Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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L'AVENIR DE L'HOMME (ed. du Seuil) chapitre 14, "Agitation ou Genèse ?"


Dans le cadre de ce que Teilhard appelle : l’axe cosmique d’évolution (L’avenir de l’homme, page 255) se situe le problème de la création. J’aimerais donc traiter ici même de cette notion qui s’introduit tout naturellement dans les phénomènes de l’Evolution.

Le langage humain est par nature limité comparativement à la complexité de notre Univers, de notre histoire, de notre condition humaine. Ainsi les mots : « Création » et « Evolution » ne peuvent être compris et interprétés par tous de la même manière. De nos jours, le terme création désigne la production d’une nouveauté, sens qui n’est pas celui de la Bible car le verbe hébreu : bara n’admet que Dieu pour sujet ! Il en résulte que la création, au sens ontologique donné par les Pères de l’Eglise dés le IIe siècle, désigne la production totale de l’être : « de tous les êtres » et du « tout de l’être ». La première expression se rapporte à tout ce qui se laisse voir, entendre, toucher, penser, imaginer, le ciel et la terre, l’univers visible et invisible, tous les univers au sens moderne du terme. La seconde expression désigne tout ce qui fait qu’un être existe : matière, configuration, énergie, c'est-à-dire son essence et son existence. Il s’agit de la foi monothéiste dans toute sa rigueur, car elle exclut que l’action de créer ne soit simplement une mise en ordre d’un chaos primitif ou bien une réorganisation d’un univers antérieur. Ainsi le verbe créer c’est « Faire à partir de rien » et non opérer une transformation, un changement d’une réalité préexistante. La création n’est pas non plus un passage ; c’est un acte souverain d’un Dieu unique et transcendant : creatio ex nihilo sui et subjecti. Ce terme de création n’a donc pas sa place dans un discours scientifique. Par contre il fait penser à deux autres mots fondamentaux qui posent problème : le commencement et l’origine.
La notion de commencement s’inscrit dans une durée qui est une série continue d’instants au sein de laquelle il est impossible d’y placer une césure. Aucun événement ne peut être séparé de ce qui le précède et le cause, ni de ses effets et implications postérieurs. Il se place dans une genèse continue. Alors pour déterminer qu’un événement a été un commencement, il faut que l’esprit soit à même de comparer le passé et le présent. Lorsque la théorie de l’Evolution s’interroge sur le commencement de l’humanité, l’interprétation des observations repose sur plusieurs critères, par exemple : station debout, forme ou volume du crâne, outils utilisés, art, etc…Selon le choix du critère, la réponse est différente. Ainsi Darwin a du exclure les questions de premier commencement dans ses recherches et il a du évoquer cette difficulté dans un chapitre intitulé : « Mystery of mysteries ». La question devient alors spécifiquement métaphysique. L’interprétation des observations et des analyses scientifiques s’accompagne nécessairement de discussions philosophiques. Il est donc proposé légitimement une recherche des commencements dans le cadre d’une chronologie des embranchements qui marquent le déploiement de l’arbre de la vie. C’est ici qu’apparaît une nouvelle notion fort complexe : celle des origines, qui se situe sur un plan ontologique ou métaphysique.

Désignons sous le terme : origine la condition constitutive de tout ce qui apparaît dans le cours des événements et par conséquent n’est réductible à aucun. En topologie mathématique, on parlerait de point adhérent à un ensemble sans appartenir à cet ensemble. Si l’ensemble est la totalité de l’humanité, ce point ne saurait alors se comprendre en terme de mesure ou de réactions physico-chimiques. Penser origine, c’est reconnaître un acte qui n’est pas limité à un moment du temps ni à une localisation dans l’espace. Elle ne correspond à aucun commencement au sens usuel du terme car parler de commencement, c’est marquer une distinction entre un avant et un après, c’est aussi inscrire une rupture dans le temps pensé comme élément continu.
L’origine n’est pas un événement parmi d’autres mais la constitution constitutive de tout ce qui est, et donc de tout instant pris dans le cours des événements de la cosmogénèse et du cours de la vie. L’origine n’est pas une théorie scientifique. Ainsi, l’identification du point zéro du modèle cosmologique appelé : Big Bang au Fiat Lux de la Genèse, constitue un exemple majeur de confusion entre deux domaines du savoir : cosmologie et théologie. On ne doit donc pas confondre les deux concepts : origine et commencement. L’origine relève d’une démarche philosophique car la science ne s’occupe que de transformation de l’énergie, réalité bien formulée par Lavoisier à propos de la chimie : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ! ». Le philosophe, par contre, s’interroge sur la raison d’être de cette transformation. Il s’interroge en particulier sur l’existence même de la vie et de l’univers. Cette question dépasse les limites de l’esprit humain qui n’arrive pas à formuler une certitude. La question a pourtant un sens et une réponse est légitime.

