Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Au-delà du Collectif

Teilhard réfléchit à partir de ce qui s’est passé pendant la dernière guerre. Révélation brutale qui semble faire échec à son bel optimisme d’une montée sereine et constante de l’évolution vers toujours plus de conscience.
« Non l’Homme n’arrivera jamais à dépasser l’Homme en s’unissant à lui-même. Une utopie à abandonner aussi vite que possible. Et rien de plus » (p.282)
Saisissante est la description de la massification opérée par le communisme et le national socialisme : « … la plus effroyable mise en chaîne ! Le cristal au lieu de la cellule. La termitière au lieu de la Fraternité. Au lieu du sursaut escompté de conscience, la mécanisation qui émerge inévitablement, semblerait-il de la totalisation… » (p. 285)
Teilhard fait alors un pari audacieux : « Pour être aussi monstrueux, le totalitarisme moderne ne doit-il pas déformer une chose bien magnifique et être bien proche de la vérité ? Impossible d’en douter : la grande machine humaine est faite pour marcher, - et elle doit marcher,- en produisant une sur-abondance d’Esprit… » (p.285) Quel bel optimisme ! Et l’histoire lui donnera raison. Le mouvement d’unification du monde que nous constatons, à commencer par l’Europe, est bien fruit de la guerre. Unissons-nous pour que jamais plus de telles choses arrivent. Originale aussi est sa lecture de la dictature dans laquelle Teilhard lit une idée juste devenue folle. L’humanité est appelée à fonctionner comme un tout, mais non pas à la manière des dictatures.
Le point de bifurcation est la personne.
« Ne serait-ce point par hasard que, dans nos théories et dans nos actes, nous avons négligé de faire place à la Personne et aux forces Personnalisation ?... » (p. 286) Il met le doigt sur la plaie. Il suffit de se rappeler comment ce que l’on a appelé le « lavage du cerveau » consistait exactement à briser la personne. Il fallait que tout ce qui dit « Je » disparaisse et soit malaxé dans l’indifférencié de la masse, alors le projet collectif pouvait se réaliser. Et Teilhard de conclure : « Erreur, donc, de chercher du côté de l’Impersonnel les prolongements de notre être et de la Noosphère. L’Universel-Futur ne saurait être que de l’hyper-personnel- dans le point Oméga. » (p. 280)
Le Point Oméga
Teilhard le déduit en observant les constantes et en suivant les lignes de l’évolution : « Parce qu’il contient et engendre la Conscience, l’Espace-Temps est nécessairement de nature convergente. Par conséquent ses nappes démesurées, suivies dans le sens convenable, doivent se reployer quelque par en avant dans un point –appelons-le Oméga – qui les fusionne et les consomme intégralement en soi… » (p. 288) L’affirmation importante est celle de la convergence, comme la conscience est elle-même convergence ou « centré » comme il dit. Cette affirmation n’est cependant pas gratuite, elle est le fruit de ses observations minutieuses et apparaît comme une constante de l’Evolution. Si telle est la réalité, il doit y avoir ce point « ce point où se concentre le volume d’être qu’elle (la sphère du Monde) embrasse » (p. 288)
Comment est ce point de convergence universelle ? Teilhard a ici aussi deux modèles à disposition : le grand Tout qui absorbe tous les éléments dans l’unité indifférenciée ou bien un centre des centres. Seule cette deuxième hypothèse est compatible avec ce qu’il a dit de la personne « … d’où cette conclusion inévitable que la concentration d’un Univers conscient serait impensable, si en même temps que tout le conscient, elle ne rassemblait en soi toutes les consciences, chacune demeurant consciente d’elle-même au terme de l’opération… » (290-291) Oméga ne sera donc pas un point de fusion mais un centre de personnalisation « … la seule figure sous laquelle nous puissions… exprimer l’état d’un Monde en voie de concentration psychique est un système dont l’unité coïncide avec un paroxysme de complexité harmonisée… Donc Oméga ne serait pas un Centre naissant de la fusion des éléments qu’il rassemble ou les annulant en soi. Par structure, Oméga, considéré dans son dernier principe, ne peut être qu’un Centre distinct rayonnant au cœur d’un système de centres. » (p.292)

Regard sur notre actualité à la lumière de ces réflexions.
Ces réflexions de Teilhard tombent à pic pour réfléchir la situation actuelle du monde. Qu’en est-il de la « globalisation » ou de la « mondialisation » ? Ce qui est évident c’est la bigarrure de la société, le phénomène des migrations et de la communication. La radio, le téléphone, surtout le téléphone portable, Internet, l’avion, font que tous les points du monde sont désormais à portée de main. Teilhard n’a jamais connu cela, mais cette évolution confirme étonnamment ses intuitions.
Pour accompagner cette évolution, il est bon de garder à l’esprit que Totalité et Personne ne s’opposent pas, que unité et diversité vont de pair parce que l’ « Union diversifie », que le sens de l’évolution actuelle se trouvera d’autant mieux que nous serons capables d’en imaginer l’accomplissement dans l’ouverture à la transcendance, au-delà même du Temps et de l’Espace, que l’amour- qui est le cœur du message chrétien- est en même temps la clé du moment actuel que nous vivons.
Il s’agira pour nous de pouvoir articuler cet ensemble dans un système de propositions opérationnelles, au-delà d’une approche volontariste ou sentimentale. Quelle aventure !






Mardi 6 Mai 2008 13:54