Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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J.P. Frésafond / ANALOGIES ENTRE LA PENSEE  DU DALAi LAMA ET LA PENSEE CHRETIENNE DE TEILHARD DE CHARDIN
(I) INTRODUCTION
-Plutôt que de plonger dans les textes anciens de cette religion, ce qui serait une approche fastidieuse et rébarbative, j’ai préféré me référer à un bouddhisme moderne : « LA FORCE DU BOUDDHISME » livre actant les entretiens entre Jean-Claude Carrière et Sa Sainteté le Dalaï-Lama, édité chez Robert Laffont en 1994.
Cet ouvrage est vivant, branché sur l’actualité, et Jean-Claude Carrière joue le rôle du Candide en posant des questions pertinentes sur le rôle des religions et leur place dans l’humanité, ce qui induit des réponses de même tonalité de la part du Dalaï-Lama. Je note que dans les autres livres qu’il a écrits son discours est différent en fonction de l’ interlocuteur.
Ce livre m’amène à penser qu’il y a des bases communes entre la pensée de Teilhard et le bouddhisme. C’est une coïncidence inattendue mais logique étant donné la profondeur du registre teilhardien, scientifique et philosophique, mais surtout pas théologique. On sait que Teilhard a commis quelques erreurs de communication, notamment en disant que l’islam était une religion du désert. ; que les religions védantes axées sur la méditation étaient inadaptées au monde moderne ; que le christianisme était la seule religion d’avenir pour l’humanité (il ne s’est pratiquement pas exprimé sur le judaïsme. On lui pardonne, il a tellement apporté à l’humanité avec son concept de la cosmogénèse !)
Voici donc le principe de ce texte de réflexion : je vais extraire un grand nombre de phrases du Dalaï-Lama dans le même ordre que celui du livre. Ces phrases seront regroupées en 38 repères. Tous ces extraits pourraient tendre au rapprochement de la pensée du Dalaï Lama avec le christianisme. Quant à Teilhard, c’est de mémoire que j’interprèterai ses pensées en les regroupant en 13 repères. J'espère ne pas avoir trahi la pensées de ces deux grands hommes.

(II) EXTRAITS DES PAROLES DU DALAÏ-LAMA
(mes remarques sont mises entre parenthèses)

Chapitre 1 / ce monde où nous vivons

Repère 1

(Le Dalaï-Lama se présente lui-même davantage comme un chef d’Etat ayant subi et surmonté des épreuves terribles et comme le chef moral de la religion, bouddhiste tibétaine, très proche de l’esprit du fondateur, le premier Bouddha, il y a plus de vingt siècles. Le Dalaï-Lama ne se fait pas d’illusions sur l’humanité mais il sait qu’elle est perfectible. Le Dalaï Lama dit ne pas avoir choisi son destin mais il l’assume passionnément.)

Repère 2
L’être humain est soumis à deux tendances opposées : l’égoïsme et l’altérité. Le souci du « vivre ensemble » se développe lentement dans un monde plongé dans « kaliyuga »(tendance vers le mal), et le « dharma » (tendance inverse) commence alors à se manifester. Les deux tendances sont en nous (comme pour l’islam).

Repère 3
Le bouddhisme reconnait l’existence d’un Etre Suprême mais ne veut pas lui donner de nom. Le bouddhisme ne reconnait pas que l’Etre Suprême soit créateur . L’Etre Suprême est partout. En revanche, le bouddhisme adhère à la philosophie suivante : Il n’y a pas d’effet sans cause (la cause pourrait être le nom du Créateur). Il ne faut rien demander à cet Etre Suprême, d’ailleurs, Bouddha disait : « Attendez tout de vous-même ! ». L’univers s’auto développe en fonction de l’effet de compression. Le sentiment d’inter dépendance se propage de la même manière.

