Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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En mars 2009, j'avais présenté cette conférence . J'ai pensé que son contenu pourrait être utile à nos nouveaux membres




Pour les personnes qui ne connaissent pas TEILHARD DE CHARDIN, voici un résumé de sa vie :

-Il est né en 1881 dans une famille aristocrate et chrétienne d’Auvergne. Cette empreinte familiale l’a profondément marqué, il restera fidèle à sa religion et à son serment malgré l’évolution de ses convictions induite par ses recherches scientifiques.

-Il fit de brillantes études secondaires et supérieures chez les Jésuites et sous leur contrôle direct ou indirect.

-Enfant, il était fasciné par le fer qui représentait pour lui ce qu’il y a de plus solide et de plus inaltérable. Il collectionnait des morceaux de charrues dans une cache secrète. Mais un jour il s’aperçut que le fer s’oxydait…déçu, collectionna les minéraux qu’il imaginait indestructibles. Là encore il fut déçu car les minéraux se dégradaient aussi… Alors, il se passionna pour l’énergie. Tout jeune, et devenu étudiant, il eut l’intuition que la matière se résolvait dans l’énergie. J’insiste sur ce point : pour bien comprendre la pensée de TEILHARD il faut se référer à l’énergie, à l’espace/temps et à l’évolution.

-En 1911 il fut ordonné prêtre.

-En 1912 il fut reçu par le professeur de paléontologie Marcellin BOULE, au Musée d’Histoire Naturelle de Paris où il resta pour continuer ses études jusqu’en 1915.

-De 1915 à 1918 il fut simple soldat, puis caporal, dans l’Armée Française et remplit de manière héroïque des fonctions de brancardier sur le front (Chemin des Dames, Verdun, Ypres, etc …) Il refusa d’être officier, ce qui lui aurait permis d’être aumônier à l’arrière du front. Il fut titulaire de la médaille militaire de la Croix de Guerre, et de la Légion d’Honneur.
Durant cette période de sa vie on vit évoluer ses conceptions sur le sens de la vie et de la condition humaine.

-De 1918 à 1920 il passa à la Sorbonne des certificats de zoologie, géologie, puis un doctorat de paléontologie. Dans le même temps, il fut chargé de cours à l’Institut Catholique de Paris et travailla au Museum d’Histoire Naturelle dans le laboratoire de paléontologie.

-En 1923 il cessa malgré lui sa carrière d’enseignant sur ordre des autorités catholiques qui jugèrent trop avancées ses théories sur l’évolution et la philosophie qui en découlait. Nous reviendrons ultérieurement sur ce point qui orienta toute sa vie.

-De 1923 à 1946, il travailla en Chine, hormis pendant les expéditions auxquelles il participa dans le monde entier.
En Chine, à Pekin, il dirigea un Institut National de Paléontologie que les autorités chinoises avaient commandé aux Jésuites. Dans ce pays, il acquit une notoriété qui dépassait largement sa spécialité et ses fonctions, notamment par ses relations avec le monde communiste.

En 1931, avec l’Abbé Breuil et une équipe de savants, il découvrit le synanthrope de Choukoutien (l’Homme de Pékin) âgé de 3 millions d’années.
-En 1940 il créa, avec le professeur Pierre LEROY, la revue « International-Geobiologia » d’intérêt mondial pour la paléontologie.

-En 1946 il noua des relations étroites avec l’anglais Sir JulianHuxley, biologiste, généticien, évolutionniste et directeur du moment de l’UNESCO. C’est à cette époque qu’il acheva l’écriture de son livre « LE PHENOMENE HUMAIN » qui fut interdit 3 fois de suite.
En 1948 il sollicita à nouveau auprès du Père Général des Jésuites l’autorisation de publier ce livre, ainsi que l’autorisation d’accepter la chaire qu’on lui proposait au Collège de France. Les 2 requêtes furent refusées.

-En 1950 il est élu à l’INSTITUT (académie des sciences).

-En 1951, se sachant très malade, et pour que son œuvre ne sombre pas dans l’oubli, il légua l’ensemble de ses droits moraux à sa secrétaire, Melle Mortier. Après sa mort à New-York en 1955, suite à un infarctus, Melle Mortier créa la FONDATION TEILHARD DE CHARDIN et constitua un comité scientifique réunissant les plus hautes autorités mondiales de l’époque qui présida à la publication du PHENOMENE HUMAIN, puis à celle de toute son œuvre, laquelle représente une vingtaine de livres dont la plupart sont des compilations de conférences, d’articles et des lettres de voyages.

Du PHENOMENE HUMAIN on pourrait dire que c’est un traité d’histoire naturelle dans lequel TEILHARD DE CHARDIN laisse entrevoir sa pensée métaphysique. Il faut le lire en premier. La suite logique est, selon moi, L’ACTIVATION DE L’ENERGIE dans lequel est développe le concept de « dedans des choses » ainsi que sa théorie de complexité/centréité/conscience.

Voici un résumé succinct du Phénomène Humain :

-Existence d’un Principe, hors espace/temps, antérieur à la création de l’univers.

-Création de l’univers dans l’espace/temps par ce Principe qui est consubstantiel à l’énergie de la matière. Ce Principe peut se définir ainsi : Energie et information de toutes choses.

-Evolution de la matière sous l’influence de ce même Principe dont l’action est perceptible à tous les paliers de cette évolution.

