Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Réflexion pour septembre 2011


Introduction :

Les membres de notre groupe devraient se faire plaisir en analysant ces trois chapitres qui, non seulement se suivent et se complètent, mais sont terriblement d’actualité ; notamment depuis une vingtaine d’années durant lesquelles la société mondiale humaine a presque doublé, s’enroule sur elle-même et se complexifie dans des proportions exceptionnelles. L’économie joue les vases communicants, le droit et les structures politiques tentent d’en faire autant, etc … Un siècle de crise dans tous les domaines nous attend pour que tout soit uniformisé. Mais cela est-il possible, et au prix de quels gâchis ?
La pensée (irréfléchie) des responsables politiques avec la courte vue qui est la leur conçoit que seule l’uniformisation peut convenir à l’humanité. Parallèlement, je n’ai pas attendu Teilhard pour être persuadé que ce n’est ni par les structure ni d’une manière tangentielle que l’humanité doit s’unir mais personnellement, de centre à centre. Il ne faut pas confondre union des cœurs avec uniformisation des sociétés, et pourtant, c’est le processus vers lequel on nous dirige.

Chapitre 14 : LES DIRECTION DE L’AVENIR / AGITATION OU GENESE ?

Dans ce chapitre Teilhard affirme que le phylum chrétien forme l’axe-même de la socialisation de l’espèce humaine. Il oublie simplement que la Chrétienté ne représente que le tiers des populations recensées et reconnues comme adeptes de l’une des trois grandes religions mondialement organisées.
Par ailleurs, le phénomène religieux est apparu bien avant les trois grands courants religieux actuels et, de plus, c’est le fait religieux qui est pris comme référence dans ce qui sépare les animaux de l’espèce humaine.
Le volume et la forme de la boîte crânienne sont des critères importants pour décider où classer les squelettes trouvés dans la terre, mais ils ne sont pas les seuls pour décider du franchissement du « pas de la réflexion » . En effet, ce sont les indices de cultes funéraires qui permettent de décider ce changement de niveau car ils attestent de l’existence d’un début de religion, d’une croyance en l’au-delà ; sorte d’instinct de conservation de l’esprit et d’une vie éternelle.
Toutes les religions procèdent ainsi et proclament l’existence des dieux, puissances supérieures à vénérer pour attirer leur bienveillance. La seule véritable différence entre les religions consiste à donner plus ou moins de précisions sur la vie dans l’au-delà, et la manière dont est révélée cette connaissance et, à ce double titre, les religions chrétiennes ne sont pas en retard ; c’est même ce qui fait leur point faible dans les sociétés modernes. C’est d’ailleurs sur la réforme du dogme que Teilhard voulait agir et l’Eglise Catholique évolue lentement dans ce sens , se rapprochant imperceptiblement de la pensée scientifique et philosophique qui en découle. Mais elle doit aussi tenir compte de la moitié de la population inculte ou analphabète pour laquelle le vieux dogme chrétien a été élaboré.
Cette position de primat de la religion chrétienne adoptée par Teilhard est surprenante car il devait certainement bien connaître les autres religions et les estimer à leur juste valeur. Je persiste à penser que cette position rigide ne reflétait pas le fond de sa pensée, ses écrits en attestent tout au long de sa vie. Il cherchait à se faire pardonner ce qui, justement, le séparait des dogmes chrétiens car en tant qu’homme d’honneur il était fidèle à son serment, par principe moral.
Ainsi donc Teilhard aurait eu totalement raison si au lieu d’écrire « L’Eglise n’est pas un épi phénomène mais l’axe central du rassemblement », il avait écrit : » Les religions ne sont pas un épi phénomène mais l’axe central de ce rassemblement ».

Mais n’oublions pas cette parole révolutionnaire de Teilhard, de même portée que la révolution copernicienne : « L’homme est un seuil critique d’évasion psychique. »

Chapitre 15 : LES DIRECTIONS DE L’AVENIR

Cette citation de Teilhard m’a particulièrement accroché : « La chose la plus impossible à arrêter c’est la marche des idées. »
J’ajouterai une précision, il ne faut pas confondre une idée avec une pensée. La première est une réponse à une recherche, un souci ou autre questionnement ; tandis que la seconde, la pensée, c’est comme si on traversait un nuage, elle est imprécise, non demandée, elle ne répond pas à un questionnement précis comme peut le faire une idée qui, elle, est une vague de fond causée par quelque chose d’important et concret.
Les pensées alimentent l’œuvre des artistes ; les idées, celles des ingénieurs. Ainsi peut-on caricaturer ces deux concepts, en dehors de toute notion de valeur comparative. Les deux sont indispensables à l’avenir de l’homme.