Chapitre 2 / Education et contamination

Repère 4
La souffrance a pour cause un désir non maîtrisé. L’opposition bien/mal n’est pas l’effet de contradiction mais d’inachèvement ; de là une nécessité vitale de l’EVEIL.
L’humanité doit apprendre à s’auto réguler, ce qui ne dénie pas qu’elle soit coextensive à l’univers ; si elle représente quelque valeur c’est uniquement par son esprit. L’humanité est perfectible, elle peut donc évoluer. L’ignorance est le poison de l’esprit.

Repère 5
Il faudrait être fou pour maintenir de force certaines parties des textes sacrés dans un monde qui est emporté par le temps. Si la science montre que les Ecritures se trompent, il faut changer les Ecritures.

Repère 6
C’est un thème permanent dans le bouddhisme : la mort est le passage d’un état d’être à un autre ; il s’agit d’une dissolution et d’une recomposition de chaque instant.

Repère 7
C’est du fond de lui-même que le bouddhisme tire son enseignement et il ne cesse de dire que cet enseignement doit être vérifié par l’expérience.
Réfléchir à quelque chose à partir d’un ancien point de vue peut aider en donnant de la distance, cela évite de nous égarer dans une actualité désordonnée. A regarder de trop près nous ne voyons plus rien. Il est certain que de vieilles interdictions religieuses nous font du mal. Aucun choix ne doit se faire, dans l’absolu, par obéissance servile à un principe.

Repère 8
Pour lutter contre le mal nous n’avons que l’éducation et l’exemple. L’éducation commence par la notion de l’inter dépendance, tout dépend du Tout. Notre survie est à ce prix, nous devons vaincre l’isolement de notre esprit et renouer le contact avec le reste de l’univers si non, en effet, nous sommes perdus. Il faut montrer inlassablement que notre intérêt est l’intérêt des autres, soit de toutes les formes de vie dans l’univers ; ce n’est pas de la sensibilité mais de la compassion (énergie amorisante), laquelle est le fondement du bouddhisme.

Repère 9
L’Occident est fasciné par l’efficacité technique. Nous admirons cette efficacité technique, mais pourquoi ne pas l’appliquer à la sauvegarde de toute vie ? Ce serait une tâche exaltante pour une humanité qui manque de projet et d’idéal. Le bouddhisme peut y aider car il place au plus haut niveau l’interdépendance qui est une vérité doctrinale.

Repère 10
Le Bouddha disait : « N’essayez pas de mesurer l’incommensurable avec des paroles, pas plus que de plonger la « corde » de la pensée dans l’impénétrable. »
Et le Dalaï-Lama ajoute : « L’enseignement dépend du niveau de compréhension des disciples, c’est une loi de la communication. »
Dans l’enseignement il faut se méfier des positions éternalistes qui aboutissent au nihilisme ; il faut toujours intégrer les notions d’espace et de temps.
L’Occident qui vit dans le stress de la jungle moderne ne connait que les vagues superficielles, il ne connaîtra jamais le calme du fond de la mer. Les êtres humains changent au gré des modes du temps, mais le fond humain de chacun, lui, n’a pas changé.

Chapitre 3 / ni moi, ni Dieu

Repère 11
Le bouddhisme cherche l’âme sans la trouver. Même le moi je et l’ego sont réfutés par le bouddhisme ; ils sont même condamnés car ils sont source de malveillance à l’égard des autres. Aucun des éléments qui font l’individu ne peuvent prétendre à la totalité du moi. Le moi est une illusion, méfiance à l’égard de notre pensée, méfiance totale à l’égard de notre âme. Au lieu de dire « Je pense donc je suis » comme le disait Descartes, disons plutôt comme Nietzsche « quelque chose pense ». Seul le corps peut être considéré comme réel, pendant un court laps de temps, tandis que ce qui est esprit se disperse sans cesse. Quand je doute d’exister, dit le Dalaï-Lama, je me pince.

Repère 12« C’est à l’intérieur de notre corps que sont le monde, l’origine du monde, et la fin du monde ; tel est le chemin qui mène au Nirvana » disait le Bouddha.

