Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






Galerie
L’analyse des évènements que nous avons vécu pendant le 20ème siècle corrobore les éléments évoqués ci-dessus.
La terre est psychiquement portée à l’incandescence, selon Teilhard. C’est vrai : la fin du 19ème siècle et surtout le 20ème ont foisonné d’idées et de thèses concernant l’avenir de l’homme en même temps les technologies des sciences appliquées se développaient formidablement. Citons en vrac, et d’une manière non exhaustive : A Conte, Darwin, Kant, A Carrel, Bergson, Saint-Exupéry, Carl Marx, Mein Kampf,… plus quelques théoriciens de l’économie politique.
La théorie de la noosphère et la montée vers oméga selon TC est évidemment optimiste, si bien que ceux qui en sont convaincus se demandent étonnés pourquoi cette vision n’est pas partagée par tous les hommes de bonne volonté quelque peu éclairés où qu’ils se trouvent. Pourquoi donc, si la terre doit briller de cette lumière partout, la violence persiste-t-elle ? C’est une contradiction impossible et révoltante.
Pourtant on peut essayer de trouver un élément de réponse en cherchant dans l’œuvre de René Girard. Bien qu’il semble directement opposé à Teilhard à propos de l’avenir de l’homme, il donne quelques pistes dans plusieurs ouvrages.
D’abord dans un de ses ouvrages récent – Achever Clausewitz. Carl von Clausewitz, stratège prussien, auteur de “De la guerre” a inspiré Hitler et est toujours étudié dans les écoles de guerre. La guerre est la continuation de la politique selon lui. Il se pourrait cependant que dans cet ouvrage inachevé Clausewitz ait voulu plutôt qu’un manuel de stratégie essayer d’imaginer comment les gouvernements pouvaient faire taire les armes. Alors dans son propre livre à ce sujet, Girard essaye de terminer le bouquin de Clausewitz. Mais s’opposant à Teilhard il commence par proclamer que l’apocalypse a déjà commencé car la violence des hommes, échappant à tout contrôle menace aujourd’hui la terre entière. Pourtant on y trouve quelques lueurs d’espoir, comme d’ailleurs dans les idées qui traversent toute son œuvre comme “La violence et le sacré”. Il revient toujours à ses théories sur le mimétisme et sur la notion de bouc émissaire. Sans le dire vraiment explicitement il semble indiquer que le comportement mimétique des hommes ainsi que leur propension à se trouver un bouc émissaire quand ils vivent un évènement catastrophique ou incompréhensible, sont des réflexes ataviques du groupe humain.
En somme tout se passe comme si l’homme atavique qui existe encore en nous était en retard par rapport à l’homme réfléchi et évolutif selon Teilhard.
Pour chacun de nous le problème est de savoir où on se place entre atavique et réfléchi. La où existent en majorité des hommes ataviques, à la nuque raide, peu informés, ou prisonniers de sociétés à croyances dictées l’homme réfléchi est en danger. L’inverse est également vrai : une société soi-disant éclairé fabrique vite des séditieux et les enferme.
En résumé il est possible en effet que cela se présente plutôt mal. Tout dépend en réalité de la dynamique de l’information. Que peut-on imaginer de l’avenir de l’information noosphèriques ? Peut-elle sauver les hommes et l’évolution ?


L’information – Dynamisme de l’information – Les freins à la pénétration des idées : sectarisme, mimétisme, bouc émissaire…


