Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Page 351 - L’AVENIR DE L’HOMME – tome 5 – Seuil



Carnot avec son ouvrage "Réflexions sur la puissance motrice du feu" a formulé les principes de la thermodynamique et de la conservation de l’énergie.
Dans son introduction ce traité, quant à sa forme, s’apparente plutôt au début d’un texte philosophique. C’est très surprenant pour des lecteurs habitués aux publications scientifiques modernes. Les indications précises chiffrées se retrouvent le plus souvent en notes de bas de page. C’est dire à cette époque tout l’embarras que l’on éprouvait encore sur certains mots et en particulier la notion d’énergie. Ils faisaient toujours quelque peu partie du langage intellectuel.

Serait-ce cet aspect qui traîne encore dans les écrits de Teilhard lorsqu’il dit que le pouvoir de réflexion de l’espèce humaine se comporte de plus en plus comme une énergie de la physique ? C’est un peu étonnant. On préfère l’entendre parler de goût de vivre plutôt que d’énergie de l’esprit pour ne pas confondre ce qui est de la perception immédiate et de l’intuition avec une entité physique mesurable.

Cette incertitude dans la clarté des définitions crée comme un flottement dans ce chapitre objet de notre étude.
Certes on reconnaît bien le raisonnement habituel de Teilhard et sa progression. C'est-à-dire :
- d’abord émergence de l’humain qui accède à un état réfléchi.
- puis croissance de l’humain : conscience montante.
- enfin phase sociale pour achever l’hominisation en cours.
On arrive alors, selon lui, dans le domaine de l’ultra humain où il ne nous reste plus qu’à découvrir en avant au sommet quelqu’un et un humain qui trouvera son équilibre en formant une âme.

Au fil de ce développement, faute d’avoir pu effectuer une séparation claire entre énergie vitale et énergies de la physique, on en arrive à ces notions indéfinissables : une âme, quelqu’un.
Cela ne veut pas dire que ces notions sont inexactes. Il vaudrait mieux dire que le langage pour les atteindre reste à inventer. Il faut procéder semble-t-il par symboles, symboles évoluant et différenciés selon les milieux et les époques ;
Au lieu de cela on a eu l’impression que l’âme serait un sous produit ou un corollaire d’une grandeur physique précise.

D’ailleurs pour le reste du chapitre Teilhard abandonne ce développement un peu mécaniste de l’évolution en recherchant quel pourrait être le visage de l’ultra humain à travers les phénomènes de compression de la population terrestre. Ils induisent une phase sociale venant relayer l’hominisation en cours.
Il voit donc au sommet de l’anthropogenèse deux solutions partiellement divergentes. Citons :

- une solution collectiviste mais qui ne peut s’accomplir sans apparition d’un centre universel de commandement.

- une solution personnaliste produisant l’amour au cœur même de l’évolution. L’esprit ainsi survit au physique dans une noosphère en formation.
Et Teilhard de conclure (certains diront un peu abruptement) c’est ainsi que doivent raisonner tous les chrétiens. Evoquant les chrétiens il évoque bien sûr le Christ. Quel Christ ? Un Christ cosmique sans doute.

Ces textes que nous examinons ont été écrits en 1950. Il parait intéressant de savoir ce qu’il pensait le plus tard possible, voire vers la fin de sa vie, au sujet de cette évocation christique. Voici un passage d’une lettre adressée au père Ravier le vendredi saint 1955, c'est-à-dire presque la veille de sa mort :
En régime de cosmogénèse d’unification (qui est par définition le régime du Plérôme) Dieu ne saurait créer sans s’incarner, ni s’incarner sans porter le poids souffrant et peccamineux de l’évolution… (Evolution, c'est-à-dire, ultra création ! Identiquement de ce point de vue, Christ rédempteur = Christ évoluteur.

Le Christ en Croix est l’expression la plus complète apparue dans la conscience humaine d’un Dieu de l’évolution… un Dieu de l’Evolution : c'est-à-dire un Dieu divinisant, christifiant, à la fois l’En Haut et l’En Avant.
Il semble bien que si on devait rechercher des symboles modernes pour présenter et faire avancer le processus d’évolution de l’humain on devrait retenir entre autres symboles sur lesquels il faudrait également débattre et tenter des définitions approchées* :
- le principe du Christ cosmique, concept dégagé des représentations historiques habituelles et,
- l’incarnation, principe à évoquer également sans trop de références dogmatiques et historiques. Il est adaptable à toutes les situations modernes et facilement évolutif.
Quant au terme d’énergie vitale ou spirituelle, il n’y a pas de meilleurs mots que ceux de Teilhard : le goût de vivre.


* par exemple : vie éternelle, résurrection, communion des saints, culte marial, présence réelle, …




Dimanche 27 Novembre 2011 19:43