Repère 13
Il serait dangereux de séparer l’humanité en deux catégories : ceux qui sont « techniques » et ceux qui ne le sont pas ; ce qu’un homme invente est bien pour l’humanité mais il faut pour cela vaincre le sentiment de supériorité qui envahit ceux qui sont « techniques ». La base spirituelle des populations est la chose la moins partagée. Inventer des techniques est le résultat de la pensée, pas de la spiritualité, il ne faut pas confondre ces deux notions. Les deux catégories d’êtres humains sont aussi importantes l’une que l’autre, toutes les deux sont unificatrices. Mais attention, l’invasion universelle de la technologie tend à amoindrir la vie de l’esprit. L’empire de la technologie tend à provoquer la mort de l’empire de l’esprit. Le bouddhisme aide à nous préparer à l’écroulement des empires.

Repère 14
Malheureusement les religions tendent à ne plus jouer leur rôle, elles se satisfont de la récitation des Ecritures et de leurs commentaires, comme si la « vérité » donnée il y a 2000 ans pouvait se contenter d’être constamment répétée. La foi dans le bouddhisme a été remplacée par la recherche de perfectionnement personnel et l’absence d’affirmation.

Chapitre 4 « C’est du dedans que je te ressemble »

Repère 15
L’esprit conduit au sommet du dedans. Le nirvana qui est la libération de notre esprit après la mort est un concept universel applicable à toutes les religions, chacun est libre d’y adhérer ou non.

Repère 16
Sur la totalité des habitants de notre planète, un milliard seulement regroupe les adeptes sincères des religions du monde, c’est d’abord à eux que nous devons nous adresser pour agir à l’égard des autres. Et le fond du message doit se construire autour de la paix des esprits et la compassion. L’idée de Dieu est moins importante que ces deux qualités. Il y a peut être un Dieu, mais il ne faut rien attendre de Lui. Bouddha a dit « N’attendez rien que de vous-même ».
Mais il faut prendre en compte le concept du Dieu Créateur qui est mieux adapté à certains peuples et certaines cultures. C’est pourquoi il est absurde de penser qu’en un seul mouvement toute une tradition va s’écrouler, que tous les hommes comme par miracle vont soudain nourrir les mêmes espérances, s’appuyer sur la même foi et la même pensée.


Repère 17
J’ai trouvé cette pensée dans un vieux texte du bouddhisme japonais : « Illuminé de sa propre lumière, le Bouddha éclaire tout l’univers, son regard pur connait tout et pénètre partout. Il se révèle dans l’infini, et l’infini c’est Lui… »
Dans de très anciens textes bouddhiques on retrouve la « notion d’atome » traduite par le mot « anu », les atomes sont unis par une énergie dont le nom se traduit par « vent » pour créer un ensemble dont le nom pourrait être rapproché au mot « molécule », laquelle contiendrait une « intuition » (ou information)sans laquelle rien ne pourrait se concevoir. Le Bouddha l’affirmait déjà : « La forme est comme une illusion magique et les sensations, les perceptions, les formations mentales et les consciences sont aussi des illusions magiques. »

Repère 18
Le Dalaï-Lama site Krishna : « L’esprit se produit et se disperse en de perpétuels changements, il est au-delà des qualifications possibles, par sa fonction-même il est peut-être le seul Créateur. Tout ce qui existe provient de l’union du champ et du connaisseur du champ. » Vous voyez, notre science moderne retrouve un chemin ancien.
Dans le territoire qui met en jeu l’esprit et l’objet, les Traditions ont refusé de séparer l’un et l’autre pour favoriser une autre voie, la voie du milieu, induisant ainsi une spiritualité nouvelle, qui ne serait pas religieuse ; nous devrions promouvoir ce concept avec l’aide des scientifiques.

