Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Bernard AUBERT est Physicien, directeur de recherches honoraire au CNRS, Animateur de groupes de lecture des œuvres de Pierre TEILHARD de CHARDIN sur ANNECY


Bernard AUBERT / Paul de Tarse, Pierre Teilhard de Chardin, Pape François VIVRE L'EVANGILE AUJOURD'HUI
PREAMBULE :
Je me permet de vous transmettre le texte de la conférence:
"Paul de Tarse, Pierre Teilhard de Chardin, Pape François" / "Vivre l'Evangile Aujourd'hui"
que j'ai proposé le 21 octobre dans le cadre du service diocésain de formation du diocèse d'Annecy.

Ce travail m'est apparu comme nécessaire après plusieurs années d'accompagnement de groupe de lecture des oeuvres de Teilhard:
1) pour étayer la source souvent mentionnée de la pensée de Teilhard
2) pour illustrer son actualité. Amicalement, Bernard AUBERT

 

Nous sommes tous appelés à vivre l’Evangile aujourd’hui.

Vivre l’évangile, demande une bonne connaissance de la Bible et une expérience personnelle. Cette expérience nous pouvons l’acquérir par nos rencontres et par la réalité que nous vivons aujourd’hui.
Nous savons l’importance des personnes qui partagent notre quotidien.
Vivre aujourd’hui, nous nous posons bien des questions de vie, nos valeurs, la mondialisation, le Christ fils de Dieu fait Homme, le sens de la création. Ce sont des questions permanentes qui ont interpellé les chrétiens depuis la création de notre Eglise. L’Esprit a semé au long de l’histoire des grands témoins, qui nous ont laissé en héritage des textes. Parmi ces fortes personnalités, plusieurs ont proposé une vision globale du Christ et de l’action de Dieu dans le monde pris dans son ensemble. La rencontre avec ceux-ci nous invite à partager leurs réflexions et leur spiritualité.
Citons :
Saint Paul (8-70) qui a reçu la révélation.
Saint Jean Chrysostome (347 à 407) qui propose des textes sur la genèse et des homélies sur les épitres de Saint Paul. Il invite à construire l’homme à l’image du Christ « Il faut que l'homme ait la douceur et la mansuétude, qu'il se rende, par la vertu, dans la mesure de ses forces, semblable à Dieu, selon ce que dit le Christ : Soyez semblables à mon Père qui est dans les cieux. » Son combat a été pour la gloire de Dieu et l’amour du prochain.
Sainte Hildegarde (1098 à 1179) Hildegarde retrace l’histoire sainte depuis la création du monde jusqu’à la rédemption finale en passant par l’Incarnation, la crucifixion, la Résurrection et l’édification de l’Église. C’est l’homme qui est au centre de la théologie d’Hildegarde, l’homme-Dieu bien sûr, le Christ, mais qui rejoint à jamais l’homme concret. Hildegarde a retranscrit ses visions dans de superbes enluminures au symbolisme lumineux, elle y développe une vision poétique et spirituelle de la genèse.
Saint François d’Assise (1182 à 1226) Il nous est mieux connu. Sa sagesse a été acquise par des expériences diverses et complémentaires. François vit une relation fraternelle avec tous, respectueux de chacun, il n’exerce aucun pouvoir sur personne et ne fait pas de différence entre le riche et le pauvre, entre le fort et le faible. Il porte la paix à tous.
Pierre Teilhard de Chardin (1881 à 1955) qui a vécu le passage au monde industriel.
Nos papes récents et le Pape François, Jorge Bergoglio.

Pour une vision chrétienne compréhensible du monde aujourd’hui, suivre le lien entre le christianisme proposé par Saint Paul et les témoins que sont Pierre Teilhard de Chardin et le Pape François est un chemin qui nous aide à vivre .

