Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






L'AVENIR DE L'HOMME, tome 5 Ed. du SEUIL
Ch. 9 « LA FOI EN LA PAIX »
Ch.10 « LA FORMATION DE LA NOOSPHERE »


Chapitre 9 « LA FOI EN LA PAIX » (janvier 1947)

Aux conférences de la paix, deux moitiés d’humanité opposées discutent de questions de détails sans parvenir à un consensus. Cela donne à penser que ce faux réalisme et cette fausse résignation provoquent un nouveau cataclysme de la haine entre les nations. Voilà pourquoi, m’accaparant une parole évangélique je crie : « Mais pourquoi donc être si effrayés, hommes de peu de foi ? » Cette paix que vous n’espérez plus et que vous raillez comme un mythe, ne voyez-vous pas qu’elle est possible pourvu que vous compreniez ce que signifie le mot paix. Elevez-vous et regardez la marche du monde.

1) Hypothèses et postulats
La paix est humainement possible et le fait qu’il y a toujours eu des guerres n’est pas la preuve qu’il y en aura toujours. L’Homme est moralement de plus en plus mauvais au fur et à mesure qu’il se civilise. Comment peut-on se dégager de la lutte pour la vie, sans cette lutte il n’y a pas de développement possible des espèces animales.

J’ai vécu et pesé ces multiples raisons car toutes peuvent être annulées par un fait supérieur qui échappe à l’attention des sociologues et qui est la structure unique du groupe zoologique humain.
Jusqu’à l’Homme, les espèces vivantes tendent toutes à diverger dans leur développement. A partir de l’Homme, par le pas de la réflexion, les groupes humains tendent à s’enrouler les uns dans les autres, formant ainsi un super-organisme uniconscient . On ne peut plus extrapoler ce qui était AVANT pour définir l’avenir de notre espèce humaine.

Désormais il n’est plus nécessaire de s’entre dévorer pour survivre, car le reploiement de l’espèce humaine sur elle-même modifie radicalement l’ancienne économie de la nature ; pour subsister entre rameaux convergents, il ne faut plus s’éliminer mais s’unir.

Pour s’appliquer à l’Homme, les lois de conservation de l’espèce doivent changer de signe, le phénomène humain se renverse, d’où peut-être viennent justement les terribles secousses que nous venons de subir. Non plus une amplification du rythme des guerres, mais simples conflits de courants : les vieilles forces disjonctives de surface se heurtent à une consolidation de fond déjà en progrès… Pourquoi pas ?

2) Rôle de l’effet de liberté
Si l’on raisonne avec les arguments développés ci-dessus pour construire l’hypothèse de la paix, on se heurte inévitablement aux jeux redoutables de la liberté dont les interférences sont imprévisibles. Or c’est ici précisément qu’il s’agit de s’entendre sur la nature du facteur liberté. Pris isolément, chaque individu est capable de résister plus ou moins aux pulsions excessives de la lutte pour la vie ; mais, considéré collectivement (effet de foule) le problème se pose différemment. Voici trois hypothèses optimistes que j’avance :

-Si nous considérons l’inflexibilité du mouvement de conscience qui monte depuis environ 600 millions d’années ;
-Si nous considérons les forces géographiques, ethniques, économiques et psychiques dont les mécanismes combinés tendent à resserrer la marée humaine ;
-et si enfin nous considérons les grands gestes de dévouement collectif dévoilant des éclaires d’affinités entre « molécules pensantes » ;

J’arrive toujours à la même conclusion. La voici :
La terre s’arrêterait de tourner plutôt que l’humanité ne cesse de s’organiser, car si ce mouvement s’arrêtait, c’est l’univers qui échouerait, et rien ne peut l’empêcher de réussir ; pas même nos libertés qui peuvent faillir dans le détail mais jamais dans l’essentiel qui est la tendance vers l’union et vers la paix. Là est le point d’équilibre où tend l’univers.

3) De quelle paix s’agit-il ?
Il s’agit de la paix qui permet, exprime et mesure ce que j’appellerai le reploiement vital de l’humanité sur elle-même, soit un état entretenu de convergence et de concentration croissante, un grand effort organisé et commun ; hors de cela rien ne vaut plus…

Ainsi se trouvent éliminés tous les espoirs de tranquillité bourgeoise et d’envies auxquelles nous serions tentés de nous abandonner ; situation incompatible avec un univers en marche, tous étant arc boutés les uns vers les autres vers plus de conscience et de liberté.
En somme, la seule paix biologiquement possible n’est pas la cessation de la guerre ni le contraire de celle-ci, mais une forme sublimée de lutte consciente des possibilités par rapport aux exigences de l’évolution.

