teilhard de Chardin


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Toute la description du PHENOMENE HUMAIN présentée par Teilhard tourne autour de cette hypothèse, difficile à admettre. Etant donné son importance, il est bon d’y réfléchir à nouveau

Du point de vue scientifique classique l’expression « atomisme de l’esprit » est un non-sens puisque l’atome est un des composants de la matière et on ne connait pas la nature de l’esprit. Teilhard a choisi cette métaphore surprenante car elle donne une idée vraisemblable de ce que peuvent être les choses de l’esprit. Voici comment Teilhard présente le problème dans son livre « L’ACTIVATION DE L’ENERGIE » (éditions du Seuil tome 7, chapitre 2 intitulé justement « l’atomisme de l’esprit », page 27).Ce texte commence ainsi : « Depuis que l’homme réfléchit, et plus il réfléchit, plus l’opposition entre esprit ne cesse de se dresser, toujours plus en haut en travers du chemin montant vers une meilleure conscience de l’univers. » Depuis deux millénaires, cette opposition concerne la foi et la raison, religions contre hérétiques !
Dans ce texte nous remarquons que Teilhard a choisi le mot « conscience » de l’univers plutôt que le mot « connaissance », posant ainsi le problème sur un autre niveau. Selon l’auteur, l’esprit est une énergie chargée d’informations qui, au même titre que les autres énergies connues, est une composante de cette « chose » extrêmement complexe qu’est la matière. Que la matière se résolve dans l’énergie n’est contesté par aucun scientifique. Donc si l’on suit Teilhard, à côté de l’équation énergie/matière on place maintenant cette équation johannique nommée esprit/matière, qui est exprimée clairement au début du Prologue de Jean, rendant caduque l’opposition foi et raison. Soyons claires, nous sommes ici placés dans la doctrine égyptienne du Verbe-Lumière apportée par Moïse.
Ce postulat esprit-matière, fondamental dans la pensée de Teilhard, est même indirectement la cause de son interdiction par le Vatican, puisqu’il modifie le mythe de la chute originelle, mais ne le supprime pas.

Déjà dans LE PHENOMENE HUMAIN (Seuil, tome 1)Teilhard abordait cette équivalence esprit-matière dans le chapitre 3, pages 66 à 73 où il parlait prudemment de « dehors et dedans » des choses. De manière récurrente, toute son œuvre confirme cette équivalence esprit/matière, il parle d’une « courbure de l’univers » et « d’enroulement des énergies » sur elles-mêmes, tant pour l’aspect matériel que pour l’aspect spirituel des choses. Il utilisait le mot « psychisme » moins choquant et plus courant que l’expression énergie/esprit laquelle, à cette époque, n’était pas scientifiquement correcte. N’oublions pas que le dogme chrétien officiel séparait ces deux plans énergie et matière. Actuellement, c’est encore plus ou moins le cas.

Autre question : pourquoi Teilhard emploie-t-il souvent les expressions « courbure de l’univers » et « enroulement » de la matière sur elle-même ? C’est le Teilhard scientifique qui parle ainsi, on peut lui faire confiance, il était parfaitement au courant des théories d’Einstein ou de Planck : « tout est relatif, tout tourne, tout vibre ». A l’époque Teilhard le scientifique ne pouvait pas dire que la matière était déterminée ; il le pensait seulement, car parler de Dieu et d’Energie Spirituelle était un « gros mot » dans les milieux scientifiques et l’est toujours à un détail près. Maintenant les milieux scientifiques parlent de « principe anthropique » ce qui finalement signifie que si la matière a évolué jusqu’au « pas de la réflexion » (l’homme), on est autorisé d’en déduire que la matière est chargée d’une Intention (synonyme du mot Dieu)et, dans ces conditions, la métaphore « atomisme de l’esprit » n’est pas un non-sens, mais une représentation acceptable de cette mystérieuse énergie initiale et universelle.
Si le Créateur est le Maître de cette énergie, on peut aussi employer la métaphore « Dieu est amour » ou encore « Point de Convergence suprême de toutes les énergies ». On ne peut pas donner de nom à Dieu mais on peut lui attribuer des qualités sans être sacrilège ; bien au contraire.
A mon avis, les points fondamentaux de la doctrine chrétienne sont la Genèse et le début du Prologue de Jean, textes écrits en langage ésotérique et symbolique, leur compréhension demande une certaine habitude. Quand cette capacité d’approche est atteinte, on s’aperçoit que ces textes ne sont pas en contradiction avec les données scientifiques actuelles. On ne peut modifier ni les Ecritures ni les données scientifiques de base , et il nous incombe de faire le rapprochement entre les deux. Le désir de connaissance n’est pas un péché, bien au contraire, c’est l’ordre de mission donné aux hommes par Dieu.
L’élévation du niveau de conscience et la participation à l’œuvre divine sont des conditions sine qua non. Notre rôle est désormais l’achèvement d’un univers en voie de perfection, depuis le Phénomène Christique.

« L’atomisme de l’esprit », quelles perspectives ? Elles sont infinies.
L’univers est un système à produire de l’énergie spirituelle, le corps humain est fait dans cette perspective. L’esprit génère l’âme humaine qui est produite par l’enroulement sur elle-même de l’énergie-esprit.

Les âmes convergent au « Point Omega » et le Christ Universel est l’avant goût de cet achèvement programmé par le Créateur.


Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Jeudi 12 Janvier 2012 à 18:48 | Commentaires (0)

Editorial


Trêve de mots sibyllins et de phrases compliquées pour décrire notre monde. Je me permets de raconter ici un événement qui m’est arrivé alors que j’étais jeune professeur dans une école normale lyonnaise formant des instituteurs. A dire vrai mes élèves étaient peu motivés pour l’étude des mathématiques et cela me chagrina à tel point qu’un réel fossé s’établit progressivement entre eux et moi. Ambiance des plus entropiques, dirions-nous. A la fin de l’année scolaire devait avoir lieu un voyage en car réunissant professeurs et élèves. Comme nous étions proches de la fin de la guerre, on ne connaissait pas les grandes distractions de notre époque un peu folle et chacun goûtait les moindres initiatives même les plus modestes.
Ceci étant, avant de savourer cette réjouissance annoncée, un surveillant me demanda de le remplacer en salle d’étude pour cause d’examen. La tension accumulée durant l’année atteignit alors son paroxysme ce jour-là. Un chahut monumental comme je n’en avais jamais connu, eut carrément raison de mon autorité, si bien que je dus m’enfuir…chez le chef d’établissement. En fait, je n’avais pas l’intention de céder devant des adolescents déchaînés. Je me vois encore dire ceci à mon supérieur hiérarchique :
« Cette rébellion est inadmissible ; je vous demande de prendre une sanction exemplaire, par exemple : supprimer le voyage ».
J’ajoutai avec détermination :
« Si vous refusez alors je m’en vais immédiatement, c’est à prendre ou à laisser !! ».
La direction me rétorqua :
« Si c’est ainsi alors allez vous-même l’annoncer aux élèves ! »
. Je dégringolai les marches de l’escalier à toute vitesse et remontai sur mon perchoir, décidé à faire face. Je pris une posture telle que brusquement le silence se fit. Alors je fis ma déclaration d’intention. Déçus, les élèves se remirent au travail mais l’atmosphère devint réellement pesante. J’avais gagné mais à quel prix !

Durant la nuit qui suivit (nous vivions en internat à l’époque) un collègue et ami vint me rendre compte de son opinion sur les élèves mais surtout sur moi. Après une longue conversation, il réussit à me convaincre que je devais faire marche arrière, au risque de perdre la face. Je finis tout de même par me ranger à son conseil éclairé.
Le lendemain soir je refis surface dans la grande salle d’étude et, après quelques périphrases de circonstance, je déclarai une levée immédiate de la sanction. Le voyage devait avoir lieu deux jours après. Il fut donc rétabli…mais je devais de nouveau affronter une population dont je ne connaissais nullement les intentions à mon égard. Je n’étais ni fier ni rassuré pour mon sort.
Une énorme surprise m’attendit : je n’avais nullement prévu qu’elle allait arriver durant ce voyage. Je fus, pour la première fois de l’année, entouré de quantité d’adolescents venant me parler avec une réelle empathie comme si nous étions des amis.

Cette histoire qui finit bien, grâce à un collègue, m’apprit une chose fondamentale sur la nature humaine : au-delà des relations immédiates et spontanées, se cache un trésor auquel on ne peut avoir accès que par un abandon de son propre ego. Ce trésor, vous pouvez l’appeler : l’ultra humain, cette force et cette énergie qui unifie. Elle est exprimée dans les Evangiles lorsque Jésus dit : « Si l’on vous frappe la joue droite alors tendez l’autre joue ! ». Lorsque nous découvrons à la Télé tous ces débats antagonistes et ces agressions verbales, nous pouvons penser que la marche du monde en est encore à son stade darwinien ; la loi du plus fort en gueule ! Est-il possible qu’il en soit autrement ? Combien de bonnes volontés demeurent inexorablement inertes et frileuses devant un spectacle aussi déplorable. N’est-il pas bientôt temps d’enseigner une science de l’homme ?

Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mercredi 11 Janvier 2012 à 18:48 | Commentaires (0)
-Livre écrit par Thierry Magnin, Préface de Basarab Nicolescu / Editions Lethielleux, DDB 2011
-Le Père Thierry Magnin est théologien et physicien, Recteur de la Faculté Catholique de Lyon
-Basarab Eftimie Nicolescu fuit la Roumanie communiste en 1968 pour s'établir en France. Il devient physicien théoricien au CNRS,Laboratoire de physique nucléaire et de haute énergie, Université Pierre et Marie Curie.



Le terme « incomplétude » dérive du mot « complet » qui désigne, en topologie générale, tout espace où il est question de suites convergentes, d’infini et de limites. En fait les mathématiques ne servent pas seulement de langage logique destiné à décrire en physique des phénomènes, mais elles produisent des modèles possédant une valeur épistémologique significative.

En mathématiques, un espace métrique M est dit complet ou espace complet si toute suite de Cauchy de M a une limite dans M (c’est-à-dire qu'elle converge dans M). La propriété de complétude dépend de la distance. Il est donc important de toujours préciser la distance que l'on prend quand on parle d'espace complet. Intuitivement, un espace est complet s'il « n'a pas de trou », s'il « n'a aucun point manquant ». Par exemple, les nombres rationnels ne forment pas un espace complet, puisque la racine carrée de deux n'y figure pas alors qu'il existe une suite de Cauchy de nombres rationnels ayant cette limite. Il est toujours possible de « remplir les trous » amenant ainsi à la complétion d'un espace donné. De plus un espace complet est nécessairement fermé. Ce qui importe dans ce langage sibyllin n’est pas de comprendre la signification des propositions logiques mais c’est de s’attacher aux mots qu’elles contiennent et de faire une transposition dans le domaine de la philosophie. On comprendra alors que l’incomplétude se rapporte à une situation mentale qui fait intervenir la notion de relation, d’interaction, de connexion, d’infini, d’ouverture et de non connaissance du fond des choses.

-Le physicien d’aujourd’hui prend conscience que le réel lui échappe, mais il est en perpétuelle recherche de l’Un.
-Le théologien vit aussi l’incomplétude face à l’Inconnaissable, le Tout Autre, Dieu, le mal, etc…

Les deux entrent donc dans la dialectique du mystère. L' auteur de ce livre évoque la pensée d’un certain Nicolas de Cues selon laquelle l’union des opposés est possible à l’infini. C’est, je pense, dans cette direction qu’il faut concevoir l’Ultra humain ; au cours de l’évolution, l’homme progresse indéfiniment sans jamais atteindre ce qu’on peut appeler l’origine. C’est alors que le tiers inclus, inaccessible à la raison seule, peut être perçu par l’intellect sous l’angle de la relation, par le double effet de la reconnaissance de la docte ignorance et le travail de la grâce et de la foi. Ce qui est fondamental est la recherche de l’unité dans la relation et non la pure contemplation des contradictions et de la dualité.

Teilhard de Chardin a été l’un des premiers à mettre en évidence un principe d’union dans l’évolution de la matière-énergie. Dans le mouvement de cette matière-énergie, il a perçu un monde immense en travail d’enfantement, convergeant vers un point Oméga. Il s’agit d’une union dans la différentiation et non d’une fusion. C’est tout le domaine de l’autonomie, de la curiosité, du savoir-faire de la socialisation et de la liberté humaine qui s’ouvre vers la connaissance de l’union différenciatrice. Comme symbole de cette union, Teilhard parle de la complémentarité masculin – féminin et de la réalité cosmique de l’éternel féminin.

Avec Nicolas de Cues, nous pouvons affirmer : « Tout connaître n’est rien d’autre que de se voir soi-même ressemblance de Dieu, dans sa filiation » ; c’est la contemplation de l’infini, vécue dans la foi au Dieu un et trine, qui a permis à Pascal d’emprunter le chemin de l’amour-agapè qui l’a rejoint au cœur de son questionnement. Le Dieu créateur, Trinité créatrice, est source des réalités auxquelles il donne un élan créateur.

La relation est l’essence de l’être ! (Lanza del Vasto)



Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Jeudi 5 Janvier 2012 à 19:48 | Commentaires (0)

Editorial

Du nouveau avec Darwin / M. Comby

Jeudi 15 Décembre 2011

Le biologiste français Didier Raoult vient de publier un ouvrage intitulé : « Dépasser Darwin ». Ce chercheur est spécialisé en microbiologie à la faculté de médecine de Marseille. On lui doit des découvertes comme celle des virus géants (mimi virus). Didier Raoult explique pourquoi le darwinisme, érigé en dogme, est en train de voler en éclats. Avec la révolution génomique, l’homme devient un écosystème à lui tout seul, un monde dans lequel cohabitent des millions de micro- organismes. Cet écosystème évolue dans d’autres écosystèmes qu’il modifie et qui le modifient. On sait actuellement que 8% de l’ADN humain est constitué de vestiges de gènes qui nous ont été transmis par des virus. Durant longtemps on a pensé que nous descendions d’un ancêtre commun : le SAPIENS. En mai 2010, on a découvert que l’ADN prélevé sur des os de NEANDERTALIEN a révélé que 1 à 4 % de nos gènes viennent de Neandertal. Il y a donc eu rencontre et métissage de sorte que l’arbre généalogique de l’espèce humaine est anti-darwinien car notre ancêtre procède de deux souches bien distinctes. Le fameux « virus géant » dont on a décrypté le génome permet d’émettre l’hypothèse selon laquelle, à côté des trois grandes formes de vie – bactéries, eucaryotes et archaea- il en existerait une quatrième : celle des grands virus à ADN. Les virus sont aujourd’hui des entités biologiques les plus abondantes et la source de plus de la moitié des gènes de l’univers connu. Dans l’arbre darwinien, si les espèces s’étaient définitivement séparées, il n’y aurait plus d’espèces vivantes sur notre planète. En fait l’idée de Darwin relève de la vision laplacienne selon laquelle tout ce qui existe sert à quelque chose et que tout ce qui ne sert pas est éliminé. Depuis on a découvert le « gène égoïste » qui ne cherche qu’à se reproduire sans se soucier de la finalité. Certaines bactéries ont jusqu’à 40 % de gènes qui ne servent à rien. L’évolution peut alors sélectionner une capacité qui n’est pas un avantage à un moment T, mais qui peut le devenir plus tard. Les travaux sur les virus (par exemple celui de la variole) ont montré que le principe de sélection naturelle n’apparait que de manière conjoncturelle. L’évolution vue par Darwin est avantageuse dans la mesure où elle est à la base une source de progrès puisque c’est le plus fort qui l’emporte. Le processus de sélection opère dans un sens à une certaine époque, mais il aurait pu opérer dans l’autre sens à une autre époque. Selon Raoult, l’imagination de la nature est colossale ! Ils le montre d’après le comportement des bactéries et des virus qui est absolument imprévisible. Ce qui était peu virulent hier, peut devenir mortel demain et réciproquement. Il existe dans le déroulement de la vie des micro-organismes comme des phénomènes d’émergence. La recherche sur les gènes a révélé que ces entités du vivant ne relevaient pas d’une logique banale. Ils constituent un monde étrange où les phénomènes d’évolution sont des phénomènes de création. Contrairement à ce que pensait Darwin, la création ne s’est jamais figée ! Le corps humain contient un nombre considérable de micro-organismes qui se livrent une guerre sans merci qui va se solder par la suprématie d’une population sur l’autre. Le savoir scientifique doit tenir en compte de ces phénomènes de catastrophe au sein du vivant afin de toujours remettre en cause les théories précédentes. La révolution génomique a mis fin à la longue période des certitudes. Quand on sait que les virus géants sont constitués de gènes provenant à la fois d’animaux, de plantes, de bactéries et d’autres virus géants, il est légitime de penser que l’on est loin de l’ancêtre commun cher à Darwin. Raoult dit que Darwin était inévitable dans notre culture judéo-chrétienne. Darwin apportait au monde une vision d’ordre et d’organisation qui, en fait, permettait une certaine représentation d’un Dieu puissant, unique et infiniment intelligent. Ce qui se passe de nos jours, c’est le retour vers une pensée qui met en valeurs les mythes associés aux dieux de l’Antiquité. On peut évoquer là Apollon et Dionysos. Autrement dit, si l’on raisonne en termes d’évolution, on doit mettre en lumière deux sortes de processus qui se superposent. D’une part le transfert vertical des gènes à l’intérieur d’une même espèce avec ses modifications progressives sélectionnées par l’environnement ; d’autre part le transfert latéral des gènes entre espèces différentes via l’action brutale exercée par les micro-organismes. Nous sommes là en pleine complexité et non plus sur le schéma darwinien !!
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Jeudi 15 Décembre 2011 à 21:23 | Commentaires (0)

-1ère partie : La Différence entre darwinisme et teilhardisme, comment Teilhard est utilisé par l'Eglise d'une certaine manière
-2ème partie : Qui opposa le Vatican à Teilhard : Monitum ou Index ?
-3ème partie : Suite et fin : communication que nous fait parvenir un prêtre (références à certains passages du livre d'Etienne Fouilloux, "Eugène, Cardinal Tisserant, 1884-1972"


L’AFFAIRE TEILHARD, 1ère partie :
LA DIFFERENCE ENTRE DARWINISME ET TEILHARDISME
COMMENT TEILHARD EST UTILISEE PAR L’EGLISE D’UNE CERTAINE MANIERE

Darwin développa une théorie partielle de l’évolution, celle concernant le monde animal. Elle fut longtemps réprouvée par les Eglises chrétiennes.
Parallèlement à ses recherches paléontologiques, Teilhard développa une théorie générale, celle de l’évolution de la matière, dont la portée universelle inquiète les défenseurs du dogme chrétien concernant la création du monde sous toutes ses formes. Il fut réprouvé par l’Eglise catholique.
Curieusement, Darwin fut réhabilité par les Eglises chrétiennes, sa théorie finalement fut jugée moins dangereuse que celle de Teilhard, étant plus réductionniste, on l’utilisa comme coupe-feu ou encore comme un arbre pour cacher la forêt, espérant ainsi faire oublier Teilhard.