Les personnes
Paul est né vers l’an 8 de notre ère. De ses parents et de son enfance, nous savons peu de choses. Il est né à Tarse en Cilicie. Anciennement occupée par les assyriens puis les perses puis les grecs puis les romains, melting pot de civilisations, cité ouverte sur la mer et sur le commerce. Le père de Paul a acheté la citoyenneté romaine ce qui aura des conséquences dans sa vie. Il faisait partie de la diaspora expatriée de Galilée. Toute sa vie, il a maintenu son appartenance au peuple juif : «Circoncis dès le huitième jour», « de la race d'Israël», «de la tribu de Benjamin». A 15 ans Paul part étudier à Jérusalem élève de Gamaliel. Paul parlait quatre langues : l’Araméen, l’Hébreu, le Grec et probablement le Latin. L’araméen était sa langue maternelle et le grec celle de Tarse. Il connaissait bien l’hébreu, la langue des Saintes Écritures. Citoyen romain, il parlait sans doute le latin, la langue des maîtres de l’Empire. Il avait étudié la philosophie et la littérature de la Grèce, il excellait en géographie, en navigation et en sport. Paul a vécu dans un temps qui favorise les voyages. Il a pu se déplacer librement grâce à la «pax romana» établie sous l’empereur Auguste. Empruntant les nombreuses routes construites par les Romains et profitant du réseau de navigation qui sillonnait la Méditerranée, Paul a pu profiter de la présence de nombreuses colonies juives réparties sur tout le territoire de l’empire. Peu de gens étaient mieux préparés que lui pour annoncer la Bonne Nouvelle « à toutes les Nations ».
On connait mieux de sa vie les évènements constitués par le martyre de Saint Etienne, la route de Damas et le passage au désert. Les traces de ses voyages, le premier en 46 Antioche, le deuxième et le troisième en 50 et 58 (Corinthe Thessalonique, Philippe) et le voyage de captivité à Rome sont suivies par de nombreux pèlerins. Il fut décapité aux environs de l’année 70.

On ne peut comprendre ce grand missionnaire qu'à travers sa riche personnalité et l’attachement à sa foi en Jésus-Christ. Avec Paul, nous assistons à la naissance du christianisme universel, « où il n’y a ni Juif ni Grec, ni homme libre ni esclave, ni homme ni femme », mais un nouveau peuple de fils et de filles tous aimés de Dieu. Ses épitres sont adaptées aux communautés qu’il a fondées. Il y procurait des conseils de vie et nourrissait leur spiritualité. Il fait preuve d’un esprit pratique dans son travail d’annonce du message du Christ.

Pierre Teilhard de Chardin est né le 1er mai 1881 au château de Sarcenat, dans la commune d'Orcines, près de Clermont Ferrand (France). Il est le quatrième enfant d'une famille nombreuse. Son père, collectionneur de pierres, d'insectes et de plantes, éveille chez lui le sens de l'observation de la nature. A 11 ans il entre au collège jésuite de Mongré, à Villefranche-sur-Saône, jusqu'aux baccalauréats de philosophie et de mathématiques .En 1899 il entre au noviciat jésuite d'Aix en Provence où il commence sa formation philosophique, théologique et spirituelle qui le conduira à l’ordination en 1911 puis à prononcer les vœux solennels jésuites en 1918 à Sainte Foy les Lyon.
De 1901 à 1914 en continuant les études de théologie il développe ses connaissances scientifiques, enseigne au Caire la physique et la chimie, puis travaille au muséum avec Marcellin Boule.
De 1914-1919 Brancardier au front. Mobilisé en décembre 1914, il fera la guerre comme brancardier dans le 8ème régiment de marche de tirailleurs marocains. Il obtiendra pour sa conduite plusieurs citations, la Médaille Militaire et la Légion d'Honneur. C’est dans les tranchées au contact des hommes de troupe qu’il commencera de développer sa pensée. Il découvre la mort et la souffrance, mais aussi l’humanité, la multitude,… (Ecrits du temps de la guerre 1916-1919)
De1920-1926 Etudes et activités d'enseignement
En 1923 il découvre la Chine avec le Père Emile Licent, responsable à Tien Tsin d'un important laboratoire collaborant avec le Muséum de Paris et le laboratoire de Marcellin Boule. Un texte de réflexion sur le "péché originel", travail exploratoire non destiné à publication a été mal compris et envoyé au Vatican. Son Ordre lui demande d'abandonner son enseignement à l'Institut Catholique et de poursuivre ses recherches géologiques en Chine.
1926-1946 Exil en Chine... participation à la croisière jaune organisée par CITROEN, nombreuses expéditions Chine, Inde, Birmanie, Java, Ethiopie … Seconde guerre mondiale en Chine.
En avril 1947 il participe au colloque international sur l'Evolution accueilli par l'Institut de Paléontologie Humaine du Muséum National d'Histoire Naturelle. Il y retrouve un grand nombre de ses amis scientifiques.
Il est promu au grade d'officier de la Légion d'honneur au titre des Affaires étrangères " en tant que scientifique considéré dans les domaines de la Géologie et de la Paléontologie comme une gloire de la science française".
1950 Il est élu à l'Académie des Sciences.
1955 Mort à New York le jour de Pâques

