Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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"Ecrits du temps de la guerre" / (pages 65 à 76)


Henri GUYOT / Maîtrise du monde et le règne de Dieu / la laïcité
Dans ce texte apparaît, me semble-t-il, le contraste qu'il peut exister entre la joie, le goût, l'effort de la recherche contre le surgissement brutal du malheur - Teilhard entrevoit dans la perte de son ami Pierre Boussac, arrivée au milieu de son travail de recherche, comme le "rejet de tout ce qu'il avait adoré". Puis il se reprend et déclare que "le labeur humain patient et doux est une obligation fondamentale de l'homme". Celui-ci serait le moteur de l'évolution naturelle et surnaturelle de l"humanité.

A propos de ce contraste, sans qu'on saisisse bien le lien (peut-être est ce pour insister sur la primauté de la recherche), Teilhard imagine que même "les cultes laïques ne sont pas incompatibles avec cet effort". Il introduit donc dans son raisonnement, en quelque sorte tangentiellement , le principe de laïcité. Laïcité donc, finalement, c'est ce qui m'a interpellé, et c'est moins ce que Teilhard dit que ce qu'il ne dit pas; à savoir comment ce principe laïque s'inscrit dans le travail de recherche spirituelle. Il analyse l’évolution du groupe humain à travers les époques en évoquant pourtant de grands thèmes : passions, progrès, mouvements de la Renaissance, la soif de la justice, de la liberté, le féminisme, etc... bref tous les mouvements de l'histoire des hommes vers la vérité.

Mais nulle part le principe de laïcité n’est vraiment développé. Or depuis longtemps en France ce principe y est absolu, voire prend l'aspect d'une quasi religion. Ne faudrait-il pas pourtant, maintenant à la lumière du progrès spirituel si fortement accéléré par Teilhard et quelques autres, raisonner sur la laïcité avec des propos qui ne soient pas tabou. Je crois, en effet, qu'il est temps de revoir les conditions d'insertion de ce principe dans les réflexions à propos de nos sociétés. Ne devrait on pas ainsi le recaler un peu mieux dans le courant du progrès spirituel. Le progrès spirituel, quant à lui, a été politiquement, socialement et même économiquement beaucoup négligé au profit des postures laïques. Ces postures ont eu même tendance à remplir le vide laissé par une recherche spirituelle en panne. On se demande d'ailleurs pourquoi Teilhard ne développe pas davantage le sujet alors que lui-même dans sa formation de jésuite a eu à souffrir des attitudes prises en France au moment de la séparation de l’Église et de l’État.
Comment ne pas dire que ce principe, pourtant, n'a aucune base claire dans le domaine spirituel ? Il est certes une méthode, une recette très utile et partant une aire de repos qui permet d'éviter les chocs entre les religions dictées. Mais sur le plan spirituel il a plutôt un rôle d’assèchement. D'ailleurs certains initiateurs violents de mouvements religieux de notre époque ne s'y trompent pas et nous qualifient immédiatement, nous les laïques, d'incroyants. Ces incroyants ou infidèles peuvent alors être livrés aux pires exactions. C'est une attitude pour ces initiateurs totalement légitime, voire vertueuse. D'autant que lorsque des religions s'opposent vraiment elles sont, catholique comprise, des religions révélées. La Révélation coupe la parole et rend inaudible les autres religions. Elle coupe la parole à ses propres adeptes mais aussi aux autres croyants de religions différentes qui n'ont pas à être entendus.

Comment faudrait-il maintenant initier une recherche spirituelle partageable par tous ? Peut-être, rendant la Révélation moins absolue, faut-il en revenir à la Nature, sur "les promesses qu'elle a faites et sur l'organisation humaine". Cet assouplissement de la Révélation n'était probablement pas encore envisageable à l'époque de Teilhard et même on envisageait pas suffisamment que la recherche sur la Nature (c'est à dire le travail d'exploration scientifique) puisse être une voie vers Dieu ou vers quelque chose dont le nom puisse ressembler à Dieu. En somme on ne voyait-on pas encore très bien jusqu'à quel point on pouvait rapprocher recherche scientifique et recherche spirituelle. Elles ont si longtemps paru complètement opposées. On imaginait pas encore qu'en faisant des recherches sur la matière on pouvait faire une rencontre qui ressembla à une idée de Dieu.

Faut-il citer des exemples ? On en remplirait aujourd’hui des pages (mais ce n'est pas le lieu et je n'en ai pas la capacité). Des pages donc, aussi bien dans les sciences de la vie (code génétique des mitochondries - vieillissement des télomères - auto programmation informative du vivant - le verbe) que dans les sciences physiques ( quanta - structures des particules élémentaires - particules corrélées - révision sans cesse mise à jour du "modèle standard").
Certes on ne peut rien encore prononcer d'une manière définitive, mais le langage scientifique devient de nos jours de plus en plus prudent sur ce genre de sujet (Raymond Ruyer : La gnose de Princeton - Rémy chauvin - Conrad Laurens ...)



 

Lundi 1 Juin 2015 15:13