Le malentendu qui oppose les hommes assis autour des tables de conférences est le schisme entre une moitié d’un monde qui bouge et une autre moitié qui ne veut pas avancer. La foi en la paix n’est possible et justifiable que sur une terre où domine la foi en l’Homme.
Voilà pourquoi, quand je veux me rassurer, je ne regarde ni vers les palabres officielles et les manifestations pacifistes, ni vers les objecteurs de conscience. Je regarde vers les institutions où s’élaborent silencieusement dans la recherche l’âme nouvelle de l’humanité et la découverte de sa destinée : la formation de la noosphère.

Chapitre 10 : LA FORMATION DE LA NOOSPHERE

-Graduellement mais irrésistiblement, s’éveille en nous le sens du collectif, lequel tend à remplacer le sens de l’évolutif, jusqu’à imposer au système entier de ses représentations un cadre de dimensions nouvelles, désormais l’humanité devient une entité biologique. Mais attention, la difficulté consistera à éviter les analogies simplistes qui feraient de l’Humanité une sorte de grand animal. Il convient dès lors de lever des malentendus : il est évident que la biologie nouvelle conflue dans la théologie, la paléontologie ne supprime pas la création, l’embryologie ne remplace pas la « Cause Première », enfin la noosphère ne s’oppose pas à la transcendance divine.

Ainsi, c’est dans l’espoir de faire avancer la recherche que je me permets de présenter, à partir d’une base biologique aussi large que possible, une perspective cohérente de la terre pensante.

-L’humanité se découvre comme un objet énigmatique, l’Homme diffère tellement peu des autres primates qu’il ne représente biologiquement qu’une infime coupure, inférieure à l’Ordre, dans le cadre de la classification officielle.
Paradoxalement, ce même Homme occupe une place prépondérante sur la biosphère. A elle seule, la petite famille des hominidés, la dernière apparue sur le tronc de l’évolution, a déjà atteint une extension supérieure à celle des plus grandes nappes de vertébrés. Cela signifie qu’une grande avenue vient de s’ouvrir à une nouvelle recherche qui ira dans deux directions :
1) Etudier les forces psychologiques dans les mécanismes de l’évolution,
2) Envisager la formation d’une entité biologique spéciale et nouvelle, celle d’une enveloppe pensante, une noosphère venant recouvrir la biosphère.
Sans quitter le plan de la réflexion scientifique, nous allons analyser le phénomène de la noosphère en l’examinant sous plusieurs angles :
(a) Sa naissance
(b) Son anatomie,
(c) Sa physiologie
(d) La croissance de la noosphère


(a) Naissance et structure de la noosphère
A partir du tertiaire, l’ordre des primates qui était jusqu’alors une simple famille, s’élève brusquement aux dimensions d’une nappe zoologique. Pour comprendre ce phénomène, examinons ce qui était avant lui le développement normal des formes vivantes. Depuis les origines de la vie ce développement n’avait jamais cessé d’être phylétique et dispersif, ce qui signifie : développement en tiges formant des gerbes suivant certaines directions adaptatives, avec des nœuds laissant supposer une grande activité de mutations.
Or, au niveau de l’humanité un changement radical vient de modifier cette loi de développement. Ce changement est dû au phénomène de la réflexion. L’animal sait. L’Homme sait qu’il sait et tout un faisceau de propriétés nouvelles apparait comme la liberté, les prévisions mais surtout, beaucoup plus que les animaux, l’Homme communique et s’organise à un niveau supérieur.

Les hommes s’autonomisent et tendent à s’échapper de leurs instincts ; on observe désormais : la centration psychique, l’enroulement phylétique, l’enveloppement planétaire qui donne naissance à la noosphère. Au sommet de l’arbre de l’évolution se produit une synthèse du feuillet biologique tout entier. Cette humanité collective dont les sociologues avaient besoin pour mener à terme leurs réflexions apparait ainsi, scientifiquement définie. Il ne me reste plus qu’à regarder l’étonnant relief qu’elle dégage autour d’elle.