De son vivant il a publié de nombreux articles scientifiques dans des revues spécialisées. Mais son souci permanent a été de rendre cohérent la science et la pensée scientifique avec la foi chrétienne. Il a vécu les temps difficiles du scientisme de la fin du XIXème siècle, des lois laïques de 1905 et des tensions entre le pouvoir politique en France et le Vatican. Son œuvre est publiée dans 13 volumes plus dans de nombreuses correspondances. Les deux livres principaux sont le Phénomène Humain et le Milieu Divin. Pour bien comprendre sa pensée, il n’est pas possible de dissocier ces deux ouvrages, comme le souligne le cardinal de Lubac.

Jorge Bergoglio est né le 17 décembre 1936 à Buenos Aires. Il est fils d’immigrés italiens du Piémont, 4 frères et sœurs. Sa famille est active dans le mouvement de l’Ecclesia Militante qui correspond à l’action catholique en France. Il fait des études de technicien en chimie. Apres avoir hésité avec l’ordre des dominicains, il entre au noviciat jésuite à 22 ans. Il poursuivra des études de lettres au Chili, puis de théologie et de philosophie en Argentine. Il enseigne ces matières de 1964 à 1973. Il a terminé une thèse de doctorat en Allemagne en mars 1986.

Il a été ordonné prêtre en 1969, nommé évêque en 92, promu archevêque en 97 et créé cardinal en 2001. Il a accompli de nombreuses tâches : curé de paroisse, provincial des jésuites d’Argentine, président de différentes commissions d’Eglise. Il porte un souci particulier pour l’évangélisation en ville, le rôle de laïcat, l’assistance aux pauvres.
Dans les interviews il fait preuve d’une grande culture et d’une grande humilité. « Je suis un pécheur sur lequel le Seigneur a posé son regard » dit-il aux jésuites après son élection. Dans son ouvrage « la joie de l’Evangile », où l’on peut lire toute sa sagesse, il fait appel aux interventions de tous ses prédécesseurs : Jean XXIII, Paul VI , Jean Paul II et Benoit XVI. « Tout voir, passer sur beaucoup de choses, en corriger quelques-unes » Cette phrase de Jean XXIII, pourrait être une bonne définition du processus de discernement.

Lien entre Paul de Tarse et Pierre Teilhard de Chardin

Paul, en tant que juif pharisien, possède une bonne connaissance de la bible mais aussi la connaissance de la culture grecque et romaine : Pythagore, Lucrèce, l’astronome Apollonios de Rhodes. Des comètes ont été observées 300 av JC. Le mot cosmos utilisé alors, sera traduit par Univers dans les traductions actuelles. La mythologie grecque raconte souvent le passage des dieux de l’Olympe sur terre. Le Christ de l’Evangile, Lui, est « vrai Dieu et vrai Homme ». Il n’est pas surprenant que l’enseignement du Christ l’interroge ainsi que ses contemporains.
« Alors que les Juifs réclament les signes du Messie, et que le monde grec recherche une sagesse , nous, nous proclamons un Messie crucifié ; scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs.» (1 Co. 1, 22-25).

