Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Ecrit par STEPHEN HAWKING et Léonard MLODINOW
Traduit de l’anglais par Marcel Filoche
Editions Odile Jacob


J.P. Fésafond /  /Impressions de lecture du livre « Y A-T-IL UN GRAND ARCHITECTE DANS L’UNIVERS »
Le titre accrocheur et sans équivoque du livre est bien choisi. C’est une bonne approche de la physique quantique pour la rendre accessible à un public qui s’intéresse aux questions physico-mystiques. Une telle initiation est bienvenue car la tendance était de mettre le mot « quantique » à toutes les sauces. Pour autant, les auteurs ne jettent pas les Anciens à la poubelle, précisant que ces derniers raisonnaient avec les moyens scientifiques de leur époque. Les théories de chaque période ne s’annulent pas forcément, parfois elles se complètent. Les conclusions des auteurs sont peut-être difficiles à accepter par les croyants de toutes religions confondues, cependant elles conviennent particulièrement aux athées rationalistes qui, eux aussi, sont en recherche d’une sens à la vie.

Je recommande la lecture de cet ouvrage qui, en de nombreux points, recoupe la pensée de Teilhard de Chardin avec autant de courage et d’honnêteté.

L’œuvre commence par décrire comment a évolué l’astronomie au cours des siècles.
Bien que des savants connaissaient qu’il n’en était pas ainsi, néanmoins pour raisons dogmatiques religieuses, avant la révolution copernicienne et longtemps après, ils feignaient de croire que les mouvements des astres étaient régis par des lois immuables, obéissant aux caprices des dieux, et ils simulaient d’accepter ces lois complètement irrationnelles. D’ailleurs l’astronomie et l’astrologie étaient presque une seule et même chose.

Plus tard, progrès oblige, apparut la notion de déterminisme scientifique qui induisit un ensemble complet de lois lequel, étant donné l’état de l’univers à un instant spécifique, permettait d’en prévoir l’évolution ultérieure. Ces lois toutes puissantes devaient être valables en tout lieu et en tout temps sans exception, sans miracles. Elles ne laissaient aucune place ni aux dieux, ni aux superstitions, ni aux démons dans l’univers.
Les théories de Laplace et les lois de Newton étaient les seules références connues pour expliquer les descriptions de Copernic. C’est sur ces bases là qu’Einstein construisit la première version de sa théorie de la relativité, en attendant de la corriger en fonction de la physique quantique, et proposa une seconde version de la relativité.

Les lois de la nature disent comment l’univers se comporte, mais elles ne répondent pas aux questions suivantes :
-Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
-Pourquoi existons-nous ?
-pourquoi cet ensemble de lois et pas un autre ?

Certains répondent à ces énigmes en disant que Dieu a créé l’univers, ne faisant ainsi que repousser le problème si on pose la question : qui a créé Dieu ?
Selon Stephen Hawking la science moderne répond à ces questions, sans recourir à un Etre Divin ; elle forme des représentations mentales or, aucun test n’étant indépendant du modèle de représentation, celui-ci forme sa propre réalité. . Le « jeu de la vie » inventé par le mathématicien John Conway en 1970, est un univers virtuel qui part d’une condition initiale binaire déterminant une évolution selon les mêmes règles binaires…Conway et ses étudiants ont créé un monde selon des lois fondamentales qui peuvent produire des « objets » mathématiques assez complexes pour se reproduire et devenir intelligents !

Ces travaux sont basés sur ceux du précédent mathématicien John Von Neuman, lesquels prévoient une taille minimale de 29 milliards de fonctions pour créer une structure reproductrice dans le jeu de la vie ! En poussant plus loin le raisonnement, il prédit que tout être complexe peut être doué du libre-arbitre et devenir intelligent (note de JPF : cette hypothèse est peut-être applicable en calculant le factoriel des 92 éléments chimiques de notre univers).

Les deux auteurs du livre appuient leur raisonnement sur les travaux du mathématicien Cantor, spécialiste du zéro et de l’infini. (voir note en fin d’ouvrage). Ces travaux utilisent la théorie des ensembles et, partant de zéro, démontrent que celui-ci génère tous les nombres. Les deux auteurs disent ce qui est probable à l’échelle zéro : ils avancent que l’univers n’a plus aucun contour physique mais un contenu purement mathématique ; ce qui les amène à poser la question suivante : l’univers serait-il codé en nombres transcendants ? Et l’homme, élément le plus intelligent de l’univers, participerait-il à la création ?