Repère 19
On sait que le karma, notion héritée de l’hindouisme mais largement développée par le bouddhisme, est une « loi des actes ». Tous les actes que nous pouvons commettre et toutes les pensées que nous pouvons émettre contiennent une sorte d’énergie, de force, dont les effets se font un jour sentir, dans cette vie ou une autre vie. Tout le bouddhisme s’attache au principe qu’il n’y a pas de fait sans cause, ni de cause sans effet. Certains se sont demandé de quelle autorité procède cette loi des actes puisqu’aucun Dieu Créateur ne veille à l’observance des lois qu’Il aurait tracées ?

Repère 20
Occupons nous de la compassion, c’est plus utile, serait-ce même dans un but égoïste, ce qui est souvent le cas car la compassion que nous exerçons fait du bien. Nous devons beaucoup à la paix de l’esprit; toute l’histoire du bouddhisme nous a ramenés à l’esprit. Il est considérable le travail qui a été fait par l’esprit, sur l’esprit. Mais attention, nous savons que l’esprit s’illusionne lui-même et que cette perception erronée doit être sans cesse corrigée ; sauf à accepter de vivre dans l’erreur. Bouddha disait à ce propos : « Le penseur ne doit avoir aucune compassion pour sa propre pensée. »
Nous n’attachons pas notre compassion à telle ou telle personne à la suite d’un choix, mais nous la donnons spontanément sans rien espérer, et universellement. Bouddha disait à propos du détachement : « Abandonnez le bien et à plus forte raison le mal. Celui qui atteint «l’autre rive n’a que faire d’un radeau ; l’objet désiré semble sans défauts, mais tout change avec la possession. »
Celui qui vous punit ne doit pas être perçu seulement comme quelqu’un qui a besoin de votre attention, mais il doit être regardé comme votre guide spirituel, vous découvrirez que votre ennemi est votre guide suprême. L’amour engendre l’amour et la haine engendre la haine. La base de tout enseignement moral devrait être la non-réponse aux attaques.

Repère 21
La méditation peut aider à trouver en soi la tolérance. Nous devons produire en nous-mêmes le boddhisattva, ou état de bouddhéité. La bouddhéité se traduit par la volonté d’aider les autres. L’éveil est l’état probatoire à cette démarche. Eveil et compassion sont inséparables, mais il faut renoncer à l’excès dans l’une ou l’autre voie.

Repère 22
L’esprit est la plus grande force de l’univers mais il peut conduire au meilleur comme au pire ; tout cela est en nous.
Quand la foi nous saisit, il n’y a plus de raison d’examiner l’esprit. Toute réflexion est dangereuse pour la foi, mais toute foi est dangereuse pour l’esprit qui se voit alors condamné à entrer en paresse.

Repère 23
Nous tenons Bouddha pour un être supérieur parvenu au plus haut degré de conscience et d’éveil possible pour un être humain. C’est par son seul effort qu’il est parvenu à l’état de Bouddha ; lui aussi fut tenté par le démon, Mâra, qui tentait de le détourner de son œuvre. Pendant quarante cinq années il n’a cessé de s’interroger sur sa propre doctrine et de mettre en garde ses disciples, de se préparer à une divinisation qu’il devinait. Les hindouistes proclamèrent qu’il était la neuvième incarnation de Vishnu, il était entré dans le nirvana qui se définit comme une certaine qualité de l’esprit. Ce phénomène peut être atteint par un être vivant. Toute notre vie est commandée par la relation esprit-matière.

Repère 24
Le bouddhisme affirme que l’homme est son propre maître, et que l’esprit est son propre créateur. La conséquence de cela devrait être que chaque homme reconnaisse dans son prochain un frère en esprit.

Chapitre 5 : Entre exile et royaume

Repère 25
Dans ma jeunesse le communisme a exercé sur moi une certaine séduction, j’ai même pensé qu’une certaine synthèse était possible entre lui et le bouddhisme. Mais par la suite j’ai découvert la supercherie de cette doctrine.
L’exile m’a donné la force pour affronter les contradictions incompréhensibles de la politique chinoise. Maô n’était autre que le destructeur du dharma qui est l’inverse du kaliyuga .. Ce que vit le Tibet actuellement est un karma collectif (épreuves incontournables à surmonter). Tous les peuples en sont là et obligent les autorités les meilleures qui soient à utiliser le bâton dans une main pour faire respecter les lois des hommes et la Nature. Les médias qui ont un pouvoir direct sur les peuples dénient cette allégation en disant qu’il ne faut obéir qu’à la logique de compétition sur le marché ; aucune organisation n’a trouvé la parade à cela.

