Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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(chapitre 8 Comment je crois Coll. Point Seuil pages 117 à 137)



Pour faire des commentaires, il faut ici s'engager personnellement, car ce texte ou il est question de foi est sensible. Qu'on veuille donc bien m'excuser d'utiliser le « je » contrairement à mes habitudes.
Mes commentaires ne seront pas non plus synthétiques à travers toutes les pages de Teilhard citées dans le titre. Ils se feront page par page tellement le texte est riche et multiple.

Page 117 – J'ai un peu de mal à bien cerner ce que Teilhard veut dire à propos du terme « personnel ». J'en ai une compréhension partielle. En effet, autant je crois que le Christ universel (ou cosmique) est entre autres une entremise nécessairement humaine pour approcher la montée vers oméga, autant j'ai du mal à voir comment cet effort de recherche, bien qu'individuelle, gagnerait en qualité en étant encore plus personnelle. L'effort personnel fait partie de notre devoir, mais n'est pas en soi une fraction de l'objectif.

Page 119 – On ne peut qu'adhérer à ce que dit Teilhard : « Croire, c'est opérer une synthèse intellectuelle ». J'ajouterai simplement que cet effort de synthèse, pour l'adhésion de notre conscience à une perspective générale de l'univers, provoque accessoirement pour soi des effets consolidateurs bienfaisants.

Page 120 - « Je continuerai invinciblement à croire au monde ». Cette formule est à méditer ; il semble bien que Teilhard avoue entre les lignes qu'il peut y avoir d'autres chemins spirituels au monde outre le christianisme.

Page 122 – Cette page contient une affirmation de la convergence de l'univers. Cette notion s'opposerait à la pensée de Bergson qui envisagerait plutôt un univers de dispersion. Si tel est bien le cas, c'est lui qui ne serait pas clairvoyant tellement le mouvement d'unification des sciences paraît évident aujourd’hui. Ou alors faut-il imaginer que chaque montée de conscience suscite des vocations de déclinologues. Pourtant j'aurais bien souhaité que l'on ne place pas dans cette catégorie certains philosophes de notre temps comme René Girard (« L’Apocalypse a déjà commencé ») ou Edgar Morin (« Vers l'Abîme »).

Page 123 – Teilhard affirme que l'homme dispose d'un sens spécial : la mystique. Sur ce sujet il faut à mon avis être obligatoirement sincère avec soi-même pour faire un commentaire. Il faut en effet avoir un minimum de courage pour confesser que l'on possède en soi une fraction de ce sens spécial. Il faut oublier toute pensée dictée ou tout comportement sociétal acquis par l'éducation. Pourtant, pour mettre en évidence cette faculté, sans doute voisine de l'émotion, il suffit de constater que dans une assemblée d'auditeurs « en recherche authentique » un sentiment de confraternité naît rapidement. Nous appartenons ainsi tous à une cosmogénèse. Le mal viendrait des esprits dogmatiques partisans et étriqués, bref, de tous ceux qui ont peur et s'enferment dans des croyances dictées et protectrices.

Page 127 - « L'homme doit être situé sur l'axe principal de l'univers ». Je crois qu'aujourd'hui on peut ajouter que sur cet axe il n'est peut-être pas unique. Le phénomène humain est bien un phénomène propre à l'univers. Il faudrait inventer un autre mot que le mot humain pour en caractériser l'aspect cosmique. C'est un phénomène d'émergence de conscience très charnel sans doute et propre à l'endroit du cosmos dont il émerge. C'est un phénomène sensible, peut-être amorisant, en marche en avant vers oméga.

Pages 129-130-131-132 – La notion d'irréversibilité devient ainsi évidente ici et ailleurs. Il y a de l'immortel en avant de nous. « L'humanité est placée entre le suicide et l'adoration ».

Page 134 – Teilhard parle d'âme supersonnalisée. Pour employer une terminologie habituelle à Teilhard, j'aurais plutôt dit « ultra personnalisée ». Pour comprendre la nuance entre super et ultra, il faut se référer aux schémas de l'évolution proposés par Teilhard : il n'y a pas de super atome, mais un ultra atome, c'est-à-dire une cellule ; il n'y a pas de super cellule, mais des ultra cellules, c'est-à-dire l'émergence de la vie.

Page 135 – Il n'y a pas de survie personnelle, mais plutôt une ultra vie dans un univers en marche parce qu'immortel.

Pages 136 et 137 – Ces pages contiennent un essai de présentation du point oméga. Je ne l'ai pas trouvé très clair. Cela doit arriver à bien d'autres. C'est pourquoi nous avons besoin d'un personnage cosmique charnel pour espérer l'approcher. Mais il est certain, comme semble le penser Teilhard, que cette idée entraîne une perte confiance en toutes les religions révélées.

En conséquence notre époque a besoin de dessiner les contours d'une religion évolutive actuelle. Qui fera le travail ?


Lundi 28 Janvier 2013 19:14