La loi récurrente de ce Principe est celle de la complexification et de la centréité. Elle place entre les 2 abîmes de l’infiniment grand et de l’infiniment petit un concept grâce auquel l’Homme peut se retrouver, celui de l’infiniment complexe qui va de paire avec le concept de centréité.

-Grâce à l’extrêmement complexe : apparition de la vie.
-Le palier suivant est l’infinie complexité qui conduit au pas de la réflexion et à l’apparition de la conscience. L’Homme’ est arrivé …

-Avec l’apparition de l’Homme, la biosphère qui entoure la planète est recouverte d’une sphère de pensée (noosphère).

-En vertu du principe récurrent tout au long de l’évolution de la centréité/convergente, hypothèse de l’atomisme de l’esprit, dans cette image les atomes d’esprit, constitués par chaque être pensant, convergent avant et après la mort physique vers un point qui attire toutes les énergies : Le Point Omega queTeilhard présente tour à tour comme Point Omega Créateur, Point Omega Evoluteur, Point Omega Attracteur.

Il est important de signaler que dans l’introduction du PHENOMENE HUMAIN Teilhard précise, et je le site : Ce livre n’est pas un essai métaphysique ou théologique, mais un mémoire scientifique, rien que scientifique (…) et c’est dans cet esprit qu’il remplace le mot Dieu par la formule Point Omega ; Peut-être en cela inspiré par la parole évangélique : Je suis l’Alpha et l’Omega

Avec cet ouvrage, Teilhard s’adresse à la multitude des non croyants qui cherchent une voie.

L’ACTIVATION DE L’ENERGIE vise le même public pour lui donner le goût de vivre en lui communiquant sa passion pour l’énergie de la matière, moteur de l’évolution.

Voici les conseils qu’il a donné lui-même pour comprendre sa pensée :
« Par avantage, autant que par nécessité, c’est donc à l’Homme qu’il faut ramener toute science. Si vraiment voir c’est être plus, regardons l’Homme et nous vivrons davantage. Depuis des dizaines de siècles, l’Homme ne regarde que lui. Et pourtant c’est à peine s’il commence à prendre une vue scientifique de sa signification dans la physique du monde. Ne nous étonnons pas de cette lenteur dans l’éveil. A l’Homme pour découvrir l’Homme, toute une série de sens était nécessaire, dont l’acquisition graduelle couvre et scande l’histoire même de l’esprit.
1. Sens de l’immensité spatiale dans la grandeur et la petitesse.
2. Sens de la profondeur, repoussant le long de séries illimitées, sur des distances temporelles démesurées, des évènements qu’une sorte de pesanteur tend à resserrer pour nous dans la mince feuille du passé.
3. Sens du Nombre, découvrant la multitude affolante d’éléments engagés dans la moindre transformation de l’univers.
4. Sens de la proportion réalisant la différence d’échelle physique qui sépare dans les dimensions et dans les rythmes, l’atome et la galaxie.
5. Sens de la qualité ou de la nouveauté, parvenant sans briser l’unité physique du monde à distinguer des paliers de perfection et de croissance.
6. Sens du mouvement capable de percevoir les développements irrésistibles cachés dans les très grandes lenteurs.
7. Sens de « l’organique » découvrant les liaisons physiques et l’unité structurelle de l’univers.

Faute de ces qualités, l’Homme restera pour nous, quoiqu’on fasse, ce qu’il est encore pour tant d’intelligence : objet erratique dans un monde disjoint »

Sur la base d’une idée inspirée par Aristote, Teilhard pense qu’il existe un dedans des choses. Il a construit une théorie nommée principe d’émergence qu’il exprime ainsi :
« Tout au long de l’évolution de la matière, rien ne saurait éclater au grand jour qui ne soit déjà obscurément présent depuis le commencement. »

Autrement dit, cette conscience qui se manifeste au niveau de l’Homme est déjà présente très discrètement dans les phases antérieures de l’évolution sous des états de plus en plus diffus au fur et à mesure que l’on remonte en direction des particules élémentaires. Il s’agit d’un « programme » consubstantiel à l’énergie de la matière, dans lequel est inscrit tout le développement de la matière, jusqu’à l’Homme, et peut-être au-delà.

Nous venons d’évoquer l’hypothèse de Teilhard sur le développement en trois phases de l’univers : création, évolution et attraction par Omega.
A la même époque que Teilhard jusqu’à nos jours, les physiciens ont construit des figures mathématiques qui ressemblent à l’hypothèse ci-dessus évoquée et qui, elles aussi, se développe en 3 phases. Mais tout d’abord voici deux explications qui aideront à comprendre la suite et sur lesquelles nous devons nous mettre d’accord.

1. Le cône : les physiciens et Teilhard ont utilisé l’image du cône sur laquelle tous les points sont identiques sauf qu’ à l’approche du sommet, si l’on monte d’un cran, on se trouve sur un point qui n’a plus ni surface ni existence réelle nommé point de singularité. Teilhard a utilisé cette figure pour représenter le passage de la matière à l’esprit, à la fin des temps. Les physiciens, eux, l’ont utilisée pour représenter les débuts des temps, c'est-à-dire, le passage de l’esprit à la matière ; deux transformations symétriques et logiquement complémentaires.