Création, incarnation et résurrection
Paul se réclame de la révélation pour présenter une vision globale, dans laquelle, création, incarnation et résurrection ne peuvent être dissociées.
Toute la création a été créée par Lui et pour Lui et tout le créé est bon. C’est dans le Christ incarné fils de Dieu, qu’a été préformé l’univers :
« Il est l’image du Dieu invisible, Premier-né de toute la création, car en lui ont été créés tous les êtres dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, tout est créé par lui et pour lui » (Col 1,15-16)
« Car il a plu à Dieu de faire habiter en lui la plénitude et de tout réconcilier par lui et pour lui, et sur la terre et dans les cieux ayant établi la paix par le sang de la croix » (Col 2, 19)
L’incarnation s’est faite dans la souffrance. Il est né d’une femme suivant la condition humaine (Gal 4,4). Il a renoncé à sa condition divine pour partager le destin de l’homme.
« Lui qui est de condition divine n'a pas considéré comme une proie à saisir d'être l'égal de Dieu. Mais il s'est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et, reconnu à son aspect comme un homme, il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, à la mort sur une croix. C'est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse, dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que le Seigneur, c'est Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père. » (Phil 2,5-11)
Jésus Christ vrai Dieu et vrai homme pourra donc nous dire : « qui me voit, voit le Père ».
Paul va compléter son enseignement par la révélation de « l’adoption » à laquelle l’homme créé est appelé. Il est invité à participer à la vie de Dieu, dans le Christ dont nous devenons les cohéritiers.
« Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers ; héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ, si toutefois nous souffrons avec lui afin d’être glorifiés avec lui. » (Rom 8,15)
« Il nous a choisis en lui avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus Christ… Il nous a fait connaitre le mystère de sa volonté, le dessein bienveillant qu’il a d’avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement : réunir l’univers entier sous un seul chef, le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre. En lui aussi nous avons reçu notre part : suivant le projet de celui qui mène tout au gré de sa volonté. » (Eph 1, 3-15)

Paul va intégrer la résurrection à l’histoire globale du monde. «Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide est notre foi » (I Cor 15,14) Pour comprendre le sacrifice du Christ et son incompréhension par les milieux du temps de Paul, il faut se rappeler la différence entre le sacrifice païen et le sacrifice juif ; Le premier est réalisé dans l’espoir d’une faveur (pluie, nourriture ou pardon d’une transgression). Le sacrifice juif est un sacrifice d’alliance.
L’homme ancien marqué par le péché d’Adam est sauvé par le sacrifice du deuxième Adam, le Christ. Par l’obéissance d’un seul homme, la multitude a été rendue juste. « Ignorez-vous que nous tous baptisés en Jésus Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés ? par le baptême en sa mort nous avons donc été ensevelis avec lui, afin que , comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions nous aussi une vie nouvelle. Car si nous avons été totalement unis, assimilés à sa mort, nous le serons aussi à sa Résurrection. » (Rom 6,3-5)
L’accomplissement final de la création (Plérome) sera à la fin des temps, la présence glorieuse du Ressuscité (Parousie) : « Et quand toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à Celui qui lui a tout soumis, pour que Dieu soit tout en tous » (I Cor 15,28)

Teilhard , scientifique et prêtre a participé au grand questionnement du siècle dernier sur l’évolution. Aujourd’hui nous avons appris beaucoup sur la création depuis les origines. Nous sommes capables d’en discerner une orientation. Dans « Le Phénomène Humain », Teilhard analyse l’histoire de l’évolution : la prévie, la vie, la pensée et la terre moderne. Puis il livre ses idées sur la survie, idées qu’il propose à l’attention des théologiens et des scientifiques, dans l’espérance de susciter la recherche et la compréhension de l’avenir.

Teilhard comme le souligne Monseigneur Dupleix, développe une communion de pensée avec la Parole déployée au nom du Ressuscité, et avec les nouvelles questions d’un monde marqué par des changements irréversibles.
« En vérité, plus j’ai médité les magnifiques attributs cosmiques développés par Saint Paul au Jésus ressuscité, plus j’ai réfléchi au sens conquérant des vertus chrétiennes, plus je me suis aperçu que le Christianisme prenait sa valeur que porté à des dimensions universelles » (TX, 149)
« Et c’est ainsi que, de proche en proche, une série de notions, longtemps considérées comme indépendantes, en arrivent à se lier organiquement entre elles sous nos yeux. Pas de Dieu sans union créatrice. Pas de création sans immersion incarnatrice. Pas d'Incarnation sans compensation rédemptrice… Entre le Verbe d’une part, et l’Homme-Jésus d’autre part, une sorte de « troisième nature » christique (si j’ose dire !...) se dégage : celle du Christ total et totalisant » (T XII ,213)