1) DARWIN
A la suite des travaux de Buffon et de Lamarck sur l’évolution des espèces animales, Darwin, après une longue et minutieuse observation sur le terrain, construisit une théorie sur la pression du milieu dans le processus d’évolution et d’adaptation aux conditions de subsistance et de prolifération des espèces animales. A son époque, cela représentait un énorme progrès malgré la superficialité des facteurs évoqués. Darwin n’a pas approfondi le lien entre la matière et le monde vivant, mais sa théorie est intéressante ; elle fut une marche dans l’escalier de la connaissance. Et elle est un chainon sur la courbe ascendante de l’évolution générale de la matière.

Les scientifiques qui ont succédé à Darwin inventèrent le «néo-darwinisme » en ajoutant à sa théorie les lois de la génétique, encore peu connues du temps de Darwin. A son époque, il faut reconnaître que les idées de Darwin étaient révolutionnaires et, à ce titre, il a été chahuté par les milieux scientifiques ; contesté aussi et réprouvé par les Eglises européennes. Curieusement, il fut mieux compris par les Eglises protestantes d’Allemagne. Ces positions des Eglises chrétiennes au XIXe siècle s’expliquent tout à fait, sachant que leur dogmes s’appuyaient (et s’appuient encore) sur le récit de la création du monde dans le Livre de la Genèse de la Bible.

2) QUANT A TEILHARD (presque un siècle plus tard)
Sa théorie de l’évolution concerne, non pas un fragment, mais toute l’évolution de la matière, depuis le big bang jusqu’à l’homme. Sa théorie est universelle, elle est considérée comme panthéiste (avec quelques nuances, Teilhard l’admet lui-même). C’est pour cette raison qu’elle dérange l’Eglise catholique. Teilhard a eu beau se justifier, son étiquette de « spinoziste » lui colle à la peau.
Pourtant, à bien y regarder, Teilhard ne nie pas la création mais il la place seulement bien avant l’apparition de la vie, au commencement de la matière. Pour lui, l’évolution de la matière va au-delà de l’homme puisqu’elle concerne aussi l’esprit, cette énergie consubstantielle à la matière ; l’homme étant en quelque sorte un « alambique » distillant l’énergie esprit, composante de la matière. Teilhard est maintenant rejoint par certains scientifiques actuels qui disent que « la matière est un système destiné à fabriquer de l’information », sous entendu que le processus commence avant le big bang et se poursuit au-delà de la matière spatio-temporelle. Cette énergie esprit se comporte comme la matière, elle s’enroule sur elle-même et converge vers le point suprême de toutes les énergies, que Teilhard désigne par le terme Point Omega.
Voici succinctement comment Teilhard présente l’évolution de la matière en quatre phases :

Une première phase active succède à une phase zéro hypothétique, hors de la portée de la connaissance humaine. Ce moment-1 voit le départ d’une courbe d’évolution par diversification dans les 92 éléments chimiques, comme s’il existait un « dedans des choses ».

Une deuxième phase durant laquelle la matière se complexifie à l’extrême dans des arrangements infiniment complexes et performants dès qu’ils procèdent à un état de centréité. Cette phase, découverte par Teilhard, offre un espoir pour l’homme en plaçant entre les deux angoissants infinis, l’infiniment grand et l’infiniment petit, l’infiniment complexe où l’homme se retrouve, étant lui-même infiniment complexe.

La troisième phase voit la courbe de l’évolution atteindre un seuil critique, celui du pas de la réflexion qui débouche sur la conscience, état qui donne à l’homme le pouvoir d’être responsable de l’usage de sa liberté : décider et choisir des actes déterminants pour l’avenir de l’espèce.

Quatrième phase, celle de la fin hautement probable de la matière dans « x » milliards d’années en ce qui concerne notre planète. Consommatum est fait-on dire au Christ mourant sur la Croix. Tout est consommé, la matière a dégagé toute l’énergie qu’elle était capable de produire en chaleur et en esprit. On suppose, pour respecter les lois de l’entropie, que la chaleur dissipée est récupérable dans un quelconque arrangement. Mais on sait par un acte de foi que l’énergie esprit se comporte, selon Teilhard, comme un atomisme de l’esprit et rejoint par convergence le Point Omega.
Avec une telle intuition Teilhard est véritablement le pionnier de la science de l’évolution.

3) POURQUOI TEILHARD DERANGE ?
On comprend maintenant pourquoi sa théorie dynamique sur l’évolution universelle de la matière, qu’il nomme cosmogénèse modifie le dogme chrétien dans son apparence statique. D’ailleurs Teilhard qualifie de fixistes les défenseurs de l’ancienne théologie. Ces défenseurs sont d’autant plus inquiets que la théorie de Teilhard suggère davantage une montée qu’une chute originelle. Placée devant une telle situation, l’Eglise n’hésite pas à reconnaître la théorie de Darwin pour faire « coupe-feu » contre la théorie de Teilhard ; Darwin qui fut rejeté par l’Eglise est élevé en « Monsieur Evolution » après qu’un Pape eut proclamé que « la théorie de l’évolution n’est plus une hypothèse ». On peut comprendre la crainte de l’Eglise à propos d’une petite modification du dogme, avec un milliard et demi de chrétiens dont une forte proportion n’a suivi aucune scolarité ; l’expliquer relève d’un miracle de communication. Mais "l’histoire de l’évolution » ne serait pas plus difficile à expliquer que l’histoire biblique et ce d’autant plus qu’elle est plus vraisemblable . Peut-être faudra-t-il 500 ans pour y parvenir mais avec l’accélération de l’histoire humaine on peut espérer ce miracle.

4) DIFFUSER PAR TOUS LES MOYENS LA PENSEE DE TEILHARD
Si Teilhard est toujours proscrit par le Saint Office du Vatican, en revanche, il faut que son nom soit inscrit dans les listes scolaires et universitaires des auteurs, philosophes et scientifiques à étudier. La France, dite Fille aînée de l’Eglise est un des rares pays à ne pas l’avoir fait car le black-out est le plus en vigueur ; zéro publication universitaire sur Teilhard et des centaines de milliers ailleurs dans le monde.
Le « Réseau Blaise Pascal», tel est son nom, rassemble des professeurs d’études supérieures
d’Universités Catholiques Françaises. Ayant été invité à l’un de ses colloques annuels, j’ai été témoin d’une entreprise de démolition en règle de la pensée philosophique et scientifique de Teilhard : « C’est un poète … ses conceptions scientifiques sont décalées » etc …
Seule la facette mystique de Teilhard est reprise par quelques théologiens, pour donner un coup de jeunesse à l’Eglise. Peu de théologiens et scientifiques catholiques abordent honnêtement la présentation, l’étude et la réflexion des trois livres « piliers » de la pensée de Teilhard que sont LE PHENOMENE HUMAIN, L’ACTIVATION DE L’ENERGIE et L’AVENIR DE L’HOMME ; On ne reforma jamais plus le Comité Scientifique tel que celui qu’avait réuni Mademoiselle Mortier, la Secrétaire de Teilhard, après sa mort en 1955 afin de faire publier ses œuvres. Les membres de ce comité scientifiques sont morts de vieillesse et ils n’ont pas été remplacés par des personnalités de même niveau scientifique et philosophique et, surtout, aussi intellectuellement libres.
En supposant qu’un jour un directeur de thèse de doctorat choisisse Teilhard pour un jeune doctorant, l’inscription de Teilhard dans le codex se ferait de facto. Mais en conjecturant que cela se fasse, il faudrait que toute l’œuvre de Teilhard soit numérisée et accessible par internet car les étudiants ne travaillent plus à l’ancienne. Or, la Fondation Teilhard de Chardin dont le rôle est celui d’un conservateur n’a pas fait ce travail, mise à part une tentative de numérisation complètement obsolète et par là inaccessible aujourd’hui. Quant à l’Association des amis de Pierre Teilhard de Chardin, créée en même temps que la Fondation en 1955, elle pourrait si elle le voulait faire inscrire Teilhard dans le codex puisqu’elle est composée de quelques universitaires jésuites, si tant est que ces derniers fassent la démarche, mais je n’y crois pas..

5) ET POUR CONCLURE
On parle de Socrate, de Galilée, etc … longtemps après leurs morts, on peut espérer qu’il en sera de même pour Teilhard. On ne compte plus les exemples de ces grands cerveaux, enterrés vivants durant leur activité intellectuelle, et qui ressuscitent quelques siècles plus tard, parce que rien ne peut arrêter une idée, comme l’a dit Teilhard dans ses livres.
Même le Monitum 1962 ne pourra pas tuer la pensée de Teilhard. Croyant le tuer, l’Eglise le fait vivre car la force d’une société est dans ses non-conformistes qui, plus ils sont combattus, plus ils deviennent efficaces pour lutter contre la lobotomie. C’est la lutte contre les marginaux qui suscite par réaction l’axe de progression. La théocratie est vouée à l’échec tandis que l’avenir appartient aux libre penseurs . La vérité est au fond de chaque homme et pas seulement dans les livres autorisés.
On peut tuer un appareil idéologique, on ne peut pas tuer la vérité quand elle est au fond de chaque homme. Un homme fort défendra mieux ses idées qui viennent de lui que celles des autres quand elles lui sont imposées.






« AFFAIRE TEILHARD » (2e partie)
QUI OPPOSA LE VATICAN A TEILHARD : MONITUM OU INDEX ?



Un monitum dans le langage canonique est un avertissement dont on mesure la gravité par le texte qui le compose. Dans l’échelle des gravités, le monitum est placé juste en dessous de l’index lequel est, lui, une interdiction absolue. Les motifs et les commentaires ne sont pas nécessaires.

En 1962 le Vatican prononça un monitum extrêmement sévère contre la pensée de Teilhard de Chardin. Actuellement les ecclésiastiques, quand on les interroge sur le sujet, répondent que Teilhard n’est pas interdit puisque l’index n’existe plus, que le monitum n’était qu’un avertissement, et qu’il n’est plus en vigueur aujourd’hui.
Ce n’est pas mon avis, d’après le texte de ce monitum que nous allons étudier ci-après. Pour que l’effet d’une telle sanction soit éteint il faudrait une autre déclaration officielle du Vatican, prononçant la caducité du texte de 1962. D’ailleurs, si les effets du monitum étaient éteints, la pensée de Teilhard serait inscrite dans les programmes universitaires ; ce qui n’est pas le cas en France, seul pays à l’ignorer. Aux U.S.A. des milliers de thèses sont publiées.

Voici donc le texte du monitum (l’original est écrit en latin comme il se doit pour toutes les déclarations du Vatican). Il est clair et sans appel.

« Avertissement : certaines œuvres, même posthumes du Père Teilhard de Chardin se répandent et connaissent un succès qui n’est pas mince. Sans juger ce qui concerne les sciences positives, il est suffisamment manifeste qu’en matière de philosophie et de théologie, lesdites œuvres fourmillent d’ambiguïtés, ou plutôt d’erreurs graves qui portent atteinte à la doctrine catholique. C’est pourquoi les E.M. et les R.E.V. Pères de la Suprême Sacrée Congrégation du Saint Office invitent les Ordinaires et aussi les Supérieurs d’Instituts Religieux, les Supérieurs des Séminaires et les Recteurs d’Universités à défendre efficacement les esprits, surtout des jeunes, contre les dangers des œuvres du Père Teilhard de Chardin, et de ses acolytes. »
(Rome, Saint Office, 30 juin 1962).


Plusieurs fois dans sa vie, de 1923 jusqu’à sa mort en 1955, Teilhard reçut des injonctions lui demandant de faire uniquement de la science et pas de la philosophie. Il faut préciser que durant toute la période précédant les publications de ses œuvres, ses écrits circulaient « sous le manteau ».
A mon avis, ce monitum n’est pas qu’un simple avertissement, mais une interdiction pure et dure qui n’est toujours pas désactivée. Je suis convaincu de cela car, après quatre années d’animation et de communication de notre Association Lyonnaise Teilhard de Chardin, j’ai pu mesurer l’épaisseur du « mur de silence » construit autour de Teilhard par les hautes autorités de l’Eglise, depuis les Curés de Paroisses jusqu’à l’Archevêque qui, répondant à ma question me dit que Teilhard « avait des trous dans sa théologie ». Ce même Archevêque répondit à un des Curés des Paroisses voisines demandant l’autorisation de nous recevoir pour une controverse concernant Teilhard « à traiter avec une extrême prudence » ce qui signifie en langage pratique une fin de non recevoir.

Voici maintenant des dates et des faits historiques concernant cette affaire Teilhard :
-1920 : après la soutenance de sa thèse de doctorat Teilhard fut chargé de cours de géologie et de paléontologie à l’Institut Catholique de Paris.

-1923 : la hiérarchie catholique de France, à la demande de Rome, lui retire ce poste d’enseignant, au motif que sa théorie sur l’évolution est contraire à la doctrine chrétienne. On lui interdit de publier autre chose que des données scientifiques. Pour lui éviter la mise à l’index, la Direction Générale de l’Ordre des Jésuites le nomme à un poste de direction d’un Institut chinois de paléontologie à Pekin, les chinois en ayant fait la demande aux Jésuites. De plus, on lui interdit de résider en France, mis à part pour les brefs séjours pour raisons familiales. Désormais, il réside officiellement à New-York.

-Entre 1939 et 1946 : il est bloqué à Pekin en raison de la guerre sino-japonaise. Les japonais occupent Pekin et les étrangers sont assignés à résidence. Teilhard met à profit ce « temps libre » pour achever son œuvre maîtresse, Le Phénomène Humain pour laquelle il essayera à maintes reprises d’obtenir l’autorisation de publication auprès des autorités de Rome.
-1948 : il demande et il obtient un rendez-vous avec le Père Général des Jésuites afin de lui présenter une triple requête :
1- Demande d’autorisation pour accéder à la chaire qu’on lui propose au Collège de France.
2- Demande d’autorisation pour publier Le Milieu Divin (écrit entre novembre 1926 et février 1927)
3- Demande de publier Le Phénomène Humain.
Quinze jours après l’entretien, Teilhard est informé que les trois demandes sont refusées. Il est très affecté par cette décision.

-1951 : un de ses amis et supérieur hiérarchique Jésuite, spécialiste en Droit Canon, lui conseille de léguer les droits moraux de ses œuvre à sa secrétaire, Mademoiselle Mortier, afin que son œuvre ne soit ni perdue ni détruite. (Il faut préciser que la famille de Teilhard, très catholique et traditionaliste, n’approuvait pas les idées dérangeantes du Père). Cette disposition testamentaire était d’autant plus urgente que la santé de Teilhard était devenue fragile (cœur et poumons).

-1955 : Teilhard décède à New-York. Mademoiselle Mortier créa la FONDATION TEILHARD pour conserver son œuvre, et L’ASSOCIATION DES AMIS DE PIERRE TEILHARD DE CHARDIN pour la diffuser.
Mademoiselle Mortier constitua un COMITE SCIENTIFIQUE INTERNATIONAL de très haut niveau pour rassembler les textes, les classer par ordre d’intérêt et de sujet afin de composer une douzaine de livres qui paraîtront aux Editions du Seuil dès 1955 pour Le Phénomène Humain et très rapidement, devant le succès mondial des œuvres de Teilhard, le Saint Office demande qu’elles soient mises à l’index. Cette demande est refusée par le Pape Jean XXIII.

-1962 : Pour avoir le dernier mot, le Saint Office promulgue le fameux monitum que nous avons vu plus haut. Cependant, ne pouvant ni interdire la lecture des œuvres de Teilhard ni en enrayer le succès qui durera une décennie, l’Eglise construisit un « mur de silence » autour de lui et de son œuvre. Cette « omerta » arrangeait tout le monde, y compris de nombreux scientifiques, heureux de piocher dans l’œuvre de Teilhard sans avoir à en citer les références.
Le repli des fidèles à l’Eglise catholique s’accentue régulièrement depuis plus d’un siècle. Après analyse pour lutter contre cette tendance alarmante, l’Eglise utilise une certaine partie de l’œuvre de Teilhard, parcimonieusement tout de même, dans l’espoir de se donner une allure plus moderne. La « certaine partie » en question est la facette catholique et mystique de Teilhard, conforme à la doctrine officielle chrétienne.
Le monitum déclare que la pensée de Teilhard « fourmille d’ambiguïtés » et cela dit bien de quoi il s’agit : Teilhard qui avait baigné toute sa jeunesse dans un catholicisme traditionnel, évolua en même temps que ses recherches scientifiques ; lesquelles induisaient en lui des conceptions différentes, compatibles avec les données scientifiques modernes. Ces deux conceptions très différentes provoquèrent en lui une déchirure cornélienne bien normale, contre laquelle il travailla toute sa vie pour la résoudre. Toute sa vie il tenta de réconcilier foi et raison, science et religion ; pour lui c’était très clair, évident et possible mais l’Eglise n’était pas et n’est toujours pas de cet avis, jugeant cet arrangement explosif. Par rapport au grand public chrétien, l’Eglise ne peut pas tenir deux discours : l’un pour les traditionalistes et l’autre pour les progressistes.
Comme pour l’affaire Galilée, après des siècles, les esprits auront suffisamment évolué pour qu’une majorité se dessine dans le rang des progressistes ; ce qui permettra d’envisager la réhabilitation de Teilhard (et pourquoi pas sa canonisation … on a vu pire !)
L’humanité est encore si jeune que tous les espoirs sont permis, à condition de ne pas laisser les choses se faire toute seules mais de les aider un peu.


SUITE ET FIN de l’AFFAIRE TEILHARD (3e partie)
Communication que nous fait parvenir un prêtre

« Veuillez prendre connaissance des extraits d’une biographie du Cardinal Tisserant. Tout le clergé n’était pas hostile à Teilhard. Etienne Fouilloux, a écrit un livre : « Eugène, Cardinal Tisserant, 1884-1972 une biographie » Paris 2011, Editions Desclée de Brouwer, dans la collection « Pages d’Histoire »

Page 275 : « Au fond, le Cardinal Tisserant reste un savant qui compte sur les progrès scientifiques pour démontrer ce qui a toujours été sa conviction profonde : Il n’y a pas, il ne peut pas y avoir d’incompatibilité entre la foi et la science sur ce terrain des origines. D’où son admiration pour l’Université de Louvain qui le reçoit enfin en 1952 : ses professeurs « animés du véritable esprit de recherche scientifique […] ont toujours le désir de pousser plus avant la connaissance des sciences qu’ils enseignent » Prince de l’Eglise accablé de fonctions diverses, le Cardinal regrette visiblement de ne plus pouvoir sacrifier à cet idéal.

