Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






Galerie

tome 5 Editions. du SEUIL
Sujet de travail à distribuer le 27 mai pour être présenté lors de notre réunion du 24 juin 2011 à Brignais
Voir rubrique Travaux des Membres du 1/06/2011



CHAPITRE 11 : LA FOI DANS L’HOMME

(Paris, février 1947 pour une conférence du 8 mars 1947)


1) DEFINITION ET NOUVEAUTE
La foi en l’homme est la conviction agissante et passionnée que l’humanité, prise dans sa totalité, a un avenir non seulement en années mais en états supérieurs.
Considérée depuis ses origines cette tendance vers le plus être est aussi ancienne que le monde, on l’observe jusque dans les manifestations les plus humbles de la vie, mue par une force secrète. Les innombrables essais de la nature sont comparables à un acte de foi en recherche vers une issue supérieure.

Dès la phase critique où l’instinct s’est réfléchi dans la pensée, la perception du futur est devenue un fait accompli et l’homme a éprouvé l’ambition vitale de tout envahir et de se surpasser. Mythologies et folklores sont pleins de symboles à travers lesquels transparait cette volonté de l’homme de se frayer un chemin vers les cieux.
De cela on discerne une foi de l’homme pour l’homme, laquelle constitue la structure de l’histoire dont nous émergeons. Ce phénomène nouveau est important, voici pourquoi : un des problèmes majeurs posés à notre esprit est que l’univers est en état d’évolution psychique, laquelle est susceptible de modifier notre pouvoir de penser. Or, quelle que soit la réponse, il est indéniable que cette nouvelle faculté nous élève à la perception de dimensions et de valeurs nouvelles. Nous sommes justement dans cette phase de l’évolution.

En quelques générations, sous l’influence des sciences et du fait social, le double sens de la durée et du collectif ont fait que notre regard sur le monde s’est modifié en profondeur, nous sommes entrés dans une autre phase de genèse et de maturation. Une crise spirituelle inévitable est survenue à la suite des guerres, comparable à une fièvre de croissance de l’humanité qui, ainsi, est soudainement envahie par la notion de tout ce qui lui reste à faire pour arriver au terme de son pouvoir et de ses possibilités.

2) PUISSANCE ET AMBIGUITE
A cette grande explosion ce serait folie de s’opposer. La montée de foi humaine est un phénomène porteur de vie et, partant, irrésistible ; ce qui ne signifie pas pour autant qu’il faille s’y abandonner sans discernement, car plus une énergie est puissante et juvénile, plus elle est équivoque et dangereuse.

En soi la foi en l’homme inclut l’adoration transcendante d’un Autre qui est au-dessus de l’homme ; devenir plus grand et plus fort pour donner et étreindre davantage, voilà la vraie manière d’interpréter l’élan qui nous soulève. Mais les faits le prouvent, à côté de cette première façon de croire en l’homme, il y en a une autre, plus élémentaire et plus séduisante qui, correctement interprétée, pourrait nous jeter dans les bras de ce « plus grand que nous » qui précisément serait identique à nous même. Alors pourquoi, étant donné sa puissance, l’homme chercherait-il un Dieu en dehors de lui-même ? L’homme self sufficient et maître du monde, ne serait-ce pas beaucoup plus beau ? Et c’est ici, à l’échelle moderne, qu’apparait la tentation héroïque de tous les temps, celle de Prométhée, de Babel, du Christ sur la montagne, celle de Faust etc …tentations aussi vieilles que la terre. Cette tentation entre maintenant dans sa phase critique avec l’homme moderne aux pouvoirs immenses qui se croit autorisé alors à mettre la main sur les ressorts du monde.

Cette ambigüité est-elle irréductible ou bien est-elle destinée à s’évanouir à un stade ultérieur, et comment ? On peut hésiter : esprit chrétien d’attente, ou esprit prométhéen d’auto-adoration ?

Provisoirement peut-être, actuellement c’est le tangible qui garde l’initiative, d’où cette tendance, elle aussi vieille comme le monde, qui porte les défenseurs de l’esprit à considérer comme diabolique l’orgueil irrépressible de l’homme et son incoercible sentiment de puissance qui incite toutes les poitrines humaines à se gonfler ensemble. Gardons nous d’aller aussi vite, car cette ambigüité n’est pas perversité mais seulement danger. Cherchons plutôt à voir ce que signifie et ce que peut apporter la foi en l’homme, en son état indifférencié qui est à la fois prométhéen et pré chrétien.

