Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Suite aux commentaires du 26/2/12 pour réunion du 24/3/12
Chapitre 4 de "Comment je crois"


Quelques réflexions points par points

-Point 1 Teilhard pense que la théorie de la chute originelle empêche de comprendre le processus évolutif. Oui, sauf si l’on remplace le mot « chute » par « changement d’état ». Mais si un Dieu parfait en a décide ainsi, comment pourrait-on considérer cela comme une faute ? D’ailleurs Teilhard confirme cette remarque dans les points 2 et 3.

b[-Points 4 et 5] Teilhard propose clairement l’alternative suivante :
a) Révision totale de la notion de péché originel,
b) Restreindre la portée du dogme à la seule planète Terre car ce serait un non sens absolu.

Personnellement, je regrette que l’Eglise du XXIe siècle ne se repositionne pas clairement en révisant la notion de chute originelle et en s’appuyant pour ce faire sur les données scientifiques actuelles, et à ce propos, Teilhard lui tend la perche dans le point 6 en proposant le concept d’un « Nouvel Adam » qui serait un nom substitué du Christ ; de cela nous reparlerons plus en profondeur dans le chapitre 5. Mais déjà dans le point 10 du précédent chapitre, Teilhard proclame que le Christ est « Le Chef des humains », qu’Il est le « pôle psychique » de la création sur la planète Terre ainsi que sur toutes les planètes similaires à la nôtre dans l’univers.

Voici maintenant quelques réflexions personnelles sur le chapitre 4 :
Puisque l’évolution de la matière peut se comprendre avec une logique scientifique, pourquoi la métaphysique ne pourrait elle pas être appréhendée avec un raisonnement semblable ? Cela est confirmé par Thierry Magnin dans son livre «l’expérience de l’incomplétude » page 56. Faut-il absolument couvrir les secrets de la création avec le voile d’un mystère sacré ? Aristote puis Galilée vingt siècles plus tard affranchirent la science des mythes religieux.

Aucun dogme n’est plus mal expliqué que celui de cette chute ou de ce péché qui, selon les religions chrétiennes, serait à l’origine du monde. Les religions juives et musulmanes qui se réfèrent elles aussi à la Bible ne sont pas aventurées sur ce terrain. Pour contraindre leurs fidèles à l’obéissance elles préfèrent se référer à un Principe Divin tout puissant et lui demandent seulement de se révéler en nous. Les religions sémitiques ont un avantage : pour elles la pulsion de connaissance qui nous irradie n’est pas une faute, bien au contraire, si non la Kabbale et le Soufisme seraient des voies interdites. En chrétienté, l’ésotérisme n’est pas apprécié, n’oublions pas qu’il fut puni par le bûcher, au même titre que la sorcellerie il n’y a pas si longtemps encore.

La Genèse est un ensemble de plusieurs textes contradictoires : la création du monde en six jours suivis d’un jour de repos est extraordinairement moderne puisqu’elle suggère incontestablement une idée d’évolution, de montée en puissance. Par contre, cette interdiction de goûter au fruit de l’Arbre de la Connaissance, sous peine d’une punition très dure (souffrance et mort) est incompréhensible dans le contexte d’un livre sacré qui, par la suite et à maintes reprises, incite au contraire à nous parfaire en buvant les « Paroles » de l’Eternel et celles du Messie nommé Jésus (découvrir le Royaume en nous).

Si l’on retient l’idée visionnaire d’une création évolutive, suggérée par les six phases qui partent du monde « minéral » pour arriver au monde vivant, la thèse d’une chute qui se transforme en péché est contradictoire à l’idée visionnaire de l’évolution et de la faculté « révélatrice » de l’Eternel, en relation permanente avec l’humanité qu’Il a voulue semblable à son image. Vouloir ressembler à Dieu serait un péché ? Si tel était le cas ce péché serait ineffaçable (irrédemptible si l’on peut dire). Cette « erreur de construction » est incompatible avec la perfection attribuée au Créateur. Comment un être parfait pourrait-il être encore parfait s’il commettait une faute en la mettant sur le compte de l’Homme, sa créature ?
C’est insensé et illogique. C’est pourtant ce que dit l’Eglise aux chrétiens.

Le Rédempteur chargé d’effacer une faute que l’Homme n’a pas commise est aussi une notion illogique : on ne peut effacer une faute qui n’a pas été commise ; par contre, on peut éclairer une humanité, fer de lance de l’évolution, qui monte et cherche une voie et un sens à la vie. Le Rédempteur ne rachète pas une faute, il éclaire, Il est un phare braqué sur le havre de paix que nous cherchons. L’homme a le devoir de chercher.
C’est la notion de perfection qui est à revoir : la perfection absolue n’est concevable que dans un contexte d’éternité, hors espace-temps, hors matière pour être plus précis. Le Dieu parfait est comparable à une « Idée » contenant le Tout et son plan d’évolution vers un achèvement, un état potentiel parfait donc. Dès lors que ce Dieu décide de se manifester dans le concret (ce qui est le cas avec l’univers), Il pénètre dans l’espace-temps, qui lui, n’est pas éternel, il est un univers fini en voie d’évolution, de l’élémentaire à l’ultra complexe.

Le Dieu parfait a changé d’état, sa perfection n’est plus potentielle et absolue, ce Dieu s’est investi pour l’Homme dans la matière en évolution ; le seul dogme valable est maintenant la notion de perfectibilité. Ce Dieu qui a changé d’état est perfectible : il est toujours parfait mais pas tout de suite … Bien sur, on peut toujours nier cette hypothèse et prétendre que Dieu est parfait mais à ce moment là, il faudrait admettre la présence de deux Dieux : Celui qui a changé d’état en s’investissant dans la matière et un autre Dieu (ou Frère jumeau) qui resterait hors espace-temps, hors de l’univers manifesté ; un Dieu qui observe et dirige la création et l’univers tout entier. Pourquoi pas ? Nous n’en saurons jamais rien, sauf les religions chrétiennes qui ont inventé le mystère de la Sainte Trinité :
-Le Père : Celui qui s’est investi dans la matière et qui a changé d’état,
-Le Fils : qui est le Christ,
-Le Saint Esprit : qui serait ce Dieu qui est resté en dehors. C’est peut-être Lui qui opère les miracles en respectant les lois de la nature, grâce à un carambolage du temps et de l’espace à travers lesquels Il navigue dans tous les sens…

Quoiqu’il en soit, ce Dieu qui s’est investi dans l’opération « évolution de la matière » s’est engagé dans une voie pleine de risques hasardeux (avec la Terre, c’est le cas de le dire). Il ne reste à espérer qu’une chose et elle est vraisemblable : Dieu n’a pas mis tous ses œufs dans le même panier grâce à la haute probabilité de l’existence de milliards d’autres planètes sur lesquelles le phénomène humain s’est développé ; cela constitue une chance de succès presque certaine.
La non-connaissance de cette énergie spirituelle nous laisse quand même espérer qu’elle est récupérable, indissipable et renouvelable. Peut-être est-il dans le vrai ce dogme stipulant que Dieu est parfait ? Peut-être le temps divin est-il infini ? Contrairement à celui que l’Homme a imaginé dans l’espace-temps. Illusion de notre conscience ?

Mercredi 7 Mars 2012 17:09