Voilà pourquoi il accueille favorablement Le Phénomène Humain du Père Teilhard de Chardin, qu’il n’a jamais rencontré, envoyé par Bruno de Solages (note 118) : « A le lire, l’ouvrage ne m’a pas paru si dangereux. Il m’a fourni plus d’un thème de réflexion. Et je pense qu’il y a lieu de pénétrer comme il l’a fait dans les mystères de la vie du monde matériel, si l’on veut pouvoir défendre le monde spirituel. » écrit-il au baron Blanc le 12 janvier 1956. Et il n’hésite pas à peser du poids qui lui reste, tant auprès d’adversaires déterminés du jésuite que de Jean XXIII lui-même, lorsque circulent des bruits de condamnation en 1959. Des conversations récentes avec quelques savants de réputation mondiale, comme le physicien Louis Leprince-Ringuet l’ont convaincu du mauvais effet que produirait dans le monde scientifique un acte officiel quelconque contre le Père Teilhard (voir aussi la lettre du jésuite Guy de Broglie du 17 janvier 1959) .
« J’ai eu plusieurs fois l’occasion de parler de ses idées et j’ai toujours protesté qu’il était un parfait catholique et un prêtre conscient de sa situation au milieu des hommes » écrit-il ainsi à Henri de Monfreid le 12 décembre 1963. Il ne cessera de défendre Teilhard jusqu’à sa mort, y compris contre certains de ceux qui ont écrit de lui qu’il le connaissait insuffisamment ou l’avait mal compris (lettre à Bruno de Solages, 6 mars 1967). « On peut certes « discuter certaines de ses positions », mais « il faut estimer ses conceptions géniales » (lettre à Jean Obbeliane, 29 juillet 1969)

Page 523 : « Dans votre dédicace (aux profils parallèles) vous dites que je me reconnaîtrai en Pascal en Newman, en Bergson, en Claudel, écrit-il à Jean Guitton, j’aurai bien du mal à me reconnaître dans le personnage de Claudel car je n’ai probablement rien lu de lui (voilez-vous la face !) […] quant à Heidegger, j’ai vu bien souvent son nom dans des ouvrages techniques, mais je n’ai pas touché un seul de ses livres. De Teilhard de Chardin et de Bergson, au contraire, j’ai lu passablement. »

Page 555 : « Celui-ci (le nouveau pape Jean XXIII) le consulte sur certaines questions, tandis que je prends l’initiative de lui parler de certaines autres » Confie-t-il à l’abbé Breuil le 7janvier suivant, à propos de Teilhard de Chardin, dont il se propose de plaider la cause.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Lundi 12 Décembre 2011 à 17:09 | Commentaires (0)
Tout l’échafaudage conceptuel de Teilhard est fondé sur une anthropologie, certes fascinante, séduisante et respectable, mais qu’on ne peut présenter comme une réalité universelle. Penser l’évolution comme il l’a fait constitue un progrès et un profond stimulant intellectuel. Il peut d’ailleurs se produire entre ses visions spirituelles globalisantes et nos propres émotions face au mystère de l’Homme, comme un phénomène de résonance.
C’est ce que j’ai pu ressentir.

Cependant lorsqu’il s’agit d’aborder la théologie chrétienne, il convient de faire la part de ce qui est positivement novateur et de ce qui est contestable. Le glissement du domaine de la science au domaine de la foi crée une difficulté en raison des frontières hermétiques qui interdisent tout amalgame entre le scientifique et le spirituel, et tout relativisme destructeur de la pensée vraie. On peut néanmoins convenir de l’exemplarité de l’attitude de Teilhard de Chardin et sa liberté créatrice qui a toujours maintenu une double fidélité dans les épreuves qu’il a traversées, d’une part sa foi chrétienne et son sacerdoce, et d’autre part sa rigueur scientifique.

L’œuvre de Teilhard est une rencontre entre la science et la théologie, autrement dit une quête de Sens. Beaucoup de scientifiques tentent cette aventure de réunir le comment et le pourquoi des choses, avec d’ailleurs plus ou moins de succès ; citons Stephen Hawking. Il me vient à l’idée une métaphore liée à la balistique. Lorsqu’un projectile est lancé dans une certaine direction, il décrit, comme on le sait une trajectoire appelée parabole. Or il est établi que l’ensemble infini de toutes les trajectoires possibles lorsqu’on fait varier l’angle de tir, admet une enveloppe dite parabole de sécurité. En fait chacune de ces trajectoires désigne pour moi une théorie admettant un but à atteindre dans le cadre de la Connaissance. L’enveloppe des trajectoires désignera alors la limite de nos possibilités dans la recherche du Sens de notre Univers, la césure inexorable entre le Ciel et la Terre. Pour expliquer la Réalité, il est nécessaire de ne pas seulement s’en remettre aux inventions systémiques de notre pensée rationnelle, mais aux enseignements de la Révélation contenues, comme on le sait, dans une lecture intelligente des Livres Saints. N’oublions pas cette référence biblique :

« En elle (l’espérance qui nous est offerte), nous avons comme une ancre de notre âme, sûre autant que solide, et pénétrant par delà le voile, là où est entré pour nous, en précurseur, Jésus, devenu pour l’éternité grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech ». Associer Science et Théologie, comme beaucoup le font, constitue une opération délicate ô combien ! Tout ne se réduit pas à la conservation et à la dégradation de l’énergie, d’ailleurs le terme d’énergie est-il suffisant lorsque l’on parle de la relation entre l’homme et son Créateur ? Je ne le crois pas ! Dieu se situe au-delà de nos concepts, de notre logique, de notre sensibilité et de notre langage et naturellement au-delà du modèle teilhardien.

Rencontrer Dieu c'est mourir, non pas seulement à soi-même, mais également mourir aux autres, mourir à nos représentations humaines, et mourir d'Amour pour Lui! Dans cette situation là, il conviendrait d’utiliser le mot grâce plutôt que énergie car il évoque la transcendance, tout comme on l’a dit du mot créer. Il convient d’estimer, le plus objectivement possible, ce qui est juste et ce qu’il faut relativiser dans la pensée de Teilhard. Pour ce faire, je m’appuierai sur la pensée critique du philosophe Claude Tresmontant, contemporain de Teilhard.

L’œuvre de Pierre Teilhard de Chardin est assez considérable, mais elle n’est ni métaphysique, ni théologique. Il s’agit de l’expression d’une profonde vision mystique. Ce qui intéressait Tresmontant dans l’œuvre d’un penseur, ce n’était pas seulement ses erreurs mais ses intuitions justes. On doit se rendre accueillant à toute vérité d’où qu’elle vienne, même s’il convient, pour en manifester tout l’éclat, de la débarrasser de ses propres scories. Nous avons trop tendance à être « manichéens » et à classer les choses et les êtres dans des compartiments aux contours bien définis, nous dispensant par là de raisonner.

St Thomas disait : « Quiconque veut sonder la vérité, est aidé de deux manières par les autres. Nous recevons un secours direct de ceux qui ont déjà trouvé la vérité. Si chacun des penseurs antérieurs a trouvé une parcelle de vérité, ces trouvailles, réunies en un tout, sont pour le chercheur qui vient après eux, un moyen puissant d’arriver à une connaissance plus compréhensive de la vérité. Les penseurs sont, en outre, aidés indirectement par leurs prédécesseurs en ce que les erreurs de ceux-ci fournissent aux autres l’occasion de découvrir la vérité. Rien de plus dangereux que le disciple béat ! »

La vérité est au-dessus de l’homme et il convient d’être un disciple critique, c'est-à-dire intelligent. Aucune œuvre théologique du passé n’est impeccable, exempte de faute, ni celle de St Augustin ni celle de St Thomas d’Aquin. L’apport positif de Teilhard de Chardin à la pensée humaine, est indubitable. Comme Claude Bernard avait mis à jour la nécessaire présence active d’une idée directrice dans l’organisme vivant, Teilhard aurait mis à jour l’idée directrice présidant à l’histoire de l’Univers et l’orientant donc vers sa fin et son achèvement,
ou encore son actualisation. L’originalité de Teilhard est d’avoir, alors que les scientifiques ne considèrent qu’un aspect très précis d’un domaine lui-même bien circonscrit, pris comme objet d’étude le Tout, l’Univers en son évolution historique. L’histoire de l’Univers, l’histoire de la Matière, est orientée, depuis les formes ou les compositions les plus simples, jusqu’aux organismes les plus complexes. Reprenant toutes les données scientifiques de son époque, Teilhard a vu ce dont aujourd’hui seulement on est certain, grâce aux grandes découvertes en physique et en astrophysique. L’histoire de l’Univers obéit, mû de l’intérieur par une intelligence qui le transcende, à un plan hautement élaboré et précis dans lequel rien n’est laissé au hasard. Teilhard a donné un éclairage très personnel à cette idée qui complète scientifiquement la pensée métaphysique de Bergson.

Je pense alors que les quelques livres, étudiés durant le temps qui lui fut consacré, ont largement fait le tour du sujet. Personnellement je n’ai plus rien à découvrir qui soit indispensable pour mon cheminement à travers la compréhension de l’homme.

Etant jésuite, Pierre Teilhard de Chardin ne pouvait pas ne pas se poser la question des rapports entre l’ordre de la Création et l’ordre de la Révélation, ou, si l’on veut, entre les sciences expérimentales et la théologie. Si les sciences expérimentales nous découvrent le passé et le présent de la création, elles restent incapables de la comprendre puisqu’elles ne peuvent en connaître la fin qui, étant première en intention, est toujours dernière en exécution. Seule une Révélation pourrait nous dévoiler ces intentions de l’intelligence créatrice transcendant l’histoire de l’Evolution. C’est pourquoi Teilhard, toute sa vie durant, a médité sur les relations qui existent entre le Christ et l’Univers, c'est-à-dire sur la place du Christ dans l’histoire de la Création. Le Christ est avant tout, et avant même le premier péché, le premier voulu de Dieu et pour qui tout a été créé ; il est l’achèvement de la Création, l’alpha et l’oméga de la Création. Par contre, ce qui reste très ambiguë chez Teilhard est le fait que le Christ doit être aimé comme un Monde, ou plutôt comme le Monde, c'est-à-dire comme le centre physique imposé à tout ce qui doit survivre de la Création. On est en droit d’exprimer quelques réserves à ces affirmations un peu mécanistes sans doute le fruit d’une formation scientifique, d’une vision très personnelle influencée par des modèles et aussi d’une incapacité de langage ; il faut dire que Teilhard a l’esprit tourné vers le concret. Il faut souligner que chacun voit midi à sa porte comme dit le fameux adage. Mais c’est parce que chacun a ses expériences propres que la vérité sur le monde apparaît aussi diversement interprétée.

Teilhard a certes connu des expériences de vie fort enrichissantes mais je dois insister sur le fait que j’ai moi aussi connu des expériences de vie. Mais ces dernières sont si différentes que ma pensée sur le monde et Dieu n’entre en rien dans le schéma teilhardien.


En ce qui concerne la métaphysique de Teilhard, sa doctrine de la Création n’est pas des plus orthodoxes. Il a des difficultés à exprimer correctement des rapports entre le monde et Dieu, entre la Nature et l’ordre surnaturel. Citons en particulier ses visions du mal et du péché originel. Il existe pourtant un rapport entre le Péché d’origine et la Rédemption, l’un n’allant pas sans l’autre, sous peine de renoncer à toute cohérence indispensable dans l’ordre théologique. Teilhard, dit notre philosophe Tresmontant, a une conception erronée de la
Création ! Pour Teilhard, « créer » n’est jamais qu’unifier le multiple pur…ombre éparpillée de son Unité…que de toute éternité Dieu voyait sous ses pieds. L’Eglise catholique ne reconnaît pas comme acceptable cette allégorie qui semble mettre en présence, face à face, Dieu et la Multitude. Les métaphores rappellent le mythe antique du dieu qui entre en lutte avec le chaos préexistant dans les religions babyloniennes. Teilhard verse –t-il donc dans la gnose platonicienne ? Teilhard place devant Dieu un Multiple et il a du mal à admettre l’idée d’un commencement de l’univers et de l’âme humaine. Il est significatif que Teilhard tend constamment à affirmer la préexistence de la conscience dés les origines du monde, à considérer l’esprit et la conscience comme coextensifs à l’évolution cosmique et biologique. Teilhard semble emboîter le pas à Hégel pour qui l’Absolu ne peut prendre conscience de soi qu’en s’aliénant dans la Nature et en s’opposant un non – moi issu pourtant de la substance. Ainsi Dieu n’existe qu’en s’unissant !

Certaines des idées teilhardiennes n’ont-elles pas parfois un relent de théosophie ? Créer c’est unir. Dieu est inévitablement amené à s’immerger dans la Multitude, afin de se l’incorporer. La pensée chrétienne refuse cette vision selon laquelle on associe par un lien de nécessité la Création et l’Incarnation, et on appelle Incarnation, une immersion dans le Multiple.
Dans nos perspectives modernes d’un Univers en état de Cosmogénèse, le Mal n’existe plus. En effet, le Multiple soumis au jeu des chances dans ses arrangements, ne peut absolument pas progresser vers l’unité sans engendrer du Mal ici où là, par nécessité statistique. Tresmontant rappelle que le mal n’est pas un défaut provisoire dans un arrangement progressif, mais le goût et le pouvoir de la destruction, le mensonge, les passions l’orgueil, etc
Le mal est l’œuvre de l’homme et non de la matière.
L’homme est libre dans sa nature intime, donc pleinement responsable du mal qu’il fait à l’homme, du crime contre l’homme commis dans l’humanité entière et sous toutes les latitudes.

- Questions se rapportant à mes convictions intimes et à mon rapport aux autres :

Dans tout débat constructif où chacun désire passionnément aller au fond d’une idée, la logique veut que les participants ne se limitent pas à échanger un foisonnement d’opinions abstraites à la manière des controverses politiques. Il faut aller plus loin en mettant en évidence des expériences concrètes de vie. Je ne regrette en rien nos réunions amicales et respectueuses de chacun. Mais je sens que je n’ai plus rien à dire après plusieurs mois de réflexions collectives. Je reste pour beaucoup d’abord un scientifique sensé s’exprimer avec son langage difficile parfois à comprendre. D’autre part il ne m’est plus possible de m’enfermer dans la seule dialectique teilhardienne. Alors on pourrait me poser certaines questions dont je ne récuse pas la pertinence :
Qui êtes-vous exactement ?
Pourquoi parlez-vous de la foi et de la science avec autant de vigueur et de conviction ? Êtes-vous teilhardien ? Que Que représente pour vous l’œuvre de Pierre Teilhard de Chardin ?


La première réponse que je peux faire est celle-ci : à vrai dire, il est fort délicat de parler de soi car on touche là à la profondeur et au mystère de l’homme et de son esprit, à l’indicible voire à l’incertitude sur soi-même. Comment parler de soi dans tout ce qui est apparemment bien ou moins bien et dans tout ce qui constitue les subtilités de la relation à la transcendance, relation d’amour dans tout ce qu’elle a de personnelle et de paradoxale. Il n’y a pas de place, dans ce contexte, pour la caricature, fruit des limites de notre langage et aussi des limites à placer dans l’ensemble des choses que l’on peut dévoiler aux autres. Saint Jean de la Croix parle de la « nuit des sens » et de la « nuit de l’intelligence ». En fait alors qu’on croit avoir saisi le sens, celui-ci se dérobe aussitôt. Comment les autres peuvent-ils alors comprendre nos démarches plus ou moins chaotiques alors que notre vie semble se dérouler selon leurs propres interprétations ? D’ailleurs la réponse la plus appropriée à la seule question de la foi serait sans aucun doute :
- Si je dis que j’ai la foi alors je dois me considérer comme très prétentieux !
- Mais si je dis que je ne l’ai pas alors il s’agit purement d’un mensonge !

Ce que je montre ici ne relève naturellement pas d’une logique binaire, d’une logique purement humaine et naturelle, celle du tiers exclu. Teilhard d’ailleurs semble ne pas prendre en considération que l’homme est paradoxal, car il rejette le fixisme pour ne s’appesantir que sur le phénomène évolutif.
En fait, le parcours terrestre de tout être humain comprend tour à tour des phases banales, des instants de bonheur simple et des périodes plus tragiques qui restent la propriété de la personne dans son absolu. Une expérience religieuse peut justement se construire à partir d’événements où la souffrance prend tout son sens, plutôt que d’être purement et simplement subie tant bien que mal. Il existe une sorte de frontière de nature « mystique » entre ce qui appartient à Dieu seul et ce qui appartient de droit à l’humanité. A ce titre je me permets de paraphraser un texte de l’Apocalypse :
Un mot clé dans le récit des quatre cavaliers : le mot : « sceau ».
Un homme de pouvoir imprime son sceau sur des documents officiels qui traduisent ses décisions. Il s’agit en fait d’un aspect profane du sacré qui authentifie et préserve un contrat public ou privé. A un niveau supérieur, le sceau constitue un symbole lié au secret. Le sceau marque une personne ou un objet d’une appartenance légitime. Ainsi peut-on lire dans Saint Jean :

« Travaillez, non pour la nourriture périssable,
mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle,
celle que vous donne le Fils de l’homme,
car c’est lui que le Père, que Dieu a marqué de son sceau. »

Dieu scelle ses décisions ; il met un sceau sur les étoiles, leur interdisant ainsi de se montrer (Job)…ordonne à Daniel de sceller ses visions, donc de les garder secrètes. Au contraire dans l’Apocalypse (22, 10), le voyant ne doit pas sceller les révélations qui lui ont été faites. Plus tard, le Christianisme donnera à cette notion de sceau un contenu théologique profond, associé à l’eau du baptême. En ce sens l’homme devient comme propriété du Père, et par là son âme s’élève vers un monde supérieur.
Dans l’Apocalypse, il est question de la vision d’un livre scellé de sept sceaux devant lequel un Ange proclame à haute voix :

« Qui est digne d’ouvrir le livre et d’en briser les sceaux ? »

On peut se poser la question de la nature du livre dont il s’agit naturellement. Ce que l’on pense comprendre, c’est que ce document scellé par Dieu, ne peut être ouvert que par un être revêtu de l’entière autorité divine ; il s’agit de l’Agneau donc du Christ lui-même.
Ce que je retiens de cela peut se résumer ainsi : Le monde est complexe, bien organisé et par là même passionnant. Son sens peut se discuter à l’infini et chacun a le droit de lui attribuer les caractères qui se livrent à son intelligence et à son expérience propre. Monde désenchanté ou monde ré enchanté comme certains le proclament. La science et en particulier les mathématiques m’ont aidé puissamment à découvrir des modèles de pensée emprunts d’une certaine technicité. Ayant beaucoup aimé la « mécanique rationnelle d’antan », j’ai acquis le besoin et le plaisir esthétique de « mettre un peu l’univers en équation selon mon choix et mon idée ! ». Etant croyant, cette activité de l’esprit s’est révélée aussi « contemplative » que d’autres activités spirituelles telles que la fabrication des icônes. Par contre, j’avoue que ce n’est pas la science qui m’a conduit vers le sens, mais plutôt l’inverse. C’est là que se pose alors la question de savoir ce que l’on peut livrer aux autres même si le contenu est loin d’être négligeable.