3) POUVOIR RAPPROCHANT
L’humanité d’aujourd’hui prend conscience de son unité, non plus en arrière dans le sang, mais en avant dans le progrès. De toute part des mouvements de réunion se dessinent. On peut dire qu’au lendemain de la guerre ce mouvement est spontané et unanime. D’où vient ce principe de rapprochement, d’un intérêt commun ou d’une foi commune ? Ne sous-estimons pas le sens de l’intérêt commun, il est essentiel, la dernière guerre mondiale et la menace d’une autre guerre ne sont pas étrangères à ce mouvement d’union ; il s’agit là d’un facteur de synthèse entre les particules humaines que nous sommes. Cependant cette forme de synthèse est plus fragile car elle s’est faite sous la pression de la peur et cette peur, une fois surmontée, se désagrège avant d’avoir donné naissance à une âme.

Voilà où se découvre le rôle capital de la foi en l’homme pour s’opposer aux forces montantes de dispersion.

En pensée religieuse comme en science un noyau de vérité universelle se forme et grandit, il est le même pour tous et, sans lui, y aurait-il une évolution spirituelle ?

Mais dans cette construction peut-être nous trompons-nous en voyant le résultat plutôt que le principe générateur d’une véritable union ? Toute formulation abstraite peut masquer l’ambigüité de l’avenir, elle risquerait de fixer le mouvement, alors que c’est du mouvement que nait l’unification. Cette foi en l’homme présuppose une conception basale de la place de l’homme dans la nature à partir de laquelle elle s’élève, chargée de potentialités diverses.

Actuellement, prenez les deux extrêmes : un marxiste et un chrétien, tous deux convaincus de la supériorité de leur doctrine mais tous deux animés d’une foi égale en l’homme. N’est-il pas évident que ces deux hommes, dans la mesure où ils s’estiment réciproquement, éprouvent l’un pour l’autre une sympathie de fond et finiront par se rencontrer tous les deux sur le même sommet ? Chacun à sa manière, de façon divergente, ils pensent avoir résolu une fois pour toute l’ambigüité du monde. Mais cette divergence n’est ni totale ni définitive, ce serait contraire à leurs fois respectives, car le marxiste, par exemple, n’aura pas éliminé toute spiritualité de son matérialisme. Poussées à bout, les deux trajectoires finissent par se rapprocher. Tout ce qui monte converge. On pourrait dire ainsi que la foi en l’homme, par son universalité et son élémentarité réunies, est l’atmosphère dans laquelle peuvent le mieux croître et dériver l’une vers l’autre les formes supérieures de la croyance ; non pas formule mais milieu d’union. De cette foi élémentaire nous sommes tous touchés, si non serions-nous vraiment de notre temps ?

CHAPITRE 12
QUELQUES REFLEXIONS SUR LES DROITS DE L’HOMME
(Paris 22 mars 1947 à l’UNESCO)


Dans la première version de 1789, LES DROITS DE L’HOMME expriment la volonté d’une autonomie individuelle. Ceci implique que l’espèce humaine doit s’épanouir en une pluralité d’éléments ayant atteint individuellement leur maximum de développement.

Au XXème siècle l’élément humain est engagé dans un processus irréversible d’établissement d’un système organico psychique solidaire, d’où le conflit apparent dans chaque homme de plus en plus conscient de sa valeur propre avec des liens sociaux toujours plus exigeants.

L’homme doit donc réfléchir et admettre que l’isolement est contraire à ses intérêts et que c’est en s’associant convenablement avec les autres que l’individu peut espérer atteindre la plénitude de sa personne.

Collectivisation et individuation ne sont pas contradictoires si elles s’effectuent par effet de libre volonté et non par effet de compression de mécanique forcée.

De ce nouveau point de vue une nouvelle définition des Droits de l’Homme s’impose. A cette question il n’y a pas de réponse simple et je propose trois idées :
1- Au sein d’une humanité en voie d’organisation, l’individu n’a plus le droit de ne pas chercher à se développer car, de son perfectionnement, dépend la perfection de tout le système.
2- La société, dans son propre intérêt, doit créer le milieu le plus favorable au développement physique et psychique de chacun. Ces règles sont complexes, elles doivent s’adapter à la diversité des individus.
3- Pour être légitime, toute limitation aux directions imposées à l’autonomie de chaque individu par la force du groupe, ne peut s’exercer que conformément à la structure interne et libre de cet élément qu’est l’individu, sous peine de dysharmonie du collectif.
Ces trois points doivent être explicités et garantis dans toute nouvelle charte de l’humanité.