Chapitre 6 : Big bang et réincarnation

Repère 26
Le principe de vies antérieures et de réincarnations successives a maintenant disparu des traditions religieuses du monde, sauf le Jugement Dernier avec le mystère de la résurrection finale dans les religions chrétiennes. En Inde, ces croyances ont survécu, surtout dans le bouddhisme qui les a développées à son propre usage. Le principe des réincarnations dans les religions védantes est, soit une réincarnation montante, soit une réincarnation descendante suivant les mérites de l’intéressé. Cette tradition orientale pourrait être rapprochée des traditions occidentales de la manière suivante : après la mort la matière recycle nos atomes constitutifs de manière aléatoire, ce qui est conforme aux règles scientifiques. Certains bouddhistes rejettent ce dogme de la réincarnation.

Repère 27
Les occidentaux, au sujet de ces croyances peuvent poser des questions comme : que devient notre moi spirituel ? Nous répondons ceci : seules les personnes ayant atteint la bouddhéité ont une survivance de leur moi spirituel ; idem pour le souvenir des vies antérieures. Personnellement, je me sens lié à mes treize prédécesseurs, mais à une nuance près, quant à l’expression « Dieu Vivant » me concernant, je n’aime pas répondre à ce genre de question.

Repère 28
A propos des origines de l’univers, le Bouddha affirme que tout évènement, tout phénomène doivent avoir une cause. Ce que vous nommez le big bang est le point premier de l’histoire de l’univers. Le siècle que nous vivons est la conséquence des siècles précédents. Quant à l’âge de l’univers on dit 15 milliards d’années, pourquoi pas 25 ou plus ? Peut-on parler de précision scientifique à ce sujet ? Je connais la réponse des chrétiens et, pour ma part, il y en a de deux sortes que je ne peux pas accepter :
-a- Il n’y a aucune cause, les choses sont arrivées d’elles-mêmes.
-b- Dieu a décidé de créer le monde. D’ailleurs cette réponse soulève trop de questions : le pourquoi, le qui est le Créateur, le Créateur s’est-il créé lui-même, s’agit-il d’une création permanente, etc … La théorie de la création pose plus de problèmes qu’elle n’en résout.

Repère 29
A la question : quelle est l’explication bouddhiste à propos des cycles se renouvelant éternellement, voici la réponse du Bouddha : « Il ne faut pas plonger la corde de la pensée dans l’impénétrable… la connaissance de toutes ces choses ne peut faire exécuter aucun pas sur le chemin de la sainteté et de la paix. A cette question posée il n’existe qu’une seule réponse :le silence. Toutefois, l’esprit ne peut être né d’autre chose que de l’esprit, et l’esprit subtil ne peut pas avoir de début ; quand la conscience subtile apparait dans son évidence, l’idée de commencement disparait. »

Repère 30
Le mystère et la profondeur de la connaissance sont donnés en entier, sans qu’ils puissent se communiquer. Les maîtres du bouddhisme recommandent de ne pas emprunter cette voie dans l’espoir de recevoir la connaissance en récompense. Les limites du connaissable sont inconnaissables. A la question : « Qu’est-ce qui renait après la mort » la réponse est JE. Le fait de ne pas se souvenir de nos vies antérieures ne signifie pas qu’elles n’existent pas mais que ce souvenir ne peut se manifester qu’à partir d’un certain niveau de conscience qui est indépendant de notre cerveau ; ce niveau de conscience est indestructible et passe parles réincarnations.