2. L’entropie : cette notion est décrite différemment selon les contextes dans lesquels elle est utilisée mais, en ce qui concerne les hypothèses de Teilhard et des physiciens, la même acception est utilisée, à savoir : l’entropie définit une proportion d’incertitude ou de probabilité. L’entropie est dite maximale lorsque la matière tend vers ses états les plus probables, les plus stables, les plus homogènes et les moins chargés en informations. L’entropie est dite minimale lorsque la matière tend vers des états incertains, improbables, peu stables, hétérogènes et très chargés en informations. On peut remplacer le terme entropie minimale par le mot néguentropie.

Voici donc maintenant l’hypothèse des physiciens (symétrique à celle de Teilhard) qui elle aussi se développe en trois phases :

1) Pendant toute la période qui précède le moment zéro et avant le moment un (le big bang) l’entropie est nulle car l’information est infinie. Energie et information ne font qu’un, nous somme dans le point de singularité qui précède la phase spatio temporelle.

2) A partir du moment un, l’énergie se dégage de l’information. L’énergie est au maximum de sa puissance ; l’entropie est maximale car l’information, elle, est diluée à l’extrême dans l’univers de matière qui vient de naître. Mais avec l’évolution de l’univers qui suit le moment un, l’information tend à se concentrer progressivement, l’entropie diminue (l’univers se complexifie et se centre).

3) Vers la fin de l’univers, quand le dernier atome de matière aura disparu (phénomène hautement probable dans 10 puissance 1 milliard d’années), l’information qui tendait vers cet état depuis le moment un redeviendra infinie (entropie nulle) et retour à la phase un, sauf que, peut-être, le quantum d’informations aura probablement augmenté, si non, à quoi aurait servi la divine manip, par laquelle le Créateur a pris des risques énormes…

Selon les physiciens et Teilhard, l’univers est un système destiné à transformer de l’énergie en information…

Les religions emploient les mots Dieu, Créateur, Eternel ; les Franc Maçons utilisent l’expression Grand Architecte de l’Univers ; les physiciens, eux, se servent indifféremment des expressions Point de singularité, Information, Espace-temps, Etre Algébrique.
Ces différents vocables désignent la même inconnue inconcevable qui nous obsède. Pourtant, ce qui est certain, c’est que les hypothèses de Teilhard et des physiciens tendent vers le même but : donner un sens à l’univers, donner un sens à la vie.

Je reviens au point de singularité dans lequel est contenu tout le programme univers. Voici une image qui aidera à comprendre ce concept : prenons un film enregistré sur un DVD et mettons le lecteur en action. De la première à la dernière seconde toute l’histoire défile sur l’écran. Lorsque le film est terminé, on range le DVD dans son étui et il ne se passe plus rien, pourtant, toute l’histoire est virtuellement contenue dans le DVD… espace temps imaginaire.

Le postulat sorti du génie de Teilhard : celui du principe de complexité dont j’ai déjà parlé, extirpe l’homme de son angoisse existentielle provoquée par sa position entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Un troisième infini vient se placer entre les deux : l’infiniment complexe qui est, lui, à la mesure de la conscience humaine, puisqu’il s’agit de nous-mêmes, nous le comprenons et nous le mesurons.

Pourquoi cette importance de l’infiniment complexe ? Parce qu’il induit le principe de
Complexité-centréité-conscience . Le principe de centréité suggère un centre d’organisation, qui infère la conscience. Le concept de centre est universel et il existe concrètement dans la nature, par exemple : l’atome est centré par le noyau ; les systèmes solaires le sont par un astre-père ; la cellule est centrée autour de son noyau ; l’être vivant l’est autour de son cerveau ; les sociétés le sont autour de leurs rois et chefs d’état, etc …

Depuis son commencement, l’univers a vu sa température décroître. Ce déclin de température permit aux particules élémentaires de s’organiser en atomes, des plus simples aux plus complexes, des moins denses aux plus denses. Ensuite, la substance de l’univers s’est organisée en molécules, des plus simples aux plus complexes ; une complexité inimaginable puisque les molécules de protéines peuvent être composées de quelques milliers à quelques centaines de milliers d’atomes. C’est d’ailleurs grâce à cette complexité que l’évolution est passée du monde minéral au monde organique, franchissant ainsi le pas de la vie. Par la suite, il a fallu que chaque catégorie de molécules trouve un arrangement avec les autres. Imaginons le degré de complexité que cela suppose pour que l’organisme d’un animal fonctionne ! Le concept de complexité est capital dans notre raisonnement : lorsque la complexité augmente, l’évolution gravit un palier d’organisation supplémentaire. Cette coïncidence n’est pas un hasard et ce d’autant moins que l’évolution va dans le sens de plus de qualité et moins de quantité. Il y a plus d’informations dans une souris que dans une montagne de granite.

Selon Teilhard, il est très peu probable que sur terre apparaisse une nouvelle forme humaine, exception faite de « détails » liés à la pression du milieu, la morphologie humaine évoluera peu. Le cerveau humain lui-même n’évoluera que très peu dans sa morphologie apparente en vertu de raisons scientifiquement vérifiées selon lesquelles il y a un âge précis pour chacune des évolutions successives de notre planète ; tout comme il y a un âge pour que le petit de l’Homme apprenne à parler, la terre a eu un âge pour qu’apparaissent de nouveaux phyla, et ce temps est révolu. Maintenant, le cerveau humain va évoluer par complexification neuronale.