A propos de rapprochement entre pensée mystique et mathématiques, je propose la lecture d’une réflexion de Teilhard de Chardin sur un thème semblable exposé ci-dessous :


SCIENCE et CHRIST, tome 9, p. 229
« Philosophiquement, nous vivons toujours sur un ancien corps de pensée, commandé par les notions d’immobilité et de substance. Or ces deux notions maîtresses, obscurément fondées et moulées sur des évidences sensorielles qu’on pouvait croire « pérennes » et inattaquables , ne sont-elles pas ébranlées par une Physique qui est en train de supprimer victorieusement, pour la raison, toute distinction réelle entre étendue et mouvement, entre corpuscules et ondulations, entre matière et lumière, entre espace et temps ? Sous la pression et la contagion de ces refontes révolutionnaires (dont le résultat est, en chaque cas, de faire apparaître un lien nécessaire entre couples de réalités qui jusqu’ici nous paraissaient aussi indépendants que possible) ne nous acheminons-nous pas inévitablement vers une conception toute nouvelle de l’ETRE, où s’associeraient, dans une fonction synthétique générale (cf. les fonctions algébriques contenant un terme imaginaire) les attributs jusqu’ici contradictoires de « l’ens ab alio » et de « l’ens a se », du monde et de Dieu : Dieu complètement hétérogène au monde, et cependant ne pouvant pas se passer de lui ? »

Les conséquences de la physique quantique ne sont-elles pas révolutionnaires ?

Après ces introductions, les auteurs entrent dans le propre du sujet en expliquant la physique quantique avec une description de l’expérience nommée « Fentes de Young », du nom du physicien qui l’a étudiée.

-Imaginez une cage de buts de football devant laquelle, à distance de penalty, serait placé un mur percé de deux larges fentes verticales à 2 ou 3 mètres l’une de l’autre.

-Devant ce mur, à distance convenable, un joueur fait un grand nombre de tirs au but avec des ballons.

-Certains ballons vont heurter le mur, mais d’autres traverseront les fentes et se regrouperont en plusieurs tas dans la cage selon les lois de la probabilité.

-Si l’on obstrue l’une de ces fentes, il n’y aura plus que la moitié de tas de ballons.

Ceci étant, pour la description du principe de l’expérience, en laboratoire le principe est le même, sauf que l’on remplace les ballons par des molécules, lesquelles se comportent comme des ballons.

-Maintenant, imaginons que dans un dispositif semblable et adapté, on remplace les molécules par des ondes que l’on envoie contre le mur par impulsions. Que se passe-t-il ?

-Lorsqu’on envoie un faisceau d’ondes contre le mur, certaines de ces ondes passent par les fentes et vont impacter l’écran qui tient lieu de cage à buts, et c’est à ce stade que tout est différent :
-Certaines ondes passent par une fente, ou les deux à la fois. Si l’on obstrue une fente cela ne réduit pas les impactes d’ondes sur l’écran, bien au contraire, parfois des ondes ressortent, -rentrent …
-Entre le mur et l’écran on observe un phénomène comparable aux ondes concentriques qui s’éloignent du point où un caillou est tombé dans une nappe d’eau, ou de deux impactes de cailloux proches l’un de l’autre. Les cercles concentriques de vagues se croisent et se coupent, formant ainsi de multiples segments de cercles qui se déplacent chacun dans son sens comme des damiers curvilignes.

Que penser de tout cela ? Les probabilités du comportement des ondes observées selon les règles de la physique quantique sont différentes du comportement des trajectoires de particules observées selon les lois de la Physique newtonienne.

-Dans le cas des ballons de foot et des molécules, on peut améliorer la description du phénomène si l’on sait exactement de quelle manière (quelle force, quel angle) a été propulsé le projectile. Il faut connaître le milieu dans lequel se déroule la trajectoire (courants d’air venant de directions diverses qui modifient les trajectoires, etc …) Ainsi, on peut prévoir exactement le lieu et le temps nécessaire au projectile pour atteindre son but.
Mais on ne peut pas toujours faire cela pour décrire le résultat, d’où l’emploi d’un vocabulaire probabiliste pour décrire l’issue des évènements ainsi proposés, voile destiné à cacher notre manque de rigueur.

Les probabilités de la théorie quantique sont très différentes. Elles révèlent un aléa réel et fondamental de la nature. La modélisation quantique du monde comporte des principes qui, non seulement contredisent notre expérience scientifique, mais aussi notre intuition de la réalité, ainsi que notre bon sens cartésien.

Dans le monde quantique l’ordre n’a pas de position définie pendant la période comprise entre son point de départ et son arrivée et, le physicien Feynman (référence en la matière) a compris qu’il ne s’agissait pas d’une absence de trajectoire des ondes, mais qu’au contraire celles-ci suivaient toutes les trajectoires possibles. Telle est selon Feynman la différence entre physique newtonienne et physique quantique et, dans le cas de cette dernière, l’univers lui-même n’aurait pas qu’une seule histoire, mais celles de toutes ses autres dimensions. Or, on peut compter plus de 15 dimensions possibles, sensibles ou non à notre observation. A titre d’exemple, on peut citer l’anti matière : à chaque particule de matière correspond une particule d’anti matière, quand les deux se rencontrent elles s’annihilent mutuellement pour ne laisser que l’énergie pure. Cette autre dimension peut donner naissance à un univers parallèle dont la présence échappe à nos sens. D’autres dimensions peuvent être imaginées, comme celle de la pulsion de complexité de la matière, ou celle de la force de finalité contenue dans l’évolution, ou encore celle des énergies de télépathie et de pouvoir hypnotique, etc …