Teilhard développe une mystique à partir de ses connaissances scientifiques sur l’union : les particules, les atomes, les molécules,… et de ses connaissances humaines acquises pendant la guerre sur le rôle de l’individu et du multiple. Il est l’un des premiers à inclure dans sa réflexion ce que nous appelons sciences humaines, psychologie et sociologie. Cette mystique sera l’union créatrice. On peut se représenter des images. Il utilise l’exemple de la montre. La somme des pièces sur une table n’a pas la valeur des pièces assemblées. On dit souvent que un plus un, est égal à trois.

A partir de deux principes, l’univers a un avenir (évolution), et l’évolution universelle a un sens absolu vers l’Esprit, Teilhard propose une représentation sous forme d’un cône partant de la multitude, axé sur la flèche de l’évolution, pointant vers un but final qu’il appelle OMEGA. Celui-ci correspond au Plérome de Paul. Oméga n’est pas une utopie. Plusieurs définitions peuvent en être proposées. Ce peut être la réalité ultime où le Christ présentera la création finalisée à son Père, l’avènement de la Parousie, la présence glorieuse du Ressuscité à la fin des temps. Le père Martelet souligne un éclairage plus complet. OMEGA est plus que le terme de l’évolution. Il existe et il est à l’œuvre aujourd’hui dans notre monde. Son existence se manifeste à notre observation. C’est l’amour, forme supérieure et synthétique d’énergie spirituelle, énergie vitale pour la réalisation du monde dans la communion des personnes. C’est dire qu’OMEGA est le nom du Dieu de la Révélation, Dieu amour. Il est irremplaçable, car l’amour dont l’humanité doit vivre n’est finalement possible que par LUI.

La création a pour but l’avènement du Christ terme final de l’évolution. Nous nous imaginions que la création s’est achevée il y a longtemps. Paul souligne notre erreur, avec notre collaboration, elle se poursuit de plus belle. Par chacune de nos œuvres, nous travaillons réellement à construire le Plérome, c’est-à-dire à apporter quotidiennement notre pierre à la construction du projet de Dieu dans l’évolution.
Teilhard souligne les grandes joies que procurent nos activités. Il souligne également la valeur de nos échecs, de nos désillusions. L’homme a été créé libre, il est soumis au péché, à l’échec. Même avec ceux-ci, le royaume de Dieu se fait. Pour accepter nos défaites, nos désillusions, nous avons besoin d’une grande énergie spirituelle. Celle-ci nous est proposée par un courant d’amour qui se répand en toute la surface et la profondeur du Monde. Apres avoir semblé n’être que le charme, l’attrait, puis l’essence opérante de toute activité spirituelle, l’amour tend graduellement à en devenir la forme unique. L’amour est créateur !

Le parcours de la flèche de l’évolution et notre responsabilité dans son avancement, expliquent la vision globale de Teilhard sur la modernité, la recherche et le monde actuel. Il a su accompagner et prier pour tous les hommes proches ou éloignés de l’Eglise :
« Plus confusément, mais tous sans exception, je les évoque, ceux dont la troupe anonyme forme la masse innombrable des vivants : ceux qui m’entourent et me supportent sans que je les connaisse ; ceux qui viennent et ceux qui s’en vont ; ceux-là surtout qui, dans la vérité ou à travers l’erreur, à leur bureau, à leur laboratoire ou à l’usine, croient au progrès des Choses, et poursuivront passionnément aujourd’hui la lumière.
Cette multitude agitée, trouble ou distincte, dont l’immensité nous épouvante, - cet Océan humain, dont les lentes et monotones oscillations jettent le trouble dans les cœurs les plus croyants, je veux qu’en ce moment mon être résonne à son murmure profond. Tout ce qui va augmenter dans le Monde, au cours de cette journée, tout ce qui va diminuer, - tout ce qui va mourir, aussi, - voilà, Seigneur, ce que je m’efforce de ramasser en moi pour vous le tendre ; voilà la matière de mon sacrifice, le seul dont vous ayez envie. » (La Messe sur le Monde)