La biosphère de notre planète, qui est encore très jeune, va évoluer différemment et ceci est particulièrement sensible dans l’espèce humaine. Ce n’est pas par la modification du volume de son cerveau que l’évolution de l’homme se produira, mais par une meilleure utilisation de celui-ci. Il n’est donc plus question de forme physique nouvelle, mais de développement du quantum d’énergie spirituelle que la matière totale est potentiellement en mesure de produire.

Corollaire : tandis que l’énergie atomique de la planète va décroître au cours des prochains milliards d’années, l’énergie spirituelle, pour croître, devra s’organiser, s’unifier. Sous la pression ambiante des société humaines qui sera grandissante, les cerveaux humains tous ensemble devront augmenter leur capacité de stockage d’information et créer des circuits de réactions pour développer jusqu’à l’infini la sphère spirituelle de la planète et tendre vers l’hypothétique point de convergence de toutes les énergies, ce foyer d’attirance est nommé Point Omega, Suprême Centre s’il en est …

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Je vais maintenant expliquer pourquoi le Vatican avait mis Teilhard hors des circuits de l’enseignement. Les Jésuites avaient joué très finement en le missionnant en Chine pour lui éviter la mise à l’index. A mon avis, c’est une chance pour l’humanité que cette « punition » lui fut infligée. Sans elle, il aurait peut-être évolué autrement et son message eut été différent. Cependant, je peux comprendre l’allergie de certains chrétiens à l’égard de la pensée de Teilhard.
L’interdiction pesant sur Teilhard a été confirmée et promulguée par le monitum du Saint-Office en 1962 qui est clair et sans appel. Il se résume ainsi : interdiction aux ecclésiastiques de tous grades de diffuser la pensée de Teilhard qui porte atteinte à la doctrine chrétienne.

J’ai extrait ce passage de son livre LE CŒUR DE LA MATIERE (p. 90) écrit en 1919 qui décrit son attirance pour la théorie des monades de Leibniz. Ce fut la goutte qui fit déborder le vase … et motiva l’interdiction du Saint Office en 1923.

« Je te bénis, Matière, et je te salue, non pas telle que te découvrent, réduite ou défigurée, les pontifes de la science et les prédicateurs de la vertu, un ramassis, disent-ils, de forces brutales ou de bas appétits, mais telle que tu m’apparais aujourd’hui, dans ta totalité et ta vérité.

Je te salue, universelle puissance de rapprochement et d’union par où se relient les monades et en qui elles convergent toutes sur la route de l’esprit.

Je te salue, somme harmonieuse des âmes, cristal limpide dont est tirée la Jerusalem nouvelle.

Je te salue, Milieu divin, chargé de puissance créatrice, océan agité par l’esprit, argile pétri et animé par le Verbe Incarné. »

Désormais, on comprend le rapprochement possible de la pensée de Teilhard avec celle de son contemporain Bergson, à propos de laquelle d’ailleurs il avait émis des réserves. Le panthéisme de Bergson, disait Teilhard, est un panthéisme de dispersion, comme celui des religions hindoues et bouddhistes. Teilhard précisait qu’on pouvait rapprocher sa pensée d’un panthéisme de convergence ; ce qui cadre tout à fait avec sa théorie du Point Omega.

Il existe un autre facteur déclenchant de sa mise à l’écart, c’est son avis (que lui avait demandé un pseudo ami) sur le péché ou la chute originelle.
Y a-t-il seulement un haut ou un bas dans l’univers disait Teilhard ? Dans l’évolution, selon lui, on ne discerne pas de « chute », le processus de la manifestation ne fait que passer par la phase matière : il s’agit d’un passage suivi d’une montée en puissance du dedans des choses. Selon lui, le concept de péché originel est un repoussoir pour les humains qui cherchent un sens à l’univers. D’ailleurs, n’écrivait-il pas en 1922 à son meilleur ami chez les Jésuites, le Père Valensin : « Je suis chaque jour plus convaincu par expérience que notre représentation catéchétique de la chute barre la route à un large courant religieux qui ne demanderait qu’à s’engouffrer dans le Christianisme, mais qui s’en détourne parce que, pour y entrer, il faut , semble t-il laisser à la porte tout ce que les derniers efforts de la pensée humaine ont conquis de plus précieux et de plus vaste. »

Voici les raisons pour lesquelles je pense que l’Eglise est persuadée que la pensée de Teilhard
met en danger le dogme catholique de la rédemption. Je simplifie, mais c’est mon interprétation : s’il n’y a pas de péché originel, il n’est nul besoin d’un rédempteur pour effacer une faute qui n’a pas existé. Tout le dogme chrétien est construit sur l’arrivée du Messie, Jésus, Fils de Dieu qui, pour nous sauver, est mort sur la croix. Pour contrer cette attaque, Teilhard a repris à sa manière cette parole du Christ « Vous êtes tous des Elohimes » (des dieux) en réactualisant le concept du Christ universel, Centre organique conceptuel de tout l’univers. Dieu se constitue « Christ » en s’incarnant « homme-dieu ». Ainsi il centre sa création, surnaturalise l’Homme, lequel, par sa nature pensante et aimante, divinise l’univers tout entier.
Selon Teilhard, le phénomène christique est un évènement à haute probabilité qui sauve l’humanité du néant. A la fin probable de la matière tangible, l’Esprit survivra, enfin libéré

