Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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ECRITS DU TEMPS DE LA GUERRE pages36 à 46


Henri GUYOT  /  LE MONDE DES AMES
Le monde des âmes : Cette lecture pour moi commence mal. Je suis en effet un peu rebelle aux tentatives de définition de l'âme. Certes, j'imagine assez facilement que la vie a probablement besoin d'être animée pour qu'elle puisse se manifester, mais j'ai énormément de mal à définir les contours comme le processus de cette animation ( qui fait quoi ? Quand ?).

On ne peut avoir que des idées imprécises à ce sujet. L'âme s'approche mais ne se définit pas. On peut à peine la nommer. On peut par exemple susurrer, dire ou imaginer que pour être "en existence" vie et matière doivent être animées de l'intérieur pour être opératives dans l'assemblage de leur structure ( structure s'édifiant d'atomes en molécules ou peut être de parcelles d'information ou de verbe en construction caractérisée). En somme jusqu'à devenir vie et progression vers la conscience. Cela ressemble à une soupçon d'idée sur le processus mais n'explique rien de précis.
Ce raisonnement n'est qu'une approche, alors de là à affirmer que le "christianisme est une religion des âmes", le chemin risque d'être long et terriblement contourné pour aboutir à cette affirmation. On y risque l'erreur, les controverses, les mauvaises rencontres et le coup de fièvre mystique.

Cependant ce principe d'animation a un fumet de vérité. Sans chercher à l'établir on peut essayer d'en décrire des signes dans les domaines des êtres et des phénomènes qui nous entourent. Prenons un exemple un peu moins direct et caractérisé qu' être vivant. Par exemple donc : une assemblée de personnes "spiritualisés", comme dit ailleurs Teilhard. Il s'y instaure assez vite dans leurs débats quelque chose comme une confiance mutuelle, une aptitude à l'écoute réciproque, bref, une certaine interdépendance. Certains pourraient dire que cet état qui flotte entre les participants est de l'ordre de ce que l'on pourrait imaginer autour du mystère de la Communion des Saints. Certes les auréoles ne poussent pas si facilement que cela dans les chemins caillouteux. Et on ne va pas tout de suite nommer cette dépendance mutuelle "le corps du Christ" comme dans le texte de Teilhard objet de ces commentaires. Le chemin est encore long, mais certaines paroles christiques semblent sonner tout d'un coup assez justes, par exemple : "si vous vous réunissez en mon nom, je serai au milieu de vous".
J'oserais presque dire qu'il s'agit du signe d'une incarnation permanente. La résurrection du Christ serait encore, quoique d'un autre niveau, de même nature. (vue de cette façon elle est d'ailleurs plus facile à comprendre et à s'imaginer concrètement). Du même coup la notion de Christ cosmique en tant que phénomène d'incarnation cosmique prend tout son ampleur.

Mais l'image du mot est sans doute un peu trop forte pour le mot. Pour y voir vraiment le principe, je crois plus humblement qu'il faut rester très terrestre et illustrer le mot de gaieté et d'amour. Pourquoi parler du scandale du royaume de Dieu ? Je préfère de loin imaginer une prairie printanière couverte de fleurs à la manière de Saint François d'Assise.

Vivons donc une religion heureuse !
 

Samedi 28 Mars 2015 21:50