L’époux du Cantique des Cantiques (8, 6-7) dit à sa bien-aimée :

Pose-moi comme un sceau sur ton cœur,
comme un sceau sur ton bras.
Car l’amour est fort comme la Mort,
la jalousie inflexible comme le Shéol.
Ses traits sont des traits de feu,
une flamme de Yahvé.
Les grandes eaux ne pourront éteindre l’amour,
ni les fleuves le submerger.


Le sceau est manifestement un symbole d’appartenance : l’époux n’impose pas sa loi de fidélité, il invite l’épouse à graver en son cœur et sur ses bras, en traits de feu que rien ne peut éteindre, le signe de leur amour mutuel, qui les livre l’un à l’autre dans une étreinte, définitive comme la mort.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mardi 11 Octobre 2011 à 12:41 | Commentaires (1)

Editorial

Note du Président de l’Association Lyonnaise Teilhard de Chardin : La théorie de l’évolution de la matière, selon Teilhard, commence au Big-Ban, point de depart inconnu. Comment bâtir une théorie sur l’inconnu ?
La présente communication scientifique, relatée par Marcel Comby, est un essai, il en faudra d’autres et d’autres encore:



Les physiciens du monde entier s’activent actuellement autour de ce que le LARGE HADRON COLLIDER doit bientôt révéler au sujet de l’organisation de la matière au sein de l’infiniment petit. L’appareil est un anneau de 27 km, à 100m sous terre près de Genève, qui fait entrer en collision des noyaux d’hydrogène à des vitesses proches de celle de la lumière. Que recherche-t-on exactement ?
Il faut faire un bref historique de l’évolution de la physique depuis le début du siècle dernier.
En 1911, c’est le physicien Ernest Rutherford qui découvre une des propriétés fondamentales de la matière : l’existence d’un noyau à l’intérieur de l’atome, dont la charge est positive et qui concentre presque toute sa masse. Autour du noyau gravitent des électrons de charges négatives.
En 1932, Carl Anderson découvre le positon, l’anti-particule de l’électron, parmi les rayons cosmiques qui frappent la terre. Il confirme ainsi l’existence de l’anti-matière.
En 1967, des physiciens mettent en évidence, à l’aide d’accélérateurs de particules, que les protons et les neutrons, constituant le noyau atomique, sont des particules composites. Celles-ci sont les fameux quarks, plus petites briques élémentaires connues.
Durant quarante années, va s’élaborer à l’aide des mathématiques, un modèle, dit STANDARD, selon lequel la matière résulte des divers arrangements possibles de 12 particules et de 3 forces fondamentales. En physique à cette époque, on change d’univers : La philosophie du « bootstrap » marque le rejet décisif de la conception mécaniste du monde. L’univers de Newton était construit à partir d’un ensemble d’entités de base possédant certaines propriétés fondamentales, créées par Dieu et par conséquent non justiciables d’une analyse plus approfondie. Dans la nouvelle vision du monde, l’univers est conçu comme un tissu dynamique d’événements interconnectés. Tout élément participe à la cohérence du tout.
En 1982, on découvre au Cern, des particules appelées bosons W et Z qui confirme les prédictions du modèle standard, ce qui constitue une belle avancée dans la physique quantique.

Cependant la théorie du modèle standard est incomplète et imparfaite. Elle fait intervenir quantités de détails dans l’organisation des particules multiples : électron, méson, hadron, neutrino, photon, gluon, boson, quarks, etc…la force électromagnétique, la force électrofaible, la force d’interaction forte et il manque la gravitation d’importance négligeable dans le monde de l’infiniment petit. Le problème est que cette belle architecture comporte des incohérences ; tels calculs peut par exemple conduire à un résultat infini, ce qui est très gênant. On a démontré alors que la structure serait parfaitement cohérente si l’on faisait intervenir un élément supplémentaire dont on ne connaît pas encore l’existence : le boson de Higgs, encore appelé par les physiciens « la particule de Dieu » !! Il paraîtrait que si cette particule a vraiment une existence alors les physiciens seraient en possession d’une clé indiscutable pour décrire l’organisation de la matière de manière fort intéressante. La question est de faire apparaître le fameux boson car l’expérience nécessite des énergies considérables qui se comptent en milliards de milliards d’électrons-volts. Il a donc fallu construire le LHC pour une dépense de 8,9 milliards d’euros. Il est déjà tombé en panne et une réparation demande plusieurs mois ; mais il est construit pour fonctionner durant 20 ans. La technologie est fabuleusement complexe et ce qui se passe à l’intérieur dégage une chaleur fantastique telle qu’on l’imagine immédiatement après le big bang. Le nombre de physiciens travaillant au LHC est de 10.000 ; beaucoup d’excitation en ce moment sur le site car les plus optimistes annoncent une découverte sans précédent d’ici quelques mois, voire fin octobre !!! Il n’est pas exclu que la manipulation des hautes énergies ne provoque un obstacle à l’observation comme le prétendent certains physiciens ; ce qui remettrait en cause l’utilisation de l’accélérateur LHC et l’avenir de la physique de l’infiniment petit.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Vendredi 7 Octobre 2011 à 11:25 | Commentaires (0)

Editorial

Excellent, l’article de Marcel Comby sur la pensée religieuse de Darwin. Il confirme que la pensée de Teilhard de Chardin s’appuyait sur plus de vingt siècles de réflexion, notamment Aristote.
Mais les adeptes de ce qu’on appelle « la théologie naturelle », se sont succédées sans interruption, notamment au début de notre ère chrétienne avec les hermétistes qui, jusqu'à la fin de la Renaissance bravèrent les bûchers réservés aux hérétiques. Bien que les meurs n’étaient pas les mêmes à son époque, Darwin se protégea avec certaines précautions comme : « mystery of mysteries, la tentation des origines » ; il évita de mêler les notions de temps avec les mystères de la révélation. Contrairement à ce qu’écrit Marcel Comby, je pense que le fossé qui sépare Darwin de Teilhard De Chardin n’est pas si large ; en fait il n’y a que 50 ans de progrès scientifiques. Les successeurs évitent souvent les erreurs bien compréhensibles commises par leurs prédécesseurs.




Avant de traiter de ce sujet, il est nécessaire de le replacer dans un contexte historique.

La théologie naturelle
En théologie, il s'agit de la démarche qui consiste à connaître Dieu à partir de l'expérience du monde ; son but est de fonder l’affirmation rationnelle de l’existence de Dieu sur la connaissance de la nature. Elle fut fermement récusée par le philosophe Kant qui refusa toute validité à une preuve cosmologique de cette existence divine.

La religion dite naturelle apparut à l’apogée de l’Empire romain. La notion de théologie naturelle a été définie par Varron (116 – 27 av J-C) qui distinguait :
La théologie fabuleuse portant sur les mythes
La théologie politique portant sur la pratique sociale de la religion
La théologie naturelle ou physique portant sur la connaissance du monde
Le projet est de fonder l’unité religieuse de l’humanité.

La théologie biblique, accueillie par le judaïsme, reconnaissait la valeur de la démarche rationnelle de l’esprit en quête de Dieu. Cette démarche fut reprise par saint Paul influencé par la morale stoïcienne ; les païens sont reconnus coupables car ils rendent captive la vérité qui leur est révélée. Elle fut reprise également par les Pères de l’Eglise qui voient en la philosophie un moyen de préparation à l’étude des textes sacrés. L’amour de la sagesse mène à la révélation de manière continue. Le discours sur le cosmos fut intégré à la démarche qui établit rationnellement l’existence d’un Dieu unique et transcendant. Si Dieu se dit dans la Bible alors il se dit aussi dans la nature qui est pour cette raison comparée à un livre ; « Le Grand Livre de la Nature ».

La théologie médiévale fut marquée par l’œuvre de saint Thomas d’Aquin ; celui-ci développa une argumentation fondée sur le fait que si l’esprit humain n’a pas de saisie immédiate de Dieu, ni de son existence, ni de sa nature, parce que Dieu n’est pas un objet du monde, il a la capacité de passer outre les apparences et, grâce au principe de causalité, de connaître la raison d’être des choses. Ainsi de ce qui est donné sensiblement, l’esprit humain peut conclure à un principe qui n’est pas de l’ordre du sensible ; on ne peut donc pas parler de théologie naturelle qui, par la suite dans le cadre de la modernité engendrée par les sciences, procèdera d’une autre source.

La théologie naturelle de Raymond Sebond (XVe siècle) se trouve développée dans son ouvrage : « Grand livre de la nature ». L’auteur veut fonder une voie de salut universel grâce à toutes les capacités de connaissances de l’homme. Il développe deux thèmes : le premier est celui de l’homme microcosme de l’Univers entier, placé à l’articulation du sensible et du spirituel ; le second est celui de l’homme dominant le monde des êtres vivants par l’usage de la liberté ; c’est par son libres arbitre que l’homme est image de Dieu. Nous sommes en présence ici d’une véritable « science de l’homme » révélatrice de l’esprit nouveau lié aux progrès de la science et fondatrice de l’esprit de laïcité. Cependant le livre sera fortement critiqué, notamment par Montaigne qui ne voit pas de possibilité de fonder des certitudes sur les contingences d’un monde instable et limité. C’est à cette époque que s’opposent le Dieu des philosophes et le Dieu sensible au cœur. La théologie naturelle de Raymond Sebond a recueilli un grand succès dans le monde anglo-saxon, mais en revanche elle fut récusée par la tradition augustinienne, Pascal et la tradition janséniste.

La théologie naturelle de Newton et de ses héritiers, soutenue par l’Eglise d’Angleterre avec l’aval des grandes figures de la science, soutint que l’ordre est l’harmonie du cosmos renvoient rationnellement à la reconnaissance d’un principe appelé : Dieu. On reconnaît là ce qu’on appelle le déisme. Cette référence à Dieu repose sur la conviction que les arrangements, les structures et les constituants de la matière, la beauté du monde, le mouvement parfait des astres, requièrent une cause qui domine l’ensemble des phénomènes. L’Univers atteste un dessein créateur et donc une intelligence menant toute chose à sa fin. Boyle, pionnier de la chimie moderne, est une figure éminente de cette tradition ; il élabore une sorte de « physique théologique » qui se veut fondatrice de l’unité de la science et de la théologie. Pour lui la sagesse chrétienne n’est pas dogmatique, mais se situe dans la vie concrète.
Il faut noter que, tant chez Newton que chez Lamarck, la création est limitée au don de l’être fait au tout commencement du monde ; les schémas de pensée, à cette époque, ont un caractère mécaniste. Ainsi Lamarck pense que le créateur fait surgir du néant les corps qui constituent l’Univers ;il donne à la nature l’énergie suffisante pour que tout soit en mouvement de manière parfaite ; puis selon les lois de conservation de l’énergie, il dure « tant que son suprême auteur la laisse subsister.

La théologie de William Paley (1743 – 1805) ministre de l’Eglise d’Angleterre et professeur à Cambridge. Cet universitaire avait pour conviction que les hommes de science devaient être profondément religieux, car la religion incite au travail scientifique et la connaissance de la nature permet la glorification de l’intelligence divine. Il s’agit là encore d’un point de vue déiste selon lequel l’harmonie de la nature renvoie à Dieu. La philosophie de Paley se comprend en terme d’adaptation puisque cette qualité est induite par l’intelligence du créateur et par l’ordre de l’Univers ; le Créateur a su adapter au mieux les mécanisme du monde, ce qui conduit à un sentiment d’admiration voire de louange. La perfection de toutes les adaptations entrant dans le cadre d’une merveilleuse unité, témoigne, non seulement d’un dessein (design) intelligent, mais de l’existence d’un créateur. Il admet que tout n’est pas parfait, mais le mal est dû à la faute de l’homme (Gn 2 , 24).
Il faut savoir qu’au début du XIXe siècle, la théologie naturelle était très en vogue en Angleterre, ce qui avait pour conséquence de demander aux scientifiques et aux clercs de posséder des connaissances universelles. Ce point est important pour comprendre les débats actuels, car lorsque le jeune Darwin cherchait sa voie au seuil d’une carrière scientifique, il s’était orienté vers le statut de pasteur de l’Eglise d’Angleterre et était inscrit à Christ College de Cambridge Où l’on enseignait la théologie naturelle. La pensée religieuse du jeune Darwin était donc imprégnée de cette vision harmonieuse de la nature soumise à la volonté divine.

Venons-en maintenant à l’évolution de la pensée de Darwin.
Elle est étroitement liée à son itinéraire scientifique. Sa méthode : expliquer les changements du passé à la lumière des causes observables. Il a appliqué ce principe à la vie, sans renoncer à son désir de trouver des lois établies par Dieu qui manifestent son dessein dans l’harmonie d’une nature bien ordonnée. C’est dans cette perspective qu’il entreprit de trouver ce qui explique la variation des espèces. Pour ce faire, il introduisit le concept de sélection naturelle.
Cette idée était fondée sur l’expérience des éleveurs améliorant leur cheptel en privilégiant telle ou telle aptitude, mais aussi sur la reconnaissance que l’élimination des individus malades ou inadaptés constituait un bien pour l’espèce : la purifier ou même la modifier.
En 1838, Darwin commence à se référer au concept de population exprimé par Malthus ; il y découvre le fameux principe de la lutte pour l’existence ; il y voit que la sélection est due à la lutte et que celle-ci a un rôle créateur. Cette découverte de l’importance de la lutte pour survivre et perpétrer l’espèce mène Darwin à prendre de distances à l’égard de la théologie naturelle. Celle-ci reposant sur la conviction de l’harmonie naturelle, induit des questions fondamentales : peut-on conclure que Dieu utilise comme instrument la lutte pour la vie ?
Peut-on affirmer que Dieu œuvre pour le bien des vivants par des processus qui éliminent les plus faibles ? La loi de sélection naturelle qui moralement est inacceptable, peut-elle produire du meilleur à partir du moins bon ? La notion de lutte pour la survie efface donc le visage angélique de la théologie naturelle ; c’est ainsi que la pensée religieuse de Darwin en fut radicalement transformée. Ce désenchantement est assez commun chez nos contemporains avec le spectre des guerres, de la violence, des catastrophes, de la peur, du mal et de la mort.
Cette perspective n’invalide pourtant pas aux yeux de Darwin la notion de dessein divin : Dieu agit, et c’est bien ainsi, par les lois de la nature plutôt que par une intervention directe. En outre cette « guerre de la nature » n’admet-elle pas comme résultat la production des animaux supérieurs dont l’homme ? N’y a-t-il pas une véritable grandeur dans cette manière de concevoir les lois de la vie qui se révèlent ainsi dans toute leur complexité ?
Darwin, dans un de son ouvrage autobiographique, consent pourtant au déisme (p 76) : « Une autre source de conviction de l’existence de Dieu, liée à la raison et non aux sentiments, me paraît de bien plus de poids. Elle découle de la difficulté extrême, presque de l’impossibilité, à concevoir cet univers, immense et merveilleux, comprenant l’homme avec sa capacité de voir si loin dans le passé et vers l’avenir, comme le résultat d’une nécessité ou d’un hasard aveugles. Une telle considération me pousse à considérer une Cause Première ayant un esprit intelligent, analogue à un certain degré à celui de l’homme ; et je peux être qualifié de déiste ». En fait, Darwin finit par récuser totalement la théologie naturelle pour les raisons suivantes :
La question de la finalité est remise en cause « il ne semble pas qu’il y ait une plus grande finalité dans la variabilité des êtres organiques ou dans l’action de la sélection naturelle que dans la direction où souffle le vent » (Autobiographie p 83)
La question de la souffrance dans le monde ; la présence de celle-ci s’explique par la loi de sélection naturelle et ne peut déboucher sur l’admiration romantique de la beauté du monde. On reconnaît ici une tendance de l’esprit très actuelle. En outre Darwin perdit une de ses filles âgée de 10 ans, ce qui lui fit dire qu’un Dieu bon ne pouvait lui apporter, par la mort, un destin si cruel.
La question de l’origine du phénomène religieux qui n’est, en fait, que le fruit de l’éducation : comment l’esprit de l’homme développé à partir d’un être aussi frustre que celui de l’animal le plus inférieur, mérite-t-il confiance lorsqu’il tire des conclusions aussi lourdes de sens que la reconnaissance d’un Dieu ?
Cet agnosticisme, bien présent d’ailleurs dans notre monde, n’empêche nullement Darwin de rester attaché à une vision chrétienne de l’homme : les valeurs morales dans l’humanité sont réelles et les lois de l’évolution en fondent les exigences. Darwin récuse l’esclavage. Cette position morale se trouve conforme à l’esprit des Lumières car elle rejette la prétention du christianisme à avoir le monopole du salut en condamnant les non chrétiens à des peines éternelles. La pensée religieuse de Darwin est un refus clair et motivé de la théologie naturelle de Paley, mais son attitude éthique reste dans la tradition chrétienne. Certes son épouse Emma aura une certaine influence sur lui si bien que son ouverture sur la transcendance est marquée surtout par une profonde humanité. En outre il convient de constater que Darwin ne mélange pas les genres ; ses confidences sur son évolution religieuse ne paraissent que dans son autobiographie et non dans son œuvre spécifiquement scientifique. Darwin est tout à fait une figure de la conscience moderne confrontée à des questions clés de la condition humaine : sens de la vie, rôle de la souffrance et de la mort.