(b) Anatomie de la noosphère
On peut dire que le fait d’avoir identifié la nature zoologique de la noosphère n’est ,pas incompatible avec les institutions organicistes de la sociologie. Ainsi donc est reconnue la nature exceptionnelle et pourtant fondamentalement biologique du complexe collectif humain, sous réserve que soit tenu compte du milieu dans lequel on opère, et de l’évolution graduelle des organismes sociaux considérés. D’autre part, l’existence et le développement d’un système unitif et circulatoire de l’humanité doivent être pris en compte, et cela revient à, reconnaître la nécessité d’édifier une « anatomie » de la société humaine. Bien entendu, il faut avancer prudemment dans cette voie et dans ce but, je propose d’examiner dans trois domaines, ceux de la culture, de la machine, et du cérébral de la noosphère.

1- Pour commencer, voyons l’appareil héréditaire.
Un des paradoxes de la nature humaine est que chaque nouvel homme apparait à sa naissance aussi désarmé et incapable de retrouver notre civilisation que pouvait l’être un sinanthrope il y a cent mille ans.
Selon Jean Rostand, les acquis civilisationnels ne sont pas fixés dans les chromosomes. Génétiquement parlant il a raison. Cependant, à mon avis, séparer le nouveau né de la société dans laquelle il apparait est le geste à ne pas faire. A partir du moment où les fibres phylétiques ont commencé à tisser les premiers linéaments de la noosphère, une nouvelle matrice s’est formée autour du petit homme ; matrice dont rien ne saurait l’arracher sans le mutiler, au sens neurologique du terme. (Note de JP Frésafond : il fat relire, si besoin, le chapitre 4 de ce livre intitulé « « L’Avenir de l’Homme vu par un paléontologiste » qui traite justement de la question d’additivité des caractères acquis).
Je pense que toutes les expériences de l’humanité s’accumulent, s’organisent et se fixent additivement pour former la mémoire de l’humanité. Or, voilà bien l’illusion que nous devons surmonter : jusqu’à l’Homme c’est par les cellules reproductives que se propagent les données héréditaires mais, depuis l’Homme, une autre forme d’hérédité apparait et devient prépondérante (En réalité, cette forme d’hérédité existe déjà chez certains vertébrés et insectes à l’état rudimentaire).
Chez l’Homme, de génétique l’hérédité devient noosphérique, elle est transmise par le milieu ambiant. Sous cette nouvelle forme l’hérédité acquiert en se transmettant à l’individu une force extraordinaire. Quel système chromosomique serait capable d’emmagasiner et de conserver l’immense quantité d’informations aussi bien que notre appareil éducatif, représenté par le patrimoine de l’humanité ?
Extériorisation et enrichissement du patrimoine noosphérique, deux termes que nous allons retrouver dans l’examen de son appareil mécanique.

2-Appareil mécanique :
On l’a observé depuis longtemps, ce qui a permis à l’Homme d’émerger et de triompher , c’est d’avoir évité de mécaniser son corps anatomiquement. Tous les autres animaux ont eu tendance à transformer leurs membres en outils performants ; autant d’adaptations donnant naissance à autant de phyla se terminant chacun en une impasse spécialisée.
Sur cette pente dangereuse conduisant à l’emprisonnement mécanique, l’Homme s’est arrêté à temps. Possesseur de la main et de l’intelligence, capable de fabriquer et de multiplier ses instruments, tout en accroissant et variant sans limite son efficience mécanique, l’Homme est parvenu à conserver intactes en lui les libertés et les forces de cérébralisation. La signification de la fonction « biologique »de l’outil enfin détaché du membre est reconnue depuis longtemps. Elle donne une sorte de vitalité autonome irrésistible.
Inventé par l’individu, chaque outil devient rapidement l’instrument de toute la masse humanisée. Ce qui se discernait déjà dans les temps préhistoriques se présente de nos jours tel une lumière aveuglante en cet âge d’explosion industrielle.
Maintenant, les inventions et les machines ne sot plus isolées. Chaque machine ne se crée ni se fabrique qu’en fonction des structures de recherche et de toutes les machines de la terre, jusqu’à former « une seule grande machine organisée ». Obéissant à l’inflexion des phyla zoologiques, voici maintenant les phyla mécaniques qui se reploient à leur tour sur eux-mêmes, accélérant et multipliant les progrès, jusqu’à former un seul complexe géant. Et le support, le noyeau inventif de cet immense appareil n’est-il pas précisément le foyer pensant de la noosphère ?

