Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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La, ou les, théories de l'évolution devraient maintenant ne faire partie que du domaine scientifique. Seule la nature de l'élan primordial reste, à coup sûr, difficile à cerner scientifiquement. Alors les théories de l'évolution interférent dans la théologie de la création de moins en moins, sinon pour quelques créationnistes nostalgiques de l'interprétation biblique de la création du monde en sept jours. Ce qui veut dire qu'il y a encore beaucoup à découvrir en science à propos de l'évolution, en particulier en micro biologie, micro physiologie et génétique. Ainsi, finalement, on ne devrait plus aujourd'hui accueillir avec faveur des tendances fétichistes ou à caractère superstitieux.
Reste les théories de la création.

Au départ deux questions :
– Pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien au tout début ?
– C'est quoi le moteur de la création et où est-il ?

On peut, bien entendu, répondre en disant que c'est le goût de vivre qui s'exprime dans la création. C'est une réponse intéressante, certes, car elle explique tout un éventail de phénomènes depuis l'activité et la présence des micro organismes (virus ou cellules parasites) jusqu'au développement et capacités d'adaptation des animaux dits supérieurs. Mais dans la formule même "goût de vivre" le mot goût est d'un flou artistique qui n'a rien de scientifique.

Alors, ne pourrait-on pas accoler à l'idée de théologie de la création l'idée d'incarnation? Ce qui est alors difficile dans ce cousinage éventuel c'est qu'on ne peut pas parler d'incarnation sans parler du Christ, puis de sa résurrection, puis du Saint Esprit puis d'un grand principe que l'on nomme Dieu. C'est-à-dire qu'on ne peut pas parler d'incarnation et tenter d'en découvrir la présence moderne réelle ou symbolique dans l'univers sans utiliser des mots qui renvoient à l'histoire christique ou à une catéchèse plus ou moins surannée. Cela va déjà un peu mieux quand on parle comme Teilhard de Christ cosmique. Le Christ historique devient, dans le discours, alors un peu moins présent, ou plutôt, on peut plus facilement l'envisager comme une entité divine humaine fraternelle ( note de bas de page n° 1) , à l'oeuvre dans chaque grain de l'univers.

Pour dire les choses autrement on peut dire que, depuis la matière qui se transforme, jusqu'aux mitochondries qui appartiennent à nos corps organisés, on comprend mieux cette capacité à vivre qui semble appartenir à tous ces grains de vie. On comprend aussi qu'ils aient la capacité à s'autoprogrammer (note de bas de page n° 2) Peut être alors recevrons nous comme une illumination ce phénomène cosmique en évolution qui nous donnera encore quelques clés d'un univers en route vers un seul point dynamique "Omega".

Cette présentation de la création selon une voie scientifique représente en quelque sorte la façon d'en exposer l'état des lieux pour chaque époque. Mais à moins que chacun ait les connaissances de base suffisantes pour sa compréhension, elle n'est pas suffisante pour représenter aux yeux de beaucoup une spiritualité ou une religion formelle.
Il y manque ce que mettent habituellement les religions dans leurs livres d'images en symboles, rites et dogmes. C'est-à-dire ce qui constitue le catéchisme parfois totalitaire qui leur est propre.
Ceci ne veut pas dire qu'il faille tout effacer. Il faut que la nouvelle présentation reprenne de plus haut l'image de la spiritualité et que celle-ci soit compréhensible n'importe où et pour tous dans le monde.
Je crois que pour cela la notion essentielle à respecter est l'évolution quelle que soit la forme régionale (note de bas de page n° 3) prise par la religion. On peut admettre que ces formes puissent être particulières à un peuple ou à une région, mais d’abord et avant tout se convaincre qu'elles puissent être évolutives et peut-être même convergentes avec les autres formes en cours de reconstruction . (note de bas de page n° 4)

Ces évolutions sont elles maintenant visibles ?
Henri de Castries, PDG du groupe AXA a produit récemment un article concernant l'avenir de nos civilisations. Il y écrit que l'accumulation et la diffusion des connaissances dans le monde semble aujourd'hui annoncer une période féconde comparable à celle de la Renaissance au 15ème et 16ème siècle (naissance de l'imprimerie).
En effet, nous savons tous ce qu'apporte internet. Nous savons tous que nous pouvons disposer d'une masse d'informations plus importante que jamais, ici, maintenant et partout dans le monde. Cela est unique et ne s'est jamais produit avec une telle ampleur. Mais il ne faut pas que le totalitarisme religieux ou le totalitarisme des centres étatiques (i.e. les structures organiques étatiques - les idéologies politiques sectaires) se trompent. Ces centres uniques sont vulnérables.

J'aurais aimé volontiers ajouter à cet instant que tout le monde se trompera d'autant moins si une inspiration spirituelle conciliatrice venue de plus haut anime d'ardeur chacun des acteurs. Je pense avec Teilhard que sa foi en une religion de l'évolution en donne les clés. A nous d'en trouver le vocabulaire approprié. A nous d'extraire de l’œuvre de Teilhard la substantifique moelle de sa pensée en la dégageant des contraintes qu'il s'imposait vis-à-vis de sa hiérarchie et des autorités ecclésiastiques.

Nous ne devons plus imaginer la spiritualité moderne selon les schémas du 19ème siècle. Le futur moteur sera puissant.
Ainsi donc en dehors de l'optimisme d'Henri de Castries peut-on essayer de découvrir d'autres signes, ou alors nous vivrons dans tous les domaines dans un monde soumis au chaos. Essayons de tenter un inventaire :
1 - Désaffection de la pratique religieuse. Elle frappe certes le Christianisme et plus spécialement l'Europe. Mais la curiosité des hommes est grande : curiosité pour d'autres formes religieuses - curiosité pour l'ésotérisme - curiosité pour le site internet de notre association lyonnaise (300,000 consultations par an venant de tous les coins du monde).
2 - L'actualité de l'information nous parle sans cesse des soulèvements de peuples qui voudraient un peu plus de démocratie et n'acceptent plus le totalitarisme religieux d'état.
3 - Ce genre de mouvements existe partout, même dans nos démocraties occidentales. C'est un peu comme si les peuples en avaient assez du politiquement et laïquement "sanitized" aggravé du principe de précaution. Ils cherchent parfois en désordre une inspiration "de plus haut".
En somme, il faudrait être prêcheur ou pasteur prolifique et imaginatif pour proposer de nouveaux cadres spirituels évolutifs. Teilhard est un peu ça, mais il semble toujours sensiblement retenu en arrière par la tradition.

Pour l'instant, à défaut de ce pasteur inspiré, il semble qu'il faille suivre les schémas que nous avons appris en les rendant absolument évolutifs.
Teilhard éclaire le chemin.




Note n° 1 : Fraternelle à tous les niveaux : de particule à particule, d'être primaire à être primaire, d'homme à homme (le Christ ou sa représentation à tous niveaux, à toutes époques.)

Note n° 2 : Dieu crée sans cesse.

Note n° 3 : Régionale en lieu et temps.

Note n° 4 : On devrait dire d'apprentissage.

Samedi 13 Juillet 2013 08:32