En ce qui concerne le rapport entre création et évolution et le problème des origines, l’interprétation des observations repose sur certains critères bien définis : station debout, volume de la cavité crânienne, outils, art, etc. Selon que l’on choisisse tel ou tel critère, la réponse est différente. Le scientifique se trouve donc confronté à des interrogations philosophiques : qu’est-ce qui est propre à l’homme par exemple ? Or dans ce choix qui permet de déterminer le facteur décisif pour affirmer qu’il y a commencement ou non, Darwin était bien conscient de cette difficulté. Darwin, dans un esprit de prudence, prend donc ses distances avec un récit qui ferait de son propos un mythe de création ; il se contente de l’observation d’un naturaliste. Dans ses recherches, il a explicitement exclu les questions d’origine et de commencement et il expose les interprétations de ce silence dans un chapitre intitulé : « Mystery of mysteries : la tentation de l’origine ». Cette question de l’origine radicale est volontairement laissée dans l’ombre, puisque spécifiquement métaphysique !
A propos de l’idée d’accomplissement évoquée dans la notion de création continue, voici les dernières lignes écrites par Darwin dans son ouvrage L’Origine des espèces :
« Les formes (…), si différentes les unes des autres et qui dépendent les unes des autres de manière si complexe, ont toutes été produites par des lois agissant autour de nous. Ces lois prises dans leur sens le plus général sont la Croissance accompagnée de la Reproduction ; l’Hérédité, qui est presque impliquée par la reproduction ; la Variabilité issue de l’action indirecte et directe des conditions de vie, ainsi que de l’usage ou du défaut d’usage ; un Taux d’Accroissement si élevé qu’il conduit à une Lutte pour la Vie, et par conséquent à la Sélection Naturelle, qui entraîne la Divergence de Caractère et l’Extinction directe et indirecte des formes les moins améliorées. Ainsi c’est de la guerre de la nature, de la famine et de la mort que procède directement l’objet le plus sublime que nous soyons capables de concevoir, c'est-à-dire la production des animaux supérieurs ».

En ce qui concerne la notion de finalité, elle fait partie du débat scientifique avec la notion d’orthogenèse. Ainsi Bergson assume l’orthogenèse dans le concept d’élan vital. De même Teilhard de Chardin a fondé sa vision du développement de la vie sur ce qu’il a appelé : « loi de complexité conscience «, mise au service d’une vision du cours de la vie dominée par la notion chrétienne de personne. Le rejet de l’orthogenèse participe à une philosophie de la nature qui refuse toute vision d’ensemble des phénomènes, car la théorie de l’évolution ne donne pas à voir des lignes droites, mais des buissons, ou plutôt un corail. Nous en arrivons à Darwin qui a écrit : « Le Corail de la vie », pour dire que de Darwin à Teilhard il existe un fossé incommensurable !



Charles Darwin (1809-82)
Darwin is the first of the evolutionary biologists, the originator of the concept of natural selection. His principal works, The Origin of Species by Means of Natural Selection (1859) and The Descent of Man (1871) marked a new epoch. His works were violently attacked and energetically defended, then; and, it seems, yet today.
Charles Robert Darwin was born at Shrewsbury. His father was a doctor and his mother was the daughter of Josiah Wedgwood. Darwin first studied medicine at Edinburgh. Will as they might, it soon became clear to the family, and particularly to young Charles, that he was not cut out for a medical career; he was transferred to Cambridge (Christ's Church, 1828), there to train for the ministry. While at Cambridge, Darwin befriended a biology professor (John Stevens Henslow, 1796-1861) and his interest in zoology and geography grew. Eventually, Darwin came under the eye of a geology professor, Adam Sedgwick (1785-1873). Just after a field trip to Wales with Sedgwick -- during which Darwin was to learn much from "Sedgewick's on-the-spot tutorials" and was to develop "intellectual muscle as he burnt off the flab"1 -- he was to learn, that, through the efforts of Professor Henslow, that he had secured an invitation to go aboard the Beagle, which, apparently, was being outfitted by the admiralty for an extended voyage to the south seas. In a letter, Henslow was to advise that "you are the very man they are in search of." Desmond and Moore were to write: "The admirals were scouting out someone to accompany Capt. Robert FitzRoy on his two-year survey of coastal South America. FitzRoy, only twenty-six himself, wanted a young companion, a well-bred 'gentlemen' who could relieve the isolation of command, someone to share the captain's table. Better still if he were a naturalist, for there would be unprecedented opportunities. The ship was equipped for 'scientific purposes' and a 'man of zeal & spirit' could do wonders, Henslow enthused. Charles might not be a 'finished naturalist,' but 'taking plenty of Books' would help, and he was the obvious choice."2
Needless to say, though there was some anxious moments, Darwin was accepted by those responsible for the voyage. The plans for the cruise of the Beagle were extended, in that it was to take place over the best part of five years (1831-36) and was to take in the southern islands, the South American coast and Australia. While aboard the vessel, Darwin served as a geologist, botanist, zoologist, and general man of science. It was rare to have aboard a sailing vessel of the early 19th century a person who could read and write, let alone one, such as Darwin, who could appreciate the necessity of applying scientific principles to the business of gathering data and carrying out research on it. I am sure that the telling of Darwin's travels and observations, while aboard the Beagle, would be an interesting topic in itself, but for my purposes here, I need only say, that Darwin gained an experience which would prove to be a substantial foundation for his life's work; the almost immediate result was the publication of his findings in 1840, Zoology of the Beagle.
"When on board H.M.S. Beagle as naturalist, I was much struck with certain facts in the distribution of the organic beings inhabiting South America, and in the geological relations of the present to the past inhabitants of that continent. These facts, as will be seen in the latter chapters of this volume, seemed to throw some light on the origin of species- that mystery of mysteries, as it has been called by one of our greatest philosophers. On my return home, it occurred to me, in 1837, that something might perhaps be made out on this question by patiently accumulating and reflecting on all sorts of facts which could possibly have any bearing on it. After five years' work I allowed myself to speculate on the subject, and drew up some short notes; these I enlarged in 1844 into a sketch of the conclusions, which then seemed to me probable: from that period to the present day I have steadily pursued the same object. I hope that I may be excused for entering on these personal details, as I give them to show that I have not been hasty in coming to a decision." (Darwin's opening paragraph to The Origin of Species, 1859.)
It was likely Darwin's reading of Adam Smith which led Darwin to his decisive breakthrough.3 ("Adam Smith was the last of the moralists and the first of the economists, so Darwin was the last of the economists and the first of the biologists.") Darwin read not only about those "laws" that govern the accumulation of wealth, but also those "laws" which lead to being poor. In regards to these poor "laws," Darwin read Malthus' Essay on Population:
"In October 1838, that is fifteen months after I had begun my systematic enquiry, I happened to read for amusement Malthus' Population, and being well prepared to appreciate the struggle for existence [a phrase used by Malthus] which everywhere goes on from long-continued observation of animals and plants, it at once struck me that under these circumstances favourable variations would tend to be preserved and unfavourable ones to be destroyed. The result of this would be a new species. Here then I had at last got hold of a theory by which to work."4
Personally speaking, Darwin, directly on account of his early adventures (with his evidence and his conclusions: zoological, botanical, geological and paleontological), could no longer subscribe to the teachings of Genesis, viz., that every species had been created whole and have come through the ages unchanged.5 All the evidence supports (and none exists that disproves) the proposition that life on earth has evolved; life started out slow and small, and our current state of existence is as a result of some process working upon natural materials throughout a period that consists of millions and millions of years. The question for Darwin is what is this process, a question which, for twenty years, Darwin worked on. He considered his own personal experiences which were considerable and the data that he had gathered. He read and read widely; he abstracted the learned journals; he talked to breeders of domesticated animals. And only after years of work did Darwin feel himself ready to express himself. More years were to pass, during which he gathered more and more evidence, when, in 1859, Darwin came out with his scholarly presentation, The Origin of Species.6
In 1859, Darwin's shattering work, The Origin of Species, came out ("a sell out in one day"); it is now recognized as a leading work in natural philosophy and in the history of mankind. Simply stated, Darwin's theory is that things, and, in particular, life, evolves by a process which Darwin called "natural selection." "Currently we accept the general idea that biological development can be explained by mutations in combination with natural selection. In its essential parts, therefore, Darwin's theory of development has been accepted. In Darwin's time mutations were not known about; their discovery has led to extensive modifications of his theory, but it has also eliminated the most important objections to it. ...
We are beginning to see that the awesome wonder of the evolution from amoeba to man - for it is without a doubt an awesome wonder - was not the result of a mighty word from a creator, but of a combination of small, apparently insignificant processes. The structural change occurring in a molecule within a chromosome, the result of a struggle over food between two animals, the reproduction and feeding of young - such are the simple elements that together, in the course of millions of years, created the great wonder. This is nothing separate from ordinary life. The wonder is in our everyday world, if only we have the ability to see it."7 (Alfvén's Atom, Man, and the Universe.)
Darwin's "evolutionary and comprehensive vision" is a monistic one, it shows that our universe is a "unitary and continuous process," there does not exist a "dualistic split," and that all phenomena are natural. Darwin's idea, it is written,
"is the most powerful and the most comprehensive idea that has ever arisen on earth. It helps us understand our origins ... We are part of a total process, made of the same matter and operating by the same energy as the rest of the cosmos, maintaining and reproducing by the same type of mechanism as the rest of life ..."8 (Sir Julian Huxley.)
The theory of evolution is no longer just a theory; an overwhelming amount evidence has accumulated since Darwin. Darwin's theory has never been successfully refuted. Darwin discovered a law just as surely as Copernicus, Galileo and Newton discovered laws: natural laws. Just as the earth is in orbit and has come to be and is depended on the force of gravity, a natural law; so life has come into being and exists and is depended on the force of natural selection. One need not necessarily understand the why or the how of it, but a natural law such as gravitation or selection nonetheless exists, whether a particular puny human being, or group of them believe it or not.
The theory as presented in Darwin's The Origin of Species, I should say, was not new to the world and it cannot be attributed to Darwin. The theory, contrary to popular belief has been around since Aristotle and Lucretius. Darwin's contribution is that he gathered indisputable evidence, and he SET forth a theory on how evolution works, the theory of natural selection. Darwin: "It may be said that natural selection is daily and hourly scrutinising, throughout the world, every variation, even the slightest; rejecting that which is bad, preserving and adding up all that is good; silently and insensibly working, whenever and wherever opportunity offers, at the improvement of each organic being in relation to its organic and inorganic conditions of life. We see nothing of these slow changes in progress, until the hand of time has marked the long lapses of ages, and then so imperfect is our view into long past geological ages, that we only see that the forms of life are now different from what they formerly were."9
We will let Julian Huxley sum up Darwin's place in the history of science:
"Darwin's work ... put the world of life into the domain of natural law. It was no longer necessary or possible to imagine that every kind of animal or plant had been specially created, nor that the beautiful and ingenious devices by which they get their food or escape their enemies have been thought out by some supernatural power, or that there is any conscious purpose behind the evolutionary process. If the idea of natural selection holds good, then animals and plants and man himself have become what they are by natural causes, as blind and automatic as those which go to mould the shape of a mountain, or make the earth and the other planets move in ellipses round the sun. The blind struggle for existence, the blind process of heredity, automatically result in the selection of the best adapted types, and a steady evolution of the stock in the direction of progress...
Darwin's work has enabled us to see the position of man and of our present civilization in a truer light. Man is not a finished product incapable of further progress. He has a long history behind him, and it is a history not of a fall, but of an ascent. And he has the possibility of further progressive evolution before him. Further, in the light of evolution we learn to be more patient. The few thousand years of recorded history are nothing compared to the million years during which man has been on earth, and the thousand million years of life's progress. And we can afford to be patient when the astronomers assure us of at least another thousand million years ahead of us in which to carry evolution onwards to new heights."

Bibliographie
Qu’est-ce que la théologie naturelle? Paul Clavier (poche)
Création par Evolution Jean-Michel Maldamé (le Cerf)
La Genèse et la Préhistoire J. B. Cornelius (Ed Lanore)
The Scientists Charles Darwin Web
Programme Homme Pierre Rabichong (PUF)
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Vendredi 16 Septembre 2011 à 13:20 | Commentaires (0)

Editorial

Edito. de JP Frésafond

Mardi 13 Septembre 2011

En mars 2009, j'avais présenté cette conférence . J'ai pensé que son contenu pourrait être utile à nos nouveaux membres




Pour les personnes qui ne connaissent pas TEILHARD DE CHARDIN, voici un résumé de sa vie :

-Il est né en 1881 dans une famille aristocrate et chrétienne d’Auvergne. Cette empreinte familiale l’a profondément marqué, il restera fidèle à sa religion et à son serment malgré l’évolution de ses convictions induite par ses recherches scientifiques.

-Il fit de brillantes études secondaires et supérieures chez les Jésuites et sous leur contrôle direct ou indirect.

-Enfant, il était fasciné par le fer qui représentait pour lui ce qu’il y a de plus solide et de plus inaltérable. Il collectionnait des morceaux de charrues dans une cache secrète. Mais un jour il s’aperçut que le fer s’oxydait…déçu, collectionna les minéraux qu’il imaginait indestructibles. Là encore il fut déçu car les minéraux se dégradaient aussi… Alors, il se passionna pour l’énergie. Tout jeune, et devenu étudiant, il eut l’intuition que la matière se résolvait dans l’énergie. J’insiste sur ce point : pour bien comprendre la pensée de TEILHARD il faut se référer à l’énergie, à l’espace/temps et à l’évolution.

-En 1911 il fut ordonné prêtre.

-En 1912 il fut reçu par le professeur de paléontologie Marcellin BOULE, au Musée d’Histoire Naturelle de Paris où il resta pour continuer ses études jusqu’en 1915.

-De 1915 à 1918 il fut simple soldat, puis caporal, dans l’Armée Française et remplit de manière héroïque des fonctions de brancardier sur le front (Chemin des Dames, Verdun, Ypres, etc …) Il refusa d’être officier, ce qui lui aurait permis d’être aumônier à l’arrière du front. Il fut titulaire de la médaille militaire de la Croix de Guerre, et de la Légion d’Honneur.
Durant cette période de sa vie on vit évoluer ses conceptions sur le sens de la vie et de la condition humaine.

-De 1918 à 1920 il passa à la Sorbonne des certificats de zoologie, géologie, puis un doctorat de paléontologie. Dans le même temps, il fut chargé de cours à l’Institut Catholique de Paris et travailla au Museum d’Histoire Naturelle dans le laboratoire de paléontologie.

-En 1923 il cessa malgré lui sa carrière d’enseignant sur ordre des autorités catholiques qui jugèrent trop avancées ses théories sur l’évolution et la philosophie qui en découlait. Nous reviendrons ultérieurement sur ce point qui orienta toute sa vie.

-De 1923 à 1946, il travailla en Chine, hormis pendant les expéditions auxquelles il participa dans le monde entier.
En Chine, à Pekin, il dirigea un Institut National de Paléontologie que les autorités chinoises avaient commandé aux Jésuites. Dans ce pays, il acquit une notoriété qui dépassait largement sa spécialité et ses fonctions, notamment par ses relations avec le monde communiste.

En 1931, avec l’Abbé Breuil et une équipe de savants, il découvrit le synanthrope de Choukoutien (l’Homme de Pékin) âgé de 3 millions d’années.
-En 1940 il créa, avec le professeur Pierre LEROY, la revue « International-Geobiologia » d’intérêt mondial pour la paléontologie.

-En 1946 il noua des relations étroites avec l’anglais Sir JulianHuxley, biologiste, généticien, évolutionniste et directeur du moment de l’UNESCO. C’est à cette époque qu’il acheva l’écriture de son livre « LE PHENOMENE HUMAIN » qui fut interdit 3 fois de suite.
En 1948 il sollicita à nouveau auprès du Père Général des Jésuites l’autorisation de publier ce livre, ainsi que l’autorisation d’accepter la chaire qu’on lui proposait au Collège de France. Les 2 requêtes furent refusées.

-En 1950 il est élu à l’INSTITUT (académie des sciences).

-En 1951, se sachant très malade, et pour que son œuvre ne sombre pas dans l’oubli, il légua l’ensemble de ses droits moraux à sa secrétaire, Melle Mortier. Après sa mort à New-York en 1955, suite à un infarctus, Melle Mortier créa la FONDATION TEILHARD DE CHARDIN et constitua un comité scientifique réunissant les plus hautes autorités mondiales de l’époque qui présida à la publication du PHENOMENE HUMAIN, puis à celle de toute son œuvre, laquelle représente une vingtaine de livres dont la plupart sont des compilations de conférences, d’articles et des lettres de voyages.

Du PHENOMENE HUMAIN on pourrait dire que c’est un traité d’histoire naturelle dans lequel TEILHARD DE CHARDIN laisse entrevoir sa pensée métaphysique. Il faut le lire en premier. La suite logique est, selon moi, L’ACTIVATION DE L’ENERGIE dans lequel est développe le concept de « dedans des choses » ainsi que sa théorie de complexité/centréité/conscience.

Voici un résumé succinct du Phénomène Humain :

-Existence d’un Principe, hors espace/temps, antérieur à la création de l’univers.

-Création de l’univers dans l’espace/temps par ce Principe qui est consubstantiel à l’énergie de la matière. Ce Principe peut se définir ainsi : Energie et information de toutes choses.

-Evolution de la matière sous l’influence de ce même Principe dont l’action est perceptible à tous les paliers de cette évolution.

La loi récurrente de ce Principe est celle de la complexification et de la centréité. Elle place entre les 2 abîmes de l’infiniment grand et de l’infiniment petit un concept grâce auquel l’Homme peut se retrouver, celui de l’infiniment complexe qui va de paire avec le concept de centréité.

-Grâce à l’extrêmement complexe : apparition de la vie.
-Le palier suivant est l’infinie complexité qui conduit au pas de la réflexion et à l’apparition de la conscience. L’Homme’ est arrivé …

-Avec l’apparition de l’Homme, la biosphère qui entoure la planète est recouverte d’une sphère de pensée (noosphère).

-En vertu du principe récurrent tout au long de l’évolution de la centréité/convergente, hypothèse de l’atomisme de l’esprit, dans cette image les atomes d’esprit, constitués par chaque être pensant, convergent avant et après la mort physique vers un point qui attire toutes les énergies : Le Point Omega queTeilhard présente tour à tour comme Point Omega Créateur, Point Omega Evoluteur, Point Omega Attracteur.

Il est important de signaler que dans l’introduction du PHENOMENE HUMAIN Teilhard précise, et je le site : Ce livre n’est pas un essai métaphysique ou théologique, mais un mémoire scientifique, rien que scientifique (…) et c’est dans cet esprit qu’il remplace le mot Dieu par la formule Point Omega ; Peut-être en cela inspiré par la parole évangélique : Je suis l’Alpha et l’Omega

Avec cet ouvrage, Teilhard s’adresse à la multitude des non croyants qui cherchent une voie.

L’ACTIVATION DE L’ENERGIE vise le même public pour lui donner le goût de vivre en lui communiquant sa passion pour l’énergie de la matière, moteur de l’évolution.