Ce que l’on peut dire c’est que Teilhard représentait deux pensées en apparence opposées, qui faisaient de lui un personnage à deux visages ou à deux stratifications plus exactement : celle de ses racines familiales très catholiques, et celle du scientifique philosophe. D’ailleurs il s’en ouvrit encore à son ami, le Père Valensin en lui écrivant à peu près ceci : « Comment le gosse que j’étais à 18 ans et qui s’était engagé dans la prêtrise, aurait pu concevoir ce que serait sa pensée après cinquante années de recherche scientifique ? »
D’ailleurs, le doute n’a jamais lâché Teilhard. J’ai pu le constater dans une communication qu’il a écrite quelques jours avant sa mort, dans laquelle, tout au long de la quinzaine de pages, alternent successivement à chaque page le doute et l’espérance ; le Teilhard chrétien et le Teilhard scientifique et philosophe.

Cette contradiction est utilisée par les défenseurs respectifs de ces deux tendances teilhardiennes, chacune prétendant que le vrai Teilhard est le leur ; conclusion naïve car les deux Teilhard sont vrais. On ne peut seulement qu’en préférer l’un par rapport à l’autre. Je considère que le Teilhard scientifique et philosophe est plus à même d’être compris par les non croyants, agnostiques et autres athées rationalistes. Ce Teilhard là me semble plus adéquat pour donner le goût de vivre à ceux qui sont plongés dans l’angoisse existentielle. Teilhard, le scientifique, donne un sens à la vie et à l’univers. Il est aussi un poète comme on peut le constater dans cette parabole que j’ai extraite de L’ACTIVATION DE L’ENERGIE : « Jusqu’ici les hommes vivaient comme des passagers accidentellement réunis dans la cale d’un navire dont ils ne soupçonnaient , ni la nature, ni le mouvement. Ils ne concevaient rien de mieux à faire que de se disputer ou se distraire, jusqu’au jour où l’un d’entre eux, plus hardi, s’est risqué sur le pont du navire, quelques autres passagers l’ont suivi craintivement. Ils ont découvert le vaisseau qui les portait et ils ont aperçu l’écume au fil de la proue, ils ont avisé qu’il y avait une chaudière à alimenter et un gouvernail à tenir. Ils ont humé le parfum des îles au-delà l’horizon, non plus l’agitation humaine sur place, non plus la dérive, mais le VOYAGE. Il est inévitable qu’une autre humanité sorte de cette vision là, une humanité dont nous n’avons pas encore idée. »

Dans L’ACTIVATION DE L’ENERGIE ce n’est pas pour rien que le premier chapitre est intitulé « Atomisme de l’Esprit ». C’est la clef de voûte de la pensée teilhardienne concernant le sens de l’univers, sur quoi est bâtie notre espérance.
Je vais tenter une explication de ce phénomène. L’âme est la molécule de l’Esprit disit-il


Précisons ce que Teilhard entendait par cette expression très symbolique « atomisme de l’esprit » : tout comme l’atome, élément tangible de la matière, constitué d’un noyau central autour duquel gravitent des particules et qui est, de ce fait, un organisme centré, Teilhard imagina que l’esprit pourrait se décrire de la même manière, c'est-à-dire, être composé d’éléments et centrés.

Pour Teilhard, la matière est composée d’un dehors et d’un dedans des choses soit, dans un autre langage, la matière est composée de Force et d’Information.

Nous savons que la force (l’énergie) est le seul composant pris en compte par la science parce qu’il est mesurable et tangible. Par contre, l’information (l’esprit) est un composant non mesurable, non tangible, qui ne peut pas être pris en compte par la science. Il est mis de côté et toléré en tant qu’élucubration philosophique.

Or, pour Teilhard, Force et Information sont consubstantielles dans la composition de la matière et qu’elles doivent être examinées ensemble comme deux aspects différents d’une seule et même énergie

Pour faciliter la communication je vais utiliser le mot « matière » pour désigner la force et le mot « esprit » pour désigner l’information.

Teilhard a postulé que l’esprit se comportait comme la matière et que, soit avant l’apparition de la matière, soit après sa disparition, l’esprit est, lui aussi, chargé de cette tendance à se centrer ; tendance récurrente qui se manifeste tout au long de la chaîne de l’évolution. L’univers est courbe, ne l’oublions pas.

Mais surgit une difficulté : comment argumenter cette hypothèse de l’existence de l’esprit, composant consubstantiel à la matière ? Les mathématiques nous apprennent qu’un système (organisation constituée d’éléments divers) est un mélange de contingence (hasard : être ou ne pas être) et de déterminisme (redondance : orienté par une information). Les mathématiques nous apprennent aussi qu’il n’y a pas d’organisation possible sans redondance et qu’à l’inverse le hasard, s’il est seul, joue vers un désordre de plus en plus grand (absence d’information). Comparaison : dans une cathédrale gothique il y a toutes les informations liées à l’architecture, alors que dans un tas de sable il n’y a que la seule information concernant la gravité.