3-Appareil cérébral :
Entre l’encéphale humain et l’appareil pensant social, une analogie est évidente que le biologiste J. Huxley n’a pas craint d’examiner. Ici, un cerveau individuel ; là, un cerveau collectif, une différence intervient : dans le cerveau humain la pensée émerge sur un système d’éléments non pensant, alors que dans le cerveau collectif chaque élément est déjà un foyer pensant. La comparaison doit donc tenir compte de ce changement d’ordre de grandeur. Cela dit, il reste que les analogies sont tellement nombreuses que notre esprit se refuse de voir dans cette analogie qu’une convergence aléatoire.

Examinons alors l’organe « cérébroïde » de la noosphère dans sa structure et son fonctionnement.
Chez l’Homme, la structure complexe de la machine qu’il a inventée lui a évité d’être bloqué par l’outil, comme ce fut le cas chez les animaux dont les composants sont conçus pour une fonction très spécialisée, le meilleur de l’Homme a été préservé.
Je songe à la machine qui a libéré sa pensée et qui a pu lui permettre de travailler à un niveau supérieur d’utilité ; les réseaux de communication modernes anticiperont peut-être une synchronisation directe du cerveau au moyen des forces mystérieuses de la télépathie qui nous relient déjà dans une sorte de co-conscience éthérée.
Je songe aussi à la montée des machines à calcul qui viennent soulager notre cerveau d’un travail fastidieux et épuisant ; elles augmentent en nous un facteur peu connu, celui de la vitesse de la pensée.
Je songe enfin aux appareils d’imagerie par lesquels notre vision sensorielle, source principale de nos idées, vont permettre à celles-ci de gravir plusieurs échelons.

Tous ces progrès, une « certaine philosophie » en sourit avec dédain ; comment ces gens-là ne comprennent-ils pas que ces instruments lorsqu’ils sont interconnectés ne sont pas autre chose que les linéaments d’un super cerveau de l’univers et de la pensée. Travaillant ensemble, nos intelligences obtiendront des résultats qu’elles auraient été incapables d’atteindre isolément.

Prenons n’importe laquelle des idées ou intuitions nouvelles qui sont les pierres et les armatures industrielles de notre pensée, comme celles de l’atome, ou celles du temps organique et de l’évolution ; aucun homme ne peut épuiser à lui seul la réalité de telles notions et, cependant, chaque homme au monde participe par lui-même à la montée générale de conscience provoquée par l’apparition en notre esprit de ces nouvelles structures de la matière et de ces nouvelles dimensions de la réalité cosmique.
Embryon de synthèse capable de construire par effet de voûte une sphère de conscience autonome. Tout part de l’individu, tout s’achève au-dessus de lui. Que l’appareil soit héréditaire, mécanique, ou cérébrale, il serait absurde de pousser plus loin la comparaison entre cerveau individuel et noosphère, mais la synthèse des deux forme un système cohérent. Et il fonctionne.

(c) Physiologie de la noosphère
Avec l’élaboration de la noosphère nos sens s’aiguisent, nous percevons l’univers, notamment dans ses grands mouvements lents et nous discernons l’épaisseur de ses temps et les formidables nuages de ses gigantesques systèmes.
La masse humaine bouge, elle aussi et se constitue comme un être vivant. Cherchons à comprendre ce vaste processus dans lequel nous sommes pris.
La population se multiplie selon une progression géométrique, l’effet de compression surchauffe les échanges sociaux, psychiques et économiques. Les crises et les guerres, l’appât du gain et du pouvoir, le chômage, vont-ils orienter l’humanité vers une impasse ou bien vont-ils la pousser à comprendre et à franchir de nouveaux seuils critiques ? Ces épreuves sont-elles le prix inévitable du progrès ?
Les progrès libèrent des énergies qu’il faut dissiper, ou mieux encore, réorienter utilement ; il faut canaliser, utiliser le flot montant mais encore brut et informe de nos consciences nouvellement émancipées, dans la direction du phénomène-recherche, le démon de la recherche …
A chaque génération du passé les chercheurs étaient des individus isolés et hors normes. De nos jours c’est par centaines de milliers qu’ils se comptent, ils travaillent en équipes organisées, dans toutes les directions, de la matière, de la vie et de la pensée. De fonction atypique, la recherche est devenue la fonction principale de l’humanité.
L’humanité se « céphalise », la noosphère est une immense machine à penser qui dégage l’horizon sur des voies possibles. La définition de la vie qui s’impose maintenant est un courant de fond qui arrange et oriente la matière : ici un rayonnement physique lié à la désagrégation, et là un rayonnement psychique lié à une agrégation ordonnée de l’étoffe de l’univers. Aux yeux de la science du XIXe siècle l’intériorisation du monde aboutissant à la réflexion pouvait encore passer pour une anomalie ; actuellement cette intériorisation est ramenée à un processus déterminé coextensif au réel tout entier ; complexité/conscience, deux termes désormais inséparables.

