Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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La bataille du camp retranché de Verdun se déroule de février à décembre 1916. Elle commence, le 21 février, par une attaque de grande envergure des Allemands sur la rive droite de la Meuse. Le 25 février, le fort de Douaumont tombe entre leurs mains. A ce moment-là, le régiment de Teilhard opère sur le front belge, dans les environs de Coxyde et Nieuport, près de la côte, où il est arrivé à la fin de janvier 1916. Fin avril, son unité est cantonnée au fort Mardick, à Dunkerque, et y restera jusqu’à la mi-mai, date à laquelle elle est transférée dans le secteur de Verdun, en vue de son engagement dans la bataille. On doit distinguer ensuite cinq opérations, d’une dizaine de jours, menées par son régiment sur le front de Verdun, suivies de périodes de repos à l’arrière .

CINQ OPERATIONS SUR LE FRONT DE VERDUN

1) La première, sur la rive gauche de la Meuse, entre le bois d’Avocourt et la fameuse cote 304, en juin 1916, suivie du repos à l’arrière à Mognéville, dans la région de Bar-Le-Duc (Meuse) à partir du 23 juin (GP 126-133 ; J 84).
2) La seconde, de nouveau sur le front d’Avocourt, en juillet, suivie du repos à Andernay, près de Sermaize, région de Bar-le-Duc, à partir du 21 juillet (GP 141 ; J 91).
3) La troisième, sur la rive droite de la Meuse, entre Thiaumont et Fleury (côte de Froideterre, fort de Souville ...), vers la mi-août, suivie du repos, à partir du 22 août, à Nant-le-Grand, près de Ligny-en-Barois (Meuse) (GP 150-152 ; J 99).
4) La quatrième, dans le secteur de Douaumont, du 21 au 30 octobre, suivie du repos à Fouchères-aux-Bois, près de Ménil-sur-Saulx, non loin de Ligny-en-Barois (Meuse)(GP 175; J 132).
5) La cinquième, à Louvemont, près de la côte du poivre, au nord de Douaumont, du 12 au 21 décembre. C’est la brigade à laquelle appartenait Teilhard qui, le 15 décembre 1916, prit d’assaut Louvemont et ses environs (GP 195-198 ; J 169).

Son régiment est ensuite définitivement retiré du front de Verdun. Après une période de repos à l’arrière, à Givrauval, près de Ligny-en-Barois (GP 196 ; J 169), le régiment fait mouvement, à partir du 17 janvier 1917, par des étapes pédestres, en passant, après avoir traversé la Marne, par Avrainville, Montier-en-Der (Haute-Marne), Bagneux (Marne), à 10 km environ de Romilly-sur-Seine, à Pavant (Aisne), à 20 km environ de Château-Thierry où il cantonne du 12 février à la fin mars. Je mentionne ces éléments pour signaler que les périodes en dehors des montées en première ligne sont les plus longues, et ménage à Teilhard du temps libre pour rédiger ses notes.

« l’aumônier-poilu »

L’après-Verdun marque un changement dans la situation militaire de Teilhard. Il est nommé « brancardier honoraire » ou plus exactement « brancardier-libre », dans le but évident de lui permettre de faire fonction d’aumônier, sans le titre, qui lui aurait donné rang d’officier. Il reste, cependant, comme il l’écrit lui-même, un "aumônier-poilu", c’est-à-dire présent dans la troupe comme caporal-brancardier. Mais, pour faciliter son ministère sacerdotal, il est affecté à la « compagnie hors rangs » du régiment. (GP 219-221), ce qui lui donne une plus grand liberté d’action et même une certaine autonomie. Je signale ce fait, parce qu’il y a souvent confusion sur sa situation militaire. Voici comment les choses se sont passées chronologiquement.