En examinant l’évolution de la matière on constate que l’Esprit la pousse vers une organisation très sélective, très complexe, puisque, partant de l’atome le plus simple, l’hydrogène, on arrive à un tableau de 103 éléments qui sont, pour les derniers de ceux-ci, d’une plus grande complexité et, si l’on compare ce petit nombre de 103 éléments au nombre infini des diverses particules de l’univers, toutes les incertitudes s’évanouissent quant à l’existence de l’Information qui a poussé la matière vers l’infini de la complexité. (amusons nous à calculer factoriel 103).

Par l’expression atomisme de l’esprit, Teilhard nous a donc invités à faire un rapprochement entre les atomes de la physique et nos âmes individuelles que l’esprit de la matière a composées, grâce à l’apparition de l’Homme, dans chaque être humain, lui-même un centre très complexe.
Avant la naissance de chaque individu, l’esprit est dilué dans la matière. Après la naissance de cet individu, l’esprit de la matière « se distille et se concentre » en lui et crée son âme qui est un véritable phénomène de centréité/conscience ; d’où cette image de l’atomisme de l’esprit.

Teilhard va plus loin encore et propose une hypothèse cohérente : Il extrapole le comportement de la « matière tangible » et l’applique au comportement de la « matière esprit » dans un domaine qui lui est propre, hors de l’espace temps. Il a donc imaginé que les éléments personnalisés de l’esprit que représentent nos âmes sont, eux aussi, poussés à se centrer à leur tour sur un point de convergence extérieur , le Point Omega, pour constituer un « super organisme » encore plus complexe et plus fort que la noosphère, hors de l’espace temps, et que l’on peut nommer selon les religions : paradis, Jérusalem Céleste, Nirvana,esprit de l’Univers, etc …

Cette courbe ascendante de l’évolution, partant de l’atomisme de la matière, se prolongeant vers l’atomisme de l’esprit, est une hypothèse tout à fait cohérente, trajectoire sans rupture, et d’un optimisme raisonnable, tout à fait approprié pour donner le goût de vivre et motiver notre effort de lutte contre le néant, seule force d’inertie absolue.

«Etre ou ne pas être, là est la question. »

D’un point de vue plus large, on peut dire que la grande manip divine ne se limite pas aux planètes que nous connaissons. Elle concerne tout l’univers et l’univers, lui aussi, est de nature convergente. Albert Einstein parlait souvent de la « courbure de l’univers » ; ce qui signifie que tout ce qui le constitue a tendance à se centrer, puis à converger vers un même point. Teilhard, lui aussi, évoque fréquemment « la courbure de l’espace temps ». Mais peut-être faut-il expliquer ce que l’on entend par cette courbure. Plus personne ne conteste le fait que dans l’univers tout tourne autour de quelque chose, la ligne droite absolue n’existe pas. Même dans les espaces intersidéraux les plus désertiques il y a, toujours, une onde ou une particule venant de très loin qui modifiera la trajectoire d’une onde ou d’un objet passant dans le secteur. Un objet dont la trajectoire passe trop près d’un autre objet plus gros que lui va se mettre à tourner autour de lui et devenir son satellite. Au vu de ces deux exemples, on peut dire que toutes les trajectoires sont courbées, centrées, qu’il s’agisse de matière tangible ou de matière subtile et selon Teilhard l’énergie-esprit n’échapperait pas à cette loi.

Evidemment, ce langage serait compris et admis par les non croyants si les religions parlaient d’attraction universelle car cette force qui anime l’univers n’est contestée par personne. Les langages et les mots sont des ondes de communication qui méritent d’être codifiées dans un mode « pan humain » . Ce fut le souci majeur de Teilhard lorsqu’il écrivit les conférences qui furent compilées sous le titre L’ACTIVATION DE L’ENERGIE, dont les titres des chapitres sont les suivants :

-L’atomisme de l’esprit
-La montée de l’autre
-Universalisation et Union
-La Centrologie
-L’Analyse de la Vie
-Esquisse d’une dialectique de l’Esprit
-Place de la Technique dans une Biologie Générale de l’Humanité
-Sur la Nature du Phénomène Social Humain
-Les Conditions psychologiques de l’Evolution Humaine
-Un Phénomène de Contre-Evolution en biologie humaine,ou la Peur de l’Existence
-Le Sens de l’Espèce chez l’Homme
-L’Evolution de la responsabilité dans le Monde
-Pour y voir clair
-Le Goût de Vivre
-Un seuil Mental sous nos pas : Du Cosmos à la Cosmogénèse
-Réflexions sur la Probabilité Scientifique et les Conséquences Religieuses d’un Ultra-Humain.
-La Convergence de l’Univers
-Transformation et Prolongements en l’Homme du Mécanisme d’Evolution
-La Réflexion de l’Energie
-En Regardant un Cyclotron
-L’Energie d’Evolution

On ne peut pas traiter l’ensemble de ces sujets en une seule conférence. J’ai contracté les 417 pages de l’œuvre originale en une centaine de pages.
Le livre original étant épuisé, vous pouvez lire le manuel d’étude que j’ai conçu se rapportant à cette œuvre.

Dans une note intitulée « L’Heure de Choisir » Teilhard a livré le fond de s a pensée sur le problème de la guerre entre les hommes ; sujet qu’il connaissait bien puisqu’il a vécu deux guerres mondiales. Je vais résumer le fond de sa pensée. Selon Teilhard, la guerre est un phénomène naturel, incontournable, je le cite :

La vie ne peut avancer que par masses profondes. Lorsque son cours est étranglé par une mutation nouvelle, elle se redéploie d’autant plus pour se reconstituer en multitude.

