Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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J.P. FRESAFOND / Les pieds sur terre / la tête dans les étoiles
1) LES PIEDS SUR TERRE

-Notre Association n’a pas pour objectif de traiter des problèmes de société mais, dans la mesure où Teilhard aborde aussi ce type de sujet, nous nous y autorisons ; d’autant plus que de nombreux feux rouges clignotent actuellement.
Nous assistons à une dégradation de la démocratie dans les pays qui, justement, revendiquent leur appartenance à ce régime. Nous faisons endosser la situation par la baisse des niveaux de conscience et de la morale à tous les niveaux des sociétés. Or, tout le monde et toute la planète trichent ; ce n’est pas nouveau mais à ce point là …

-Un vieil adage dit que les populations ont les dirigeants qu’elles méritent. En apparence, cela est vrai, mais c’est l’inverse qui se produit. Les dirigeants sont élus par des populations dont ils ont depuis toujours cherché à abaisser les niveaux de conscience afin de leur faire « avaler » plus facilement les « fausses-bonnes » propositions qu’ils leur soumettent. Pour ce faire ils sont aidés par les médias qui sont à leur botte et qui, sur commande, diffusent des informations partiales voire erronées, trafiquées, et qui ne tiennent pas compte du passé, la mémoire évènementielle des masses médias quotidiennes ne dépassant pas quelques mois.

-Dans la mesure où ils permettent de « ratisser large et au ras des pâquerettes » les scrutins au suffrage universel sont, en réalité, une fausse bonne méthode. C’est dommage. Comme quoi la théorie et la pratique ne sont pas toujours superposables, le facteur humain bouleversant tout. Voici un exemple de cette dégradation : tacitement, les citoyens admettent, sans pour autant se mettre en colère, qu’une promesse électorale ne soit pas tenue. A ce niveau, selon eux, une promesse n’est pas un engagement et, de toute manière, le choix d’un président de la République ne se fait plus sur un programme mais sur l’image du candidat. C’est très grave car dans la Ve République le Président a tous les pouvoirs, il peut tout décider dans la mesure où ses déclarations arrivent à passer. Cependant, effet pervers, cet absolutisme théorique révèle les fissures dans les équipes gouvernementales, lesquelles sont constituées de bric et de broc au mieux des alliances et des renvois d’ascenseur. Un président peut donner l’impression d’être super actif en publiant des décisions brutes de cervelle. De même, les membres du gouvernement peuvent attirer l’attention du public en racontant n’importe quoi. En cinquante ans chaque ministre a essayé de sortir de l’anonymat et de se faire un carnet d’adresses.

-Maintenant les décisions ne sont pas prises par rapport à leur valeur intrinsèque mais en fonction de leur écho possible dans les sondages et de leurs conséquences par rapport à l’opposition. Il y a encore quelques décennies l’axe de la stratégie gouvernementale était conçu par une institution collégiale, le Commissariat Général du Plan (CGP, 1946/2006) pour les plans quinquennaux. On nous a fait croire qu’elle ne servait à rien et elle a été supprimée. En réalité elle gênait les présidents … Il ne reste plus qu’à supprimer la Cour des Comptes au motif que ses rapports, remarquablement justes, ne servent à rien dans la mesure où ils font rire les lecteurs du « Canard Enchaîne » alors qu’ils sont motifs à descendre dans la rue.

-De Gaulle ne disait-ils pas « Les français sont des veaux » ? Quelle est la cause de cette castration : l’Education Nationale ? Les parents ? Le milieu ambiant avec ses fausses idoles, comme dans le film « Le Loup de Wall Street » de Scorsese .

-Depuis longtemps, l’institution la plus importante, l’Education Nationale, subit les mêmes ordonnances stupides que celles d’autres ministères décoratifs tels le futile « ministère du temps libre » qui fit une courte apparition. Notre Ecole Française est livrée aux imaginations débordantes de ses ministres provisoires qui veulent tous laisser la trace d’une réforme portant leurs noms, aidés en cela par les syndicats et les parents d’élèves. La durée annuelle de la scolarité est une variable d’ajustement du tourisme, elle est de 155 jours ; durée qui, depuis plusieurs années, ne permet pas de finir les programmes.
Dans les années 1980 fut créé « le bac pour tous » en abaissant son niveau ; le taux de réussite est passé approximativement de 50 à 90%. Certains osent dire que ce diplôme ne sert à rien et qu’il faudrait le supprimer …In fine, toutes ces dégradations ont eu pour conséquence d’abaisser le niveau intellectuel moyen de toute une population, et même l’élite, est touchée, les personnes sont fortes en sciences et mathématiques, mais faibles en culture générale ; la philosophie et la loi morale sont pour elles des matières quasi inutiles. La tricherie est élevée au pinacle et cela ne changera jamais car les dirigeants d’une population sont les premiers à profiter des privilèges honteux qui génèrent une scission sociale.