Dans ce même chapitre Teilhard aborde un problème vital qui s’est posé à tous les âges de la terre et particulièrement au nôtre, à cause de la montée galopante de la démographie et de la tendance au gaspillage. Voici comment Teilhard présente la chose :
«Le problème le plus dangereux concerne l’alimentation car les terres cultivables sont limitées, fragiles et irremplaçables »

Ce n’est pas en vivant dans un pays comme la France qui sur le plan agricole est un paradis terrestre, que l’on peut prendre conscience du problème, mais en parcourant le monde dans des régions aux éléments hostiles où les habitants parviennent péniblement à prélever 500 grammes de céréales et 50 grammes de laitage par jour et par personne. Là, le moindre incident climatique devient dramatique, alors qu’en Europe on se permet de mettre en jachère des terres riches, ou de les laisser être envahies par la forêt par absence de cultures. Dans les pays favorables à l’agriculture les facteurs les plus destructeurs sont, justement, les techniques agricoles modernes qui ne respectent pas la nature et je vais citer quelques exemples incontestables, induits par les industries agroalimentaires, les industries fournisseurs de l’agriculture et les méthodes de management qui tiennent davantage compte des lois de la finance que des lois de la nature.
-1- les façons culturales
Elles concernent le travail du sol lui-même : labour, sous-solage, sarclage.
(a)Les labours n’ont pas comme unique objet de retourner la terre pour qu’elle soit propre, mais aussi de l’aérer pour favoriser le développement des micro-organismes qui sont le maillon indispensable pour l’assimilation des engrais chimiques. La présence des micro-organismes se mesure à la couleur de la terre : en surface la terre est plus sombre qu’en profondeur. Les labours ont pour objet d’enfouir les engrais végétaux comme les pailles et les végétaux cultivés dans ce but qu’on nomme « engrais verts ». En 10 ans on peut doubler le rendement d’une terre aride en enfouissant de plus en plus profondément un maximum de végétaux. Ce fait est démontré par le passage du grattage superficiel avec un « areau » au labour de 15 cm, puis au labour de 30 cm. C’est une règle absolue : il faut rendre à la terre ce qu’on lui prend en végétaux et en éléments chimiques. Le brûlage des pailles est un non-sens. Les engrais chimiques sont nécessaires mais sans micro-organismes ils ne servent à rien et passent dans les nappes phréatiques.
(b)Le sous-solage est une technique qui permet de remuer la terre sans la retourner jusqu’à 1 mètre de profondeur ; avantages : micro-organismes en profondeur, les racines des végétaux pénètrent plus profondément et leur partie aérienne est plus forte, la capillarité de la terre étant rompue le sol se dessèche moins vite.

(c)Le sarclage a pour but d’enlever les mauvaises herbes et de ralentir l’évaporation de l’eau ; or maintenant on remplace cette opération par des produits désherbants, on tue l’herbe mais, ne grattant plus le sol, celui-ci se dessèche plus vite et on compense en arrosant.

-2- L’arrosage
Autrefois, on irriguait par écoulement d’eau dirigée par de petits canaux et toute l’eau dépensée était utilisée. Maintenant on utilise des jets tournants que l’on déplace. Par cette méthode la moitié de l’eau utilisée se perd par évaporation avant de toucher le sol. Les paysans ne payant l’eau qu’un prix symbolique, ils ne la comptent pas, d’où le dessèchement des nappes phréatiques. Il existe des moyens d’aspersion au ras du sol , c’est un moyen terme pouvant être complété par un autre compromis : ne mettre du désherbant que sur la rangée de maïs et continuer les sarclages entre les rangées, soit moins de pollution par les désherbants et moins d’arrosage.

3- L’assolement
Il s’agit de la rotation des cultures entre parcelles de la même exploitation afin d’éviter l’épuisement des sols. Les Indiens d’Amérique du sud ne savaient cultiver que le maïs et quand le sol était épuisé ils quittaient une terre pour en cultiver une autre. C’est ainsi que les villages se déplaçaient irréversiblement.

4- Les engrais verts
Plutôt que de faire les jachères imposées par l’Europe, on devrait semer de la luzerne car cette légumineuse enrichit le sol en azote en emmagasinant dans ses racines cet élément pris dans l’atmosphère.

Toutes ces techniques inventées par Olivier de Serres sous Henri IV peuvent être modernisées et ainsi supprimer le gaspillage des ressources de la terre.