L’humanité travaille sous l’impulsion d’un instinct obscure à déborder autour de son point d’émersion jusqu’à submerger la terre. La pensée fait de même. Ainsi se résume toute l’histoire de l’humanité.

En l’homme, pour des raisons liées au pouvoir de réflexion qui le caractérise, l’organisation en société est accélérée par rapport au monde animal. En deux ou trois dizaines de milliers d’années les hommes se sont partagé la terre et s’y sont enracinés.
Avec un nombre croissant d’individus les groupes se resserrent et se heurtent jusqu’à produire un effet de compression et d’échauffement psychologique qui induisent des guerres de défense et de conquête des territoires, ou de suprématie économique.

Si brutales que soient les guerres, elles s’accompagnent toujours de quelques assimilations et d’échanges culturels. Même partiellement absorbé, le vaincu réagit sur le vainqueur. Au fond, dit Teilhard, n’est-ce pas dans les rencontres, les conflits et, finalement, la graduelle harmonisation de ces grands courants « somato psychiques » que consiste l’essentiel de l’histoire ? Les guerres font partie des crises de croissance inévitables. La vie n’est jamais parvenue à s’organiser autrement que dans la souffrance. Tout progrès se paye par une dissipation d’énergie nous dit la Physique. L’histoire de l’Europe depuis plus de deux siècles en est la démonstration.
A cause d’un pur instinct animal nous avons subi la montée des nationalismes. La survie du plus apte est une loi de la nature, ainsi que la poussée d’une branche unique étouffant les autres branches. C’est contre cela que nous devons lutter.
… Et c’est contre cet idéal sauvage que, spontanément, l’Humanité s’est levée. Mais, attention : il existe une manière inférieure et dangereuse de faire la guerre à la guerre et le pacifisme ne sert pas forcément la paix … C’était dans l’axe de la nature d’appliquer ces méthodes violentes, maintenant cela ne doit plus être. La pensée a conféré au monde une dimension nouvelle : Ou bien un seul peuple dominera les autres, ou bien les peuples s’associeront en une « âme commune » afin d’être plus humains.

« Aimez vous les uns les autres ». Ce précepte qui nous est parvenu il y a 2000 ans se révèlera à notre esprit moderne comme le plus puissant et comme le seul principe imaginable d’un futur équilibre sur la terre ?

Cette vision de l’avenir proposée par Teilhard est peut-être une utopie, mais à long terme elle est possible. De toute manière, elle est la seule qui soit opposable à l’hypothèse de l’auto destruction.

Je voudrais terminer par un aspect optimiste, positif, mais non béat, de la pensée de Teilhard. Il s’agit de la relation qu’il écrivit en 1954 après sa visite de l’un des cyclotrons de Berkeley, démontrant ainsi aux générations suivantes que ses conceptions scientifiques et philosophiques ne sont nullement dépassées cinquante ans plus tard.

Nous savons qu’un cyclotron est un accélérateur de particules destiné à observer certains états de l’énergie constitutive de la matière.

Teilhard n’était pas physicien mais il se tenait informé sur toutes les branches de la recherche, et particulièrement celles concernant l’énergie. Teilhard était connu dans les milieux scientifiques du monde entier et il entretenait des relations avec de nombreuses personnalités. Les travaux d’Albert Einstein sur la relativité avaient fortement orienté ses réflexions.

Cette visite du cyclotron de Berkeley lui apporta la confirmation que, pour réaliser et utiliser un accélérateur de particules, toute une gamme de connaissances et de techniques, tout un spectre d’énergies aussi, convergent et se fondent les uns dans les autres : mathématiques, électronique, électricité, informatique, physique, chimie, imagerie, métallurgie, résistance des matériaux, architecture, etc …Ces multiples sciences doivent se rencontrer et fonctionner en même temps et au même degré de perfection. C’est d’ailleurs à cette époque, aux U.S.A., qu’est apparue une nouvelle science, « l’approche systémique des ensembles complexes ».
Tout un spectre d’énergies aussi est concerné : kilowatts, pétrole, uranium, et dollars par millions. Il est aisé de critiquer et de condamner l’argent dit Teilhard, mais il est le « sang » de la société humaine. Ce qui l’a le plus impressionné dans cette visite c’est d’observer comment, portés à un haut degré de rapprochement et d’intensité, des spécialistes dans des catégories professionnelles établies, tendent à se synthétiser en une réalité psychique nouvelle et inexploitée. Tous ces hommes, entraînés par un flux qui les dépasse, accèdent à une forme inédite de composé-humain : l’homme-ouvrier aspiré et transformé, ultra unifié, par une œuvre qui multiplie et accélère sa production de pensée.