(d) Les phases et l’avenir de la noosphère
En effet, avoir pu ramener la totalisation sociale que nous subissons à un processus biologique bien déterminé, n’est-ce pas nous trouver en mesure de prévoir en direction la trajectoire que nous décrivons ?Une fois établi que la noosphère obéit à la loi de complexité/conscience, vers quelles phases pouvons-nous imaginer l’avenir de l’humanisation ? Déjà amorcée, se dessine ce que l’on pouvait appeler une phase de planétisation.
Le groupe zoologique humain couvre la surface de la terre en une totalité organisée qui tend vers un point de maturité. Suivons les grandes étapes de cette agrégation.

-Au commencement, des groupes de chasseurs disséminés en quelques rares lieux accueillants sur la terre ;
-Puis il y a environ 15 OOO ans, il y a des groupes plus importants d’agriculteurs fixés en quelques vallées heureuses ;
-Ensuite, depuis seulement 7 000 ou 8 000 ans, des civilisations couvrent de larges morceaux de continents auxquelles succèdent des empires ;
-L’affrontement de ces empires est inévitable et se résout finalement en deux camps opposés, les masses sociales contre les oligarchies dirigeantes ;
-La dernière phase, sous une forme imprévisible, sera une terre pan organisée.
Or, prenons-y garde, une différence essentielle d’ordre de grandeur séparera cette nouvelle phase de tout ce que nous avons connu en matière d’unifications instables et provisoires.
Cette nouvelle phase sera atteinte par paliers successifs comparables aux étages propulseurs des fusées. Qui saurait dire où nous conduiront les connaissances de l’atome, des hormones, des cellules, des lois d’hérédité ? Que de forces, que d’arrangements, que de rayonnements encore jamais essayés par la nature ?

Or il ne s’agit que de la face externe du phénomène, en se planétisant l’humanité acquiert de nouveaux pouvoirs psychiques insoupçonnés mais pressentis par certaines âmes particulièrement douées du sens de l’universel non encore expérimenté. Eh bien, c’est à la faveur de ces faces nouvelles propres à la vie planétisée qu’apparait possible un évènement jugé jusqu’alors irréalisable, je veux parler de l’envahissement de la masse humaine par les « forces de sympathie » encore inconnues de la télépathie. Ces forces supposées seraient comparables aux énergies de liaisons des atomes entre eux, transposition donc, au niveau de ce que j’appelle des « molécules humaines » que représente chaque individu de notre espèce.
Sous nos yeux, l’humanité tisse son cerveau jusqu’à trouver son « cœur » sans lequel le fond ultime de ces puissances d’unification ne sauraient jamais être pleinement déchainées.

Quand on regarde le monde actuel dominé par les forces de haine et de répulsion, une pareille idée parait peu probable, sauf si nous écoutons une science qui nous montre sans cesse combien en tous domaines des transformations réputées impossibles se produisent dès que l’on change l’ordre de grandeur.

En tous cas deux choses me paraissent certaines :
-La première est qu’à partir du point d’organisation de la matière auquel nous sommes arrivés, la planétisation ne peut que continuer,

-La seconde est que cette unanimisation, parce que de nature convergente, ne peut pas continuer indéfiniment sans rencontrer un terme naturel à ses développements. Tout cône a un sommet. Mais une question reste en suspens : comment imaginer ce point de coalescence supérieur ? Je propose deux réponses :
La caractéristique qui définit l’Homme est l’accession à la conscience réfléchie, et ce qui mesure les progrès de l’humanité ce sont ses progrès de réflexions collectives entre consciences individuelles.

Eh bien, pour des raisons de continuité et d’homogénéité, ce qui couronnera et limitera l’humanité collective au terme de son évolution, ce sera peut-être l’établissement d’une sorte de foyer ponctuel au centre de l’appareil réfléchissant dans sa totalité.
Ainsi, l’histoire humaine se développerait entre deux points critiques : un point inférieur élémentaire et un point supérieur noosphérique.