Voir en fin de texte (1) citation de Maurice Zundel.

-Les dirigeants des nations sont non seulement des privilégiés mais en outre ils sont incompétents et se montrent incapables d’équilibrer les comptes de l’Etat. En cinquante années d’observation je n’ai jamais connu un exercice qui ne soit pas sans déficit, même pendant les « Trente Glorieuses ». Les élus sont encore plus incompétents que les hauts fonctionnaires pour aller dans le bons sens ; ils ne pensent qu’au cumul des mandats et au renouvellement de leur élection, à vie. La République est un fromage dans les trous duquel se gavent les arrivistes. Finalement les systèmes ont ceci de commun : ils sont tous dirigés par des personnes ayant atteint leur niveau d’incompétence (voir principe de Peter).

-L’Union Européenne est en cours. C’eut été une bonne chose si elle ne s’était pas faite sur des mensonges. En réalité, l’U.E. est le sas de passage vers la mondialisation ultra libérale, télécommandée par les banques d’arbitrage financier. La différence de mouvements de fonds entre l’arbitrage boursier et l’économie réelle est sidérale, la disproportion est de un à un million au minimum.Le film de Scorcese, le Loup de Wall Street n’est pas une fiction.

-Il ne peut plus y avoir de lutte des classes pour savoir contre quel démon lutter, pour identifier l’ennemi il faudrait des moyens de localisation s’inspirant de la physique quantique. Un « Mai 68 » à l’échelle de l’Europe est inimaginable. Seules les élections peuvent faire changer les choses, à condition que le niveau moyen des consciences soit plus haut des deux côtés de la barricade.

-Selon Teilhard, toute accession à un degré supérieur d’organisation se paye par une dissipation d’énergie, telle est la loi de la physique. Pour l’humanité, cette dissipation d’énergie a d’autres noms comme : chômage, crise, guerre …lesquels, toujours d’après Teilhard, ces trois fléaux sont incontournables, inévitables, étant l’effet corollaire d’un progrès.

-L’humanité est apparue discrètement il y a environ dix millions d’années, elle est dans sa prime enfance si l’on considère qu’il lui reste un milliard d’années de vie ; encore faudrait-il que l’humanité découvre que la vie a un sens, le phénomène humain est un signe certain que le bateau n’est pas ivre, qu’il a un cap à tenir et qu’il revient à l’humanité de tenir la barre. Le sens de la vie dont l’homme est le fer de lance est celui d’une cosmogénèse au terme de laquelle il y aura un certain accomplissement. Dès lors il ne suffira plus d’avoir les pieds sur terre, il faudra avoir aussi la tête dans les étoiles.

2) LA TETE DANS LES ETOILES

-Teilhard a pose la question suivante dans son livre « LE MILIEU DIVIN » : qui des théologiens, des mystiques, des philosophes ou des scientifiques a le plus obscurci la doctrine chrétienne et par voie de conséquence, qui a le plus nui aux croyants ?
A priori j’enverrais ces quatre groupes d’ intellectuels au banc des accusés car chacun a généré beaucoup d’insatisfaction ; examinons les séparément.

