Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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J.P.Frésafond/COMPTE RENDU DE LECTURE DU LIVRE « L’EVANGILE ESOTERIQUE DE ST JEAN » DE PAUL LE COUR /DERVY LIVRES
Dès l’âge de dix ou douze ans, étant alors élève chez les Pères Oblats (ordre missionnaire), j’étais intrigué par l’audition du Prologue de Jean, lu alors à la fin des messes auxquelles j’étais obligé d’assister. Par la suite, Vatican-2 a supprimé ce texte qui, dorénavant, n’est lu que le jour de Pâques ; ce qui ne me gêne pas étant donné que je ne vais plus à la messe, hormis pour les enterrements, les mariages et quelques messes dites de minuit pour les Noëls en famille ; cérémonies durant lesquelles je ne manque jamais de participer au sacrement de la communion.

Ce n’est que beaucoup plus tard, au début des années 80, lorsque j’entrais en Maçonnerie, que j’ai repris conscience de ce Prologue de Jean, lu au début de chaque « tenue » et qui éclaire toute Loges maçonnique. Si les apprentis, dont j’étais, interrogeaient les maîtres sur le Prologue de Jean, ils lesr envoyaient à la lecture d’un livre de Paul Le Cour : « Evangile ésotérique de St Jean » édité chez Dervy Livres à plusieurs reprises (1950, 1980, 1983, 1987) et qui est encore disponible en ligne sur le site Amazone.

Bien qu’à ma connaissance Teilhard ne se soit jamais référé dans ses écrits à l’Evangile de Jean, mais qu’il ne pouvait pas ne pas connaître, on ressent de nombreuses analogies dans son œuvre par rapport à cet Evangile ; ce qui ne laisse aucun doute sur l’une de ses origines. La pensée de Teilhard n’est-elle pas d’une difficulté d’abord liée à son ésotérisme ?
En revanche, si Teilhard ne cite pas St Jean, il cite souvent St Paul qui était secrètement un gnostique (alors qu’il condamnait ouvertement ces gens là). De plus, Teilhard se réfère souvent aux philosophes grecs, ce qui revient au même (St Jean était un helléniste convaincu).
La pensée de Teilhard quant à sa conception de la matière et de l’évolution est dans la même ligne de réflexion que celle de St Jean. (cf mon article sur le Prologue dans notre site) et c’est pour cette raison que je vous engage à lire le livre de Paul Le Cour dont voici un extrait de sa préface (page 11) :
« Il y eut toujours dans l’Eglise des chrétiens qui, sans renier les dogmes traditionnels, sans rejeter l’obéissance envers l’Eglise, aspirent à une plus parfaite compréhension de sa doctrine, dont Clément et Origène furent les pionniers et auxquels se rattache le quatrième Evangile attribué à l’apôtre Jean, l’Evangéliste étant l’apôtre qui a le mieux compris la pensée du Christ. »
Et comme le Christ est l’Entité centrale du débat dans les livres de Paul Le Cour et de Teilhard, je vous engage à consulter le petit livre (de chevet) irremplaçable pour connaître le langage de notre père jésuite, , c’est le « Lexique Teilhard de Chardin » de Claude Cuénot, disponible au Seuil.
Ainsi, on relève quatorze expressions différentes comportant le mot « Christ » : Christ Cosmique, Christ Evoluteur, Christ Humanisateur, Christ Omega, Christ Total (paulinien cet attribut), Christ Universel, (se) christifier, (le)christique, Christo cosmique, christogénèse, christosphère, corps mystique du Christ, pan christique … Il faut lire les définitions dont certaines n’ont de différences que très jésuistiques entrer elles, qui permettent de jongler avec les idées et de toujours retomber sur ses pieds.
Ces quatorze expressions mériteraient une étude synthétique approfondie. Il est probable que je m’y risquerai un jour.