La création continue (Voir note de bas de page (1)

Cette notion apparaît dans la rencontre entre la théorie de l’évolution et la reconnaissance d’un principe transcendant. Elle est désignée pour préciser quelle est l’action divine au cours du processus décrit par la théorie de l’évolution.
Une vision mécaniste de la création consiste à dire : l’acte créateur consiste en la production des éléments du monde et leur mise en place optimale au sein d’un système bien ordonné, parfaitement et définitivement codifié ; le déroulement postérieur du système obéissant alors aux seules lois de la nature. L’action créatrice se limite donc à un premier instant, et c’est suivant cette logique réductrice que la pensée commune considère les premiers mots de la Genèse comme un commencement de la Vie. Telle était le sens de la création donné par Descartes en son temps où l’on pensait selon les paradigmes de la physique classique. Le scénario qui suit l’acte créateur n’est plus alors qu’un accompagnement du créateur qui peut intervenir ponctuellement et si nécessaire, pour réorienter et assurer le passage d’un ordre à un autre. Certains évoquent l’idée d’un retrait de Dieu pour dire l’acte créateur : vision fragmentée des choses qui s’exprime en termes d’interactions dans un ensemble dont on a du mal à saisir et à préciser le sens métaphysique.

En fait, la création ne se réduit pas au premier moment de l’Univers.
Elle est le don de l’être coextensif à la durée du cours des âges.

Dieu s’inscrit dans la temporalité de sorte que le concept de Vie n’est plus simplement fondé sur une vision mécaniste du monde. Se pose alors la question difficile du sens du mot : « intervention divine » dont l’usage se fait souvent sans discernement. Ce mot peut être, soit banni par les matérialistes ou les agnostiques, soit utilisé pour désigner le « Dieu bouche-trou » servant à pallier les déficiences ou les ignorances dans le domaine philosophique ou scientifique. La notion de création récuse l’image de l’intervention qui place, de façon anthropomorphique, cette réalité sur le même plan que les causes et faits naturels : « Dieu nous a puni car nous avons commis un acte défendu par notre religion !!! ».
La logique commune stipule que normalement : l’effet dépend de la cause !
Mais lorsqu’on aborde l’étude de question métaphysique, on se heurte à l’ambiguïté des mots du vocabulaire traditionnel, ici en l’occurrence celle du verbe : « dépendre de ». Dans notre monde les dépendances sont multiples : la vie du corps, celle de l’esprit, les contraintes sociales, morales et politiques. Mais il y a une autre dépendance, celle qui vient de l’acte créateur qui est un acte relationnel selon lequel l’accès à l’autonomie ne se fait pas contre, mais grâce à la volonté et l’action du créateur. Il s’agit d’une dépendance particulière, source de vie comme une relation entre personnes peut être source de bienfaits, de bonheur et d’épanouissement. La maturité spirituelle consiste, selon les mystiques, à écarter les dépendances infantilisantes ou aliénantes pour accéder à la liberté. La création continue est un processus qui repose sur l’idée de présence permanente. Dieu accompagne et suscite le mouvement des êtres vivants vers un accomplissement, non pas nécessairement de manière directe interventionniste mais plutôt indirectement dans un processus fait intervenir plusieurs acteurs.

Création et Evolution (voir note (1) en fin de cet article du président de l'Association Lyonnaise Teilhard de Chardin)