CHAPITRE 13
-LE REBONDISSEMENT HUMAIN DE L’EVOLUTION ET SES CONSEQUENCES
(St Germain en Lay, le 23 septembre 1947 dans le n° du 20/4/48 de
« REVUE DES QUESTIONS SCIENTIFIQUES »)


I- Introduction / LE REBONDISSEMENT DE L’EVOLUTION
(Note JPF : l’introduction de ce chapitre reprend la description de la noosphère, thème que nous avons déjà largement étudié, je vais donc l’abréger à l’extrême et la remplacer par une citation de Teilhard, extraite du texte).
« Observé d’une certaine façon le phénomène social humain montre que l’évolution de la vie sur terre n’est pas arrêtée, mais qu’elle repart et rejaillit sur soi pour une phase nouvelle. »

II- L’EMERGENCE DE LA FINALITE
Aux origines de l’évolutionnisme biologique, au XIXe siècle, existent deux courants de pensée qui se propagent sans se mélanger.

Que le monde des formes vivantes soit le résultat d’arrangements de plus en plus complexes des éléments de l’univers, personne n’en doute plus, mais comment comprendre ce mécanisme générateur et quelle en est son origine ? Procède-t-il du « dedans » d’une manière comparable à notre pouvoir d’invention, ou vient-il du « dehors » par sélection automatique des arrangements les plus stables ? Depuis Lamarck et Darwin, ces deux causes d’arrangements s’opposent de plus en plus vigoureusement. Mais, le néodarwinisme prospère chez les biologistes grâce à une formulation plus claire et statistiquement appuyée sur le succès du « plus apte » et le rôle scientifiquement reconnu du jeu des grands nombres dans la formation des espèces selon les lois de la génétique moderne. A ce facteur, on peut ajouter le rôle des préférences métaphysiques ou tempéramentales. Néanmoins ces options restent suspendues dans le vide par leur aspect isolé et décroché de la nature.

En revanche, qu’arrivera-t-il si l’hominisation, prise avec le déploiement complet des arrangements sociaux et « artificiels », conformément aux lois qui régissent l’univers, vient se placer dans la continuité organique du phénomène de la vitalisation de la matière ?

Il apparait alors, si les néopdarwiniens ont raison dans les zones pré humaines en prétendant ne voir que sélection de hasard pour expliquer le niveau atteint dans l’évolution ; en revanche, les néolamarckiens reprennent l’avantage puisqu’au niveau des hominiens les forces d’arrangement internes de chaque individu commencent à jouer un rôle dans l’évolution. Cela revient à dire que la finalité biologique présente dans « le dedans des choses » , n’est perceptible qu’à un certain niveau de complexité. (Note JPF : Voir l’énoncé dans le tome 1 du Seuil du « principe d’émergence »).

Voilà donc le point précis où je voulais en venir : dans l’hominisation en cours, l’influence statistique des chances tient une place énorme, c’est cela la théorie darwinienne. Il pourrait même sembler que l’espace gagné par l’effet inventif de l’homme compte pour peu de choses, contrairement aux bases de la théorie lamarckienne. Mais ne nous y trompons pas, né sous le signe du hasard, c’est seulement par la finalité réfléchie lentement conquise, que la vie peut s’élever, par effet « d’auto évolution », dans la direction de la plus haute « complexité conscience. (C’est la théorie teilhardienne de l’évolution). C’est là que résident tous les espoirs dans l’avenir de l’univers et, sauf à regarder le monde comme absurde et contradictoire, nous n’avons pas d’autre alternative.

III- LE CONTROLE ET L’ENTRETIEN DE LA FINALITE
(Notre JPF : Les forces de finalité sont un principe nouveau chez Teilhard, il correspond à cet autre principe qu’il a déjà énoncé : « Si l’évolution de la matière a franchi autant d’obstacles pour arriver à l’homme, cela signifie que cette évolution n’est pas absurde et possède en elle une force qui la pousse vers une finalité… »

Après une courte période de possession tranquille de cette nouvelle énergie, dite de finalité, celle-ci, nouvellement conquise, ne tarde pas à poser deux problèmes : celui de ses limitations et celui de son entretien. (Note JPF : voir le principe de Carnot).

Ainsi donc en va-t-il avec cette nouvelle énergie naturelle que représente l’homme et que j’appellerai « forces de finalité ».