Lien entre Pierre Teilhard de Chardin et le Pape François

La réalisation du Christ Universel implique l’accomplissement de l’Homme. Avec l’homme, l’œuvre de la création ne sera achevée que par son identification au Christ. Le baptême nous permet de devenir fils de Dieu. Non seulement l’homme est créé, mais il coopère à sa propre genèse, il doit consentir à son achèvement. L’homme est libre, mais il ne peut y subvenir seul. Dieu travaille dans l’homme pour qu’il se fasse lui-même. Il y a passage de la création solitaire de Dieu, à la création en association avec un être créé qui devient co-créateur.
Teilhard a exposé l’histoire du Monde avec ses passages critiques. On pourrait réfléchir ou imaginer de nouveaux sauts à venir. Il ne faudrait pas confondre de nouvelles technologies tel que les implants, l’utilisation de produits nouveaux, avec des étapes de la création. Ce serait confondre l’homme et l’outil qu’il utilise ou même le remplace. De même qu’il ne faut pas confondre internet avec l’homme qui s’en sert.
Notre foi nous appelle à l’œuvre. Par notre baptême, l’identification au Christ nous confère des responsabilités, L’Esprit Saint nous donne l’énergie créatrice de l’amour. Nous sommes invités (T XIII,277) à :

savoir pour savoir
savoir pour pouvoir
pouvoir plus pour agir plus
agir plus afin d’être plus


Dans l’épitre aux Colossiens, Paul souligne les innombrables obstacles à la réalisation de l’homme nouveau : débauche, passion, cupidité, colère, méchanceté, injustice,… puis il invite à développer des relations nouvelles. (Col 3,1-25) L’accomplissement de l’homme ne se réalisera que lorsque l’humanité toute entière sera identifiable au Christ Universel. « Alors quand tout sera sous le pouvoir du Fils, il se mettra lui-même sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous ». (I Cor 15,28)
Il suffit de regarder en nous et autour de nous pour voir que l’humanité est encore loin d’être à l’image et à la ressemblance de Dieu.
Teilhard a envisagé différentes hypothèses possibles pour la fin de l’humanité. Il fait le pari d’une hominisation totale grâce à la conjonction du Dieu de l’en haut et du Dieu de l’en avant. L’Eglise, corps mystique du Christ, est l’axe central de convergence universelle, rencontre entre l’Univers et le point Omega, foyer principal d’affinités interhumaines. (TXI, 206). La Foi chrétienne devient la force organisatrice de l’Univers. « L’Issue du Monde, les portes de l’avenir ne cèderont qu’à une poussée du tous ensemble, dans une direction ou tous ensemble peuvent se rejoindre et s’achever dans une rénovation spirituelle de la terre. Pas d’avenir évolutif à attendre pour l’homme en dehors de son association avec tous les autres hommes. » (TI ,271)
« Un jour, nous annonce l’Evangile, la tension lentement accumulée entre l’Humanité et Dieu atteindra les limites fixées par les possibilités du Monde. Alors ce sera la fin. L’attraction du fils de l’Homme saisira pour les réunir ou les soumettre à son corps, tous les éléments tourbillonnant de l’Univers » (TIV, Epilogue).

Bien qu’ayant vécu des expériences de vie fort différentes, Teilhard et le Pape François se retrouvent dans leur approche de la réalité. Les deux ont rendu cohérent leur message avec le Monde qui les entoure.