La métaphysique et la science peuvent se rencontrer, respecter leurs différences et s’accorder dans leur quête de sens, ce qui ne veut pas signifier qu’elles sont complémentaires. En effet la frontière entre ces deux domaines de la pensée n’existe pas. La création se place à un autre niveau de causalité que l’action de transformation. Ce qui importe c’est de savoir articuler les deux ordres de causalité. L’action divine ne saurait être comprise comme une interaction entre éléments actifs du même ordre, comme cela se produit en physique, en chimie et en biologie. Seule l’action divine est capable de s’unir à une autre action sans la modifier et la dénaturer. Cela évoque le domaine particulier de la musique avec le rôle joué par l’artiste et celui joué par son instrument ; il y a une différence fondamentale de nature entre eux. Dans la vie, interviennent la science à un certain niveau de la réalité et la transcendance à un autre niveau. Pour penser sans contradiction la coopération entre Dieu et la nature, il faut comprendre que Dieu peut agir sans fausser ou détruire les lois de la nature, dans une sorte de phénomène de superposition et non de transformation au sens classique de la science. Les ordres de causalité n’étant pas exclusif, on peut dire comme l’affirme saint Thomas d’Aquin : «Tout est de la nature et Tout est de Dieu ». L’action divine consiste alors à donner aux êtres d’être ce qu’ils sont. Teilhard dit : « Dieu fait que les choses se fassent ». En leur accordant d’être, Dieu leur donne d’agir selon leur nature propre en toute liberté.
Saint Thomas écrit encore : « L’affirmation de l’autonomie des créatures est donc fondée sur la reconnaissance de la transcendance de Dieu qui seul peut agir sans fausser ce qu’il concourt à faire exister. La Providence de Dieu ne supprime pas la contingence des êtres, ni le libre arbitre, ni la fortune et le hasard ». L’action de Dieu est la réalisation du vœu de la nature et l’action créatrice mène chaque chose à son achèvement. La théorie de l’évolution en montre le déploiement et la création fonde l’être du monde dans sa continuité et sa cohérence. Selon le schéma cartésien, la pensée divine est morcelée en idées totalement séparées. On doit donc réfléchir en terme d’unification et de synergie. La création n’est pas un acte du passé mais une relation actuelle du créateur avec tout ce qui est.

La finalité

Cette notion ne fait pas partie du langage scientifique qui s’appuie sur les mathématiques et sur la notion de transformation, de jeu de force et de transferts d’énergie. Les lois de la nature ne se réfèrent pas à un ordre qui comprend le but et l’intention. En vérité, la finalité au sens large, construite à partir de l’expérience humaine, échappe au domaine de la science. La théorie de l’évolution s’inscrit d’ailleurs dans cette perspective.
Un être vivant est composé d’éléments divers ; proportionnés les uns aux autres, ils se régulent mutuellement dans la construction d’un équilibre interne qui est inhérent à l’acte de vivre. Tout être vivant est en tension vers l’unité et il se construit lui-même. Il s’agit là d’une finalité interne désignée sous le terme de téléonomie. On retrouve ce mot en embryologie où l’on étudie l’aptitude d’un organisme à s’organiser pour son bien, au cours du temps, par des mécanismes d’auto – régulation qui sont orientés vers la meilleure réalisation de ses aptitudes. La notion de téléologie, c'est-à-dire la finalité au sens strict, doit être écartée du travail scientifique et réservée à une vision spécifiquement métaphysique