Voici les conseils qu’il a donné lui-même pour comprendre sa pensée :
« Par avantage, autant que par nécessité, c’est donc à l’Homme qu’il faut ramener toute science. Si vraiment voir c’est être plus, regardons l’Homme et nous vivrons davantage. Depuis des dizaines de siècles, l’Homme ne regarde que lui. Et pourtant c’est à peine s’il commence à prendre une vue scientifique de sa signification dans la physique du monde. Ne nous étonnons pas de cette lenteur dans l’éveil. A l’Homme pour découvrir l’Homme, toute une série de sens était nécessaire, dont l’acquisition graduelle couvre et scande l’histoire même de l’esprit.
1. Sens de l’immensité spatiale dans la grandeur et la petitesse.
2. Sens de la profondeur, repoussant le long de séries illimitées, sur des distances temporelles démesurées, des évènements qu’une sorte de pesanteur tend à resserrer pour nous dans la mince feuille du passé.
3. Sens du Nombre, découvrant la multitude affolante d’éléments engagés dans la moindre transformation de l’univers.
4. Sens de la proportion réalisant la différence d’échelle physique qui sépare dans les dimensions et dans les rythmes, l’atome et la galaxie.
5. Sens de la qualité ou de la nouveauté, parvenant sans briser l’unité physique du monde à distinguer des paliers de perfection et de croissance.
6. Sens du mouvement capable de percevoir les développements irrésistibles cachés dans les très grandes lenteurs.
7. Sens de « l’organique » découvrant les liaisons physiques et l’unité structurelle de l’univers.

Faute de ces qualités, l’Homme restera pour nous, quoiqu’on fasse, ce qu’il est encore pour tant d’intelligence : objet erratique dans un monde disjoint »

Sur la base d’une idée inspirée par Aristote, Teilhard pense qu’il existe un dedans des choses. Il a construit une théorie nommée principe d’émergence qu’il exprime ainsi :
« Tout au long de l’évolution de la matière, rien ne saurait éclater au grand jour qui ne soit déjà obscurément présent depuis le commencement. »

Autrement dit, cette conscience qui se manifeste au niveau de l’Homme est déjà présente très discrètement dans les phases antérieures de l’évolution sous des états de plus en plus diffus au fur et à mesure que l’on remonte en direction des particules élémentaires. Il s’agit d’un « programme » consubstantiel à l’énergie de la matière, dans lequel est inscrit tout le développement de la matière, jusqu’à l’Homme, et peut-être au-delà.

Nous venons d’évoquer l’hypothèse de Teilhard sur le développement en trois phases de l’univers : création, évolution et attraction par Omega.
A la même époque que Teilhard jusqu’à nos jours, les physiciens ont construit des figures mathématiques qui ressemblent à l’hypothèse ci-dessus évoquée et qui, elles aussi, se développe en 3 phases. Mais tout d’abord voici deux explications qui aideront à comprendre la suite et sur lesquelles nous devons nous mettre d’accord.

1. Le cône : les physiciens et Teilhard ont utilisé l’image du cône sur laquelle tous les points sont identiques sauf qu’ à l’approche du sommet, si l’on monte d’un cran, on se trouve sur un point qui n’a plus ni surface ni existence réelle nommé point de singularité. Teilhard a utilisé cette figure pour représenter le passage de la matière à l’esprit, à la fin des temps. Les physiciens, eux, l’ont utilisée pour représenter les débuts des temps, c'est-à-dire, le passage de l’esprit à la matière ; deux transformations symétriques et logiquement complémentaires.

2. L’entropie : cette notion est décrite différemment selon les contextes dans lesquels elle est utilisée mais, en ce qui concerne les hypothèses de Teilhard et des physiciens, la même acception est utilisée, à savoir : l’entropie définit une proportion d’incertitude ou de probabilité. L’entropie est dite maximale lorsque la matière tend vers ses états les plus probables, les plus stables, les plus homogènes et les moins chargés en informations. L’entropie est dite minimale lorsque la matière tend vers des états incertains, improbables, peu stables, hétérogènes et très chargés en informations. On peut remplacer le terme entropie minimale par le mot néguentropie.

Voici donc maintenant l’hypothèse des physiciens (symétrique à celle de Teilhard) qui elle aussi se développe en trois phases :

1) Pendant toute la période qui précède le moment zéro et avant le moment un (le big bang) l’entropie est nulle car l’information est infinie. Energie et information ne font qu’un, nous somme dans le point de singularité qui précède la phase spatio temporelle.

2) A partir du moment un, l’énergie se dégage de l’information. L’énergie est au maximum de sa puissance ; l’entropie est maximale car l’information, elle, est diluée à l’extrême dans l’univers de matière qui vient de naître. Mais avec l’évolution de l’univers qui suit le moment un, l’information tend à se concentrer progressivement, l’entropie diminue (l’univers se complexifie et se centre).

3) Vers la fin de l’univers, quand le dernier atome de matière aura disparu (phénomène hautement probable dans 10 puissance 1 milliard d’années), l’information qui tendait vers cet état depuis le moment un redeviendra infinie (entropie nulle) et retour à la phase un, sauf que, peut-être, le quantum d’informations aura probablement augmenté, si non, à quoi aurait servi la divine manip, par laquelle le Créateur a pris des risques énormes…

Selon les physiciens et Teilhard, l’univers est un système destiné à transformer de l’énergie en information…

Les religions emploient les mots Dieu, Créateur, Eternel ; les Franc Maçons utilisent l’expression Grand Architecte de l’Univers ; les physiciens, eux, se servent indifféremment des expressions Point de singularité, Information, Espace-temps, Etre Algébrique.
Ces différents vocables désignent la même inconnue inconcevable qui nous obsède. Pourtant, ce qui est certain, c’est que les hypothèses de Teilhard et des physiciens tendent vers le même but : donner un sens à l’univers, donner un sens à la vie.

Je reviens au point de singularité dans lequel est contenu tout le programme univers. Voici une image qui aidera à comprendre ce concept : prenons un film enregistré sur un DVD et mettons le lecteur en action. De la première à la dernière seconde toute l’histoire défile sur l’écran. Lorsque le film est terminé, on range le DVD dans son étui et il ne se passe plus rien, pourtant, toute l’histoire est virtuellement contenue dans le DVD… espace temps imaginaire.

Le postulat sorti du génie de Teilhard : celui du principe de complexité dont j’ai déjà parlé, extirpe l’homme de son angoisse existentielle provoquée par sa position entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Un troisième infini vient se placer entre les deux : l’infiniment complexe qui est, lui, à la mesure de la conscience humaine, puisqu’il s’agit de nous-mêmes, nous le comprenons et nous le mesurons.

Pourquoi cette importance de l’infiniment complexe ? Parce qu’il induit le principe de
Complexité-centréité-conscience . Le principe de centréité suggère un centre d’organisation, qui infère la conscience. Le concept de centre est universel et il existe concrètement dans la nature, par exemple : l’atome est centré par le noyau ; les systèmes solaires le sont par un astre-père ; la cellule est centrée autour de son noyau ; l’être vivant l’est autour de son cerveau ; les sociétés le sont autour de leurs rois et chefs d’état, etc …

Depuis son commencement, l’univers a vu sa température décroître. Ce déclin de température permit aux particules élémentaires de s’organiser en atomes, des plus simples aux plus complexes, des moins denses aux plus denses. Ensuite, la substance de l’univers s’est organisée en molécules, des plus simples aux plus complexes ; une complexité inimaginable puisque les molécules de protéines peuvent être composées de quelques milliers à quelques centaines de milliers d’atomes. C’est d’ailleurs grâce à cette complexité que l’évolution est passée du monde minéral au monde organique, franchissant ainsi le pas de la vie. Par la suite, il a fallu que chaque catégorie de molécules trouve un arrangement avec les autres. Imaginons le degré de complexité que cela suppose pour que l’organisme d’un animal fonctionne ! Le concept de complexité est capital dans notre raisonnement : lorsque la complexité augmente, l’évolution gravit un palier d’organisation supplémentaire. Cette coïncidence n’est pas un hasard et ce d’autant moins que l’évolution va dans le sens de plus de qualité et moins de quantité. Il y a plus d’informations dans une souris que dans une montagne de granite.

Selon Teilhard, il est très peu probable que sur terre apparaisse une nouvelle forme humaine, exception faite de « détails » liés à la pression du milieu, la morphologie humaine évoluera peu. Le cerveau humain lui-même n’évoluera que très peu dans sa morphologie apparente en vertu de raisons scientifiquement vérifiées selon lesquelles il y a un âge précis pour chacune des évolutions successives de notre planète ; tout comme il y a un âge pour que le petit de l’Homme apprenne à parler, la terre a eu un âge pour qu’apparaissent de nouveaux phyla, et ce temps est révolu. Maintenant, le cerveau humain va évoluer par complexification neuronale.

La biosphère de notre planète, qui est encore très jeune, va évoluer différemment et ceci est particulièrement sensible dans l’espèce humaine. Ce n’est pas par la modification du volume de son cerveau que l’évolution de l’homme se produira, mais par une meilleure utilisation de celui-ci. Il n’est donc plus question de forme physique nouvelle, mais de développement du quantum d’énergie spirituelle que la matière totale est potentiellement en mesure de produire.

Corollaire : tandis que l’énergie atomique de la planète va décroître au cours des prochains milliards d’années, l’énergie spirituelle, pour croître, devra s’organiser, s’unifier. Sous la pression ambiante des société humaines qui sera grandissante, les cerveaux humains tous ensemble devront augmenter leur capacité de stockage d’information et créer des circuits de réactions pour développer jusqu’à l’infini la sphère spirituelle de la planète et tendre vers l’hypothétique point de convergence de toutes les énergies, ce foyer d’attirance est nommé Point Omega, Suprême Centre s’il en est …

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Je vais maintenant expliquer pourquoi le Vatican avait mis Teilhard hors des circuits de l’enseignement. Les Jésuites avaient joué très finement en le missionnant en Chine pour lui éviter la mise à l’index. A mon avis, c’est une chance pour l’humanité que cette « punition » lui fut infligée. Sans elle, il aurait peut-être évolué autrement et son message eut été différent. Cependant, je peux comprendre l’allergie de certains chrétiens à l’égard de la pensée de Teilhard.
L’interdiction pesant sur Teilhard a été confirmée et promulguée par le monitum du Saint-Office en 1962 qui est clair et sans appel. Il se résume ainsi : interdiction aux ecclésiastiques de tous grades de diffuser la pensée de Teilhard qui porte atteinte à la doctrine chrétienne.

J’ai extrait ce passage de son livre LE CŒUR DE LA MATIERE (p. 90) écrit en 1919 qui décrit son attirance pour la théorie des monades de Leibniz. Ce fut la goutte qui fit déborder le vase … et motiva l’interdiction du Saint Office en 1923.

« Je te bénis, Matière, et je te salue, non pas telle que te découvrent, réduite ou défigurée, les pontifes de la science et les prédicateurs de la vertu, un ramassis, disent-ils, de forces brutales ou de bas appétits, mais telle que tu m’apparais aujourd’hui, dans ta totalité et ta vérité.

Je te salue, universelle puissance de rapprochement et d’union par où se relient les monades et en qui elles convergent toutes sur la route de l’esprit.

Je te salue, somme harmonieuse des âmes, cristal limpide dont est tirée la Jerusalem nouvelle.

Je te salue, Milieu divin, chargé de puissance créatrice, océan agité par l’esprit, argile pétri et animé par le Verbe Incarné. »

Désormais, on comprend le rapprochement possible de la pensée de Teilhard avec celle de son contemporain Bergson, à propos de laquelle d’ailleurs il avait émis des réserves. Le panthéisme de Bergson, disait Teilhard, est un panthéisme de dispersion, comme celui des religions hindoues et bouddhistes. Teilhard précisait qu’on pouvait rapprocher sa pensée d’un panthéisme de convergence ; ce qui cadre tout à fait avec sa théorie du Point Omega.

Il existe un autre facteur déclenchant de sa mise à l’écart, c’est son avis (que lui avait demandé un pseudo ami) sur le péché ou la chute originelle.
Y a-t-il seulement un haut ou un bas dans l’univers disait Teilhard ? Dans l’évolution, selon lui, on ne discerne pas de « chute », le processus de la manifestation ne fait que passer par la phase matière : il s’agit d’un passage suivi d’une montée en puissance du dedans des choses. Selon lui, le concept de péché originel est un repoussoir pour les humains qui cherchent un sens à l’univers. D’ailleurs, n’écrivait-il pas en 1922 à son meilleur ami chez les Jésuites, le Père Valensin : « Je suis chaque jour plus convaincu par expérience que notre représentation catéchétique de la chute barre la route à un large courant religieux qui ne demanderait qu’à s’engouffrer dans le Christianisme, mais qui s’en détourne parce que, pour y entrer, il faut , semble t-il laisser à la porte tout ce que les derniers efforts de la pensée humaine ont conquis de plus précieux et de plus vaste. »

Voici les raisons pour lesquelles je pense que l’Eglise est persuadée que la pensée de Teilhard
met en danger le dogme catholique de la rédemption. Je simplifie, mais c’est mon interprétation : s’il n’y a pas de péché originel, il n’est nul besoin d’un rédempteur pour effacer une faute qui n’a pas existé. Tout le dogme chrétien est construit sur l’arrivée du Messie, Jésus, Fils de Dieu qui, pour nous sauver, est mort sur la croix. Pour contrer cette attaque, Teilhard a repris à sa manière cette parole du Christ « Vous êtes tous des Elohimes » (des dieux) en réactualisant le concept du Christ universel, Centre organique conceptuel de tout l’univers. Dieu se constitue « Christ » en s’incarnant « homme-dieu ». Ainsi il centre sa création, surnaturalise l’Homme, lequel, par sa nature pensante et aimante, divinise l’univers tout entier.
Selon Teilhard, le phénomène christique est un évènement à haute probabilité qui sauve l’humanité du néant. A la fin probable de la matière tangible, l’Esprit survivra, enfin libéré

Ce que l’on peut dire c’est que Teilhard représentait deux pensées en apparence opposées, qui faisaient de lui un personnage à deux visages ou à deux stratifications plus exactement : celle de ses racines familiales très catholiques, et celle du scientifique philosophe. D’ailleurs il s’en ouvrit encore à son ami, le Père Valensin en lui écrivant à peu près ceci : « Comment le gosse que j’étais à 18 ans et qui s’était engagé dans la prêtrise, aurait pu concevoir ce que serait sa pensée après cinquante années de recherche scientifique ? »
D’ailleurs, le doute n’a jamais lâché Teilhard. J’ai pu le constater dans une communication qu’il a écrite quelques jours avant sa mort, dans laquelle, tout au long de la quinzaine de pages, alternent successivement à chaque page le doute et l’espérance ; le Teilhard chrétien et le Teilhard scientifique et philosophe.

Cette contradiction est utilisée par les défenseurs respectifs de ces deux tendances teilhardiennes, chacune prétendant que le vrai Teilhard est le leur ; conclusion naïve car les deux Teilhard sont vrais. On ne peut seulement qu’en préférer l’un par rapport à l’autre. Je considère que le Teilhard scientifique et philosophe est plus à même d’être compris par les non croyants, agnostiques et autres athées rationalistes. Ce Teilhard là me semble plus adéquat pour donner le goût de vivre à ceux qui sont plongés dans l’angoisse existentielle. Teilhard, le scientifique, donne un sens à la vie et à l’univers. Il est aussi un poète comme on peut le constater dans cette parabole que j’ai extraite de L’ACTIVATION DE L’ENERGIE : « Jusqu’ici les hommes vivaient comme des passagers accidentellement réunis dans la cale d’un navire dont ils ne soupçonnaient , ni la nature, ni le mouvement. Ils ne concevaient rien de mieux à faire que de se disputer ou se distraire, jusqu’au jour où l’un d’entre eux, plus hardi, s’est risqué sur le pont du navire, quelques autres passagers l’ont suivi craintivement. Ils ont découvert le vaisseau qui les portait et ils ont aperçu l’écume au fil de la proue, ils ont avisé qu’il y avait une chaudière à alimenter et un gouvernail à tenir. Ils ont humé le parfum des îles au-delà l’horizon, non plus l’agitation humaine sur place, non plus la dérive, mais le VOYAGE. Il est inévitable qu’une autre humanité sorte de cette vision là, une humanité dont nous n’avons pas encore idée. »

Dans L’ACTIVATION DE L’ENERGIE ce n’est pas pour rien que le premier chapitre est intitulé « Atomisme de l’Esprit ». C’est la clef de voûte de la pensée teilhardienne concernant le sens de l’univers, sur quoi est bâtie notre espérance.
Je vais tenter une explication de ce phénomène. L’âme est la molécule de l’Esprit disit-il


Précisons ce que Teilhard entendait par cette expression très symbolique « atomisme de l’esprit » : tout comme l’atome, élément tangible de la matière, constitué d’un noyau central autour duquel gravitent des particules et qui est, de ce fait, un organisme centré, Teilhard imagina que l’esprit pourrait se décrire de la même manière, c'est-à-dire, être composé d’éléments et centrés.

Pour Teilhard, la matière est composée d’un dehors et d’un dedans des choses soit, dans un autre langage, la matière est composée de Force et d’Information.

Nous savons que la force (l’énergie) est le seul composant pris en compte par la science parce qu’il est mesurable et tangible. Par contre, l’information (l’esprit) est un composant non mesurable, non tangible, qui ne peut pas être pris en compte par la science. Il est mis de côté et toléré en tant qu’élucubration philosophique.

Or, pour Teilhard, Force et Information sont consubstantielles dans la composition de la matière et qu’elles doivent être examinées ensemble comme deux aspects différents d’une seule et même énergie

Pour faciliter la communication je vais utiliser le mot « matière » pour désigner la force et le mot « esprit » pour désigner l’information.

Teilhard a postulé que l’esprit se comportait comme la matière et que, soit avant l’apparition de la matière, soit après sa disparition, l’esprit est, lui aussi, chargé de cette tendance à se centrer ; tendance récurrente qui se manifeste tout au long de la chaîne de l’évolution. L’univers est courbe, ne l’oublions pas.

Mais surgit une difficulté : comment argumenter cette hypothèse de l’existence de l’esprit, composant consubstantiel à la matière ? Les mathématiques nous apprennent qu’un système (organisation constituée d’éléments divers) est un mélange de contingence (hasard : être ou ne pas être) et de déterminisme (redondance : orienté par une information). Les mathématiques nous apprennent aussi qu’il n’y a pas d’organisation possible sans redondance et qu’à l’inverse le hasard, s’il est seul, joue vers un désordre de plus en plus grand (absence d’information). Comparaison : dans une cathédrale gothique il y a toutes les informations liées à l’architecture, alors que dans un tas de sable il n’y a que la seule information concernant la gravité.

En examinant l’évolution de la matière on constate que l’Esprit la pousse vers une organisation très sélective, très complexe, puisque, partant de l’atome le plus simple, l’hydrogène, on arrive à un tableau de 103 éléments qui sont, pour les derniers de ceux-ci, d’une plus grande complexité et, si l’on compare ce petit nombre de 103 éléments au nombre infini des diverses particules de l’univers, toutes les incertitudes s’évanouissent quant à l’existence de l’Information qui a poussé la matière vers l’infini de la complexité. (amusons nous à calculer factoriel 103).