Repère 31
Quant à l’origine du monde, on peut penser que l’esprit subtil, d’une force inégalable, est le Principe Créateur Premier.
Le premier Bouddha était une manifestation de ce Principe Premier, il est le corps subtil qui se manifestera plusieurs fois dans la durée d’une planète habitée.
La Force Initiale se manifeste à différents niveaux. Force unique, elle est perpétuellement intacte, universelle, et sa connaissance est inatteignable à l’homme.

Repère 32
Nous ne reconnaissons pas le principe de l’âme personnalisée et indépendante car, ce que vous nommez « âme » (atman en tibétain) est en perpétuel changement. L’expérience de la mort est, dans notre culture, extrêmement importante car l’état de notre esprit à ce moment précis peut décider de nos futures renaissances. La mort s’apprend pendant la vie et notre éventuelle et future réincarnation ; ainsi que par la méditation et le développement de notre esprit subtil. Renaître n’est pas systématique et nous avons peur de la mort et de l’inconnu qui l’entoure.

Repère 33
Nous avons tous au départ les mêmes capacités mais certains les développent plus que d’autres. Nous nous habituons à la paresse d’esprit en nous perdant dans des divertissements superficiels.


Repère 34
L’esprit est consubstantiel au corps, il est une énergie subtile insaisissable qui transgresse l’espace-temps ; elle était donc déjà présente avant le moment un de l’univers. Un univers particulier peut exister et disparaître, des cycles immenses peuvent se succéder, mais l’univers esprit total est toujours là.
Nous croyons qu’il existe une substance subtile et qu’elle est la source de ce que nous appelons la création. Dans chaque individu, cette conscience subtile demeure depuis le commencement des temps et donne accès à la bouddhéité.
Le bouddhisme va aussi loin que possible dans la plus haute forme possible de recherche sur ce mystère de l’esprit.

Repère 35
Le bouddhisme tibétain a multiplié le nombre de divinités : il y a les « dieux mondains »représentant tout ce que l’on peut trouver dans le ciel et sur la terre ; il y a les « dieux-extra-monde » dégagés des forces sensibles. Ces deux variétés de dieux se subdivisent elles-mêmes sous d’autres formes. Toutes ces divinités ne sont pas toutes bienveillantes, certaines sont même redoutables. Tous ces dieux sont destinés à supporter la méditation des personnes « non distillées » , mais tous ces dieux tendent à se réduire dans le feu d’un « unique diamant », l’Unité peu à peu se révèle au cours de l’évolution de l’esprit des êtres humains. Ce dieu unique serait un esprit créateur éternel.
Il reste à se demander, comme le pensent les maîtres bouddhistes, si l’Esprit Suprême ne serait pas lui-même une illusion. Le doute est équilibré par l’Esprit d’Eternité, sa lumière et son miroir.

Chapitre 7 : conclusion, et le vide pour finir


Repère 36
Il existe quatre notions de base dans le bouddhisme : le vide, l’impermanence, l’absence d’ego, la souffrance.
-Le vide n’est pas le néant et c’est à tort que certains commentateurs ont accusé le bouddhisme de nihilisme. Dire je ne suis pas ne veut pas dire je ne suis rien.
Le monde dont nous faisons partie n’est ni une fin en soi ni un ensemble d’êtres, le monde est une fluidité. Toute chose dépend d’autre chose ; ici nous rejoignons la science :nous sommes une réalité relative. Rien n’existe sans cause. Si chacun avait une réalité indépendante, rien n’existerait. L’absence d’existence indépendante, c’est cela le vide. La forme est donc la réalité relative, le vide sans la forme n’a pas de sens.
Toutes ces visions du monde nous sont données par la méditation. A ce propos, un sage bouddhiste du XVIe siècle à écrit : « A jamais inséparable de la chose qui voit est la chose qui est vue. »

Repère 37
Lorsque nous avons désigné les choses, nous pouvons dire qu’elles dépendent de notre esprit. Il en est ainsi du big bang et de la matière qui dépend peut-être de notre esprit. Ce que nous nommons aujourd’hui big bang, demain nous lui donnerons peut-être un autre nom.
Ne nous laissons pas impressionner par des concepts formulés avec des mots, les uns et les autres sont éphémères. Acceptons le vide avec le sourire et, puisque tout dépend de notre esprit, faisons confiance à notre esprit ; mais cette confiance ne doit pas être aveugle. Le bouddhisme dispose à cet égard d’un immense arsenal de précautions pour défendre l’esprit contre l’esprit et l’amener à son propre sommet.


