Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Mon cher Jean-Pierre,

Merci de ton texte qui m'a très intéressé. Je dois dire, en tant que "non religieux d'origine catholique", j'ai été surpris de la position des membres de l'Assoc. Teilhard sur l'Eglise catholique, visiblement en contradiction avec ses dires et sur les manières de communiquer son message aux foules d'aujourd'hui. C'est amusant, je viens de recevoir un mail d'un ami français qui vit depuis des décennies au Brésil et qui dit au sujet de la visite là-bas du Papa François: "une opération de marketing de la multinationale du Vatican contre les supermarchés évangéliques"...

Je ne connais rien de Teilhard, si ce n'est le livre de ses tribulations en Chine en tant que paléontologue. Je savais qu'il était en "disgrâce", mais je ne savais qu'il avait fallu attendre 2012 pour sa réhabilitation. C'était si grave que ça aux yeux de l'Eglise? Tu vois mon ignorance à ce sujet.

L'église catholique en récession, tu l'attribues au doute et à la baisse de la foi. Tu suggères aussi que cela pourrait être dû à la mauvaise communication, même à la mauvaise compréhension de textes, dis-tu, "toralement étrangers à la sensibilité occidentale". Je me demande si cette récession ne viendrait pas plutôt du contenu de la communication elle-même: dogmes, doctrines ("trop d'enfantillages, de mystères, de miracles")... Justement, les religions basées sur des dogmes, des doctrines, des rituels figés, sont source de discorde entre ceux qui les pratiquent, chacun s'arqueboutant sur ses convictions enracinées dans des textes "fondateurs". Ne sont-elles pas pretexte à la division des êtres humains, chacun étant persuadé de sa "vérité"? N'ont-elles pas été, aux fil des siècles, la cause de beaucoup de souffrances, de déchirement, de division, de guerres et de massacres, même entre hommes de bonne volonté? Au nom du même Dieu, du même Amour prêché par tous?

Peut-on faire du neuf avec du vieux qui a amplement fait la preuve de son inefficacité, depuis des millénaires; notre monde est-il meilleur après 2000 ans de christianisme? Quel est le but recherché? La religion est-elle une finalité en soi ou juste un moyen pour l'homme d'atteindre et de partager avec tous ce Dieu et cet Amour recherché et dont le monde a si besoin? Une religion peut-elle exister sans dogmes, sans rituels, sans clergé institutionnalisé? Pourra-t-elle jamais réunir TOUS les hommes sous une même banière? Je doute un peu que les religions puissent atteindre les objectifs que les fondateurs avaient peut-être en tête. Il ne s'agit pas juste de "changer de robe", comme tu dis, pour tout ré-actualiser et faire d'un vieux corps un corps jeune (l'habit ne fait pas le moine!).

Tu sais que je suis un Maître indien depuis une vingtaine d'années. Son propre Maître disait: "Là où se termine la réligion, commence la spiritualité". Ils ne sont donc pas contre les religions, mais veulent simplement en montrer les limites (les limites de leurs propres dogmes, etc.). Il s'agirait donc de les dépasser sans les renier, étant nous-mêmes pour beaucoup construits par nos antécédents culturels et religieux. Mais le fait est là, très actuel: les religions divisent les hommes, et c'est là leur plus grand défaut. Pour moi donc, il ne s'agit pas tellement de "modifier la forme des religions", comme tu dis, mais de reconnaitre qu'elles n'ont pas réussi dans leur tâche de réconcilier les hommes, de leur apporter l'Amour dont ils ont soif, de les rendre heureux de vivre ensemble, ni même de leur donner un chemin qui les mènerait plus près de la sérénité
dans la présence du divin, de retrouver le divin qui palpite en chacun de nous.

Tu parles d'un arbitre qui ferait respecter la loi morale qui s'impose... Je verrai plutôt un être qui serait lui-même une incarnation de cette "morale" (je n'aime pas beaucoup ce terme), en fait quelqu'un qui, ayant déjà parcourru le chemin de la divinisation et qui l'incarnerait, un Maître vivant, bien vivant, vivant dans le monde actuel, notre monde, nos réalités, notre mentalité, accessible. Et qui n'est pas alourdi pour toute une tradition séculaire comme le sont les religions et auprès duquel tous et toutes peuvent venir sans la moindre appréhension d'enrôlement sectaire, doctrinaire, et où toutes les races, origines, couleurs, sont admises sans condition. C'est ce que j'ai vécu de nombreuses fois et que j'ai encore pu vivre, en juin dernier, en étant auprès de celui que je considère comme mon Maître, à Madras.

Mon cher Jean-Pierre, j'espère que je ne t'ai pas choqué par mes propos. C'est un sujet passionnant, le seul peut-être pour lequel on peut légitimement s'enthousiasmer. Tant que le spirituel ne sera pas intégré au matériel, le monde sera en déséquilibre dangereux et l'humanité ira droit au mur. On commence à s'en rendre compte aujourd'hui. Comment intégrer cette spiritualité dans nos vies est le thème majeur qui devrait nous préoccuper. Dans l'état actuel des religions, peuvent-elles vraiment y parvenir? C'est un problème de survie pour nous tous. Comme tu dis: "s'adapter ou mourir..."

En toute amitié,

Dominique


Vendredi 9 Août 2013 15:28