Nature, Monde et Action divine

Dans le cadre du discours sur la création, se greffe la notion de dessein de Dieu.
La condition humaine fait apparaître de nombreuses difficultés dans la compréhension de réalités qui mettent en scène la liberté, la psychologie, la métaphysique, les sciences, le hasard, la Providence, la foi et la place de Dieu dans nos vies. Par exemple, on peut entendre un couple de divorcés remariés s’exprimer ainsi : « Dieu nous a puni car il nous a envoyé un enfant mongolien !! ». Il s’agit là d’une prise en compte du fait que Dieu peut intervenir dans une vie par la punition, donc par une violation des lois de la nature. En fait, Dieu ne punit pas au sens anthropomorphique du terme. Nous parlerons alors de hasard, mais il n’y a pas de hasard aux yeux de Dieu. Pour la tradition monothéiste, Dieu est celui qui sait tout et qui voit tout. La notion de hasard est toute relative. Ce qui est hasard pour un individu ne l’est plus pour un autre qui aurait une vision d’ensemble des événements. Il existe donc dans ce cadre là une hiérarchisation des choses de la nature qui débouche sur un débat plaçant en opposition hasard et action de Dieu, théorie de l’évolution et création. Cette opposition mène à deux options : l’une, athée, récuse la régulation du monde par un Dieu créateur ; l’autre, apologétique, écarte les valeurs des théories scientifiques. Cette dualité conduit à une erreur fondamentale de jugement et à de profonds malentendus.
Le monothéisme sépare Dieu et le monde ; on ne devrait pas dire : sépare Dieu du monde comme je l’ai expliquer plus haut. L’ordre du monde n’est pas divin même s’il engage la responsabilité de Dieu et l’exercice de son vouloir. On parle volontiers de toute – puissance de Dieu mais il faut préciser que celle-ci ne possède pas un caractère absolu et illimité. En réalité l’action divine se réfère à la notion de Sagesse, celle qui implique l’ordre des éléments, le respect de la contingence, l’harmonie, la proportion entre cause et effet, le Bien dans son sens le plus universel. La notion théologique de dessein de Dieu désigne la manière dont Dieu envisage le futur, ce qui naturellement pose débat ; le savoir absolu des choses du futur peut détruire la contingence et l’homme ne serait qu’un pantin réglé par un certain déterminisme, ce qui n’est pas admissible ; nous sommes là en plein mystère ! En fait, la tradition chrétienne répond que Dieu est hors du temps et que les notions de Futur et de Prévision, au sens littéral du terme, ne convient pas à notre démarche de compréhension du problème. La perfection divine réside entre autre dans le fait que le créateur respecte le caractère temporel du monde.
Dieu gouverne mais ne commande pas !
Citons de nouveau saint Thomas : « Il est clair qu’un même effet n’est pas attribué à sa cause naturelle et à Dieu comme si une partie était de Dieu et l’autre de la cause ; il est tout entier de l’un et de l’autre, mais suivant des modalités diverses, tout comme un même effet ressortit tout entier à l’instrument et tout entier à la cause principale. ».
La notion de contingence doit être employée pour dire que tout ce que Dieu a créé ne participe pas du caractère absolu ou nécessaire de son être. Elle qualifie aussi l’ordre de la nature au sein de laquelle les êtres sont reliés par des rapports de causalité qui définissent le champ du possible. Précisons que toute référence à Dieu est équivoque et génératrice d’oppositions entre croyants : citons le cas de la prédestination et celui introduit par la philosophie des Lumières.
Il y a une religion de l’amour et une religion de soumission. On peut aussi se demander si le processus de l’évolution est faussé par la présence du créateur. Il n’y a pas emprise totale de sa toute – puissance en ce qu’il fait, mais présence de la Sagesse comme on l’a dit. La relation de l’homme à Dieu est de l’ordre du singulier donc de ce que nous appelons l’improbable, le surnaturel voire le merveilleux. Si un événement est contingent, alors il ne cesse pas de l’être parce qu’il est connu et voulu par celui dont l’action est la source de l’être. Il est voulu comme tel, en sa contingence. Il n’y a donc aucune raison de placer en opposition dessein de Dieu et hasard ou contingence. Ainsi on peut dire que le processus vital est marqué par la contingence et que celle-ci n’est pas dénaturée par le fait que l’ensemble soit voulu pour lui-même ; en outre la contingence au niveau élémentaire ne détruit pas la cohérence du Tout. La notion de providence se fonde sur une reconnaissance de l’unité du monde, mais elle ne supprime pas le caractère aléatoire des phénomènes ; au contraire elle les fonde. L’acte créateur se résume dans le don de la dignité d’être des créatures, lesquelles conservent une large part de liberté et de responsabilité. Le créateur reste présent et attentif, même après la venue au monde…de notre petit mongolien cité antérieurement ! Depuis l’Ascension, Jésus est à la fois absent et présent. St Thomas écrit : « Comme la volonté divine est parfaitement efficace, il s’ensuit que, non seulement les choses voulues par Dieu sont faites, mais qu’elles se font de la manière dont il veut (…) afin qu’il y ait un ordre dans les choses, pour la perfection de l’Univers. C’est pourquoi Dieu a préparé pour certains effets des causes nécessaires, qui ne peuvent défaillir, d’où proviennent nécessairement les effets ; et pour d’autres effets il a préparé des causes défectibles, dont les effets se produisent de manière contingente ».
L’évolution du vivant pose aussi le problème du temps. Le présent porte l’héritage du passé ainsi qu’une qualité potentielle qui ouvre sur l’avenir. Il s’agit d’un passage marqué par la contingence. Le possible actualisé sera-t-il une imperfection ou une richesse ? Le temps est soit destructeur soit créateur et l’être humain est l’auteur de ses œuvres et de la réalisation de soi qui leur est liée. L’être humain n’est pas hors du processus qui fait la vie, mais il réalise de manière plus haute ce qui relève de toute la création. On doit penser en terme de globalité : dans cette perspective, on peut dire qu’il s’inscrit dans le cadre du sens au sein du processus évolutif, sans qu’il soit nécessaire de nier le caractère aléatoire des phénomènes singuliers. L’expression : « création continue » signifie que Dieu respecte la temporalité qui fait partie de l’être des créatures. La temporalité accompagne intimement les créatures dans une création qui se fait par évolution. L’acte créateur oriente la personne humaine vers un accomplissement sans que les lois naturelles et les interactions multiples soient soustraites au grand jeu de l’aléatoire. Dieu, dans sa bonté, a créé l’homme à son image et à la ressemblance avec lui. De là, toutes les créatures communient à cette ressemblance d’avec le créateur, suprême beauté de la création. Souvenons-nous de cet aphorisme de Gandhi : « Une âme qui s’élève, élève le monde ».