Selon Teilhard, le tourbillon de la recherche n’a rien à voir avec le tourbillon des affaires qui est une agitation en tous sens. Le tourbillon de la recherche est un maelstrom aspirant tout ce qu’il englobe vers son axe montant. Par jeu de convergence, la recherche fait monter la conscience de la noosphère. Je le cite :
« Cette réalité colossale que je venais de découvrir aurait dû me donner le vertige, mais je n’éprouvais que calme et joie. »
Telle fut la conclusion de Teilhard après cette visite.
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Toutes les spiritualités s’accordent pour dire que le sentiment de la « montée de l’autre » est la clef de voûte de la réussite de l’humanité. Or, il semblerait que l’effet de la compression subie par le genre humain soit dû à la surface limitée de la terre qui accueille un nombre croissant d’individus, ce qui provoque en retour un effet de répulsion de l’autre ; circonstance aggravée par le développement technologique des sociétés. Il existe des contre-exemples, c’est le cas des pays pauvres dont la surpopulation liée à une grande misère induit dans ces communautés un effet termitière qui n’a rien à voir avec une fraternité délibérément acceptée.
Cela fit dire à Teilhard que si les termites s’étaient aimés il n’y aurait jamais eu de termitières.

Certaines disciplines scientifiques enseignent qu’en deçà d’une certaine distance entre deux personnes le flux de la communication était perturbé par un réflexe de répulsion pouvant aller jusqu’à la fermeture de l’écoute. Ce même phénomène est constaté dans le cas de mise en concurrence à l’intérieur des zones d’activité d’un individu, d’une entreprise ou d’une ethnie.

Si nous décidions d’assumer les conséquences de ce raisonnement, nous devrions réprimer cette répulsion naturelle par l’éducation de nos consciences dans le sens de « la montée de l’autre ». Le phénomène de compression physique et morale de l’humanité étant irréversible, le développement du sens de l’altérité est une évolution incontournable et nécessaire de notre conscience. L’autre existe, il n’est pas forcément un ennemi, il peut même devenir un partenaire pour défendre notre vie. L’égoïsme doit s’effacer devant cette nécessité

-Il faudrait que le principe de nécessité,qui apparemment se manifeste automatiquement dans les circonstances de danger de masse immédiat et imparable comme les guerres et les catastrophes naturelles, soit programmé dans notre système neuronal sous la forme d’un code du genre : seul on ne peut rien.

-Ce principe de nécessité devrait intervenir dans les cas de menace sournoise que l’on ne voit pas venir, qui avance lentement et inexorablement comme, par exemple, la poussée démographique, les atteintes à l’environnement, l’épuisement des ressources naturelles de la planète, etc… Pour tous ces dangers la prise de conscience n’est pas à la portée des individus, mais seulement des organisations institutionnelles.

Ces deux nécessités peuvent produire le miracle, mais sous certaines conditions très lourdes, ce n’est plus l’individu qui décide, mais des systèmes organisationnels collectifs qui, eux seuls, sont en mesure de conduire les observations, faire des réflexions analytiques, construire les synthèses optimales, peser le pour et le contre entre avantages et inconvénients, et enfin avoir les moyens financiers pour réaliser les décisions prises collectivement.

Quelles sont les caractéristiques de ces dangers lourds dont l’avance est discrète et inexorable ?
1. Il semblerait que la progression démographique soit à l’origine de tous les problèmes car elle est la cause de l’effet de compression, et sa régulation qui est possible ne fait sentir ses effets que sur de longues périodes générationnelles. En revanche, cette compression déclanche des réactions primaires immédiates et irraisonnées.
2. La compression de l’humanité induit l’organisation d’appareils de sociétés dans lesquels l’intérêt général passe devant l’intérêt particulier. L’individu devient anonyme, il est écrasé sous des cascades de hiérarchies, les systèmes sont des appareils extrêmement complexes et lourds dont les rétro actions en obscurcissent la compréhension. Même ceux qui ont conçu les systèmes ne les comprennent plus eux-mêmes. Les systèmes oscillent entre auto régulations et emballement, produisant ainsi dans les deux cas un effet de crise.
3. Circonstances aggravantes, les progrès techniques créés par l’homme qui les contrôle plus ou moins accélèrent l’Histoire. L’évolution de la société va plus vite que les capacités d’adaptation des individus.

Devant de telles perspectives, l’homme se replie sur lui-même et perd le sens de l’espèce. Réaction d’autant plus logique que, depuis qu’il a franchi le pas de la réflexion, l’homme se dégage de ses instincts animaux et prend son avenir en main, il acquiert une liberté qu’il craint et qu’il souhaite à la fois ; paradoxe lié à l’élévation de la conscience et qui ne fera que croître. L’homme doit apprendre à vivre dans le paradoxe et c’est le prix qu’il doit payer pour acquérir plus de liberté.
Si l’homme prend conscience qu’il est à l’image de son Créateur, il ne pourra éviter de se rendre compte que l’autre est un autre lui-même.
Dans l’univers de la matière règne une loi selon laquelle tout progrès se paye par une dissipation d’énergie. A l’échelle de l’humanité cette loi se manifeste par ce que l’on dénomme « les individus laissés sur le bord de la route ». L’homme doit avoir conscience que l’espèce humaine est conçue pour aller dans la direction inverse et doit lutter contre cette tendance. Cette prise de conscience s’appelle la foi. La foi est un état de tension, elle joue comme un catalyseur. Au sens chimique du terme, le catalyseur est un élément qui, par sa seule présence, en quantité infime, sans rien perdre de sa substance, provoque une réaction inexplicable, mais bien réelle.

Principe de récurrence oblige, la Foi est un catalyseur qui déplace les montagnes. La Montée de l’autre changera l’avenir de l’humanité pour conduire l’homme à Omega, s’il le veut bien.
Jean-Pierre Frésafond, mars 2009

Mardi 13 Septembre 2011 15:46