Repère 38
Il n’existe qu’une seule chose qui ne puisse pas être mise en doute :nous avons tous en nous-mêmes une qualité qui ne demande qu’à être révélée, c’est la capacité d’être meilleur. Réfléchissons simplement là-dessus

(III) EXTRAIT DES PENSEES DE TEILHARD et REMARQUES GENERALES

Les textes que nous venons de parcourir sont très succincts, ils ne sont qu’une esquisse de la pensée du Dalaï Lama qui représente le bouddhisme moderne, trans religieux et évolutif. Ils sont compréhensibles par quiconque possède un certain recule sur le fait religieux.
De même, pour faire le rapprochement avec la pensée de Teilhard, il faut en avoir une vue d’ensemble et reconnaitre le panthéisme de convergence qu’elle suggère. Le panthéisme de dispersion du Dalaï Lama est, lui aussi, évident. Mais, convergence ou dispersion, quelle importance, étant donné qu’aucune des deux thèses ne peut être démontrée ? Laissons rêver les gens avec ce qui leur fait plaisir.
Le facteur le plus important est que tout le monde convienne de la présence d’une Energie Suprême dont le comportement pourrait être abordé par une nouvelle science suggérée par Teilhard, une physique mystique, une nouvelle mathématique supérieurement virtuelle. Teilhard et le Dalaï Lama sont favorables à une telle démarche
Pour faciliter la réflexion et vaincre certaines réticences, voici quelques points fondamentaux de la pensée de Teilhard et qui sont susceptibles de tracer la voie d’un rapprochement des deux pensées. Ce mouvement est souhaitable, il est vital, mais il sera difficile de vaincre les inerties.
Comment convaincre que toutes les religions puisent dans la même « nappe » de spiritualité ? « L’ignorance est un poison pour l’Homme » dit le Dalaï Lama. Teilhard, lui, propose l’image de ces pauvres ouvriers qui travaillent dans les cales d’un navire et qui ne sont jamais montés sur le pont pour voir quel cap suit le navire. Dans les deux métaphores il faut vaincre l’inertie provoquée par la paresse et la peur.
Comme pour le Dalaï Lama, je vais utiliser pour Teilhard des repaires numérotés de 1à 13, représentant les points forts de sa pensée ouverte sur la réflexion du précédent texte, coïncidence heureuse et non préparée.

Repère 1
La matière est constituée par une énergie initiale unique qui se manifeste différemment selon les niveaux depuis lesquels elle est observée. L’observateur modifie la perception que l’on a des choses.

Repère 2
Cette énergie initiale est tendue vers un état de complexité croissante, laquelle induit le phénomène de centréité qui, se développant lui-même, conduit au « pas de la réflexion ».

Repère 3
On ne peut comprendre l’évolution de l’univers sans intégrer la notion d’espace-temps et le phénomène de cosmogénèse, maître mot de la pensée de Teilhard et qui donne un sens à l’existence.

Repère 4
L’évolution est inscrite dans le « dedans des choses » qui peut se définir par énergie et information de toutes choses. L’esprit est consubstantiel à la matière.

Repère 5
Tout acte, si minime soit-il, est coextensif à l’univers.

Repère 6
Arrivée au stade humain, l’énergie de cohésion change de nom, elle s’appelle « amour » pour Teilhard et « compassion » pour le Dalaï Lama.