Après la déclaration de guerre en août 1914, Teilhard n'est pas immédiatement mobilisé, parce qu'il n'a pas fait de service militaire. Il avait été ajourné en 1902 et en 1903. Puis, en 1904, il avait été classé au service auxiliaire. Fait surprenant que je m’explique mal, étant donné son bon état physique. Un de ses biographes prétend que, « en tant que prêtre, il ne peut faire la guerre ». C’est en effet la règle du Droit canon, mais celui-ci ne s’applique pas en France où, depuis 1889, les clercs ne sont plus exemptés du service militaire. « Curés sacs au dos » est devenu un slogan républicain. De fait, beaucoup de séminaristes et de prêtres feront la guerre comme combattants, simples soldats, sous-officiers ou même officiers. Par exemple, un de ses confrères, le P. de Bélinay est capitaine au 8e Chasseurs à pied (voir GP 173). En attendant son ordre d'appel, Teilhard retourne en Angleterre, à Cantorbéry, pour accomplir la dernière étape de sa formation jésuite, appelée « le troisième an ». Au mois de décembre 1914, il passe devant un nouveau conseil de révision qui le déclare mobilisable. Il est alors incorporé comme soldat au 105e, puis affecté à la 13e section des brancardiers, comme il l’écrit à sa cousine Marguerite, le 13 décembre, en lui précisant qu’il fait partie des brancardiers du service armé, qui sont exclus des hôpitaux. Il veut dire par là qu’il n’appartient pas au Service de Santé des armées, mais à une unité combattante. Fin janvier 1915, il est envoyé près du Front, à Cuvilly, petit village à 22 km au nord de Compiègne, à « l’Ambulance n° 2, de la 4e Brigade marocaine ». Quelques jours plus tard, il est affecté comme « brancardier-aumônier » au 8e Tirailleurs (GP 53 et suiv.) . Cette affectation spéciale, due à son colonel sur la proposition du médecin-major, le Dr Salzes, s’explique par le fait qu’il est le seul prêtre du régiment. Cependant, il n’a pas le titre officiel d’aumônier. Dans une lettre à Claude Cuénot, le Dr Salzes a décrit la situation, déclarant qu’il l’avait fait « nommer caporal-brancardier en surnombre ». A ce titre, il n’était lié à aucun groupe. Au cantonnement, en ligne, en opérations, il avait carte blanche et menait son œuvre comme il l’entendait » . Voilà une explication qui éclaire une situation que maint commentateur n’a pas comprise. Après Verdun, comme je l’ai dit plus haut, sa situation change. Il acquiert plus d’autonomie puisqu’il est alors affecté à une compagnie de services, ce qui lui permet de rayonner sur tout le bataillon. En fait, il est aumônier à titre officieux.

Je dois aussi préciser que, dans la France laïque, l’organisation de l’aumônerie militaire était très déficiente. Au début de la guerre, il n’y avait officiellement que des aumôniers « divisionnaires », c’est-à-dire un seul par division, ce qui était notoirement insuffisant. Sur l’initiative de députés catholiques on recruta des aumôniers volontaires parmi les prêtres qui n’étaient pas mobilisables. Ces derniers fonctionnaient comme adjoints des aumôniers divisionnaires. Mais c’était loin de correspondre au besoin des unités combattantes. Alors certains chefs de corps prenaient l’initiative d’affecter officieusement comme aumônier un prêtre de leur régiment habituellement servant comme infirmier ou brancardier. Le prêtre ainsi affecté gardait son poste militaire officiel, mais on lui ménageait des possibilités pour effectuer son ministère sacerdotal : célébrer des messes, circuler dans les tranchées pour rencontrer les combattants… C’est dans cette situation que Teilhard se trouvait . Il restait un homme de troupe parmi les hommes de troupe, partageant leur « gourbi » et leur cantine. Dès le début, sa position s’affiche clairement, expliquant son comportement durant toute la guerre : « C’est l’idéal de la vie banale et ignorée que je t’ai souvent prônée », écrit-il à sa cousine (GP 54) . Attitude originale qu’il convient d’analyser.

