Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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L’avenir de l’homme (pages 318 à 349) - Seuil



L’humanité se meut-elle biologiquement sur elle-même.
Ce chapitre, bien qu’écrit il y a plus de 60 ans, paraît avoir été écrit pour les hommes d’aujourd’hui. En effet il est moderne par plusieurs de ses aspects.
D’abord par l’approche biologique de l’évolution. A l’époque de Teilhard on connaissait déjà cette approche à travers de nombreux écrits : Darwin, Huxley, Bernanos, Lorenz, Alexis Carel, bien d’autres, etc.

Maintenant ce point de vue est, si possible, encore mieux ancré et confirmé par des publications scientifiques actuelles : citons les récents travaux sur l’A.D.N., les mitochondries et de nombreux ouvrages dont celui de Didier Raoult (Dépasser Darwin) : l’homme est une mosaïque génétique qui continue à s’approprier des gènes. L’originalité de Teilhard est de dire que ce mouvement s’inscrit dans le même processus que la naissance de la vie et la naissance de la première pensée. Originalité confortée par le commentaire suivant : En même temps il n’y a pas déshumanisation mais ultra personnalisation. C’est dire qu’il y a une sorte de totalisation humaine dans une prise de conscience globale, mais sans totalitarisme imposé ce qui serait fixiste voire rapidement rétrograde. L’évolution est irréversible. Elle est irréversible sur le plan biologique, social, le plan religieux et même le plan politique contrairement à ce que les adversaires de certains combats voudraient nous faire croire. Dans ces quatre ordres, on ne peut revenir en arrière. C’est-à-dire faire des restaurations de régimes révolus; on ne peut pas, par exemple et entre autres :

- rétablir d’anciennes structures révolues (castes, corporations, féodalité…)
- rétablir d’anciens rites désuets, expression de fétichismes et superstitions anciennes ;
- rétablir d’anciennes structures politiques (monarchies de droit divin ou même acquis sociaux politisés archaïques).
Pas plus qu’on ne peut transformer une fourmi en dinausore.
La nostalgie n’y peut rien : En avant, la vie n’attend pas, nous sommes en position instable. Il faut choisir :
- Peut-on être pessimiste comme parfois Edgar Morin (Vers l’abîme) et René Girard (l’Apocalypse a déjà commencé).
- Il faut être au contraire optimiste comme Teilhard qui discerne quelques frémissements favorables dans le mouvement du monde. Il dit « Nous nous mettons à croire à une super organisation du monde ».
Les dernières convulsions du monde semblent confirmer cet aspect. Finalement c’est la force d’entraînement du pari de Pascal qui joue encore chaque fois.

Dans le chapitre 18, Le cœur du problème,
Teilhard examine plus précisément l’aspect religieux de l’évolution. Il s’attriste de constater que nous assistons « à une montante et irrésistible déchristianisation » ou plus généralement à une insatisfaction généralisée en matière de religion.
Pour Teilhard la source de cette difficulté réside dans le fait que les hommes ne savent choisir dans la marche de la connaissance ni la solution de « l’en-avant » ni la voie de « vers l’en-haut » soit :
- foi chrétienne ascensionnelle vers l’en-haut,
- foi humaine propulsive en de l’ultra humain en-avant.

La bonne voie serait une troisième courbe résultante des deux forces.
Bien modestement il me semble à moi que, finalement, Teilhard ne va pas vraiment au cœur du problème. Il semble qu’il faudrait faire un tri des rites et des dogmes qui plombent et fixent la courbe évolutive du christianisme et l’empêchent de bouger. C’est en outre aussi vrai pour l’aspect dicté de bien d’autres religions. Teilhard par le passé s’est un peu aventuré dans dette direction et cela a failli lui coûter sa carrière (affaire du péché originel et peut-être de l’immaculée conception). Pourtant Jean-Paul II et Paul VI, à travers leurs écrits, ont l’air d’avoir généralement une vision très claire de l’évolution, mais leur énergie réformiste ne paraît pas évoluer dans le sens évoqué plus haut. Ont-ils peur, en supprimant quelques piliers, d’abattre tout l’édifice ? Les structures qui les entourent paraissent alourdir leurs pas. D’autre part, il est certain qu’il faut aussi tenir compte de la nostalgie et de la propension quasi atavique des peuples à réagir d’une façon fétichiste ou superstitieuse.
Il est vrai aussi que l’expérience de la connaissance de Dieu est un exercice très complexe, obscur et parfois dangereux. Il faut ancrer la recherche sur des symboles suffisamment évolutifs pour rester clair à tout moment et ne pas risquer de devenir totalitaire.
Peut-être est-ce cette tâche et cette analyse à accomplir, point par point, après inventaire, sur les dogmes et rites existants. Qui donc aurait la situation et l’audience suffisante pour le faire ?
Ou bien encore faut-il attendre les amples mouvements des peuples jusqu’aux limites de l’impossible ? C’est également dangereux.







Lundi 7 Novembre 2011 18:29