La christologie qui ressort des écrits de Teilhard de Chardin est ainsi associée à une création continue. Par son Incarnation, le Christ s'est inséré, non seulement dans l'Humanité, mais dans l'Univers en évolution qui porte l'Humanité : c'est le Christ cosmique. Le dessein du Père comprend la Création, l'Incarnation et la Résurrection du Fils. On peut dire que la Rédemption est contingente à l'Incarnation du Fils dans une humanité pécheresse mais qu'elle n'est pas la cause de cette Incarnation. Suivant le Père Martelet, l'homme créé dans la finitude avec un profond désir d'absolu au fond de son coeur ressent très douloureusement cette finitude. Que l'Homme soit heureux au terme de la Création est le grand dessein d'amour de Dieu. Aussi son projet devait-il impliquer l'Incarnation et la Résurrection pour donner à l'Homme, au-delà de sa finitude, l'Espérance de la lumière dans la communion à Dieu.
Fidèle à Saint Paul, Teilhard redonne à la Parousie une place essentielle qui termine, en quelque sorte, la trajectoire du Fils dans sa mission de salut : il réunit en lui toute l'humanité pour l'offrir au Père qui sera Tout en tous. Le Paradis des ressuscités est à la fin des temps !


La création de l’âme

L’âme constitue la spécificité humaine. La différence entre l’homme et l’animal est en vérité minime. C’est dans la complexité de fonctionnement que réside la différence. L’homme est une espèce parmi d’autres ; si elle reste l’espèce dominante, elle reste soumise aux mêmes exigences étudiées par la génétique des populations. En fait, l’être humain est ce qu’on appelle une personne et cette notion échappe au champ d’étude de la biologie et de l’éthologie : l’homme possède la capacité de penser. La réflexion sur l’âme a révélé un problème majeur : celui du dualisme qui concède une évolution pour la matière et la nie pour l’âme. L’Eglise catholique est tombée durant longtemps dans ce travers y compris Pie XII.
Il faut donc admettre que l’être humain possède un principe d’unité qui ne se réduit pas à l’ordre biologique. L’hominisation reconnue, si imparfaite soit-elle, par la théorie de l’évolution, n’est pas un processus d’introduction mécanique d’une âme dans un corps purement de nature animale. Il s’agit plutôt du couronnement d’une évolution qui était déjà liée à un ensemble d’êtres animés. L’action de Dieu est alors inscrite dans le mouvement de l’évolution depuis les origines de la vie. On doit parler alors d’un accomplissement.
La notion d’accomplissement est utilisée dans le Nouveau Testament pour signifier que la venue du Messie accomplit une espérance. Le verbe accomplir exprime que le Christ, Jésus de Nazareth, réalise ce qui était annoncé et attendu. La prise de parole de Jésus dans la synagogue de Nazareth l’exprime sans détour : guérir, libérer, enseigner, c’est faire advenir le temps messianique qui a été promis. Le fait que la création s’inscrive concrètement dans l’évolution invite à reconnaître que la création de l’homme par Dieu a valeur d’accomplissement et se trouve caractérisé par l’avènement d’une âme dont les aptitudes diffèrent de celles de ses prédécesseurs sur le phylum qu’il occupe. L’âme est cette capacité de relation à Dieu qui transcende toute autre capacité d’action et de réflexion, de connaissance et d’amour. On est en présence d’une autre dimension de l’être, d’une césure dans la continuité et d’une nouvelle donnée dans ce qu’on appelle la finalité. Cette téléologie prend ses racines dans les textes bibliques, dans les récits de la création qui s’inscrivent dans le cadre d’une Alliance conclue par Dieu avec ses élus pour le bien de l’humanité et de la création tout entière. Dieu parle à Adam, figure, archétype et patriarche, de l’humanité et lui confie une mission qui, dans la liberté, engage sa responsabilité.

(1) Note du président de l'Association Lyonnaise Teilhard de Chardin :
L'idée de "création continue" peut être attribuée à J.P. Frésafond , qui l'a exprimée une première fois en 2007 dans son tome-2 "L'Activation de l'Energie". Il a d'ailleurs repris cette idée dans son édito. de juillet 2011 "Réflexion sur l'Utilité" (cf notre site).

Rappelons que les sociétaires des Associations Teilhard de Chardin peuvent acquérir les manuels d'étude (tome-1 et tome-2) auprès de l'Association Lyonnaise.














Vendredi 2 Septembre 2011 14:41