La vision de foi, accompagne l’action de foi. Le croyant éprouve le bonheur d’agir sur un monde en pleine croissance. Il communie avec Dieu dont il capte le pouvoir et intensifie autour de lui la Présence de Jésus Christ. (TXII, 328). Le chrétien aime la terre pour la rendre plus pure et tirer d’elle-même la force de s’en évader. Il se divinise en s’ouvrant aux autres. Cette attitude fondamentale commande son comportement pratique. Pureté, foi, fidélité, charité, douceur, espérance : tel est le chœur des principales vertus chargées de nous introduire dans le milieu divin et d’en assurer pour nous la croissance. Elles doivent être les compagnes de notre action terrestre. Elles s’épanouissent dans la contemplation. (Cardinal H. de Lubac)
Teilhard utilise souvent l’image du sentier de montagne pour nous indiquer les efforts le long de notre route. Dans son homélie de la messe de la nuit de Noel 2013, le pape François prenait l’image du chemin avec soleil et pluie, jour et nuit. Comme chez François d’Assise, la nature participe à notre méditation et à nos prières. La réalité humaine est très présente. Teilhard mentionne que pour penser, il faut manger. Le pape François visitant le bidonville villa-21 à Buenos Aires rappelle que l’on ne peut apprendre la catéchisme à des enfants qui ont faim.
Comme Teilhard l’a vécu dans ses relations avec le Monde, le pape, dans « la joie de l’Evangile », nous rappelle que l’Evangélisation est essentiellement liée à la proclamation de l’Evangile à ceux qui ne connaissent pas Jésus Christ ou l’ont toujours refusé.(14). L’Eglise doit être réellement en contact avec les familles et avec la vie du peuple (28).Nous sommes invités à développer la mystique du vivre ensemble (87).
Bien que le préfixe super n’ait pas aujourd’hui la signification que Teilhard lui donnait il y a 100 ans, la super-humanité qu’il envisageait correspond bien à ce que nous vivons, c’est-à-dire une certaine organisation mondiale, le développement des communications, l’augmentation de la population.
Le pape François demande de prendre en main le vivre ensemble, de tenir compte de la complexité des relations interpersonnelles, (113), de respecter les cultures différentes avec leur autonomie(115), d’observer les réalités de l’évolution.
« Dans le Christ, Dieu ne rachète pas seulement l’individu mais aussi les relations sociales entre les hommes. …L’acceptation de la première annonce, qui invite à se laisser aimer de Dieu et à l’aimer avec l’amour que lui-même nous communique, provoque dans la vie de la personne et dans ses actions une réaction première et fondamentale : désirer, chercher et avoir à cœur le bien des autres.(178).
Sur le plan spirituel le pape François et Teilhard se retrouvent. Le tout est supérieur à la partie, il est plus que la somme. Il faut élargir le regard. (234-235) L’union, loin de diminuer les êtres les accentue (T V, 152). L’amour est l’énergie, la force spirituelle qui permet la rencontre avec Dieu. Ces deux témoins nous indiquent des chemins de vérité à approfondir. Samedi 4 octobre 2014, le Pape a proposé lors de l’ouverture du synode sur la famille, une méthode de travail : Ecoute, confrontation ouverte et fraternelle, patience obstinée et créativité. Cette méthode est proche de la méthode de travail de Teilhard qui lui a permis de rendre cohérent sa pensée spirituelle et son environnement scientifique.

Conclusion pour vivre l’Evangile Aujourd’hui.

Le pape Jean XXIII nous encourage à devenir prophète là où nous sommes ;
« Il faut voir l’homme tel qu’il est, saisir les signes des temps, saisir l’occasion et regarder loin devant. Entre réaliste et prophète, je choisi prophétie et utopie ».

Partageons la marche à suivre vers notre accomplissement, notre bonheur. (T IX, 130)
Se centrer Etre, se faire et se trouver, être soi même
Se décentrer sur l’autre sortir de nous-même et s’ouvrir aux autres, souffrir pour nos frères
Se surcentrer soumettre notre vie à une vie plus grande que la notre

ETRE, AIMER , ADORER


Rendons grâce à l’Esprit qui a semé sur la route de l’Eglise des témoins aussi adaptés aux réalités de leur temps. La connaissance de leur vie et de leurs écrits permet une révision de vie et nous donne des raisons d’espérer.

