Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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sujet du travail à présenter le 4e vendredi de janvier 2014 CHAPITRE 16, tome 10, « COMMENT JE CROIS »
Editions du Seuil


(I) INTRODUCTION

Ce chapitre est un inédit, écrit par Teilhard à New York le 14/10/852


Le but de ce chapitre, court rapport à l’attention du Vatican, est de faire comprendre que les relations entre science et religion sont une source d’inquiétude liée à l’antagonisme supposé entre le Dieu évolutif de l’En Avant et le Dieu transcendant de l’En Haut ; antagonisme qui entrainerait une baisse de la séduction vis-à-vis du catholicisme. Ce risque est nul et je vais donc poser le problème différemment par rapport à ma précédente requête, c'est-à-dire en utilisant le symbolisme de la Croix, plus à même de renouveler la conception des relations entre l’homme et l’humanité.

(II) OBSERVATION PRELIMINAIRE / APPARITION ET NATURE D’UN NEO HUMANISME CONTEMPORAIN

-A l’époque de la scolastique, les grands esprits se disputaient sans résultat, signe infaillible d’une question mal posée. Maintenant, l’évolution scientifique a clarifié le problème par simple introduction d’espèces phylétiques, soit une certaine population animale dérivée d’une même souche et comprise à l’intérieur d’une certaine courbe statistique de variabilité. Ainsi l’idée de l’homme (et de toutes les espèces animales) a perdu son mystère mais, en revanche, l’idée d’homme a vu ré authentifier ses lettres de noblesse.
-En bonne science il devient de plus en plus nécessaire de reconnaitre qu’avec l’apparition de la conscience réfléchie au quaternaire s’est ouverte une nouvelle phase de l’histoire de la biosphère.
L’homme, mammifère primate apparaissant sur la planète représente une deuxième espèce de vie (ou d’une vie au second degré) qui est par nature d’allure convergente. Pour raison biologique de fond, l’homme ne peut exister sans couvrir toute la planète (idem pour les autres espèces), mais il ne peut pas non plus couvrir la terre sans se « totaliser et se concentrer » de plus en plus sur lui-même. Et, fait unique, l’espèce humaine au lieu de se dissiper va se ramassant de plus en plus sur elle-même, à la limite d’une « super personnalité-unité ».
-Cette singulière perspective sur la nature de l’homme n’est pas encore exprimée par la science, mais elle résulte directement et intimement de la weltanscauung (vision du monde) scientifique moderne, laquelle commence à imprégner tout le conscient de notre temps.
-Après une période de flottement entre XVIe et XIXe siècles dans laquelle l’humanité a failli se désagréger dans l’individualisme, sous la pression de formidables déterminismes, avant de retrouver maintenant, à un plan supérieur le sens de l’espèce, n on plus l’asservissement à une lignée, mais une poussée unanime et concerté, afin d’accéder à étage supérieur de la vie. Un nouvel humanisme pousse un peu partout par le jeu de la co réflexion.
-Il ne s’agit plus d’un humanisme d’équilibre mais d’un mouvement auquel aucune valeur ne saurait résister, même et surtout en matière de religion, sauf à se plier aux exigences de quelque avenir cosmique ultra humain. D’où la nécessité urgente pour l’Eglise de présenter au monde un nouveau sens de la Croix.

(III) CROIX D’EXPIATION ET CROIX D’EVOLUTION

-Par naissance et à jamais le christianisme est dominé par le signe de la Croix qui est son essence. Mais quelle est cette essence de la Croix ? Sous sa forme élémentaire, telle que la présentent les séminaires et les sermons, la croix est ^premièrement un symbole de réparation et d’expiation à travers lesquels se reconnaissent les éléments suivants :
a) Notion catastrophique, dominance du mal et de la mort, suite naturelle d’une faute originelle.
b) Défiance vis-à-vis de l’Homme qui, sans être exactement mutilé et perverti, n’a plus la vigueur qui lui permettrait de réussir dans ses entreprises terrestres, sauf à posséder des dons surnaturels.
c) Et plus symptomatique, méfiance pour tout ce qui est « matière », celle-ci étant considérée beaucoup moins comme une réserve d’esprit que comme un principe de chute et de corruption.

Tout ce qui précède (a, b et c) est pris dans le feu d’un amour puissant pour le Dieu crucifié, d’un amour presque exclusivement ascensionnel, épuration douloureuse et détachement souffrant. Pour les néo humanistes que nous sommes, ceci est irrespirable et doit être changé
-Pour régner sur une terre soudainement éveillée à la conscience d’un mouvement biologique vers l’avant, la Croix doit à tout prix et au plus tôt se manifester à nous comme un signe non seulement d’évasion mais de progression. Elle n’est plus seulement purificatrice mais motrice. Mais une telle transformation est-elle possible ? Oui, elle est possible et exigée parce qu’il y a du traditionnel (note de JPF : je propose le terme « symbolique ») plus qu’on ne le pense dans la croix.

-Tournons nous maintenant vers le deuxième terme du conflit religieux moderne. L’évolution qui s’impose à notre expérience a les caractères suivants :
(a) Par sa nature arrangeante elle est EFFORT.
(b) Par effet statistique de probabilités elle ne peut avancer dans ses constructions tâtonnantes qu’en laissant derrière soi un long sillage de désordre et de «mal évolutif ».
(c) Par structure même du processus d’évolution biologique (vieillissement organique, relais génétique, métamorphose …) elle implique la mort.
(d) Par exigence à la fois psychologique et énergétique elle requiert à son sommet un principe attractif, « amorisant » le fonctionnement entier de l’univers.
Pénétrons-nous de ces quatre données sur l’évolution ; revenons à la Croix et regardons un Crucifix . ce que nous voyons, cloué sur le bois, peinant, mourant, libérant, est-ce bien encore le Dieu du péché originel ? N’est-ce pas au contraire le Dieu de l’évolution que notre néo humanisme attend ? Porter les péchés du monde coupable pourrait se traduire par : « porter le poids d’un monde en évolution ». Tel est le témoignage que je voudrais faire entendre à qui de droit. En vérité, autant il m’est devenu impossible physiquement de m’agenouiller intérieurement devant une croix purement rédemptrice, autant je me sens passionnément séduit et satisfait par une Croix dans laquelle se synthétisent les deux composantes de l’avenir !: le transcendant et l’ultra humain soit : « l’en haut et l’en avant ». Dans cette disposition intérieure catégorique et finale, je ne suis pas seul, d’autres me rejoignent.


(IV) CONCLUSION
Malgré les profonds remaniements en cours dans notre vision phénoménale du monde, la Croix est toujours debout et se dresse de plus en plus au carrefour des valeurs et des problèmes placés au cœur de l’humanité. Sur elle doit continuer à se faire la division entre ce qui monte et ce qui descend. Mais ceci à une condition, c’est qu’en s’élargissant aux dimensions d’un âge nouveau, qu’elle cesse de s’offrir à nous surtout (ou même exclusivement) comme un signe d’une victoire sur le péché, pour devenir le symbole dynamique d’un univers en état de permanente évolution.

Mercredi 23 Octobre 2013 12:07