Selon les johanistes, la qualification de Jésus comme Fils de Dieu ne devrait pas être interprétée comme « Fils unique de Dieu » mais comme « Fils du Dieu Unique ». Ils se réfèrent à la transcription des paroles de Jésus par l’apôtre Jean. Cette attitude de Jésus n’est pas en contradiction avec les Ecritures comme Jésus le fit lui-même remarquer aux Juifs : « Vous êtes tous des Elohimes » ; expression qui s’explique ainsi : Dieu n’est pas que l’Esprit, Il est aussi la Matière comme on va le constater ci-après.
La double nature de Jésus fait que, selon le dogme chrétien, Il est à la fois Homme et Dieu et cela a toujours posé problème au point de déclencher des luttes terribles. Or, si l’on se réfère à Pythagore, cette double nature est en chacun de nous à des degrés divers.
-Il n’y a pas opposition entre les notions de Dieu Démiurge et celle de la « tri unité ». Ces notions étaient parfaitement traditionnelles dans les religions pré-chrétiennes et chrétiennes, à l’exception du Judaïsme. Un exemple illustrera cela : la bénédiction épiscopale Orthodoxe se fait de la manière suivante : l’Evêque tient un chandelier à trois branches dans une main (le trikirion) et dans l’autre main il tient un chandelier à deux branches (le dikirion), symbole de la nature du Christ. L’ensemble de ces deux chandeliers forme 5 luminaires, nombre caractéristique de l’Esprit dans la matière. En cela, Teilhard était à la fois Orthodoxe et Johaniste si l’on considère son « Hymne à la Matière » (tome 13 p. 90 LE CŒUR DE LA MATIERE).

-Maintenant, examinons la personnalité de Jésus. Son existence est historiquement prouvée : Tacite écrit à propos de l’incendie de Rome par Néron en l’an 64 qu’au sujet des Chrétiens livrés aux bêtes fauves '(et autres supplices divers) dans les arènes par le même Néron « Le Fondateur de cette secte, un dénommé Christus, avait été puni de mort, au temps de l’empereur Tibère, par le procurateur Ponce Pilate ».
D’ailleurs, s’il y avait eu le moindre doute sur l’existence de Jésus, ses adversaires n’auraient pas manqué d’en tirer parti.
Pour l’apôtre Jean, le « Christ » n’existe qu’à partir de son baptême. Avant cela Jésus n’était pour lui que le fils de Joseph, descendant de David (à noter que la Mère de Jésus est, elle aussi, descendante de David). Jésus, en tant qu’homme, était un être de très haute évolution spirituelle, une âme pure, une très grande intelligence. Il fut probablement Essenien de haut grade : Nazir (qui signifie « maître »), d’où la confusion entre le terme « Jésus de Nazareth » et Jésus le Nazir, … la ville de Nazareth n’existait pas encore à l’époque, ou du moins, pas sous ce nom.
-L’Ange de l’Annonciation apportant la fleur de lys (fleur de Lumière) à l’Etre Pur (la Vierge qui va enfanter), signifie que l’Homme ainsi engendré deviendra, sous l’influence de l’Esprit, le « Christos » (possesseur du secret). D’ailleurs, voici ce que dit l’Evangile de Luc à propos de l’Annonciation, avec la réponse de l’Ange à Marie qui s’étonnait de son état : « L’Esprit Saint viendra sur Toi, la vertu du Très Haut te couvrira de son ombre »)
S’il y a ombre il y a lumière et il est intéressant de noter cette opposition

-Les Juifs disaient de Jésus enfant, étonnant les docteurs de la loi : « Comment cet homme est-il instruit sans avoir étudié ? » Cette scène se passait lors de la fugue de Jésus à l’âge de 12 ans. Mystère ! Peut-être que les Esseniens l’ont instruit lors de la fuite en Egypte et, dans cette hypothèse, la destination de la Sainte Famille aurait été, dans ce cas, chez les Esseniens du lac Maori pour échapper à Hérode.
-On a prétendu que Jésus fut circoncis, information sur laquelle pèse un doute car en Galilée, province de culture gréco-celtique (gaëlique comme son nom l’indique, province fondée par les gaëliques)il n’y avait pas de tribus juives. C’est plus tard que le christianisme a été rattaché au judaïsme. D’ailleurs les Juifs ne considéraient pas Jésus comme des leurs puisqu’ils disaient à son propos « Aucun prophète ne s’est levé en Galilée ».
Il faut signaler que Jésus n’a presque pas parlé de l’Ancienne Alliance. pourtant si chère aux Juifs, si ce n’est pour leur dire, en colère, qu’ils étaient indignes de Moïse et qu’Il allait chercher un autre peuple (Moïse avait fait les mêmes menaces).