Le pouvoir inventif humain tel qu’on l’observe chez l’enfant, se confond avec le jeu et rien ne laisse prévoir le moment où ce jeu n’en sera plus un ; et puis, à mesure que le phénomène se propage au sein d’une humanité en passe de devenir adulte, ce qui n’était qu’un jeu devient formidablement sérieux. A force de tâtonner, l’apprenti sorcier met le doigt sur des ressorts vitaux et il a peur de causer des malheurs à la nature. Ensuite, il s’aperçoit que certaines commandes du monde sont entre ses mains et qu’en vertu de sa qualité de quasi-démiurge il doit se forger lui-même une éthique sur l’avenir des forces qu’il a découvertes.

Maintenant je voudrais montrer deux voies par où certaines de ces nouvelles forces font leur apparition au cœur même du flux biologique de l’évolution .

(a) Moralisation de l’invention
Par « invention » je désigne toutes les créations de l’activité humaine concourant à la construction et au développement organico social de la noosphère.Du point de vue matérialiste les progrès de ces inventions seraient dus au jeu des nécessités externes et matérielles. Actuellement il devient évident, au contraire, que ces pressions externes d’unification ne sauraient agir que sous certaines conditions psychiques et mystiques, rejoignant les règles de l’éthique traditionnelle mûrie par dix mille ans de civilisation, telles le respect de la vérité dans les choses et dans les individus.
Sans cela, toute tentative de construction tombera en poussière. Il est intéressant de noter combien un petit mensonge est sans conséquence grave dans un petit groupe, mais devient un vice rédhibitoire dans les grands organismes sociaux pour ce qui concerne la formation de la noosphère. Cette idée est à rapprocher du décalage grandissant entre progrès techniques et progrès moraux. Beaucoup de personnes voient dans ce surcroît de moralité un contrepoids externe appliqué à l’homme pour équilibrer ses débordements dans la matière. Jusqu’alors ces règles d’éthique étaient considérées comme le couronnement superflu de la biologie. En réalité, elles sont les conditions sine qua non de survie de l’espèce humaine.

Cela ne prouve-t-il pas qu’à tous les niveaux les choses de la matière sont étroitement interdépendantes ?

(b) L’alimentation spirituelle de l’esprit humain
Les théoriciens engagés spéculent sur l’avenir du phénomène humain, considérant que l’énergie vitale est une valeur fixe identique aux forces de gravitation et aux rayonnements solaires. Or, si ce postulat d’invariance est compatible avec les théories de Darwin qui s’appuient uniquement sur le hasard, il est incompatible avec les théories lamarckiennes basées sur le déterminisme de la matière (dedans des choses) qui prennent en compte les forces de l’interactivité de l’individu sur l’évolution de l’espèce humaine. Cela signifie que l’évolution biologique qui est passive aux niveaux infra humains, devient active au niveau humain. Par voie de conséquence, l’énergie créatrice humaine, selon la motivation des individus entre enthousiasme et nausée, peut sauter de l’ébullition à la rigidité glaciaire. Ainsi, comme je l’ai déjà dit en 1937 , même si l’humanité est assise sur des montagnes de richesses alimentaires, elle pourrait mourir spontanément si elle n’était pas habitée par le goût de vivre ; n’en déplaise aux matérialistes qui s’obstinent à ne pas vouloir faire de la » biologie sociétale humaine ». Allez donc faire produire un ouvrier ou un ingénieur qui ont le cafard ! C’est donc bien le goût de vivre et l’élan vital qu’il faut sauver et faire grandir dans le cœur de l’homme ; sans lui rien ne bougera ; avec lui tout se fera spontanément.

Mais par quel moyen agir sur ce ressort primordial ? Dans l’esprit des matérialistes le problème de la motivation n’existe pas, les crises de dépression sont exceptionnelles car la santé physique suffit à maintenir un niveau entreprenaial positif. Hélas les matérialistes oublient un facteur redoutable, en même temps que se développent les facultés d’invention et d’imagination, se développe également le sens critique. Il est impossible de se lancer dans un effort créateur s’il n’est pas motivé par des arguments le justifiant : « à quoi bon ? » est l’argument massue des nihilistes ; si aucune force ne s’oppose à l’atonie c’est le retour en arrière qui nous tire vers le bas.
Deux propriétés peuvent redresser notre trajectoire vers le haut :
-La première est que la montée en puissance du couple moteur complexité-conscience se pense comme étant irréversible et tende vers l’infini. Le réflexe inverse est égoïste et stupide, il conduit au néant.
-La seconde propriété, dépendante de la première, est que la notion d’irréversibilité pénètre au plus profond de notre conscience et se qualifie ainsi en terme d’ultra individuation (ou ultra centréité). Telle est la propriété qui permettra d’imaginer le monde comme dérivant vers le haut et l’ultra personnel.