5-Enfin, l’énergie
Quand j’étais en école d’agriculture de 1950 à 1953, nous avions visité une ferme-modèle qui produisait toute son énergie pour les moteurs, le chauffage et l’éclairage à partir du gaz de fumier dans des gazomètres miniatures dont le cylindre mesurait 5 mètres de diamètre pour 5 mètres de haut. Le fumier venait des vaches et retournait à la terre après avoir fermenté. On a reparlé timidement de cette technique il y a quelques mois après cinquante années d’oubli, mais l’EDF et les pétroliers ne veulent pas céder la place. Cadeau supplémentaire : cela stopperait l’émission de méthane qui participe à l’effet de serre car le fumier qui fermente produit du méthane

-Bilan de ce gaspillage
De mon temps, une famille vivait bien avec 30 hectares de terre ; maintenant, il faut 300 hectares pour vivre. Les rendements des cultures ont été multipliés par 10 , alors que les coûts d’exploitation et d’amortissement du matériel sont tels que la qualité de la vie est inférieure à ce qu’elle était il y a 50 ans. Maintenant, 80% de la population vit dans les villes et la bonne économie des sols n’est pas respectée.

En adoptant une économie raisonnable, la terre peut nourrir correctement plus de 20 milliards d’habitants et les justes craintes annoncées par Teilhard seraient infondées. Les inventions d’Olivier de Serres sont toujours valables, elles sont même améliorables. Son livre s’appelle « Le ménage des champs ».

Dans le chapitre 15, paragraphe (B) « Conditions de santé » p. 265 de l’édition Points du Seuil, Teilhard emploie le mot « eugénisme » qui, à notre époque, a une connotation négative. Je rappelle sa définition dans le Larousse : « vient du grec eu qui signifie « bien » et de gennâm qui signifie « engendrer ». L’eugénisme est la science des conditions favorables au maintien de la qualité de l’espèce humaine. L’eugénisme est aussi l’ensemble des théories sociales fondées sur cette science »

Le roman de fiction d’Aldous Huxley publié en 1932 « Le meilleur des mondes » décrit une société imaginaire qui a développé une industrie de procréation in-vitro qui interdit l’amour aux catégories supérieures ; quant aux catégories inférieures, les prolétariens (au sens propre du terme), on ne leur demande pas de réfléchir et d’ailleurs ils sont pas programmés dans ce but. Ce roman, très critique à l'égard de l'eugénisme, est toujours étudié et publié. Ce n’est pas le cas du livre du docteur Alexis Carrel « L’homme cet inconnu » publié en 1935 qui est un livre de réflexion scientifique traitant des moyens à mettre en œuvre pour les « conditions favorables au maintien de la qualité de l’espèce humaine » (comme précisé dans le Larousse). Suite à ce livre, ce médecin a connu son heure de gloire, notamment à Lyon sa ville d’origine où des rues portaient son nom. Mais après la deuxième guerre mondiale, les nazis ayant pratiqué l’eugénisme dans le sens que l’on sait, le livre d’Alexis Carrel a été diabolisé et ses rues débaptisées. Cette différence de traitement est due au fait qu'il s'agi d'une part d'un livre de fiction et d'autre part d'un livre scientifique. J’ai relu le livre d'Alexis Carrel, les passages concernant l’eugénisme sont effectivement écrits maladroitement.

Je pense que Teilhard a commis la même erreur à plusieurs reprises et dans plusieurs livres ; erreurs que j’avais occultées dans mes deux manuels d’étude pour ne pas nuire à la pensée de Teilhard et par incompréhension de ma part..
Je cite Teilhard dans ce livre :

- « Conditions de santé, par là, j’entends beaucoup moins l’hygiène et la condition physique que les problèmes vitaux et cependant volontairement ignorés posés par la génétique… »
-et un peu plus loin, à propos de surpopulation : « Comment faire, surtout pour que dans cet optimum numérique ne figurent que des éléments harmonieux en soi et aussi harmonisés entre eux que possible ? Eugénisme individuel, génération et éducation ne donnant que les meilleurs produits ; eugénisme social, groupement ou mélange de divers types ethniques, non pas laissés au hasard, mais opérés dans des proportions humainement plus favorables ? »
-plus loin encore, on lit : « On se heurte dans ces deux directions à des difficultés apparemment insurmontables »

Dans ces phrases, Teilhard pose des questions prudemment, il souligne le danger. Il n’empêche que le problème doit être posé, et il conclut :
-« Aidés par la science et soutenus par un sens renouvelé de l’espèce, saurons-nous franchir le tournant dangereux ? »

On ne peut pas douter des bons sentiments de Teilhard alors qu’il a eu le courage de poser une question incontournable : faut-il laisser au hasard le soin de laisser évoluer l’espèce humaine de manière aléatoire ; ou bien l’humanité doit-elle prendre les choses en main ? De l’eugénisme, l’humanité en fait déjà : contrôle des naissances à l’échelle mondiale, mariages entre frères et sœurs et cousins interdit ; idem pour les enfants trisomiques : la société actuelle permet à ces personnes de se marier mais pas de procréer, tandis que les nazis leur interdisait de vivre.
Ce qui est débile c’est l’univers incestueux entre familles royales pendant des siècles en Europe et on a vu ce que cela produit. Il existe un juste milieu et l’humanité a le devoir d’intervenir avec l’outil qu’est l’éthique.

