Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Commentaire sur les « Ecrits du temps de Guerre, vie cosmique, chapitre III »


Catherine GODINOT / La communion avec Dieu
A- Le monde des âmes
Le christianisme est une religion de personnes, la religion des âmes. Les âmes sont donc assimilées à des personnes. Est-ce que ce sont des personnes individualisées ou une ensemble de personnes ?
Un être ne peut être vraiment défini que dans son rapport aux autres. L’homme ne prend donc conscience de sa singularité que dans sa relation avec autrui. Autrement dit, c’est par son union aux autres, qu’il fait émerger son originalité. Tout au long de sa vie, l'homme est confronté à cette double expérience de l’unité et de l’altérité. Pour affirmer son identité, l’être humain oscille entre deux comportements opposés : soit exister en s’unissant au risque de se confondre avec l’autre, soit exister en se confrontant au risque de se séparer d’autrui.

Selon Teilhard, « les âmes ni ne se forment dans le monde, ni ne le quittent ». Le christianisme ne représente pas seulement un réseau d'intimes liaisons entre les âmes car c'est une religion suprêmement individualiste qui demeure essentiellement une religion cosmique. Le christianisme nous découvre un monde d'âmes.

Pour Teilhard, « Le Cosmos n'est qu'une tige passagère et flétrissable ». Les âmes recueillent ce qu'il y a d'absolu et de grand dans le Cosmos, l'immortalisent et l'emportent comme un fruit mûr.

Pour Platon, « le Cosmos est comme un être vivant : il a un corps et une âme qui garantit son harmonie »

L' âme du monde peut être considérée comme un principe d’unification du cosmos. Les âmes sont entraînées par les appels de la grâce vers un centre commun de béatitude, ce qui les groupent en un Tout naturel. Par la grâce, elles sont attirées vers Dieu et s'influencent mutuellement. Ainsi se concrétise le mystère « cosmique » de la communion des Saints. Le bien ou le mal fait par l'un entraîne les autres à sa suite. Les destinées des hommes sont solidaires et forment un Tout cimenté par la grâce et, ce Tout, c'est le Corps du Christ.

B- Le Corps du Christ
Le Corps du Christ forme un monde naturel et nouveau, un organisme animé et mouvant dans lequel nous sommes tous unis, physiquement, biologiquement. Cette union s'opère par le biais de la grâce : « celle-ci est la sève unique montant dans les branches à partir d'un même tronc, le sang courant dans les veines sous l'impulsion d'un même coeur, l'influx nerveux traversant les membres au gré d'une même tête, et la tête radieuse, le coeur puissant et la tige féconde sont inévitablement le Christ. » « Par la grâce, nous nous identifions à une même réalité supérieure qui est Jésus ». Il nous rassemble d'abord au sein du Christ incarné, nous fait partager sa chair elle-même dans l'Eucharistie et demande notre adhésion à la résurrection. Mais cela ne se fait pas sans notre participation active : nous sommes libres de le suivre ou pas. Nous devons nous assimiler à lui dans la charité qui nous fait aimer chaque homme et nous fait « promouvoir l'unification de tous en Un ». Ainsi, le Corps du Christ continuera de s'achever en chacun de nous.

Teilhard affirme sa conviction dans une incantation enthousiaste mais un peu mystique : « vous êtes l'Etre cosmique qui nous enveloppe et nous achève dans la perfection de son unité ». Plus loin, cependant, il insiste sur le fait que le monde du Christ n'étant pas achevé, il trouve une joie profonde à atteindre son but qui est de participer à la construction du royaume de Dieu. A côté de « Celui qui est », il rencontre « celui qui devient ». Enfin, pour participer au Royaume de Dieu, il ne faut pas rejeter le Monde.

C- Le scandale du Royaume de Dieu

« Le principe fondamental de l'édification du Corps du christ , c'est l'utilisation de la valeur morale subjective des actes humains ». Mais si seulement la valeur morale de nos actes est importante, et que « le facteur réussite devienne secondaire », à quoi servira-t-il de se battre pour aboutir à des succès sur le plan humain, de faire valoir ses richesses, de progresser dans la recherche scientifique, par exemple ? Cependant, « A quoi sert à l'homme de gagner l'univers s'il vient à perdre son Âme ? » nous disait aussi Mathieu, (16, 26). Dans cette optique, le paresseux qui se contente de rester contemplatif, qui prend plus de temps peut-être même pour prier sans faire d'effort pour progresser dans ce bas monde, serait-il mieux considéré et mieux accueilli dans l'au-delà que celui qui s'échine au travail ? Non, l'ouvrier qui avait reçu un seul talent et l'avait enterré sans le faire fructifier est condamné par celui qui le lui avait donné. En restituant en serviteur honnête, le seul talent qu'il avait reçu, il est resté serviteur mais il n'a rien créé. Les autres serviteurs qui avaient reçu plus de talents et les ont fait fructifier sont au contraire invités à partager la joie du maître.

En conclusion, la réussite de nos entreprises humaines n'est pas un obstacle à la félicité dans l'autre monde et à l'attachement au Christ. Il nous faut participer à l'achèvement du Royaume de Dieu en contribuant au progrès sur terre, qu'il soit technique, intellectuel, social ou autre. En effet, Teilhard dit: « Pour que je me voue ardemment, sincèrement, au labeur cosmique, pour que je puisse concourir à armes égales avec les fils de la terre, il faut que je sois convaincu non seulement du mérite de mes oeuvres, mais de leur valeur. Il faut que je croie à ce que je fais. » TEILHARD croit à la science qu'il pratique dans son travail de paléontologue, croit à « quelque Surhomme quand il s'enthousiasme pour une guerre de culture et regarde comme une faveur de Dieu de pouvoir risquer son existence à une mort abominable pour faire triompher un idéal de civilisation. » (seule allusion dans ce chapitre à l'horreur de la guerre de 14-18 qu'il vit en écrivant cet ouvrage). Il dit encore : « plus je me livre d'une certaine façon au soin de la grande terre, plus j'appartiens à Dieu ». Quelque part, le Christ et la terre doivent être situés l'un par rapport à l'autre de telle façon que je ne saurais posséder l'un qu'en me fondant à l'autre, être absolument chrétien qu'à force d'être désespérément humain.


 

Samedi 18 Avril 2015 14:23