Quelques points nous interpellent :
un grand courage. Chacun d’eux a été critiqué soit dans l’Eglise soit hors de l’Eglise. Dans la fidélité Ils ont su conserver leur motivation et leur foi sans s’exclure.
une grande humilité. Paul se considère comme l’avorton du Christ. Teilhard propose : « suggérer, ne rien affirmer, mais faire penser » (TI, 276). Le pape François souhaite comme Jean XXIII « tout voir, passer sur beaucoup de choses et en changer quelques-unes ! » Ils savent utiliser et faire référence au travail de ceux qui les ont précédés.
une grande culture, sur le plan humain et sur le plan spirituel. Celle-ci s’acquiert dans les études mais surtout dans les relations. Le goût de la recherche, la curiosité, la soif de connaitre et surtout le besoin de comprendre l’environnement matériel et social. Il est nécessaire pour l’homme de culture d’être inséré dans le contexte dans lequel il travaille et sur lequel il réfléchit. Pour pouvoir discerner, il est nécessaire de connaitre.
Un choix réfléchi entre la personne et la loi. Paul se lève contre la circoncision des gentils (Gal 6,15). Il professe un enseignement pédagogique de la loi. « Vous avez rompu avec le Christ, si vous placez votre justice dans la loi. Quant à nous, c’est par l’esprit, en vertu de la foi, que nous attendons fermement que se réalise ce que la justification nous fait espérer ». (Gal 5,1-6) L’interdit vient de ce que l’autre existe. Le seul commandement, c’est l’amour. Teilhard oppose les mystiques dont il fait partie aux juridiques, propriétaires de la vérité. Le Pape se demande s’il a le droit de juger, et dans l’interview publiée dans la revue Etudes, il considère qu’il est erroné de voir la doctrine de l’Eglise comme un monolithe qu’il faudrait défendre sans nuance.
Optimisme et espérance. L’optimisme de Teilhard lui fut souvent reproché au regard des troubles traversés au XXème siècle. H.de Lubac le justifie comme étant un pessimisme surmonté et une victoire de la Foi. La même critique est faite au pape actuel. Il répond en remplaçant le mot optimisme par le mot « espérance » en se référant aux épitres de Paul aux hébreux et aux romains.
L’amour énergie , moteur de l’évolution chez Teilhard, force spirituelle qui permet de rencontrer Dieu, pour le Pape (272). Chaque fois que nos yeux s’ouvrent pour reconnaitre le prochain, notre foi s’illumine davantage pour y reconnaitre Dieu.
Un équilibre solidement construit entre prière et action. La prière donne son sens à l’action et l’action valorise la prière. La prière est pleine de mémoire, de souvenirs de notre histoire et de l’œuvre de Dieu. Prier n’est pas suppléer Dieu, c’est s’imprégner de l’action de Dieu. La pratique de l’adoration du soir du Pape François fait écho à celle de Teilhard pour le Christ toujours plus grand.
Nous vivons aujourd’hui dans un univers en permanente évolution, en permanente création. Nous sommes appelés à vivre en cohérence entre la réalité et notre Foi. Sur notre chemin le Christ nous accompagne, nous croyons que :
« Jésus n'est pas un héros solitaire venu du ciel pour nous sauver, mais il est le point central et le but ultime de l'histoire que Dieu a commencée avec son peuple. C'est pourquoi le chrétien doit toujours être un homme eucharistique qui marche entre mémoire et espérance; jamais une monade solitaire. En effet, si on ne marche pas avec le peuple, si on n'appartient pas à l'Eglise, la foi est seulement quelque chose d'artificiel, de laboratoire. » (Homélie du pape François, 15 Janvier 2014)


OUVRAGES UTILISES

Paul :
Claude TRESMONTANT Saint Paul et le mystère du Christ (Points Sagesse Seuil)
P. NOIR Prier avec ST Paul et Teilhard (Ass des Amis de Pierre Teilhard de Chardin)

Pierre Teilhard de Chardin :
Henri DE LUBAC La pensée religieuse du Père Teilhard de Chardin (ed. Aubier)
Gérard-Henri BAUDRY Espérer pour l’Homme avec Teilhard de Chardin (ed. Saint-Leger)
Gustave MARTELET Prophète d’un Christ toujours plus grand (ed. Lessius)
André DUPLEIX , Evelyne MAURICE Christ Présent et Universel (ed. Mame-Desclée)

Le Pape François
La Joie de l’Evangile Exhortation apostolique Bayard 2014

Lundi 27 Octobre 2014 12:55