Biologiquement parlant, l’humanité ne s’achèvera que lorsqu’elle se trouvera psychiquement centrée. Au-delà de cette cime peut-on distinguer autre chose ? Oui et non.
-D’abord non : ce qui nous dirigeait jusqu’alors était notre conscience : sauf combinaison de notre noosphère avec celle d’une autre planète, probabilité très faible et qui n’aurait rien à voir avec la question posée, l’humanité parvenue à maturité reste seule en face d’elle-même et la loi récurrente basée sur un jeu de synthèses enchainées cesse de fonctionner.
-Ensuite, oui : paradoxalement à ce qui précède ci-dessus, d’un autre point de vue, rien ne saurait être fini, car un des effets de la réflexion est la volonté de survivre (pulsion d’éternité). Cette exigence d’absolu est un effet grandissant de plus en plus, si l’on se place à l’échelle noosphérique et, plus l’humanité prend conscience du poids énorme qu’il lui faut soulever pour survivre, plus elle comprend que si tout ce travail doit retourner à zéro, nous serons dupes et il n’y aura plus qu’à se révolter.
L’exigence d’irréversibilité est une loi récurrente ; la courbe de conscience suivie dans le sens des complexités croissantes perce les cadres expérimentaux du temps et de l’espace pour s’évader quelque part vers un ultra-centre d’unification, où se trouve définitivement collecté tout l’incommunicable du monde.
Dans la science il existe une place pour évoquer l’existence et le problème de Dieu.

CONCLUSION : LA MONTEE DE LA LIBERTE

Avant réflexion nous pensions constater que l’humanité était désagrégée et désordonnée, nous n’apercevions que laideur et brutalité … C’est la raison pour laquelle j’ai essayé de faire monter le point de vue en utilisant des arguments scientifiques donnant accès à la nouvelle vision d’une humanité qui se régularise. Des feuillets humains de dimensions planétaires se replient sur eux-mêmes pour former des foyers desquels s’échappe l’énergie spirituelle enfin libérée du machinisme totalitaire. Puis, concentrée héréditairement dans une sorte de super-cerveau, se dessine une vision commune qui se passionne graduellement.
De ce spectacle à la fois pacifié et intensifié, effaçant les visions individuelles si décevantes, prend forme un irrésistible mouvement de fond. Vie et conscience ne sont plus des anomalies.

Dans la biologie apparait une face complémentaire de la physique : l’étoffe du monde se désagrège et dissipe son énergie élémentaire ; mais en réalité pour qui sait voir, c’est de la pensée qui se dégage en même temps, le premier effet étant nécessaire pour équilibrer l’autre. L’harmonie et l’équilibre livrent un programme d’avenir cohérent. Illusion ou réalité ?

A ceux qui doutent je dirai : Avez-vous quelque chose de mieux à proposer pour expliquer le phénomène humain ? Ils me répondront alors : dans ce grandiose appareil que vous proposez, que reste-t-il de notre liberté ?
Mais un malentendu perdure à propos de la liberté. Dégageons nous de cette idée selon laquelle c’est en étant seul que nous serons maîtres de nous même. C’est le contraire qui est vrai, en nous associant convenablement aux autres nous gagnons en liberté. S’unir aux autres est certes une opération dangereuse, surtout si cela se fait dans le désordre car nos actions dans ce cas se neutralisent.
Opérée dans la sympathie l’union ne limite pas, elle exalte les possibilités de l’être, c’est une question d’intensité dans le champ qui polarise et attire.
Dans le cas d’un arrangement aveugle ou d’un arrangement purement instrumental, c’est le jeu des grands nombres qui matérialise. Mais dans le cas d’une unanimité réalisée par le « dedans » les grands nombres, au contraire, personnalisent. De plus, il faut le savoir, une seule liberté est faible tandis qu’une totalité de libertés ouvre la voie.

Dans l’évolution cosmique un déterminisme apparait aux deux bouts sous des formes opposées : « en bas » nous chutons dans le probable, par défaut, alors « qu’en haut » nous montons par l’improbable triomphe des libertés.
Ce n’est qu’en plongeant au cœur de la noosphère que nous pouvons trouver la plénitude de notre humanité.

Vendredi 22 Avril 2011 10:44