Le baptême de Jésus : cette cérémonie était un rite essénien (on trouve leur loi dans « Les Nombres » chapitre IV).
Les Esséniens n’étaient pas admis au temple de Jerusalem ; ce qui prouve qu’ils n’étaient pas rattachés au Judaïsme. La cérémonie commence par une immersion dans l’eau purificatrice, elle se poursuit par le rite de l’imposition des mains qui représente le baptême de l’Espri t annoncé par Jean le Baptiste. Le premier fait capital de la vie de Jésus est son baptême avec la descente de la Colombe rapportée par les quatre Evangiles. La colombe, symbole de l’Esprit, dont le nom hébreux est « Ionah » est à rapprocher du grec « ion » qui signifie violet, couleur symbolisant la spiritualité.

-En Afrique et en Inde, des missionnaires et des scientifiques ont été témoins de phénomènes de « sortie » de l’esprit d’un corps pour aller dans un autre corps. On pourrait faire le rapprochement de tels phénomènes avec le baptême de Jésus dont le corps, à l’âge de 30 ans, aurait été habité pendant 3 ans par l’Esprit Saint ; cela expliquerait peut-être le silence de l’apôtre Jean sur les trente premières années de la vie de Jésus qui, alors, n’était pas encore le Christ.

C’est donc à partir de son baptême que Jésus serait devenu le « Christ ». L’Evangile qui relate le 1er miracle aux « Noces de Cana » avec la transformation de l’eau en vin, que seul l’apôtre Jean rapporte, serait un symbole du passage de l’ancienne à la nouvelle Alliance. A sa mère qui lui demande de changer l’eau en vin (il n’y avait plus de vin pour les invités) Jésus répondit sèchement : : « Qu’y a t-t-il entre toi et moi, Femme, mon heure n’est pas encore arrivée. »
On peut rapprocher les premiers miracles de Jésus avec la surprise qu’ils provoquaient à sa mère et à ses frères qui le connaissaient bien. Jésus a changé de nature, Il est devenu le Christ, ils ne le savaient pas encore. Les disciples de Jésus ne firent pas mieux. Les apôtres, à part Thomas et Jean, voyaient en Jésus un nouveau roi des Hébreux ; ce qui gênait quelque peu les occupants romains et leurs collaborateurs juifs et qui décevait certains apôtres qui se voyaient déjà « ministres » !

Rappel de quelques bases :
-« Christos » en grec signifie « celui qui a le secret ».
-« Messhia » en hébreux signifie : « celui qui a reçu l’onction royale » (qui a le secret).
Ces deux mots ont donc à peu près la même signification.
-Quant à « Yeshua » (Jésus) qui est un surnom(le nom donné par l’Ange de l’Annonciation était « Emmanuel » soit « Dieu avec nous »), « Jésus » signifie « Le Sauveur »
C’est sur ce dernier point essentiel qu’existent des divergences d’interprétation.
-Dans « Yeshua » les Juifs, de tradition biblique par définition, y voient la notion de rédemption(pour effacer une hypothétique faute originelle, ou une promesse de salut ?)
-Les grecs y voient plutôt la notion de celui qui apporte la Lumière (doctrine du Verbe Lumière chère à l’évangéliste Jean).
-Le Christianisme serait moins une religion sémite qu’une religion gréco-égyptienne, le Prologue de Jean en apporte la preuve avec ses trois premiers logions qui décrivent cette doctrine du Verbe-Lumière, car les cultures grecque et égyptienne ont beaucoup de points communs.
-Avec le Judaïsme, avant qu’il ne s’infiltrer dans le christianisme et de l’accaparer à son profit au point de dire « Le Christ est le plus illustre des Juifs », il y eut des luttes acharnées, entre Judaïsme et Christianisme. Rappelons que Paul, l’évangéliste de l’Occident (lui qui n’était pas au nombre des apôtres et qui fut d’abord détesté par ces derniers) était persona non grata en Palestine, après qu’il eût supprimé l’obligation de la circoncision avant le baptême chrétien.