Chapitre 16 : Essence et idée de démocratie

Définition par le Larousse de « démocratie » : vient du grec demos, le peuple et de kratos, pouvoir, soit gouvernement où le peuple exerce la souveraineté.
Contrairement à Teilhard, je pense que la démocratie relève autant de la psychologie que de la logique. Ensuite, pour l’étudier, il ne faut pas en écarter les aspects ^politiques et juridiques. D’ailleurs à ce propos Teilhard se contredit par rapport à ce qu’il a écrit dans les pages précédentes du même livre : « L’homme est né LEGION » ce qui signifie que dans la notion de vivre ensemble l’idée de démocratie est incluse.
A mon avis il ne se cache rien derrière l’idée de démocratie, c’est un des aspects de la vie sociétale animale et, à ce titre, ce n’est pas un privilège de l’homme. Tous les aspects de la vie sociétale sont plus ou moins émergents chez les animaux, même l’idée de démocratie est présente puisque les individus dominants deviennent « chefs de bande » et sont reconnus comme tels par les individus dominés.

Paraphrasant Teilhard, on peut dire que l’humanité est un phylum qui, grâce à un niveau de conscience plus élevé, a développé davantage tous les aspects de la vie sociétale ; autant les bons que les mauvais d’ailleurs.
Le développement et le perfectionnement de la démocratisation de l’humanité sont tributaires de la notion de temps ; tout comme l’évolution de la matière puisque l’esprit est l’un des aspects de la matière (on peut aussi dire l’inverse : la matière est l’un des aspects de l’énergie esprit).

Différentes formules se sont développées dans le contexte de la démocratie : la royauté, la théocratie, le soviétisme, la dictature, la monarchie constitutionnelle, la république. Seule l’anarchie n’a jamais pris forme car ses adeptes dans leur ensemble ne sont pas suffisamment sages pour s’auto-réguler spontanément (selon la définition du Larousse) ; sauf peut-être en tout petits groupes de moins de dix personnes ; mais cela reste une exception, ce qui prouve que chaque individu ne peut atteindre sa plénitude qu’en présence de l’Autre.
Mon ami Bernard Frangin (Dieu ait son âme) qui fut un grand reporter pour le « PROGRES » de Lyon, spécialiste de l’Afrique, disait un jour à propos de la meilleure formule de vie en société : « La démocratie est un produit de luxe qui ne peut prospérer que dans les pays déjà développés. »

La démocratie ne s’exporte pas, contrairement à ce que les pays occidentaux essayent de faire au XXIe siècle en Afghanistan et en Afrique. Pour qu’elle réussisse, il faut que l’idée de démocratie remonte de la base jusqu’au sommet d’une population et non pas l’inverse. Dans presque tous les cas d’établissement de régime démocratique, cela s’est produit devant la menace d’une révolution ou après l’éclatement d’une révolution ; elle n’est jamais spontanée.

En Afghanistan, la société est totalement « mérovingienne ». Depuis toujours cette nation est composée de tribus nomades guerrières et de seigneurs locaux, guerriers eux aussi, et, par-dessus tout, ils AIMENT ce genre de vie. Je doute même qu’un jour les talibans puissent arriver à les maîtriser sous quel que régime que ce soit car le mouvement taliban, un « pseudo Islam », a été créé artificiellement pour chasser les Russes, d’abord, et les Américains ensuite. Je me réjouis en constatant que les membres de l’O.T.A.N. aient enfin compris que cette guerre était perdue d’avance. Quand il n’y aura plus d’occupants en Afghanistan, il n’y aura plus de talibans car ils se seront retranchés au Pakistan, le pays qui les avait « inventés » et quand ce jour viendra, malheur à ce pauvre pays …

Quant à l’Afrique, les anciens pays colonisateurs (France, Allemagne, Angleterre, Belgique, Portugal, etc …) ont créé des « républiques bananières » à leurs ordres, littéralement collées comme une pellicule superficielle sur la Tradition Coutumière des Anciens qui, d’ailleurs, dirigent toujours les pays en sous-main.

Pour le reste de son analyse sur la notion de démocratie, Teilhard a totalement raison sur l’analyse des fondamentaux qu’il propose, et notamment son interprétation du grand slogan si mal interprété : « Liberté, Egalité, Fraternité » pour lesquelles les peuples doivent, encore beaucoup réfléchir.

Lundi 8 Août 2011 09:41