Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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EXTRAITS DU TEMPS DE LA GUERRE, réflexion de décembre 2015


Christiane LATRAICHE / LA NOSTALGIE DU FRONT
Dans ce chapitre , Teilhard fait le bilan de ce qu’il a vécu au front :


-LA MORT à laquelle il a été confronté.
Comme tout un chacun doit apprendre à se familiariser à ce que la finitude impose de vivre avec ceux que nous aimons et ceux que côtoyons .

-LES PEURS qui paralysent :
Apprendre à vivre avec elles et en faire des moteurs de la pensée et de l’action; les apprivoiser. Les peurs rétrécissent la vie, la rendent moins joyeuse et moins libre. Le philosophe qu’il est apprend à vaincre ses peurs et à vivre dans la sérénité . « Ma vie me paraissait plus précieuse que jamais »
.
-LA NOSTALGIE :
Pendant la guerre il a vécu des moments intenses . Etre aux cotés des soldats , partager avec eux leur vie , leurs doutes ,leur souffrance, leur remonter le moral , les écouter et même quelque fois être proche des ennemis . Il n’existe plus qu’un être humain en face de lui. Il va à l’âme du front, à l’essentiel , il communie avec les autres .
Pourquoi regrette-t-il le front ? Il va retrouver ses peurs , le quotidien dans une multitude d’actes qui sont chaque fois à baliser . Pour échapper à la routine rien ne va de soi, il appartient de s’opposer à la pesanteur de l’évidence. Le plus difficile est encore de ne pas se laisser entrainer par la pression de l’entourage.
L’expérience du front le marque . Il risque un changement personnel qu’il va être obligé d’assumer.
L’âme du front , la communion avec les autres vont lui manquer .

-LA VIOLENCE :
« Le front m’ensorcelle » . Il réalise que l’homme a besoin de la guerre , son instinct guerrier ressort. Vive coïncidence avec les faits récents les kamikazes qui portent leur violence et leur idéalisme à l’extrême . Chacun de nous est habité par des zones de lumière et des zones d’ombre , tiraillé par des contradictions multiples , emporté par les courants violents et chaotiques de ses désirs et de ses peurs .Les idéaux inculqués à une masse d’homme entraine la violence qui appelle en retour la vengeance , le meurtre ,et la vengeance . L’humanité entre ainsi dans un cercle sans fin.
Teilhard dit : « Mais vienne le temps (il viendra) ou la masse se rendra compte que les vrais succès humains sont ceux qui triomphent des mystères de la matière . » Il croit en l’être humain capable de se prendre en
main, en apprenant aux plus jeunes à gérer leurs émotions et à se comporter de façon éthique. IL appelle l’être humain à devenir plus humain . Cette transformation est en lui .
« J’affirme, pour moi, que sans la guerre , il est un monde de sentiments que je n’aurais jamais connus ni soupçonnés . »
« Heureux , peut être , ceux que la mort aura pris dans l’acte et l’atmosphère même de la guerre ……. »
La mort fait partie de la vie ,la vie fait partie de la mort ……

Ce chapitre est très riche en sentiments, on retrouve le poète :
« Je suis monté au crépuscule … »
Délivré de ses peurs , de ses contraintes de la vie conventionnelle il se retrouve dans un monde intérieur en paix avec lui-même . Il cherche à être vrai : « Puisque en ce moment mon regard est plus apaisé, je veux m’analyser
. »
Il peut enfin témoigner de lui-même en étant clair . « J’étais libre et me sentais libre. »
Stanley Cavell , philosophe américain ,disait : « Une révolution dans notre façon de vivre ne peut que commencer à l’intérieur de nous-mêmes . »
Ayant approché la mort de si près , il réalise qu’une brusque transformation, au moment où « l’âme s’éveille » , est en marche et que le monde devient plus adulte .

Dimanche 3 Janvier 2016 15:06