Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Réflexion présentée le 27/02/2015
Chapitre extrait des ECRITS DU TEMPS DE LA GUERRE


Christiane Latraiche / Communion avec la terre
Dans ce chapitre très dense Teilhard fait part de ses doutes, de ses questionnements, de ses erreurs, de ses tiraillements entre la matière qui peut être un obstacle pour l’évolution et le progrès qui est lumière.. Il met en évidence le sens et l’intérêt du travail sur soi.
Ne pas rejeter la matière mais s’en servir pour avancer, être actif, se recentrer . C’est dans le collectif qu’il y aura évolution.
Teilhard compare l’organisation des cellules à l’organisation des humains « Comme les cellules à qui reviennent dans le corps des places et des fonctions particulières », la société humaine, dans sa cohésion globale est semblable aux cellules qui ont des fonctions spécifiques.

Aller au-delà des certitudes. Comment un croyant pourrait-il se permettre de juger son prochain alors qu’il ne peut même pas évaluer vraiment son propre comportement ? L’évolution se prolonge par le perfectionnement cognitif, la conscience. « La matière a fini d’être par son esprit et son cœur la reine de toutes les promesses. »

Teilhard parle des « pourceaux d’Epicure » : Jésus faisait référence aux chiens et aux cochons, ayant probablement en tête certaines personnes. L’image du chien et du cochon correspond à la condition spirituelle de l’homme égaré. Jésus décrit la nature humaine et, dans le cas des « pourceaux d’Epicure » plus précisément la nature charnelle qui réside dans chaque homme Si cette na ture n’a pas encore été régénérée, si la puissance de Dieu ne l’a pas encore faite renaître dans l’Esprit, alors cette image prend toute sa signification. L’apôtre Paul (Ch 2/ 22) parle aussi de la truie et du cochon comme d’animaux vivant dans la « crasse » car pour certaines personnes, même si elles se déclarent chrétiennes ou d’une autre confession tant que leur nature n’a pas été transformée elles retournent à l’attrait de la facilité . Personne ne peut nier la capacité de l’homme d’extérioriser son agressivité et ses pulsions. Il doit supporter une certaine souffrance lorsqu’il vit selon les lois du monde, le monde s’oppose à tous ceux qui marchent sur le chemin de la vraie Lumière. Cela interdirait-il de proclamer l’Evangile ? Cependant rien n’est plus parlant que l’exemple .
L’apôtre Paul dit « Vous êtes la lettre de l’Evangile que votre entourage peut voir, elle est écrite par l’Esp rit de Dieu et témoigne de la nouvelle vie en vous . »

Comme Jésus, Teilhard invite à se recentrer, il pointe l’agitation ou l’hyperactivité qui disperse et ne donne plus de temps pour les rencontres non seulement humaines mais aussi avec Dieu dans le silence des profondeurs de notre être. Bernard de Clairvaux écrit : « Que chacun de vous s’efforce d’abord de n’être pas en dissidence avec lui-même . »

Dans l’Evangile, la rencontre est importante et Luc en parle à plusieurs reprises : les premiers disciples abandonnant leurs activités pour suivre Jésus, le jeune homme riche qui ne peut s’alléger de ce qui l’encombre, Lévi collecteur d’impôts qui se met à la suite de Jésus, les pèlerins d’Emmaüs qui cheminent longuement avec Lui, ne le reconnaissant qu’à la fraction du Pain, au dernier moment.
Et enfin une rencontre très significative (Luc Ch.10 ) celle de Jésus et de deux sœurs : « Comme Jésus était en chemin avec ses disciples, il entra dans un village et une femme nommée Marthe le reçu dans sa maison . Elle avait une sœur Marie qui s’était assise aux pieds de Jésus écoutant sa parole . Marthe occupée à divers soins domestiques survint et dit : Seigneur cela ne fait-il rien que ma sœur me laisse seule pour servir ? Dis lui donc de m’aider . Jésus lui répondit : Marthe tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses , une seule chose est nécessaire . Marie a choisi la bonne part qui ne lui sera pas ôtée » .
Jésus affirme la primauté de la méditation sur l'hyper activité. Il sait qu’il existe des personnalités qui ont besoin d’agir, d’autres de se ressourcer dans l’écoute et dans la pensée. Marthe a probablement perdu son unité en étant indisponible à elle-même, à ses aspirations, à la « rencontre » . Lors de notre dernière réunion un membre de notre groupe a avancé l’idée, intéressante, que Marthe et Marie pouvaient symboliser une seule et même personne, tiraillée dans ses contradictions.

L’enjeu n’est pas simplement d'éviter la dispersion ou l’épuisement mais de retrouver la confiance qui donne paix et joie.
« Acclamez Yahvé toute la terre, servez Yahvé dans l’allégresse, allez à Lui avec des chants de joie. »
La joie profonde qui naît du bouleversement de la rencontre avec Jésus-Christ; telle est la joie imprenable . Cette joie Marthe l’a ratée en étant suractive.

La « Communion avec la Terre » ….. Pas de « communion » possible sans préserver la part spirituelle, essentielle, de nos vie et pas de communion co-créatrice avec la terre dans les « tranchées » de nos luttes contingentes si nous n’allions pas Esprit et Matière.
 

Dimanche 8 Mars 2015 09:33