La montée de la pensée vers l’irréversible pour atteindre une masse critique spirituelle qui la rende immortelle est la seule alternative pour que l’univers atteigne une fin glorieuse dans le point de convergence suprême de toutes les énergies.
Avec ce postulat assez spécial l’élan de la recherche se poursuivra, le monde deviendra habitable pour la pensée et le goût de vivre sera maintenu.

Arrivés à ce niveau de réflexion, notre univers tel que nous l’avons défini, doit être comparé à d’autres formes d’univers possibles, à travers d’autres dimensions. Mais en ce qui concerne notre univers on peut imaginer une 5ème dimension qui serait son coefficient d ’activance, correspondant la dynamique de l’esprit (la noodynamique). Cette nouvelle dimension permettrait de pronostiquer l’allure générale de l’évolution religieuse de demain. On peut dire que l’étude de la compétition historique des religions entre elles pour envahir la terre fait partie de l’observation des tâtonnements de l’âme humaine. Peut-être y découvrirait-on que le Christianisme est le mieux placé en ce qui concerne l’amour de l’évolution ?

IV- CONCLUSION / DU NOUVEAU SOUS LE SOLEIL
Si l’évolution de la vie se prolonge dans l’hominisation, elle ne rejaillira pas dans un nouveau bond sans se « mysticiser » ; la complexification de la matière ne pourra pas aller plus loin si l’Esprit n’intervient pas avec sa puissance d’arrangement et de tension interne. A partir de l’homme le facteur conscience, qui fut longtemps considéré comme un effet secondaire, doit s’autonomiser et unifier le « dedans » et le « dehors » des choses. Il doit aussi faire éclater le cercle infernal de l’égocentrisme et le cercle magique du phénoménalisme.

(a) Brisé d’abord, le cercle magique du phénoménalisme qui, nous assure-t-on, limiterait notre regard à un horizon fini au-delà duquel s’étend l’incommensurable absolu, tout ce qui est hors de l’expérience sensible.
C’est justement ce cercle infranchissable que la trajectoire irréversible de l’évolution humaine passera, car nous savons qu’au-delà de ce cercle, notre conscience devine l’existence de quelque chose, nous ne sommes plus enfermés.

(b) Brisé aussi, virtuellement et en espérance, le cercle infernal de l’égocentrisme qui empêche chacun de sortir de soi, comme si par exemple l’univers était formé d’autant d’univers partiels et répulsifs entre eux.
Ils sont incomptables les effets néfastes de ces égocentrismes élémentaires, qui sont eux-mêmes repris par les médias jouant effets de caisses de résonnance qui, à leur tour, les amplifient à l’infini, jusqu’à les déformer entraînant ainsi les « loi de fer » des nationalismes et des diktats de la finance ; conflits hegeliens du « maître à l’esclave ». Que sont-elles ces prétendues nécessités inchangeables de la condition humaine si non l’expression de l’antagonisme de chaque noyau de pensée ?
Eh bien, ici encore levons la tête car le mouvement évolutif exige pour être viable que nous progressions vers une forme d’unité qui se fasse en passant à travers chaque élément personnel et qui, ainsi ouvert, nous libère au lieu de nous mécaniser.
Les molécules humaines que nous sommes vont enfin franchir la barrière critique de leur mutuelle répulsion, pour tomber dans le rayon intérieur de leurs mutuelles attractions. A partir de ce phénomène, ce sera un nouveau monde qui commencera.

Ces perspectives nous semblent encore fantastiques, mais la raison scientifique est là pour nous aider à voir. Si en effet, il y a quelques centaines de millions d’années, cas précis de l’apparition de la conscience réfléchie, l’univers s’est transformé, jusque dans les lois mêmes de son développement, cela est dû encore une fois à son principe d’émergence qui, de manière récurrente fait rebondir l’évolution. (Notre de JPF : voir tome 1, LE PHENOMENE HUMAIN)

En l’homme l’évolution s’intériorise et se finalise. Une fois hominisée, la matière ne peut plus continuer à se sur arranger en dehors d’une atmosphère psychique déterminée.

Lundi 23 Mai 2011 09:20