Repère 7
Le phénomène humain est universel, il se manifeste dans toutes les galaxies, il est hautement probable. Il en est de même pour le phénomène christique qui, sous une autre dénomination, Christ Universel, existe dans le bouddhisme en tant qu’achèvement dans le nirvana.

Repère 8
Selon des concepts différents, Teilhard et le Dalaï Lama conviennent de la notion d’âme.
-Chez les bouddhistes elle est mortelle, en cas de récession.
-chez Teilhard elle ne l’est pas.

Repère 9
Les deux penseurs se retrouvent sur les concepts de bien et de mal, visions très modernes s’il en est. Le bien comme le mal sont définis comme le résultat de deux pulsions naturelles inverses. La pulsion du mal anime l’instinct de tout être vivant à devenir majoritaire à la surface de la planète, elle est bonne pour l’espèce. Mais, arrivé au seuil de la conscience, ce qui est bon pour un individu peut être mauvais pour son voisin. La pulsion du mal doit être modulée, infléchie par la pulsion du bien. La pulsion du mal est « biologique » et celle du bien est « intellectuelle », c’est la conscience qui en est le moteur chez l’homme, et c’est l’instinct d’inhibition qui l’active pour une protection intra-espèce chez certains animaux.( On pourrait dire que le mal est l’absence de bien, ou encore : les ténèbres sont l’absence de lumière).

Repère 10
La résurrection de la chair dans le christianisme et les réincarnations successives dans le bouddhisme ont un point commun : elles sont conduites par le jugement des actions humaines, jugement en provenance d’un Etre Suprême, ou auto jugement
Le chrétien méritant va au paradis, tandis que pour le bouddhiste se réincarne en plusieurs fois dans le corps d’un être supérieur au précédent si sa vie a été bonne ; si non il se réincarne dans le corps d’un être inférieur si le bilan est mauvais.
Dans les deux cas, (bouddhisme et christianisme) le résultat est issu d’une décision « divine ». Dans le cas du bouddhisme, la remontée vers des états supérieurs peut atteindre l’état de bouddhéité qu’est le nirvana. Dans le christianisme, il y a quelque chose d’équivalent ; Jésus avait dit à ses disciples : « Vous êtes tous des Elohims ».
Dans les deux religions on retrouve quelque chose qui donnerait des « vertus salvatrices » à la souffrance ;Teilhard et le Dalaï Lama regrettent cet état d’esprit.

Repère 11
Les deux penseurs disent que certains points archaïques de leurs doctrines respectives sont nuisibles à leur religion, ils sont tous les deux favorables au concordisme entre foi et raison, et à .l’évolution des doctrines

Repère 12
Teilhard et le Dalaï Lama pensent à peu près les mêmes choses sur les religions : elles sont socialement nécessaires pour les peuples, elles ne font pas évoluer leurs doctrines, elles ont une tendance à la théocratie. Cet état de fait peut se ramener ainsi :
Trop de religion tue l’esprit, Trop d’esprit tue les religions, Il faut choisir la voie du milieu suggérant les deux courants de pensée.

Repère 13
Deux préceptes sont contenus dans la pensée des deux hommes, avec des mots différents ils disent la même chose :
-L’esprit conduit au sommet du « dedans ».
-Dieu se révèle dans l’infini.

REMARQUES ET CONCLUSIONS-
C’est volontairement que j’ai donné plus de texte pour le Dalaï Lama que pour les textes de Teilhard car nous connaissons bien notre Jésuite, mais pratiquement pas le bouddhisme (pour la majorité d’entre nous).
-Il me semblerait que le bouddhisme soit mieux adapté que le christianisme à la modernité.
-A vous maintenant, chers amis, de faire la synthèse qui rapprochera les deux courants de pensée.
-Voici une formule qui s’adresse au grand public pour faire avancer cette réflexion : trop d’importance au savoir et pas assez à la méditation. Cette remarque , sous d’autres formes, a souvent été avancée par Teilhard.
-Enfin, je suggère que le thème de ce « papier » devienne le thème d’un colloque national.

Dimanche 10 Novembre 2013 09:04