Tout ne serait-il dans l’univers qu’ “information”, information au singulier et au pluriel et dans tous ses sens, en sciences physiques et biologiques (arrangement des microparticules, par exemple) ou en sciences littéraires et philosophiques ? Le sens du mot « information » étant usuellement compris d’une façon différente pour chacune de ces disciplines.
Il semble que la physique théorique pourrait peut-être conduire à cette constatation. L’information est déjà à l’œuvre dans la constitution de la matière (dans son équilibre et son déséquilibre). Elle est dans l’élaboration de la vie ; vie qui s’établit d’une façon continue de la matière à la pensée évolutive réfléchie, avec, semble- t-il, des capacités d’auto programmation tout au long des étapes. On ne peut que constater que l’information possède une dynamique créatrice qui lui est propre.
Mondialisation de l’information, des idées, des connaissances, voilà où nous en sommes aujourd’hui. Mais alors par quel étrange paradoxe les phénomènes d’enfermement des idées et les sectarismes se développent-ils si souvent aujourd’hui ? La mondialisation devrait ouvrir les frontières.
Peut-être les cellules individuelles et certains groupes ou sociétés se sentent-ils plus facilement pénétrables par le flot des influences noosphèriques ? Les individus de ces cellules conservent-ils irrépressiblement le vieux réflexe atavique propre à tout être vivant de se perdre dans la masse de leurs semblables pour se protéger des prédateurs (bans de poissons, horde de gnous, de rennes, troupeau de moutons, tribu…). Ce principe est inscrit dans la chair de chacun. La peur de la mort est attachée au sentiment d’isolement. Les individus isolés sont en danger, et doivent réintégrer le groupe en se comportant comme lui, ou à défaut, trouver une tribune et dominer pour convaincre et créer un autre groupe. Ce mimétisme est cousin de vieux instincts au même titre que l’imitation (le mimétisme est inconscient, l’imitation est voulue). D’ailleurs, sans ces réflexes, pas d’éducation possible.
Autre atavisme ou vieil instinct, le concept du bouc émissaire. Il permet, en attribuant une culpabilité à un individu intérieur ou extérieur, de centrer le groupe et d’exonérer ses membres de leurs peurs en résolvant ainsi leurs conflits internes ou externes.(1)

Question : comment créer un élan civilisateur, voire un élan noosphèrique ?

Il faut d’abord, mais ce n’est pas essentiel (l’instinct y supplée souvent), que chaque individu contienne toute l’information et toutes les capacités de son groupe et puisse à chaque instant, en quelque sorte, le régénérer (nécessité de l’endoctrinement).
Il faut surtout apporter au groupe un sujet d’intérêt général qui dépasse les oppositions habituelles et permette de sortir des conditionnement mimétiques(3) de chaque individu, sans tomber dans le vieux réflexe du bouc émissaire dont le sacrifice peut seul, ordinairement, apaiser les conflits nés dans le groupe. Habituellement, un camp comme l’autre abat les tours de son ennemi, commet des attentats, fait la guerre,…jusqu’à ce que ces gestes sacrificiels apaisent le groupe.
Peut-être faudrait-il enfin étudier la dynamique de l’information en elle-même comme une autre science, en dehors d’une situation conflictuelle d’actualité. Cette dynamique n’est pas née spontanément de l’accumulation des connaissances et du développement de leur diffusion. Elle est en elle-même évolution créatrice. Est-elle amour, Dieu, conscience cosmique, programme …? pourquoi ?

En somme quels objectifs donner aux peuples de la terre : salut éternel, progrès (lequel?), développement durable ?...Comment ceux-ci pourraient-ils être rassembleurs et non conflictuels pour une civilisation ? Fantasmons et imaginons ce que seraient les civilisations du futur :
Civilisation de type 1 : contrôle de l’univers terrestre.
Civilisation de type 2 : contrôle du système planétaire du soleil.
Civilisation de type 3 : contrôle de la galaxie.
Civilisation de type 4 : contrôle intergalactique.(2)
Ceci posé, imaginons quel saut cela implique dans les sciences exactes et sociales usuelles pour franchir chaque étape. Cette réflexion ne donne pas la solution, mais permet de mesurer le travail à accomplir. Ne pourrait-on pas essayer au moins de concevoir une méthode spécifique pour étudier la dynamique de l’information ? Méthode qui serait propre à cette science nouvelle comme le fut la méthode qui permis le développement des sciences dites exactes (Descartes, Newton, Claude Bernard,… et quelques autres positivistes). Les méthodes de la physique quantique ne sont –elles pas déjà un peu différentes de celles de Descartes ?


(1) Il y a bien entendu d’autres vieux instincts qui mériteraient peut-être une étude concomitante à celle de la dynamique de l’information. Ils sont un peu plus éloignés de ce texte. Par exemple : l’instinct de reproduction, la superstition (parent du concept du bouc émissaire), et quelques autres, tous parents d’ailleurs entre eux.
(2) « Sommes-nous seuls dans l’univers ? » Edition de Poche
(3) Voir textes de René Girard sur le mimétisme (Grasset).




Dimanche 30 Novembre 2008 09:07