-La première remarque qui s’impose, c’est que son comportement s’inscrit dans la logique même de son engagement apostolique dans le monde. Il a voulu être un prêtre scientifique parmi les scientifiques aux avant-postes de la science moderne. C’est chez lui un principe d’action qui ne variera pas. On comprend, dès lors, qu’il soutiendra plus tard l’expérience des prêtres-ouvriers. Prêtre-brancardier, prêtre-savant, prêtre-ouvrier, un même combat comme un ferment au cœur de la pâte humaine, « au cœur des masses » selon la célèbre formule. Au Front, il voudra être « le camarade-prêtre » tout simplement au service de tous, Français ou Magrébins. Dans les déplacements il porte son « barda » comme tout fantassin. Une fois ou l’autre son major veut le débarrasser de son sac. Refus net : « comme les autres ! » La mise en lumière de ce principe de base me conduit à une seconde remarque.

-Notre homme se pose d’emblée comme un marginal par rapport à son milieu ou mieux comme un « pionnier ». Alors que ses frères feront la guerre comme officiers, alors que de nombreux séminaristes, religieux et prêtres deviendront sous-officiers ou officiers, il refusera toute promotion restant un simple caporal jusqu’à la fin des hostilités. Tout militaire sait qu’un caporal n’est pas un gradé, mais un homme de troupe . Cependant, son action dans un poste aussi modeste sera telle au sein de son régiment qu’elle suscitera un étonnement admiratif qui lui vaudra citations et décorations exceptionnelles pour un homme de troupe. Croix de guerre en 1915, médaille militaire en 1917, légion d’honneur en 1920.

Voici comment les choses se passent concrètement en première ligne. Je prends l’exemple de Verdun. Teilhard accompagne sa compagnie et se tient normalement avec son équipe de brancardiers au poste de secours dans un gourbi ou un abri aménagé. Les tirs d’artillerie sont fréquents. Quand c’est nécessaire, ils vont chercher les blessés. Comme Teilhard fait fonction d’aumônier, il peut aller à son gré voir les soldats en position dans les tranchées ou les abris. Cela demande de la détermination et du courage, car les déplacements sont extrêmement dangereux dans les « boyaux » sous les tirs de l’ennemi.

L’EXPERIENCE DE VERDUN : « LA MONADE PERDUE DANS LE GRAND HEURT DES ENERGIES BRUTALES »

Verdun, c’est pour Teilhard l’expérience la plus terrible de ses années de guerre, celle où son optimisme fondamental a failli sombrer. Certes, les batailles de l’Artois en 1915 l’avaient durement éprouvé, mais il avait mieux résisté psychologiquement. A Verdun il a craqué. Lors des deux montées en premières ligne, en juin et juillet, du côté de la cote 304 (voir ci-dessus), il a éprouvé « une sorte d’engourdissement » qui l’a fait fonctionner « un peu comme une machine » (GP 127-128), il a subi « une éclipse de son goût de vivre », probablement une période de dépression. Ce que l’on ignore souvent, c’est que tout au long de sa vie, il a été sujet à des états dépressifs, surmontés par un effort de la volonté et un abandon mystique à l’action créatrice de Dieu.

Lors de la troisième opération, du côté de Thiaumont en août, et pourtant la plus dure, il a retrouvé son allant. La situation est dramatique, il n’y a plus de tranchées ; c’est « un vrai relief lunaire », où les hommes se terrent dans les trous d’obus. « J’ai passé deux jours dans un trou, raconte-t-il à sa cousine Marguerite, encadré durant des heures entières par des obus qui tombaient jusqu’à moins d’un mètre de moi ». Et puis, c’est la relation de l’attaque qui mériterait d’être citée dans les anthologies sur Verdun. « Pendant 48 heures, j’ai habité un trou placé un peu en nid d’aigle au flanc d’une colline, d’où je voyais de fort près, la ligne depuis Thiaumont jusqu’à Fleury, lequel était à 200 mètres de moi. Au moment du tir de barrage, toutes les côtes et les ravins se mettaient à fumer : on eût dit un grand volcan aux flancs percés d’innombrables solfatares. Et puis, tout d’un coup, à une centaine de mètres de moi, j’ai vu sortir au pas, les vagues de fantassins qui rentraient dans Fleury, sans hâte, curieusement, jetant des grenades dans les trous… Nous avons eu pas mal de pertes, et douloureuses. Beaucoup de mes meilleurs amis du bataillon ne sont pas redescendus de là-haut… » (GP 151). Devant ce « chaos » et tant de souffrances, il note dans son journal : [« Sur ces côtes calcinées et fumantes, un seul monument a sa place : un grand Christ. Seule la figure du Seigneur en Croix peut exprimer et satisfaire le monde d’angoisse, de mystère, de secret espoir qu’éveille en nos âmes le spectacle et le souvenir de ce qui s’est accompli en ces lieux… Oh ! la peine du Monde ! Comme c’est là qu’on la sent… » ]url:http://Puis aussitôt, le sursaut d’optimisme impliqué dans sa vision de l’évolution de l’humanité : « Je crois que la souffrance de la guerre est le signe d’un grand travail qui s’accomplit. Dans la masse cosmique en accélération, en croissance, les éléments sont froissés, craquent, se plaignent… Et la transformation se poursuit… » (J 100).