Par l’expression atomisme de l’esprit, Teilhard nous a donc invités à faire un rapprochement entre les atomes de la physique et nos âmes individuelles que l’esprit de la matière a composées, grâce à l’apparition de l’Homme, dans chaque être humain, lui-même un centre très complexe.
Avant la naissance de chaque individu, l’esprit est dilué dans la matière. Après la naissance de cet individu, l’esprit de la matière « se distille et se concentre » en lui et crée son âme qui est un véritable phénomène de centréité/conscience ; d’où cette image de l’atomisme de l’esprit.

Teilhard va plus loin encore et propose une hypothèse cohérente : Il extrapole le comportement de la « matière tangible » et l’applique au comportement de la « matière esprit » dans un domaine qui lui est propre, hors de l’espace temps. Il a donc imaginé que les éléments personnalisés de l’esprit que représentent nos âmes sont, eux aussi, poussés à se centrer à leur tour sur un point de convergence extérieur , le Point Omega, pour constituer un « super organisme » encore plus complexe et plus fort que la noosphère, hors de l’espace temps, et que l’on peut nommer selon les religions : paradis, Jérusalem Céleste, Nirvana,esprit de l’Univers, etc …

Cette courbe ascendante de l’évolution, partant de l’atomisme de la matière, se prolongeant vers l’atomisme de l’esprit, est une hypothèse tout à fait cohérente, trajectoire sans rupture, et d’un optimisme raisonnable, tout à fait approprié pour donner le goût de vivre et motiver notre effort de lutte contre le néant, seule force d’inertie absolue.

«Etre ou ne pas être, là est la question. »

D’un point de vue plus large, on peut dire que la grande manip divine ne se limite pas aux planètes que nous connaissons. Elle concerne tout l’univers et l’univers, lui aussi, est de nature convergente. Albert Einstein parlait souvent de la « courbure de l’univers » ; ce qui signifie que tout ce qui le constitue a tendance à se centrer, puis à converger vers un même point. Teilhard, lui aussi, évoque fréquemment « la courbure de l’espace temps ». Mais peut-être faut-il expliquer ce que l’on entend par cette courbure. Plus personne ne conteste le fait que dans l’univers tout tourne autour de quelque chose, la ligne droite absolue n’existe pas. Même dans les espaces intersidéraux les plus désertiques il y a, toujours, une onde ou une particule venant de très loin qui modifiera la trajectoire d’une onde ou d’un objet passant dans le secteur. Un objet dont la trajectoire passe trop près d’un autre objet plus gros que lui va se mettre à tourner autour de lui et devenir son satellite. Au vu de ces deux exemples, on peut dire que toutes les trajectoires sont courbées, centrées, qu’il s’agisse de matière tangible ou de matière subtile et selon Teilhard l’énergie-esprit n’échapperait pas à cette loi.

Evidemment, ce langage serait compris et admis par les non croyants si les religions parlaient d’attraction universelle car cette force qui anime l’univers n’est contestée par personne. Les langages et les mots sont des ondes de communication qui méritent d’être codifiées dans un mode « pan humain » . Ce fut le souci majeur de Teilhard lorsqu’il écrivit les conférences qui furent compilées sous le titre L’ACTIVATION DE L’ENERGIE, dont les titres des chapitres sont les suivants :

-L’atomisme de l’esprit
-La montée de l’autre
-Universalisation et Union
-La Centrologie
-L’Analyse de la Vie
-Esquisse d’une dialectique de l’Esprit
-Place de la Technique dans une Biologie Générale de l’Humanité
-Sur la Nature du Phénomène Social Humain
-Les Conditions psychologiques de l’Evolution Humaine
-Un Phénomène de Contre-Evolution en biologie humaine,ou la Peur de l’Existence
-Le Sens de l’Espèce chez l’Homme
-L’Evolution de la responsabilité dans le Monde
-Pour y voir clair
-Le Goût de Vivre
-Un seuil Mental sous nos pas : Du Cosmos à la Cosmogénèse
-Réflexions sur la Probabilité Scientifique et les Conséquences Religieuses d’un Ultra-Humain.
-La Convergence de l’Univers
-Transformation et Prolongements en l’Homme du Mécanisme d’Evolution
-La Réflexion de l’Energie
-En Regardant un Cyclotron
-L’Energie d’Evolution

On ne peut pas traiter l’ensemble de ces sujets en une seule conférence. J’ai contracté les 417 pages de l’œuvre originale en une centaine de pages.
Le livre original étant épuisé, vous pouvez lire le manuel d’étude que j’ai conçu se rapportant à cette œuvre.

Dans une note intitulée « L’Heure de Choisir » Teilhard a livré le fond de s a pensée sur le problème de la guerre entre les hommes ; sujet qu’il connaissait bien puisqu’il a vécu deux guerres mondiales. Je vais résumer le fond de sa pensée. Selon Teilhard, la guerre est un phénomène naturel, incontournable, je le cite :

La vie ne peut avancer que par masses profondes. Lorsque son cours est étranglé par une mutation nouvelle, elle se redéploie d’autant plus pour se reconstituer en multitude.

L’humanité travaille sous l’impulsion d’un instinct obscure à déborder autour de son point d’émersion jusqu’à submerger la terre. La pensée fait de même. Ainsi se résume toute l’histoire de l’humanité.

En l’homme, pour des raisons liées au pouvoir de réflexion qui le caractérise, l’organisation en société est accélérée par rapport au monde animal. En deux ou trois dizaines de milliers d’années les hommes se sont partagé la terre et s’y sont enracinés.
Avec un nombre croissant d’individus les groupes se resserrent et se heurtent jusqu’à produire un effet de compression et d’échauffement psychologique qui induisent des guerres de défense et de conquête des territoires, ou de suprématie économique.

Si brutales que soient les guerres, elles s’accompagnent toujours de quelques assimilations et d’échanges culturels. Même partiellement absorbé, le vaincu réagit sur le vainqueur. Au fond, dit Teilhard, n’est-ce pas dans les rencontres, les conflits et, finalement, la graduelle harmonisation de ces grands courants « somato psychiques » que consiste l’essentiel de l’histoire ? Les guerres font partie des crises de croissance inévitables. La vie n’est jamais parvenue à s’organiser autrement que dans la souffrance. Tout progrès se paye par une dissipation d’énergie nous dit la Physique. L’histoire de l’Europe depuis plus de deux siècles en est la démonstration.
A cause d’un pur instinct animal nous avons subi la montée des nationalismes. La survie du plus apte est une loi de la nature, ainsi que la poussée d’une branche unique étouffant les autres branches. C’est contre cela que nous devons lutter.
… Et c’est contre cet idéal sauvage que, spontanément, l’Humanité s’est levée. Mais, attention : il existe une manière inférieure et dangereuse de faire la guerre à la guerre et le pacifisme ne sert pas forcément la paix … C’était dans l’axe de la nature d’appliquer ces méthodes violentes, maintenant cela ne doit plus être. La pensée a conféré au monde une dimension nouvelle : Ou bien un seul peuple dominera les autres, ou bien les peuples s’associeront en une « âme commune » afin d’être plus humains.

« Aimez vous les uns les autres ». Ce précepte qui nous est parvenu il y a 2000 ans se révèlera à notre esprit moderne comme le plus puissant et comme le seul principe imaginable d’un futur équilibre sur la terre ?

Cette vision de l’avenir proposée par Teilhard est peut-être une utopie, mais à long terme elle est possible. De toute manière, elle est la seule qui soit opposable à l’hypothèse de l’auto destruction.

Je voudrais terminer par un aspect optimiste, positif, mais non béat, de la pensée de Teilhard. Il s’agit de la relation qu’il écrivit en 1954 après sa visite de l’un des cyclotrons de Berkeley, démontrant ainsi aux générations suivantes que ses conceptions scientifiques et philosophiques ne sont nullement dépassées cinquante ans plus tard.

Nous savons qu’un cyclotron est un accélérateur de particules destiné à observer certains états de l’énergie constitutive de la matière.

Teilhard n’était pas physicien mais il se tenait informé sur toutes les branches de la recherche, et particulièrement celles concernant l’énergie. Teilhard était connu dans les milieux scientifiques du monde entier et il entretenait des relations avec de nombreuses personnalités. Les travaux d’Albert Einstein sur la relativité avaient fortement orienté ses réflexions.

Cette visite du cyclotron de Berkeley lui apporta la confirmation que, pour réaliser et utiliser un accélérateur de particules, toute une gamme de connaissances et de techniques, tout un spectre d’énergies aussi, convergent et se fondent les uns dans les autres : mathématiques, électronique, électricité, informatique, physique, chimie, imagerie, métallurgie, résistance des matériaux, architecture, etc …Ces multiples sciences doivent se rencontrer et fonctionner en même temps et au même degré de perfection. C’est d’ailleurs à cette époque, aux U.S.A., qu’est apparue une nouvelle science, « l’approche systémique des ensembles complexes ».
Tout un spectre d’énergies aussi est concerné : kilowatts, pétrole, uranium, et dollars par millions. Il est aisé de critiquer et de condamner l’argent dit Teilhard, mais il est le « sang » de la société humaine. Ce qui l’a le plus impressionné dans cette visite c’est d’observer comment, portés à un haut degré de rapprochement et d’intensité, des spécialistes dans des catégories professionnelles établies, tendent à se synthétiser en une réalité psychique nouvelle et inexploitée. Tous ces hommes, entraînés par un flux qui les dépasse, accèdent à une forme inédite de composé-humain : l’homme-ouvrier aspiré et transformé, ultra unifié, par une œuvre qui multiplie et accélère sa production de pensée.

Selon Teilhard, le tourbillon de la recherche n’a rien à voir avec le tourbillon des affaires qui est une agitation en tous sens. Le tourbillon de la recherche est un maelstrom aspirant tout ce qu’il englobe vers son axe montant. Par jeu de convergence, la recherche fait monter la conscience de la noosphère. Je le cite :
« Cette réalité colossale que je venais de découvrir aurait dû me donner le vertige, mais je n’éprouvais que calme et joie. »
Telle fut la conclusion de Teilhard après cette visite.
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Toutes les spiritualités s’accordent pour dire que le sentiment de la « montée de l’autre » est la clef de voûte de la réussite de l’humanité. Or, il semblerait que l’effet de la compression subie par le genre humain soit dû à la surface limitée de la terre qui accueille un nombre croissant d’individus, ce qui provoque en retour un effet de répulsion de l’autre ; circonstance aggravée par le développement technologique des sociétés. Il existe des contre-exemples, c’est le cas des pays pauvres dont la surpopulation liée à une grande misère induit dans ces communautés un effet termitière qui n’a rien à voir avec une fraternité délibérément acceptée.
Cela fit dire à Teilhard que si les termites s’étaient aimés il n’y aurait jamais eu de termitières.

Certaines disciplines scientifiques enseignent qu’en deçà d’une certaine distance entre deux personnes le flux de la communication était perturbé par un réflexe de répulsion pouvant aller jusqu’à la fermeture de l’écoute. Ce même phénomène est constaté dans le cas de mise en concurrence à l’intérieur des zones d’activité d’un individu, d’une entreprise ou d’une ethnie.

Si nous décidions d’assumer les conséquences de ce raisonnement, nous devrions réprimer cette répulsion naturelle par l’éducation de nos consciences dans le sens de « la montée de l’autre ». Le phénomène de compression physique et morale de l’humanité étant irréversible, le développement du sens de l’altérité est une évolution incontournable et nécessaire de notre conscience. L’autre existe, il n’est pas forcément un ennemi, il peut même devenir un partenaire pour défendre notre vie. L’égoïsme doit s’effacer devant cette nécessité

-Il faudrait que le principe de nécessité,qui apparemment se manifeste automatiquement dans les circonstances de danger de masse immédiat et imparable comme les guerres et les catastrophes naturelles, soit programmé dans notre système neuronal sous la forme d’un code du genre : seul on ne peut rien.

-Ce principe de nécessité devrait intervenir dans les cas de menace sournoise que l’on ne voit pas venir, qui avance lentement et inexorablement comme, par exemple, la poussée démographique, les atteintes à l’environnement, l’épuisement des ressources naturelles de la planète, etc… Pour tous ces dangers la prise de conscience n’est pas à la portée des individus, mais seulement des organisations institutionnelles.

Ces deux nécessités peuvent produire le miracle, mais sous certaines conditions très lourdes, ce n’est plus l’individu qui décide, mais des systèmes organisationnels collectifs qui, eux seuls, sont en mesure de conduire les observations, faire des réflexions analytiques, construire les synthèses optimales, peser le pour et le contre entre avantages et inconvénients, et enfin avoir les moyens financiers pour réaliser les décisions prises collectivement.

Quelles sont les caractéristiques de ces dangers lourds dont l’avance est discrète et inexorable ?
1. Il semblerait que la progression démographique soit à l’origine de tous les problèmes car elle est la cause de l’effet de compression, et sa régulation qui est possible ne fait sentir ses effets que sur de longues périodes générationnelles. En revanche, cette compression déclanche des réactions primaires immédiates et irraisonnées.
2. La compression de l’humanité induit l’organisation d’appareils de sociétés dans lesquels l’intérêt général passe devant l’intérêt particulier. L’individu devient anonyme, il est écrasé sous des cascades de hiérarchies, les systèmes sont des appareils extrêmement complexes et lourds dont les rétro actions en obscurcissent la compréhension. Même ceux qui ont conçu les systèmes ne les comprennent plus eux-mêmes. Les systèmes oscillent entre auto régulations et emballement, produisant ainsi dans les deux cas un effet de crise.
3. Circonstances aggravantes, les progrès techniques créés par l’homme qui les contrôle plus ou moins accélèrent l’Histoire. L’évolution de la société va plus vite que les capacités d’adaptation des individus.

Devant de telles perspectives, l’homme se replie sur lui-même et perd le sens de l’espèce. Réaction d’autant plus logique que, depuis qu’il a franchi le pas de la réflexion, l’homme se dégage de ses instincts animaux et prend son avenir en main, il acquiert une liberté qu’il craint et qu’il souhaite à la fois ; paradoxe lié à l’élévation de la conscience et qui ne fera que croître. L’homme doit apprendre à vivre dans le paradoxe et c’est le prix qu’il doit payer pour acquérir plus de liberté.
Si l’homme prend conscience qu’il est à l’image de son Créateur, il ne pourra éviter de se rendre compte que l’autre est un autre lui-même.
Dans l’univers de la matière règne une loi selon laquelle tout progrès se paye par une dissipation d’énergie. A l’échelle de l’humanité cette loi se manifeste par ce que l’on dénomme « les individus laissés sur le bord de la route ». L’homme doit avoir conscience que l’espèce humaine est conçue pour aller dans la direction inverse et doit lutter contre cette tendance. Cette prise de conscience s’appelle la foi. La foi est un état de tension, elle joue comme un catalyseur. Au sens chimique du terme, le catalyseur est un élément qui, par sa seule présence, en quantité infime, sans rien perdre de sa substance, provoque une réaction inexplicable, mais bien réelle.

Principe de récurrence oblige, la Foi est un catalyseur qui déplace les montagnes. La Montée de l’autre changera l’avenir de l’humanité pour conduire l’homme à Omega, s’il le veut bien.
Jean-Pierre Frésafond, mars 2009
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mardi 13 Septembre 2011 à 15:46 | Commentaires (0)

Editorial

Création et Evolution / Marcel Comby

Vendredi 2 Septembre 2011

L'AVENIR DE L'HOMME (ed. du Seuil) chapitre 14, "Agitation ou Genèse ?"


Dans le cadre de ce que Teilhard appelle : l’axe cosmique d’évolution (L’avenir de l’homme, page 255) se situe le problème de la création. J’aimerais donc traiter ici même de cette notion qui s’introduit tout naturellement dans les phénomènes de l’Evolution.

Le langage humain est par nature limité comparativement à la complexité de notre Univers, de notre histoire, de notre condition humaine. Ainsi les mots : « Création » et « Evolution » ne peuvent être compris et interprétés par tous de la même manière. De nos jours, le terme création désigne la production d’une nouveauté, sens qui n’est pas celui de la Bible car le verbe hébreu : bara n’admet que Dieu pour sujet ! Il en résulte que la création, au sens ontologique donné par les Pères de l’Eglise dés le IIe siècle, désigne la production totale de l’être : « de tous les êtres » et du « tout de l’être ». La première expression se rapporte à tout ce qui se laisse voir, entendre, toucher, penser, imaginer, le ciel et la terre, l’univers visible et invisible, tous les univers au sens moderne du terme. La seconde expression désigne tout ce qui fait qu’un être existe : matière, configuration, énergie, c'est-à-dire son essence et son existence. Il s’agit de la foi monothéiste dans toute sa rigueur, car elle exclut que l’action de créer ne soit simplement une mise en ordre d’un chaos primitif ou bien une réorganisation d’un univers antérieur. Ainsi le verbe créer c’est « Faire à partir de rien » et non opérer une transformation, un changement d’une réalité préexistante. La création n’est pas non plus un passage ; c’est un acte souverain d’un Dieu unique et transcendant : creatio ex nihilo sui et subjecti. Ce terme de création n’a donc pas sa place dans un discours scientifique. Par contre il fait penser à deux autres mots fondamentaux qui posent problème : le commencement et l’origine.
La notion de commencement s’inscrit dans une durée qui est une série continue d’instants au sein de laquelle il est impossible d’y placer une césure. Aucun événement ne peut être séparé de ce qui le précède et le cause, ni de ses effets et implications postérieurs. Il se place dans une genèse continue. Alors pour déterminer qu’un événement a été un commencement, il faut que l’esprit soit à même de comparer le passé et le présent. Lorsque la théorie de l’Evolution s’interroge sur le commencement de l’humanité, l’interprétation des observations repose sur plusieurs critères, par exemple : station debout, forme ou volume du crâne, outils utilisés, art, etc…Selon le choix du critère, la réponse est différente. Ainsi Darwin a du exclure les questions de premier commencement dans ses recherches et il a du évoquer cette difficulté dans un chapitre intitulé : « Mystery of mysteries ». La question devient alors spécifiquement métaphysique. L’interprétation des observations et des analyses scientifiques s’accompagne nécessairement de discussions philosophiques. Il est donc proposé légitimement une recherche des commencements dans le cadre d’une chronologie des embranchements qui marquent le déploiement de l’arbre de la vie. C’est ici qu’apparaît une nouvelle notion fort complexe : celle des origines, qui se situe sur un plan ontologique ou métaphysique.

