont très nombreuses. Mais s’il fallait n’en citer qu’une seule ce serait dans Jean, chapitre XII/24 :" Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit" . Ce qui, au final, est valable aussi pour chaque être humain de tous les temps. Pour résumer selon le repère EV figure 2 : « Création, Incarnation et Rédemption n’apparaissent plus que comme les trois faces complémentaires d’un seul et même processus" (p. 229).

Pièces jointes ci-dessous :
(1) icônographie orthodoxe, anonyme : "Il est descendu aux enfers", il a pris le vieil Adam par la main pour l'élever, et toute la Race humaine en lui
(2) Vierge Noire, Le Puy en Velay "Je suis noire et pourtant je suis belle" (Cantique des cantiques) archétype de la Mère de Jésus
(3) "Hymne à la Matière" Jersey, août 1919 "Le coeur de la matière" t.13 p.89-91


Dimanche 6 Mai 2012 11:15