-Avec son Prologue, l’apôtre Jean devient le maître spirituel de l’ésotérisme chrétien. Au concile de Nicée en 325 fut proclamée la divinité du Christ qui fut élevé au rang de Troisième Personne de la Trinité. Ainsi le « Fils de Dieu » serait égal à Dieu dans sa toute puissance.
La proclamation du concile de Nicée obligea la doctrine ésotérique de Jean à se séparer de l’Eglise exotérique de Pierre, laquelle se rattacha de plus en plus aux origines judaïques. (Moi qui suis un chrétien élevé en école chrétienne, je ne me ressens pas comme étant « judéo-chrétien » mais comme celto-chrétien).
Les deux courants religieux (celui de Jean et celui de Pierre) étaient pourtant de la même famille culturelle. En voici une explication : en parlant du Verbe Lumière, le Prologue de Jean se réfère secrètement à l’ancienne science sacrée égyptienne, la « hierologie » qui a d’ailleurs donné naissance à la Kabale juive.
-La doctrine du Verbe Lumière existait déjà, bien entendu, en Egypte du temps de Moïse, et c’est d’ailleurs un emprunt de sa part quand il déclare que la Lumière a été créée par une simple parole de Dieu : « Que la Lumière soit ».
La doctrine du Verbe Lumière est un langage qui comporte :
-des substantifs, « la chose »
-des adjectifs « des qualités »
-et des verbes « l’action »
Transposée dans la pensée métaphysique cette structure grammaticale représente la « manifestation trinitaire » de la Puissance qui régit l’univers (Force et Information de toute chose).
-Le cas de Marie pose bien des questions. Avant le concile d’Ephese en 431, Marie n’était que la mère de Jésus. Le concile d’Ephese la proclama « Mère de Dieu » (Dieu peut-il avoir une Mère ?).
D’autres courants de pensée la considéraient plutôt comme la mère du « Fils de Dieu » ; point de vue différent et qui causa bien des disputes, au même titre que la « vraie nature de Jésus ». Jusqu’à ce concile d’Ephese, Marie ne faisait l’objet d’aucun culte et elle n’est citée que deux fois dans l’Evangile de Jean : aux Noces de Cana et au Calvaire. La dévotion persistante et quasi superstitieuse vouée à Marie s’explique en partie par les réminiscences d’anciens cultes à la déesse-mère (Isis, Artemis, Athena, Diane, Kali, Cybèle, etc …) qui est propre aux Aryens et n’existait pas chez les Sémites (sauf pour les Musulmans qui vénèrent Marie et son Fils Jésus).

-Pour Marie, le fait qu’elle soit qualifiée « d’Immaculée Conception » serait tout simplement le symbole de la « materia prima » qui était en Dieu, et à côté de Dieu de toute éternité avant le « Fiat Lux » . C’est un bon en arrière vers le moment-1 de la Création, et même au-delà, dans le « zéro absolu » qui, pourtant, grâce au signe de l’infini caché à l’intérieur, génère tous les nombres… ici la Kabale rejoint le Verbe Lumière. Même Teilhard évoque l’hypothèse que le Créateur, avant le moment-1, pourrait se définir comme une « fonction mathématique » (Teilhard, tome 9, p. 229 /SCIENCE ET CHRIST aux Editions du Seuil)

Bonne lecture !

Jeudi 2 Septembre 2010 20:52