Désignons sous le terme : origine la condition constitutive de tout ce qui apparaît dans le cours des événements et par conséquent n’est réductible à aucun. En topologie mathématique, on parlerait de point adhérent à un ensemble sans appartenir à cet ensemble. Si l’ensemble est la totalité de l’humanité, ce point ne saurait alors se comprendre en terme de mesure ou de réactions physico-chimiques. Penser origine, c’est reconnaître un acte qui n’est pas limité à un moment du temps ni à une localisation dans l’espace. Elle ne correspond à aucun commencement au sens usuel du terme car parler de commencement, c’est marquer une distinction entre un avant et un après, c’est aussi inscrire une rupture dans le temps pensé comme élément continu.
L’origine n’est pas un événement parmi d’autres mais la constitution constitutive de tout ce qui est, et donc de tout instant pris dans le cours des événements de la cosmogénèse et du cours de la vie. L’origine n’est pas une théorie scientifique. Ainsi, l’identification du point zéro du modèle cosmologique appelé : Big Bang au Fiat Lux de la Genèse, constitue un exemple majeur de confusion entre deux domaines du savoir : cosmologie et théologie. On ne doit donc pas confondre les deux concepts : origine et commencement. L’origine relève d’une démarche philosophique car la science ne s’occupe que de transformation de l’énergie, réalité bien formulée par Lavoisier à propos de la chimie : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ! ». Le philosophe, par contre, s’interroge sur la raison d’être de cette transformation. Il s’interroge en particulier sur l’existence même de la vie et de l’univers. Cette question dépasse les limites de l’esprit humain qui n’arrive pas à formuler une certitude. La question a pourtant un sens et une réponse est légitime.

La création continue (Voir note de bas de page (1)

Cette notion apparaît dans la rencontre entre la théorie de l’évolution et la reconnaissance d’un principe transcendant. Elle est désignée pour préciser quelle est l’action divine au cours du processus décrit par la théorie de l’évolution.
Une vision mécaniste de la création consiste à dire : l’acte créateur consiste en la production des éléments du monde et leur mise en place optimale au sein d’un système bien ordonné, parfaitement et définitivement codifié ; le déroulement postérieur du système obéissant alors aux seules lois de la nature. L’action créatrice se limite donc à un premier instant, et c’est suivant cette logique réductrice que la pensée commune considère les premiers mots de la Genèse comme un commencement de la Vie. Telle était le sens de la création donné par Descartes en son temps où l’on pensait selon les paradigmes de la physique classique. Le scénario qui suit l’acte créateur n’est plus alors qu’un accompagnement du créateur qui peut intervenir ponctuellement et si nécessaire, pour réorienter et assurer le passage d’un ordre à un autre. Certains évoquent l’idée d’un retrait de Dieu pour dire l’acte créateur : vision fragmentée des choses qui s’exprime en termes d’interactions dans un ensemble dont on a du mal à saisir et à préciser le sens métaphysique.

En fait, la création ne se réduit pas au premier moment de l’Univers.
Elle est le don de l’être coextensif à la durée du cours des âges.

Dieu s’inscrit dans la temporalité de sorte que le concept de Vie n’est plus simplement fondé sur une vision mécaniste du monde. Se pose alors la question difficile du sens du mot : « intervention divine » dont l’usage se fait souvent sans discernement. Ce mot peut être, soit banni par les matérialistes ou les agnostiques, soit utilisé pour désigner le « Dieu bouche-trou » servant à pallier les déficiences ou les ignorances dans le domaine philosophique ou scientifique. La notion de création récuse l’image de l’intervention qui place, de façon anthropomorphique, cette réalité sur le même plan que les causes et faits naturels : « Dieu nous a puni car nous avons commis un acte défendu par notre religion !!! ».
La logique commune stipule que normalement : l’effet dépend de la cause !
Mais lorsqu’on aborde l’étude de question métaphysique, on se heurte à l’ambiguïté des mots du vocabulaire traditionnel, ici en l’occurrence celle du verbe : « dépendre de ». Dans notre monde les dépendances sont multiples : la vie du corps, celle de l’esprit, les contraintes sociales, morales et politiques. Mais il y a une autre dépendance, celle qui vient de l’acte créateur qui est un acte relationnel selon lequel l’accès à l’autonomie ne se fait pas contre, mais grâce à la volonté et l’action du créateur. Il s’agit d’une dépendance particulière, source de vie comme une relation entre personnes peut être source de bienfaits, de bonheur et d’épanouissement. La maturité spirituelle consiste, selon les mystiques, à écarter les dépendances infantilisantes ou aliénantes pour accéder à la liberté. La création continue est un processus qui repose sur l’idée de présence permanente. Dieu accompagne et suscite le mouvement des êtres vivants vers un accomplissement, non pas nécessairement de manière directe interventionniste mais plutôt indirectement dans un processus fait intervenir plusieurs acteurs.

Création et Evolution (voir note (1) en fin de cet article du président de l'Association Lyonnaise Teilhard de Chardin)

La métaphysique et la science peuvent se rencontrer, respecter leurs différences et s’accorder dans leur quête de sens, ce qui ne veut pas signifier qu’elles sont complémentaires. En effet la frontière entre ces deux domaines de la pensée n’existe pas. La création se place à un autre niveau de causalité que l’action de transformation. Ce qui importe c’est de savoir articuler les deux ordres de causalité. L’action divine ne saurait être comprise comme une interaction entre éléments actifs du même ordre, comme cela se produit en physique, en chimie et en biologie. Seule l’action divine est capable de s’unir à une autre action sans la modifier et la dénaturer. Cela évoque le domaine particulier de la musique avec le rôle joué par l’artiste et celui joué par son instrument ; il y a une différence fondamentale de nature entre eux. Dans la vie, interviennent la science à un certain niveau de la réalité et la transcendance à un autre niveau. Pour penser sans contradiction la coopération entre Dieu et la nature, il faut comprendre que Dieu peut agir sans fausser ou détruire les lois de la nature, dans une sorte de phénomène de superposition et non de transformation au sens classique de la science. Les ordres de causalité n’étant pas exclusif, on peut dire comme l’affirme saint Thomas d’Aquin : «Tout est de la nature et Tout est de Dieu ». L’action divine consiste alors à donner aux êtres d’être ce qu’ils sont. Teilhard dit : « Dieu fait que les choses se fassent ». En leur accordant d’être, Dieu leur donne d’agir selon leur nature propre en toute liberté.
Saint Thomas écrit encore : « L’affirmation de l’autonomie des créatures est donc fondée sur la reconnaissance de la transcendance de Dieu qui seul peut agir sans fausser ce qu’il concourt à faire exister. La Providence de Dieu ne supprime pas la contingence des êtres, ni le libre arbitre, ni la fortune et le hasard ». L’action de Dieu est la réalisation du vœu de la nature et l’action créatrice mène chaque chose à son achèvement. La théorie de l’évolution en montre le déploiement et la création fonde l’être du monde dans sa continuité et sa cohérence. Selon le schéma cartésien, la pensée divine est morcelée en idées totalement séparées. On doit donc réfléchir en terme d’unification et de synergie. La création n’est pas un acte du passé mais une relation actuelle du créateur avec tout ce qui est.

La finalité

Cette notion ne fait pas partie du langage scientifique qui s’appuie sur les mathématiques et sur la notion de transformation, de jeu de force et de transferts d’énergie. Les lois de la nature ne se réfèrent pas à un ordre qui comprend le but et l’intention. En vérité, la finalité au sens large, construite à partir de l’expérience humaine, échappe au domaine de la science. La théorie de l’évolution s’inscrit d’ailleurs dans cette perspective.
Un être vivant est composé d’éléments divers ; proportionnés les uns aux autres, ils se régulent mutuellement dans la construction d’un équilibre interne qui est inhérent à l’acte de vivre. Tout être vivant est en tension vers l’unité et il se construit lui-même. Il s’agit là d’une finalité interne désignée sous le terme de téléonomie. On retrouve ce mot en embryologie où l’on étudie l’aptitude d’un organisme à s’organiser pour son bien, au cours du temps, par des mécanismes d’auto – régulation qui sont orientés vers la meilleure réalisation de ses aptitudes. La notion de téléologie, c'est-à-dire la finalité au sens strict, doit être écartée du travail scientifique et réservée à une vision spécifiquement métaphysique

Nature, Monde et Action divine

Dans le cadre du discours sur la création, se greffe la notion de dessein de Dieu.
La condition humaine fait apparaître de nombreuses difficultés dans la compréhension de réalités qui mettent en scène la liberté, la psychologie, la métaphysique, les sciences, le hasard, la Providence, la foi et la place de Dieu dans nos vies. Par exemple, on peut entendre un couple de divorcés remariés s’exprimer ainsi : « Dieu nous a puni car il nous a envoyé un enfant mongolien !! ». Il s’agit là d’une prise en compte du fait que Dieu peut intervenir dans une vie par la punition, donc par une violation des lois de la nature. En fait, Dieu ne punit pas au sens anthropomorphique du terme. Nous parlerons alors de hasard, mais il n’y a pas de hasard aux yeux de Dieu. Pour la tradition monothéiste, Dieu est celui qui sait tout et qui voit tout. La notion de hasard est toute relative. Ce qui est hasard pour un individu ne l’est plus pour un autre qui aurait une vision d’ensemble des événements. Il existe donc dans ce cadre là une hiérarchisation des choses de la nature qui débouche sur un débat plaçant en opposition hasard et action de Dieu, théorie de l’évolution et création. Cette opposition mène à deux options : l’une, athée, récuse la régulation du monde par un Dieu créateur ; l’autre, apologétique, écarte les valeurs des théories scientifiques. Cette dualité conduit à une erreur fondamentale de jugement et à de profonds malentendus.
Le monothéisme sépare Dieu et le monde ; on ne devrait pas dire : sépare Dieu du monde comme je l’ai expliquer plus haut. L’ordre du monde n’est pas divin même s’il engage la responsabilité de Dieu et l’exercice de son vouloir. On parle volontiers de toute – puissance de Dieu mais il faut préciser que celle-ci ne possède pas un caractère absolu et illimité. En réalité l’action divine se réfère à la notion de Sagesse, celle qui implique l’ordre des éléments, le respect de la contingence, l’harmonie, la proportion entre cause et effet, le Bien dans son sens le plus universel. La notion théologique de dessein de Dieu désigne la manière dont Dieu envisage le futur, ce qui naturellement pose débat ; le savoir absolu des choses du futur peut détruire la contingence et l’homme ne serait qu’un pantin réglé par un certain déterminisme, ce qui n’est pas admissible ; nous sommes là en plein mystère ! En fait, la tradition chrétienne répond que Dieu est hors du temps et que les notions de Futur et de Prévision, au sens littéral du terme, ne convient pas à notre démarche de compréhension du problème. La perfection divine réside entre autre dans le fait que le créateur respecte le caractère temporel du monde.
Dieu gouverne mais ne commande pas !
Citons de nouveau saint Thomas : « Il est clair qu’un même effet n’est pas attribué à sa cause naturelle et à Dieu comme si une partie était de Dieu et l’autre de la cause ; il est tout entier de l’un et de l’autre, mais suivant des modalités diverses, tout comme un même effet ressortit tout entier à l’instrument et tout entier à la cause principale. ».
La notion de contingence doit être employée pour dire que tout ce que Dieu a créé ne participe pas du caractère absolu ou nécessaire de son être. Elle qualifie aussi l’ordre de la nature au sein de laquelle les êtres sont reliés par des rapports de causalité qui définissent le champ du possible. Précisons que toute référence à Dieu est équivoque et génératrice d’oppositions entre croyants : citons le cas de la prédestination et celui introduit par la philosophie des Lumières.
Il y a une religion de l’amour et une religion de soumission. On peut aussi se demander si le processus de l’évolution est faussé par la présence du créateur. Il n’y a pas emprise totale de sa toute – puissance en ce qu’il fait, mais présence de la Sagesse comme on l’a dit. La relation de l’homme à Dieu est de l’ordre du singulier donc de ce que nous appelons l’improbable, le surnaturel voire le merveilleux. Si un événement est contingent, alors il ne cesse pas de l’être parce qu’il est connu et voulu par celui dont l’action est la source de l’être. Il est voulu comme tel, en sa contingence. Il n’y a donc aucune raison de placer en opposition dessein de Dieu et hasard ou contingence. Ainsi on peut dire que le processus vital est marqué par la contingence et que celle-ci n’est pas dénaturée par le fait que l’ensemble soit voulu pour lui-même ; en outre la contingence au niveau élémentaire ne détruit pas la cohérence du Tout. La notion de providence se fonde sur une reconnaissance de l’unité du monde, mais elle ne supprime pas le caractère aléatoire des phénomènes ; au contraire elle les fonde. L’acte créateur se résume dans le don de la dignité d’être des créatures, lesquelles conservent une large part de liberté et de responsabilité. Le créateur reste présent et attentif, même après la venue au monde…de notre petit mongolien cité antérieurement ! Depuis l’Ascension, Jésus est à la fois absent et présent. St Thomas écrit : « Comme la volonté divine est parfaitement efficace, il s’ensuit que, non seulement les choses voulues par Dieu sont faites, mais qu’elles se font de la manière dont il veut (…) afin qu’il y ait un ordre dans les choses, pour la perfection de l’Univers. C’est pourquoi Dieu a préparé pour certains effets des causes nécessaires, qui ne peuvent défaillir, d’où proviennent nécessairement les effets ; et pour d’autres effets il a préparé des causes défectibles, dont les effets se produisent de manière contingente ».
L’évolution du vivant pose aussi le problème du temps. Le présent porte l’héritage du passé ainsi qu’une qualité potentielle qui ouvre sur l’avenir. Il s’agit d’un passage marqué par la contingence. Le possible actualisé sera-t-il une imperfection ou une richesse ? Le temps est soit destructeur soit créateur et l’être humain est l’auteur de ses œuvres et de la réalisation de soi qui leur est liée. L’être humain n’est pas hors du processus qui fait la vie, mais il réalise de manière plus haute ce qui relève de toute la création. On doit penser en terme de globalité : dans cette perspective, on peut dire qu’il s’inscrit dans le cadre du sens au sein du processus évolutif, sans qu’il soit nécessaire de nier le caractère aléatoire des phénomènes singuliers. L’expression : « création continue » signifie que Dieu respecte la temporalité qui fait partie de l’être des créatures. La temporalité accompagne intimement les créatures dans une création qui se fait par évolution. L’acte créateur oriente la personne humaine vers un accomplissement sans que les lois naturelles et les interactions multiples soient soustraites au grand jeu de l’aléatoire. Dieu, dans sa bonté, a créé l’homme à son image et à la ressemblance avec lui. De là, toutes les créatures communient à cette ressemblance d’avec le créateur, suprême beauté de la création. Souvenons-nous de cet aphorisme de Gandhi : « Une âme qui s’élève, élève le monde ».

La christologie qui ressort des écrits de Teilhard de Chardin est ainsi associée à une création continue. Par son Incarnation, le Christ s'est inséré, non seulement dans l'Humanité, mais dans l'Univers en évolution qui porte l'Humanité : c'est le Christ cosmique. Le dessein du Père comprend la Création, l'Incarnation et la Résurrection du Fils. On peut dire que la Rédemption est contingente à l'Incarnation du Fils dans une humanité pécheresse mais qu'elle n'est pas la cause de cette Incarnation. Suivant le Père Martelet, l'homme créé dans la finitude avec un profond désir d'absolu au fond de son coeur ressent très douloureusement cette finitude. Que l'Homme soit heureux au terme de la Création est le grand dessein d'amour de Dieu. Aussi son projet devait-il impliquer l'Incarnation et la Résurrection pour donner à l'Homme, au-delà de sa finitude, l'Espérance de la lumière dans la communion à Dieu.
Fidèle à Saint Paul, Teilhard redonne à la Parousie une place essentielle qui termine, en quelque sorte, la trajectoire du Fils dans sa mission de salut : il réunit en lui toute l'humanité pour l'offrir au Père qui sera Tout en tous. Le Paradis des ressuscités est à la fin des temps !


La création de l’âme

L’âme constitue la spécificité humaine. La différence entre l’homme et l’animal est en vérité minime. C’est dans la complexité de fonctionnement que réside la différence. L’homme est une espèce parmi d’autres ; si elle reste l’espèce dominante, elle reste soumise aux mêmes exigences étudiées par la génétique des populations. En fait, l’être humain est ce qu’on appelle une personne et cette notion échappe au champ d’étude de la biologie et de l’éthologie : l’homme possède la capacité de penser. La réflexion sur l’âme a révélé un problème majeur : celui du dualisme qui concède une évolution pour la matière et la nie pour l’âme. L’Eglise catholique est tombée durant longtemps dans ce travers y compris Pie XII.
Il faut donc admettre que l’être humain possède un principe d’unité qui ne se réduit pas à l’ordre biologique. L’hominisation reconnue, si imparfaite soit-elle, par la théorie de l’évolution, n’est pas un processus d’introduction mécanique d’une âme dans un corps purement de nature animale. Il s’agit plutôt du couronnement d’une évolution qui était déjà liée à un ensemble d’êtres animés. L’action de Dieu est alors inscrite dans le mouvement de l’évolution depuis les origines de la vie. On doit parler alors d’un accomplissement.
La notion d’accomplissement est utilisée dans le Nouveau Testament pour signifier que la venue du Messie accomplit une espérance. Le verbe accomplir exprime que le Christ, Jésus de Nazareth, réalise ce qui était annoncé et attendu. La prise de parole de Jésus dans la synagogue de Nazareth l’exprime sans détour : guérir, libérer, enseigner, c’est faire advenir le temps messianique qui a été promis. Le fait que la création s’inscrive concrètement dans l’évolution invite à reconnaître que la création de l’homme par Dieu a valeur d’accomplissement et se trouve caractérisé par l’avènement d’une âme dont les aptitudes diffèrent de celles de ses prédécesseurs sur le phylum qu’il occupe. L’âme est cette capacité de relation à Dieu qui transcende toute autre capacité d’action et de réflexion, de connaissance et d’amour. On est en présence d’une autre dimension de l’être, d’une césure dans la continuité et d’une nouvelle donnée dans ce qu’on appelle la finalité. Cette téléologie prend ses racines dans les textes bibliques, dans les récits de la création qui s’inscrivent dans le cadre d’une Alliance conclue par Dieu avec ses élus pour le bien de l’humanité et de la création tout entière. Dieu parle à Adam, figure, archétype et patriarche, de l’humanité et lui confie une mission qui, dans la liberté, engage sa responsabilité.

(1) Note du président de l'Association Lyonnaise Teilhard de Chardin :
L'idée de "création continue" peut être attribuée à J.P. Frésafond , qui l'a exprimée une première fois en 2007 dans son tome-2 "L'Activation de l'Energie". Il a d'ailleurs repris cette idée dans son édito. de juillet 2011 "Réflexion sur l'Utilité" (cf notre site).

Rappelons que les sociétaires des Associations Teilhard de Chardin peuvent acquérir les manuels d'étude (tome-1 et tome-2) auprès de l'Association Lyonnaise.


Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Vendredi 2 Septembre 2011 à 14:41 | Commentaires (0)