Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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(pages 134 à 178 - éditions du Seuil)


Henri GUYOT/ Le Milieu Divin page 134 - 4ème partie
Tout le texte de Teilhard, situé entre ces pages 134 à 178, m'a laissé un peu perplexe et ne m'a pas vraiment donné des pistes pour mieux appréhender ce que pourrait être le Milieu Divin. Il est certain, et Teilhard le dit, ce milieu s'approche de préférence par sa périphérie grâce à des notions de chaleur humaine, d'unité, de centréité, de convergence, de réalités, d'incarnation, d'amour, de communion,...
 

Il faut cependant en outre, dit Teilhard, être spiritualisé. Et bien, tout bien réfléchi, il semble que si nous ne le sommes pas tous en surface, nous le sommes tous en profondeur, souvent sans vraiment en prendre facilement conscience. D'autant que le milieu divin n'est pas l'écorce mais le noyau de la vie spirituelle. Il est toujours plus ressenti que décrit. Pour l'apprécier il faut une démarche active jusqu'à se rendre compte qu'il est incarné dans tout ce qui nous entoure.
Deux attitudes sont alors possibles :

1 - Faire un effort pour mieux assurer cette perception,
2 - se perdre en Dieu - c'est ce que semble faire Teilhard dans un discours philosophique et mystique où, au moins son lecteur, risque de se perdre.
C'est ce qui m'est arrivé et c'est peut être aussi arrivé à notre président (qu'il m'excuse si je me trompe). Pour me rassurer sur de possibles égarements et en avoir le cœur net, je suis parti à la recherche d'un Teilhard plus intime à travers sa correspondance. Je vais vous en lire quelques extraits. Le Milieu Divin a été publié en 1926 et vous verrez qu' à cette époque il semblait lui même un peu incertain sur quelques sujets religieux. Les premiers textes ne concerne que son mal vivre avec le poids de sa hiérarchie (et ils sont intéressants en ce sens), mais vous verrez qu'au fil des citations il en vient à estimer que son ouvrage mérite des éclaircissements.

31 décembre 1926 - Tiensin
A certains moments, j'ai tellement l'impression d'étouffer dans l'atmosphère "catholique", je sens si lourdement peser sur mon esprit le poids du corps ecclésiastique, que je me sens traversé par des éclairs de révolte comme si l'esprit de mon grand oncle Voltaire se prolongeait curieusement en moi. Vous me le direz, je le reconnais, ami, plus un organisme non encore spiritualisé est puissant, plus les servitudes momentanées qu'il impose sont insupportables. Tout de même, si par impossible l'Eglise nous avait trompés, elle qui pèse de tout son poids sur nos consciences, jusqu'à nous enlever le droit de nous défendre, il me semble que je n'aurais pas trop d'une éternité pour la haïr.


Pékin février 1927
Je suis prisonnier dans l'Eglise par les vues qui me découvrent les insuffisances de celle ci.


Pékin 14 juillet 1934
A vrai dire, il y a des moments où je me sens dériver si loin que je me demanderais presque si je suis catholique, sinon chrétien.


Tiensin 3 février 1937
Ce Dieu ... de quel droit pouvons nous lui rendre un culte privé ésotérique, et nous résigner à laisser prêcher à la pauvre masse humaine une religion dont l'expression ne nous satisfait plus ? ... Le sans-gêne (je le dis sans amertume, mais froidement et objectivement) avec lequel on a mis au panier à Rome , sans même m'avertir et discuter "Le Milieu Divin" dont la révision de Louvain urgeait la publication .... Je prépare une sorte de petite somme plus simple, plus dépouillée, mais plus construite de l'essence de mes idées. Cela s'appellera Le Phénomène Spirituel (trois parties :Spiritualisation, Personnalisation Moralisation).


Ainsi en 1937 Teilhard envisageait une refonte plus abordable de son titre Le Milieu Divin.
J'espérais donc dans l'étude de cet ouvrage trouver un espoir pour notre époque. Surtout d'envisager une pensée qui permettrait de réduire les oppositions entre les religions. Notre siècle en a vraiment besoin.
(En ce point de mon texte, j'en profite pour rendre hommage à Jean-Pierre Frésafond pour l'article paru dans l’éditorial sur le site de l'association. Son article est bon et surtout il permet de faire entrer les textes de Teilhard dans le domaine de la réflexion politique).
Quant aux oppositions, en général trop dogmatiques, elle ne peuvent être résolues que par le Haut. Il est urgent de le répéter et de ne pas laisser le monde croire au mal qui brouille les cartes faisant surgir les rancœurs, les frustrations, les faux-semblants, les désirs de vengeance avec leurs cohortes d'atrocités.

J'ai donc eu l'innocence de penser que je trouverai des éléments pour ce travail dans Le Milieu Divin. Mais finalement le message y est bien troublé par une fièvre mystique pas toujours claire. Par contre, dans une dernière lettre de Teilhard, on trouve les prémices d'une pensée plus achevée (1954 - 55). Je vous laisse à la lecture de cette lettre à Monseigneur Bruno De Solages reproduite ici en annexe.
Il est dommage que la mort n' ait pas laissé à Teilhard le temps de montrer le chemin aux "fous de Dieu" de toutes espèces.


New York,2 janvier 1955 - Lettre à Monseigneur de Solages

Votre lettre du 24 décembre m'a été une vraie joie.....Quoiqu'il en soit, je médite de reprendre (en plus concentré et plus centré ? ...) ma Weltanschauung dans un essai sur le "christique" - impubliable, naturellement, - mais qui peut éventuellement aider à la naissance du Dieu "trans-chrétien" que nous attendons. Toynbee a raison, je crois,quand il écrit que, sans nous en douter, nous sommes déjà sortis de "l'ère chrétienne". Mais là où il se trompe (à mon avis) c'est quand il qualifie notre époque "d'ex chrétienne". C'est "trans-chrétienne" (je le répète)qu'il aurait du dire. - Je suis de plus en plus convaincu que l'ノglise ne reprendra sa marche conquérante que lorsque (reprenant le grand effort théologique des cinq premiers siècles) elle s'attachera à repenser (à ultra penser) les rapports existants, non plus entre le Christ et la Trinité, - mais entre le Christ et un Univers devenu fantastiquement immense et organique (un trillion au moins de galaxies contenant presque sûrement chacune de la vie et de la pensée...). le Christianisme ne peut survivre (et super vivre), je le sens, qu'en subdistinguant dans la "nature humaine" du verbe incarné une nature "terrestre" et une nature cosmique Autrement notre Foi et notre Charité ne couvrent plus le phénomène : et en dépit de toutes les années mariales nous sommes f... La situation me parait à la fois tragiquement et magnifiquement claire (quels splendides développements réservés à l'Amour chrétien!...). Mais que Rome finisse donc par s'en douter, - enfin !...
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Vendredi 26 Septembre 2014 15:01