Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Réflexion du mois de mars


La question que pose Teilhard de Chardin est particulièrement actuelle en ce moment où se multiplient éruptions volcaniques, tremblements de terre, tsunamis, cyclones, typhons et où un nuage radioactif provenant du Japon migre dans le monde entier. Même si la menace radioactive à notre porte reste encore faible, ne songeons-nous pas à ce qui pourrait être la fin du monde ou, en fait, la fin de notre terre?

Selon Teilhard de Chardin, les astronomes pensent que, il y a des millions d’années (p.122), l’univers était constitué d’une atmosphère diffuse que Jeans appelle le chaos primordial. La matière aurait été formée par l’interaction d’atomes qui se sont progressivement condensés en agrégats. L’assemblage de ces agrégats aurait donné naissance aux galaxies. La rupture de fragments de ces galaxies aurait donné naissance aux étoiles. Ce serait les frottements entre étoiles qui aurait ensuite donné naissance aux planètes (p.123). Teilhard de Chardin nous présente la complexité de l’organisation de l’univers, complexité due d’abord à l’impressionnante multiplicité des galaxies, des étoiles et des planètes et due aussi aux réseaux d’interactions qui les relient entre elles. Parmi les planètes, la planète Terre, bien q’elle ne représente guère plus qu’un grain de sable dans l’immensité de l’univers, est celle qui nous importe le plus puisque c’est celle où nous vivons.

Notre planète Terre a vu apparaître la Vie. Que la vie existe ou pas sur d’autres planètes n’est sans doute pas une question primordiale pour notre réflexion actuelle. De notre point de vue humain, Teilhard de Chardin pense que la vérité du monde tient dans sa complexité qui a progressivement associé un nombre incalculable d’atomes, de molécules pour former les cellules et les êtres vivants (p.125). Mais quelle est la place de l’homme dans ces super molécules? En effet, il y a «cent millions de millions de cellules chez un mammifère moyen et des centaines de millions d’atomes dans chaque cellule (p.130).» Or selon Teilhard de Chardin, «plus un être est complexe, plus il se centre sur lui-même et par suite, plus il devient conscient.»
Rien ne prouve que l’homme soit arrivé au sommet de sa complexité. Au contraire, le monde humain est soumis aux puissances de la collectivisation d’une société de plus en plus innombrable. Cette société est régie par les lois économiques, financières ou politiques que nous ne maîtrisons pas bien (p.132) Ces pressions sont exacerbées par des réseaux de communication de plus en plus efficaces qui influent sur le psychisme des masses.L’humanité serait ainsi entrée dans une phase de planétisation. Cette «totalisation planétaire» s’applique à la conscience humaine. Ceci aurait le grand avantage de transformer l’oppression qui nous vient de la collectivisation mondiale en un espoir de travailler ensemble au lieu de nous opposer et à stigmatiser notre volonté afin que chacun contribue à élever l’univers. Ce n’est pas parce que les expériences de collectivisation ont échoué qu’il faut renoncer à agir ensemble. Leur échec est probablement dû au fait qu’elles ont été mal appliquées et qu’elles ont été fondées sur la haine, la crainte et la dictature. Il faut que les humains se rapprochent par sympathie et «s’éveillent au sens d’une solidarité universelle (p.137)» au niveau de la planète entière.

Teilhard de Chardin termine ce chapitre en se posant la question de la fin possible de la vie planétaire, c'est-à-dire à notre échelle à la fin de la terre. Selon les calculs de Jeans, "la terre en a encore pour des millions d'années à être habitable, de sorte que l'humanité n'en est encore qu'à l'aurore de son existence (p. 139)". D'un autre côté, faut-il croire aux prédictions qui annoncent que la chute d'une énorme météorite détruira la terre en décembre 2012? Autre possibilité: l'homme lui-même n'est-il pas en train d'accélérer sa propre destruction? En effet, indépendamment des récentes catastrophes naturelles, notre société provoque ou accentue les dégradations de la planète Terre par ses déforestations, sa production de CO2, ses marées noires, ses dégâts nucléaires, son gaspillage des ressources… Leonardo di Caprio l'a bien mis en évidence dans son récent long métrage documentaire sorti en 2010 : "La 11° heure, le dernier virage". Dans ce film, il présente les images télévisuelles de divers cataclysmes récents et particulièrement ceux dont l'origine a pu dériver de l'action humaine. En diffusant gratuitement ce film sur Internet, il espère que l'horreur de ces images fera réaliser aux spectateurs du monde entier l'urgence de la situation mondiale afin de les convaincre d'agir pour empêcher ces dévastations croissantes. Il apporte lui-même son soutien à diverses associations œuvrant pour la défense des forêts, la sauvegarde des océans. Il défend l'écologie et le protocole de Kyoto et essaie de vivre en conformité avec sa conviction de la nécessité d'économiser l'énergie, de réduire la production de CO2, et de préserver les ressources naturelles. Son combat vise à ce que chacun s'investisse pour le bien de tous. Je pense que ce combat rejoint celui de Teilhard de Chardin qui préconise une solidarité de tous au niveau planétaire. Teilhard de Chardin va plus loin en impliquant un centre divin de convergence qui est le point Oméga. Il espère que l'humanité atteindra au terme de sa totalisation sur elle-même un point critique de maturation. Par une approche mystique, elle se détacherait psychiquement de la planète pour rejoindre le point Omega, seule essence irréversible des choses. Ce serait une évasion hors de la planète non pas spatiale et par le dehors mais spirituelle et par l'intérieur.

Mercredi 20 Avril 2011 20:59