Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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L'avenir de l'Homme, Editions du Seuil


Dans le phénomène humain (1939-1940), Teilhard de Chardin interprète l'évolution comme une montée vers la conscience. Le monde se construit par une organisation de plus en plus complexe des éléments inertes qui s'associent pour former des atomes, puis pour agréger des atomes en molécules, des molécules en cellules et des cellules en êtres vivants de toutes catégories. En 1947, dans son chapitre intitulé « Agrégation ou Genèse », il pose la question de savoir s'il existe un axe principal d'évolution.

I – Dans l'univers matériel, la vie est le phénomène central de l'évolution

En premier lieu, il ne faut pas prendre la question de l'axe principal d'évolution de façon primaire. L'évolution ne correspond pas à une transformation de la matière sous sa forme la plus simple pour arriver à la complexité de l'homme par ajouts successifs d'éléments conduisant directement au suivant sur la chaîne de l'évolution des êtres. Prenons par exemple le comportement impressionnant de hyménoptères paralyseurs comme la guêpe ou le sphex. Ceux-ci déposent leurs œufs dans des chenilles qui resteront paralysées et immobiles assez longtemps pour servir de nourriture fraîche aux larves issues des œufs. Le Sphex pour paralyser la chenille la pique au niveau de ganglions moteurs précis. Une piqûre au niveau d'autres ganglions aurait tué la chenille qui n'aurait pu servir de nourriture fraîche nécessaire au développement des larves (observation réalisée par Favre en 1894). Ce comportement éminemment intelligent n'aurait pu être découvert par l'homme qu'au prix d'une analyse très fine ou d'expérimentations répétées pour identifier ce point précis, toutes choses dont l'insecte n'apparaît pas capable. Notre hypothèse est qu'il doit y avoir une relation spécifique entre le sphex et sa victime qui le renseigne sur la vulnérabilité de la chenille. C'est un instinct ou une intuition qui le fait agir ainsi. A l'époque d' Aristote, on croyait que la série des êtres vivants était une série unilinéaire, c'est à dire que la vie évoluait vers l'intelligence en passant par la sensibilité et l'instinct. Selon ce point de vue, la guêpe se transformerait directement de façon répétitive pour petit à petit devenir un être humain.
Un des résultats les plus clairs de la biologie moderne a été de montrer que l'évolution s'est faite selon des lignes divergentes. Comme le souligne Bergson dans « l'évolution créatrice » (p. 176, édition par Arnaud François, collection Quadrige, Presses Universitaires de France, 2009). C'est à l'extrémité de ces lignes que nous trouvons l'instinct et l'intelligence.
L'axe privilégié de l'évolution dont parle Teilhard de Chardin ne correspond donc pas à des transformations successives des êtres vivants. Si la vie est le phénomène central de l'évolution, elle s'est manifestée de multiples manières. Si tous les êtres ont un ancêtre commun, il n'y a pas de filiation directe entre eux.

II–Dans le monde organique, la réflexion humaine est le phénomène central de la vitalisation

Depuis les animaux inférieurs jusqu'à l'homme, une grande complexité est apparue. En se basant sur sur ses connaissances scientifiques en paléo-anthropologie, Teilhard de Chardin a comparé les premiers hominidés aux autres mammifères et constaté le développement et la complexification du cerveau chez les primates. Au cours du temps, la complexité mais aussi l'organisation croissante du système nerveux est apparue et la spiritualité de l'homme a émergé. De cette complexité est née la conscience. C'est en ce sens que Teilhard de Chardin apprécie la marche de l'évolution.
La pensée consiste pour une conscience à se centrer assez parfaitement sur le soi pour se saisir dans le cadre explicite d'un présent, d'un passé et d'un avenir, c'est-à-dire dans les dimensions d'un espace-temps. Avec les siècles, le niveau de conscience suivi de la pensée n'a jamais cessé de monter. « De ce point de vue, conclut Teilhard de Chardin, tout prend figure et mieux encore tout continue dans l'histoire du monde ».

III-La socialisation est le phénomène essentiel de l'hominisation

Ce n'est pas que les animaux ne sont pas capables d'organiser la vie en société pour le plus grand bien de la communauté. Le abeilles, les fourmis, les termites se partagent le travail de façon remarquable. La marmotte en est un autre exemple : les adultes surveillent les ébats de toute la colonie et spécialement des plus jeunes pendant l'été et les prévient par un cri strident lors de l'arrivée ou de la menace d'un prédateur. La colonie se charge des approvisionnements et du stockage de la nourriture qui permettra le ravitaillement pendant l'hiver entre deux périodes de sommeil. Cette organisation englobant éducation, surveillance « policière ! » et planification n'est-elle pas celle d'une société vivant en toute intelligence ?
La vie humaine parvenue au stade dé-réfléchi pourrait se disperser en unités ethniques divergentes, chacune restant isolée. Cependant il y a une issue beaucoup plus encourageante, c'est celle de la socialisation. Dans la société actuelle, le nombre des humains va croissant alors que, d'après les prévisions climatiques à moyen terme, les surfaces cultivables et vivables vont en diminuant. Cela ne manquera pas de poser des problèmes difficiles à résoudre dans l'avenir. Les foules et les masses devront trouver un modus vivendi acceptable ou bien elles s'entredéchireront. « Désormais ce ne sont plus des cellules qui s'agrègent au hasard de la sélection naturelle : ce sont des individualités zoologiques qui se montent inventivement en organismes de dimensions planétaires ». C'est ainsi que l'univers pourrait se rassembler. En effet, l'axe de l'évolution passe ensuite par la communication entre les consciences qui se regroupent. « Rien dans l'univers ne saurait résister à un nombre suffisament grand d'intelligences groupées et organisées ». Ce ne sera pas facile. L'exemple du fonctionnement difficile des organismes internationaux en est la preuve. Mais il faudra bien y arriver.

IV- L'église comme facteur ultime de rassemblement

Dans sa quatrième proposition, Teilhard de Chardin propose que l'église forme l'axe même ou le noyau de rassemblement dan la genèse de l'organisme social humain. Le chrétien peut faire un pas de plus en avant. L'idée fondamentale pour le dogme chrétien est que l'individu n'existe pleinement que dans une unification organique de tous les hommes en Dieu. L'unité humaine est rassemblée sous l'effet de la réflexion. « Le croyant peut éclairer et prolonger en christogénèse la genèse de l'univers autour de lui ». C'est ainsi que que la combinaison de l'action transcendante d'un « Dieu personnel et de la perfectibilité immanente d'un monde en progrès » pourrait faire fonctionner le moteur humain où se trouvent concentré tout l'avenir et tout l'espoir de l'évolution.


Vendredi 28 Octobre 2011 12:53