Conséquences de tout cela, on peut supputer l’existence plus ou moins virtuelle ou réelle de plusieurs univers, parallèles ou successifs ; Dans tous les cas, en fonction de l’avance des recherches, on peut construire plusieurs théories sur notre univers, qui s’opposent et se complètent, ces progrès n’ont pas de limite, il faut être ouvert : toutes ces théories prises séparément n’offrent pas l’issue souhaitée, par contre, une fois unifiées, elles peuvent donner l’explication finale de l’univers. Les scientifiques concernés par ce travail l’appellent la . « M- Théorie » . Bien sur, cette théorie n’existe pas encore, elle n’existera peut-être jamais et, dans le cas contraire, l’homme prendra la place de Dieu. Mais on peut rêver car en physique quantique l’univers n’a ni une histoire ni un passé uniques ; quant à l’avenir …

-Nous voyons que la physique quantique explore des domaines élastiques et, en toute modestie, les physiciens concernés emploient des méthodes « élastiques » aussi (et plus tellement scientifiques pourrait-on dire) qu’ils dénomment « accommodations ». Ces méthodes consistent à soustraire des quantités normalement infinies, de telle sorte que pour un comptage mathématique minutieux, la somme des infinis négatifs et celle des infinis positifs se contrebalancent presque complètement et ne laissent en définitive qu’un léger reste négligeable qu’ils compensent dans le calcul final (dans les chiffres astronomiques on n’en est pas à une virgule près !)

-Dans l’un des derniers chapitres, les deux auteurs font comprendre de manière très pédagogique le phénomène à peine croyable des chances minimes et pourtant nécessaires qui doivent absolument être rassemblées pour que naisse une planète habitable ; ce phénomène est nommé « principe anthropique ». Le nombre de paramètres pour qu’il y ait de l’eau liquide est quasiment infini et, sans eau liquide, il n’y a pas de vie possible et, sans vie, l’homme n’existe pas ; d’où ce nom de « principe anthropique ». Les scientifiques utilisent a posteriori l’homme comme fer de lance de l’évolution. Bien avant eux, Teilhard de Chardin avait fait la même démarche mais en allant plus loin que les scientifiques modernes, en l’utilisant, lui, comme preuve que l’univers n’était pas absurde. En effet, comment pourrait-il en être autrement si l’on considère les obstacles franchis avec succès. Pour autant, chez Teilhard, il s’agit aussi d’un élément d’espérance, première des vertus théologales (Teilhard appelait ce principe « principe d’émergence »).

-Les auteurs de ce livre veulent bien admettre l’existence d’un Dieu Créateur à condition qu’on leur prouve comment Dieu a été créé… Pour les croyants la création ex-nihilo de l’univers par un Dieu Omnipotent et Eternel est une réponse suffisante, mais pas pour les scientifiques. Pour eux, le principe anthropique est une façon de faire plaisir à tout le monde sans se compromettre eux-mêmes dans des considérations anti scientifiques. Je site les auteurs : « Les scientifiques pensent que les représentations mentales que nos sens peuvent considérer sont les seules réalités connues des hommes. Or il n’existe selon eux aucun test de la réalité qui soit indépendant de son modèle scientifique et par conséquent un modèle bien construit construit sa réalité propre ! »

Continuant leur démonstration les auteurs affirment que « L’énergie de l’univers doit être constante pour s’assurer d’un univers localisable et éviter que les choses naissent à partir de rien. La Gravitation déformant l’espace-temps autorise l’univers à être localement stable mais globalement instable. Parce que la gravitation existe, l’univers peur se créer, et se créera spontanément à partir de rien… Il n’est nullement besoin d’invoquer Dieu pour qu’il allume la mèche qui fera naître l’univers… La M-théorie est l’unique candidate au poste de théorie complète de l’univers … Elle fournira un modèle d’univers qui se créera lui-même »

Et les auteurs terminent ce livre par cette formule très teilhardienne (à leur insu peut-être) :
« Le fait que nous, êtres humains, simples assemblages de particules fondamentales de la nature ayons pu aboutir à une telle compréhension des lois qui gouvernent notre univers, constitue en soi un triomphe fantastique ».




Note de Jean-Pierre Frésafond à propos des mathématiciens Cantor et Von Neuman :
Selon la théorie mathématique des « ensembles » , le symbole le plus près de zéro n’est pas le zéro lui-même, mais ce que l’on dénomme « un ensemble vide ». Cet ensemble vide est égal à zéro et en termes mathématiques le « cardinal » (le total) est nul.

Avec cet élément mathématique qu’est l’ensemble vide, si nous plaçons à l’intérieur le zéro, l’ensemble n’est plus vide et son cardinal est 1.
Continuons : si nous plaçons le 1 à côté du 0, le cardinal est 2, et ainsi de suite jusqu’à l’infini, ainsi nous voyons que le zéro a généré tous les Nombres.
Ainsi est née la théorie de l’ETRE ALGEBRIQUE, ce qui fit dire à ses inventeurs : « Dieu a fait les Nombres, le reste des mathématiques a été fait par l’homme. »

Lundi 6 Juin 2011 10:07