-1- Les théologiens :
Ils se réfèrent en principe aux Ecritures : la Bible, les Evangiles, dont les textes sont relativement clairs et suggestifs.
Par formation les théologiens, qui obéissent à notre Sainte Mère l’Eglise , ne voient pas d’un bon œil que des croyants se mettent à réfléchir par eux-mêmes sur ces questions mystiques et doctrinales ils réussissent à rendre incompréhensibles et ambigus les textes saints. L’Eglise est un immense appareil, allergique au « vol libre » de ses fidèles.
-2- Les mystiques :
On ne peut émettre aucune critique à leur égard car ils vivent dans un autre monde. Leurs paroles touchent ou ne touchent pas. Ils sont nécessaires pour faire rêver, la spiritualité étant un « rêve ». Leurs discours sont à l’opposé de ceux des rationalistes, ils s’équilibrent réciproquement. Il est improbable que nous soyons un jour envahis par les mystiques, ils font partie d’une marge nécessaire pour que se développe le phénomène christique.
-3- Les philosophes :
Par définition, ils sont opposés à tout dogmatisme. Leur érudition est impressionnante mais ne laisse pas assez de place à leurs réflexions qui sont en général trop discrètes et pudiques par crainte du qu’en dira-t-on. La guerre des clans a toujours lieu. De la Grèce antique à nos jours quelque dizaine de philosophes ont marqué l’humanité. Nietzsche reste la référence absolue ainsi que les philosophes de Mai 68 qui ont fait changer les mentalités. Parmi ces phares de la réflexion, j’ajouterai Maurice Zundel. Les philosophes sont la semence nécessaire de la diversité de pensée, malheureusement, ils ont un grave défaut, le même que celui des théologien : rares sont ceux qui savent s’exprimer clairement. Seraient-ils jaloux de leur « savoir »?
-4- Les scientifiques :
Ils ont un handicap : les mots se rapportant à la spiritualité sont interdits par leur communauté ; cela ne les empêche pas pour autant d’annoncer qu’ils sont à deux pas de découvrir la « formule de Dieu » chaque fois qu’ils identifient une nouvelle particule, ou un écho vieux de milliards d’années. D’autres se cachent derrière les « principes » d’incertitude, d’incomplétude ou autres alibis pour justifier une non prise de position par rapport à une idée. Les scientifiques le pensent plus ou moins clairement : devenir les nouveaux papes d’une religion scientiste ne les effraie pas outre mesure. Ils leur reste donc à publier un dogme physico-religieux, en cela ils seraient assez teilhardiens.

-« La foi donne un sens au monde, tandis que la science le rend inintelligible » à écrit notre collègue du groupe de réflexion sur Lyon, Marcel Comby, ancien professeur de mathématique et de physique. Qu’il me pardonne d’avoir un point de vue différent. Tout ce qui corrobore une doctrine spirituelle ne peut que renforcer la foi.
Prises au pied de la lettre et non pas dans leur Esprit qui leur confère une portée éternelle, les Ecritures aussi rendent les religions anachroniques et inhumaines. Les sciences aussi se voudraient absolues, bien que leurs théories n’aient qu’une envergure partielle. Le concordisme qui rapproche foi et raison est possible : la description de la Création du Monde dans la Genèse est la preuve qu’il s’agit bien d’un phénomène évolutif, la doctrine chrétienne peut intégrer un processus évolutif.
Quand Teilhard écrit : « Adorer l’évolution » n’est-ce pas du concordisme ? Face à cette avancée, il reste à la science d’être plus modeste avec ses calculs sur l’univers et d’intégrer cette notion essentielle suivant laquelle l’univers est indéfiniment fini ; fini dans ses galaxies et infini dans sa totalité.

3) CONCLUSION

-Teilhard avait bien compris ces choses quand il parlait de conception toute nouvelle de l’ETRE où se trouvait une fonction générale algébrique imaginaire. Vu par l’Homme, Dieu serait un « ETRE » algébrique ? (cf. tome 10 « Science et Christ » page 229).
Dans « Comment je Crois » pages 38 et 39, Teilhard évoque l’action continue d’un Etre Qui soulève par le dedans un univers en expansion. Certes, tout ce dont nous parlons est au-delà des possibilités du savoir humain, soit un mur infranchissable à la mobilité asymptotique. Seule la mort peut faire passer de l’autre côté du mur, si nous avons la foi.
La foi est une attitude plus forte que l’espérance, laquelle a une connotation de passivité, tandis que la foi est le résultat d’une réflexion. Ce n’est pas pour rien que Dieu planta l’Arbre de Vie et l’Arbre de la Connaissance dans le Jardin d’Eden. A l’Homme de savoir en user.

Bas de page -1- « La pensée de Maurice Zundel » par René Habachi/Editions Anne Sigler :
« En quoi consiste la culture ? Elle est, avant tout, une saisie de relations. Zundel a fait une thèse de doctorat, je crois, ou de licence, sur le nominalisme. Ce ne sont pas les noms qui sont les réalités ; Les noms sont isolés, ils sont séparables. Alors que la réalité est faite de relations. Chaque chose est en relation avec d’autres choses, et ces choses sont en relation avec un fond, avec un milieu, avec un environnement. Et donc, on n’est vraiment cultivé que lorsqu’on découvre les relations qu’il y a entre les choses, et entre les choses et nous-même. C’est pourquoi ce mot d’inculturation est très mal compris, et cette incompréhension a entraîné l’échec du développement international entre les années soixante et quatre-vingt. Inculturer ne consiste pas à plaquer une culture importée sur une culture originelle jugée retardataire. Inculturer consiste à « refaire le geste de la culture » chez celui qu’on essaie de cultiver. »

Dimanche 20 Juillet 2014 15:47