C’est au cours de cette troisième opération qu’il s’est distingué par un acte de courage hors du commun. Le capitaine Courtiaux, que Teilhard connaissait bien, était tombé devant une mitrailleuse allemande. Le Lieutenant-colonel Vernois demanda une patrouille de volontaires pour aller chercher le corps. Devant les risques encourus par la patrouille, Teilhard proposa au colonel d’y aller seul. Le colonel, après hésitation, donna son accord. On était à environ 200 mètres des lignes allemandes. A la faveur de la nuit, vers 22 h. Teilhard partit en rampant parmi les trous d’obus. Avant le lever du jour il revenait portant sur le dos le cadavre du capitaine. Bel exploit physique aussi ! Au régiment, Teilhard était déjà un personnage auréolé de la baraka ; cette fois, c’était un héros. Le 17 septembre suivant, il était cité à l’ordre de l’Armée : « Modèle de bravoure, d’abnégation et de sang-froid. Du 15 au 19 août, a dirigé les équipes de Brancardiers sur un terrain bouleversé par l’artillerie et battu par les mitrailleuses. Le 18 août, est allé chercher, à une vingtaine de mètres des lignes ennemies, le corps d’un officier tué et l’a ramené dans nos tranchées » .

La quatrième montée au Front correspond à la grande offensive pour prendre les ouvrages défensifs sur les crêtes où se retranchent les Allemands. Le régiment de Teilhard reprend le village de Douaumont (ou plutôt ce qu’il en reste), tandis que d’autres unités de la brigade prennent d’assaut le célèbre fort de Douaumont. Son bataillon étant en réserve, il n’a pas vu l’attaque, d’ailleurs « invisible dans la fumée, la brume, la boue où se mouvaient des hommes couleur de boue ». Dès l’aube du lendemain, il est présent sur le terrain conquis, mais immobilisé avec son commandant dans un trou d’obus, toute la journée, au milieu d’un bombardement incessant. Déprimant de sentir la mort si proche, et dans l’inaction ! « C’est vraiment la difficulté suprême de consentir à disparaître dans la mort (…) On sent que Notre-Seigneur seul peut nous donner la vraie abnégation, sincère, profonde et réelle. – En fait, je crois que ces appréhensions sont pires que la réalité, - car tous ceux que j’ai vu mourir, l’ont fait si simplement ! (GP 175-177). Vision apocalyptique du champ de bataille : « un chaos de trous énormes et de bourbiers glissants ». Dans « cet océan de boue », on imagine les difficultés pour évacuer les blessés et assurer le ravitaillement des hommes…sans oublier les obus qui continuent de tomber. On vit, ou plutôt on survit, dans une demie conscience. Après, de retour à l’arrière, on a l’impression d’être sorti d’un rêve. Expérience inoubliable ! En septembre 1918, il écrira : « Il faut avoir senti passer sur soi l’ombre de la Mort, pour réaliser tout ce que la marche dans l’Avenir a de solitaire, de hasardeux et d’effrayant, dans son renouvellement (…) Ceux qui n’ont pas failli mourir n’ont jamais aperçu complètement ce qu’il y avait devant eux… Les autres, - ceux à qui un grand effroi a fait lever tout à fait la tête et regarder droit dans le Temps, la crainte les a pris souvent, même au milieu d’une course jusque-là assurée entre les abîmes, et il se peut que dans leur émoi ils se soient sentis enfoncés » . Avec émotion il note la mort d’un jeune Père Blanc. De nouveau, il est le seul prêtre au Régiment (GP 180).

