Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Pages 365 à 400 – Editions du Seuil


Dans ces chapitres Teilhard essaye d’imaginer quel pourrait être le sommet de l’évolution humaine. Que deviendraient l’homme et les sociétés humaines chauffés au plus haut de l’élévation de la conscience ? Autrement dit il tente d’imaginer le paroxysme de l’évolution de la noosphère et l’image progressive puis ultime du Christ cosmique.

Ceci amène à se poser des questions sur l’état actuel de nos sociétés et leur degré, en quelque sorte, de maturation. Des incertitudes sur plusieurs sujets peuvent se présenter. Celles-ci sont à évoquer autour de plusieurs points concernant : l’éducation, la difficulté à imaginer un Christ cosmique, l’évolution de son incarnation et enfin l’avenir possible en fonction du sens de l’espèce nécessaire.

L’éducation : ce n’est pas parce que nous discutons savamment à la manière de certains think tanks, que la masse de nos sociétés est parfaitement au courant de ce que nous disons comme de ce que disent beaucoup d’autres sur d’autres sujets. Il y a des zones absolument abyssales d’ignorance humaine. Dans ces zones les gens n’assimilent que des informations tronquées et parfois déformées par ceux qui manipulent ces informations. Il s’en suit que ces individus ou ces groupes n’ont d’autre ressource que de réagir selon des réflexes ataviques relevant plus de la psychologie du banc de poisson ou de comportements archaïques selon la description qu’a pu en faire par exemple René Girard lorsqu’il parle de violence et de sacré ou du complexe de bouc émissaire et de mimétisme.
Si nous n’arrivons pas à assurer correctement l’éducation et l’information, développement démographique et développement des média aidant, nous sommes proches de l’abîme.

Sens de l’espèce : si par malheur nous nous trouvons dans le cas de figure évoqué ci-dessus un sens de l’espèce suffisamment développé ne pourra s’établir. Les réflexes ataviques et les violences seuls se développeront.

Incarnation : en dehors des aspects rituels que prend ce mot, il s’agit de comprendre comment chaque chose et chaque être évoluant représente dans les images successives qu’il nous donne de lui des signes évidents du grand principe d’arrangement universel (pour faire court, de Dieu, diront certains). Le Christ est alors, selon Teilhard, l’approche humaine intelligible du sommet de cette évolution. Intelligible, parce que seule une forme humaine pourra permettre de représenter le paroxysme complexe de celle-ci. Nous sommes encore sur ce sujet bien ignorants. Seuls quelques mystiques seraient capables de lever un coin du voile. Ce qui n’exclue pas d’essayer.
Il faudrait, à ce moment du développement, ouvrir une parenthèse qui n’entre pas forcément dans le processus habituel de présentation de l’évolution. Il est utile, semble t-il, de présenter une information sur une découverte récente en biologie : Une chercheuse Suédoise, Malin Hernebring (université de Göteborg) a montré qu’un nouveau né, formé à partir d’une cellule maternelle de l’ADN de deux parents n’hérite pas de leurs marques de vieillissement (protéines oxydées, erreurs dans l’ADN). L’ADN est réparé dans les cellules mais pas les protéines qui arrivent aussi altérées dans les cellules embryonnaires que chez la mère. Les protéines anormales sont alors détruites. Ces processus de réparations paraissent bien miraculeux. On peut se demander si l’on peut dire qu’il y a analogie entre la sénescence des individus puis leur nettoyage embryonnaire et la sénescence des phylum ou société humaines qui se nettoieraient par révolution ou réformes énergiques. Ce commentaire est peut être un peu hâtif, voire erroné ? Il signifie simplement qu’il ne faut pas se précipiter vers des conclusions trop rapides concernant l’évolution de la noosphère. Des découvertes à venir concernant la physiologie des groupes humains pourraient encore modifier considérablement les perspectives. Il est nécessaire et légitime en tous cas de conserver l’espoir. Il ne faut pas, invoquant la sénescence de chacun, par analogie, estimer que l’évolution de l’espèce court également vers un déclin. La vie de l’espèce et la vie individuelle ne sont pas de même niveau. S’il y a des renouvellements il faut les évoquer sur des plans différents.
Maintenant pour compléter notre raisonnement sur l’incarnation il faut ajouter que l’historicité souvent archaïque de notre catéchisme coutumier nous empêche, en le nommant Christ, d’imaginer correctement la vision de son image ou de tout autre humain cosmique fils du principe universel.
Quoi qu’il en soit, il est utile de sacraliser et ritualiser les manifestations de l’incarnation (à défaut d’autre mot) et de savoir que celles-ci doivent rester évolutives.

Mercredi 15 Février 2012 18:42