La cinquième et dernière opération dans le secteur de Verdun semble avoir été moins éprouvante malgré les risques encourus. Sa brigade est chargée de prendre Louvemont et d’occuper les environs, ce qu’elle fait avec succès. Comme pour Douaumont, note Teilhard, peu de pertes à l’assaut, davantage par les bombardements. Il a suivi les vagues d’assaut avec ses brancardiers. La traversée d’un ravin profond sous un tir de barrage fut dangereuse. Comme, lors des attaques précédentes, il constate qu’il se produit alors une sorte de dépersonnalisation, "on devient "monade de guerre", élément dépersonnalisé d’une activité supra-individuelle ». Fait nouveau pour lui, il observe que les Allemands se rendent, alors que leurs abris bétonnés sont restés intacts. « Il est indubitable, en déduit-il, que, sans leur artillerie, ces gens-là ne tiendraient pas. Nous autres, nous avons tenu devant Verdun sans autre retranchement que des tous de marmites ; et, eux, ils se font cueillir par centaines dans des abris qui les protègent contre tout bombardement ! » (GP 198). Il a passé la première nuit dans l’un de ces abris avec trois blessés allemands. Le lendemain on mobilise les prisonniers pour transporter les blessés à l’arrière dans l’horreur de la boue où l’on s’enlise et avec le froid de l’hiver qui gèle les pieds. Comme notre brancardier a appris l’allemand dans sa jeunesse, il peut s’entretenir avec des prisonniers.


Malgré tout, Teilhard continue à noter ses réflexions.

Un an auparavant, depuis le 26 août 1915, Teilhard avait commencé à rédiger dans un cahier « une espèce de journal ». En tout cinq cahiers durant la guerre , et quatorze essais avant l’armistice. Certains se sont étonnés qu’il ait tant écrit dans des circonstances aussi dramatiques. Mais son cas n’est pas exceptionnel. Beaucoup d’œuvres furent rédigées par des combattants durant cette guerre. On oublie aussi que les unités engagées en première ligne étaient relevées après les attaques pour se reconstituer et se préparer à de nouvelles présences au front. Par exemple, dans le cas du régiment de Teilhard, on note durant la période de Verdun cinq opérations d’une durée moyenne de douze jours, soit environ soixante jours en ligne, sur environ six mois, ce qui fait quatre mois à l’arrière. C’est pendant ces périodes de calme que notre brancardier peut écrire.

Avant Verdun il n’a rédigé que deux essais : un écrit sur le mal en 1915 (voir J 20), qui n’a pas été retrouvé, et la Vie cosmique (24 avril 1916). Dans ce dernier il expose sa vision du monde et la présente en finale comme son « testament d’intellectuel ». Devant la perspective de la mort possible, il veut laisser un témoignage du message spirituel dont il se sent porteur. De fait, on y trouve l’essentiel des grandes intuitions qu’il développera par la suite (XII, 19-82). Durant la période de Verdun, il rédigera deux nouveaux essais, profitant d’une période de repos à l’arrière de près de deux mois, après la troisième opération : La Maîtrise du Monde et le Règne de Dieu (20 septembre 1916) et Le Christ dans la Matière, trois histoires comme Benson (14 octobre 1916) (XII, 83-105 et 107-127). Ce dernier texte tout empreint de poésie mystique s’achève sur l’évocation de l’éventualité de la disparition de son auteur (c’est juste avant l’affaire de Douaumont !) : « …Et, si je ne dois pas descendre de là-haut, je voudrais que mon corps restât pétri dans l’argile des forêts, comme un ciment vivant jeté par Dieu entre les pierres de la Cité nouvelle » (XII, 127).










Vendredi 16 Mars 2012 17:28