Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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« VIE ET PLANETES » / L’AVENIR DE L’HOMME
Que se passe-il en ce moment sur terre (Pekin 10 mars 1945)
Sujet de travail pour mars 2011


Introduction
Nous sommes en 1945, l’humanité tremble, se fissure et se referme par blocs immenses, nous sommes le jouet d’énergies qui dépassent des millions de fois nos énergies individuelles.
Le conflit mondial n’est pas une simple affaire de réajustement périodique d’équilibre. Ce que nous vivons et subissons sont des évènements liés à l’évolution générale de l’humanité et c’est à l’échelle de la planète que nous devons nous situer pour les observer et les comprendre.

Comment l’aventure mondiale doit-elle être analysée avec la lecture des sciences modernes les plus sures que sont l’astronomie, la physique, la géologie et la biologie, et comment prend-elle figure ? Il y aura quatre parties dans cette conférence donnée à l’Ambassade de France à Pekin.
1- Place des planètes vivantes dans l’univers. Petitesse et grandeur. .
2- Place de l’Homme sur la planète terre : en tête.
3- Place de notre génération ; notre place à nous dans l’évolution humaine. Critique.
4- Conclusion : Fin de la vie planétaire. Mort ou évasion ?
1ère partie : PLACE DES PLANETES VIVANTES DANS L’UNIVERS
a) Le point de vue de l’immense
A première vue il pourrait sembler, selon le message de l’astronomie, que les planètes ne sont qu’un élément insignifiant, message confirmé par la contemplation de la voute céleste.
Le message de l’astrophysique moderne est plus inquiétant pour nos esprits et pour nos religions sans l’apport d’une certaine initiation et de prise en compte des facteurs : immensité des distances, énormité des volumes, des températures et des torrents d’énergie. Elevons nous par degrés successifs dans cet infini.

Les étoiles représentent l’unité naturelle sidérale, c’est sur l’étude de leur structure et de leur distribution que s’appuient les recherches basées sur l’analyse de la lumière. Les températures superficielles varient de 3 500 à 23 000 degrés. Cette différence est due à l’âge des étoiles. Curieusement, les masses de ces étoiles ne varient que de 1 à 10, mais leurs densités moyennes varient de 1,4 (pour le soleil) à 300000 pour les étoiles naines. Cette densité approximative des masses correspond à un calibrage et si nous examinons le nombre des étoiles (15 000 x 10 6) visibles au télescope, on peut les comparer à « un gaz monstrueux »dont les « molécules », dans le cas de notre soleil, seraient distantes les unes des autres de plusieurs années lumière. . Le rapprochement des deux mots « gaz d’étoiles » est une secousse pour notre esprit. Mais le choc serait plus fort si on nous disait que ces « molécules »sont les composants de « super molécules »infiniment plus grandes, et ainsi de suite …c’est ce que nous apprennent les galaxies. Elles ne sont pas une image de matière diffuse mais l’immense accumulation lenticulaire d’étoiles, charriant dans ses bras spiralés une infinité d’étoiles.
Autre exemple d’immensité , le temps de rotation d’une galaxie comme la Voie Lactée dont le diamètre est d’environ 200 000 années lumière est de l’ordre de trois millions d’années, avec une vitesse périphérique de plusieurs centaines de kilomètres par seconde (selon les études de l’astronome JEANS).

Notre Voie Lactée n’est pas seule, le nombre des galaxies est incalculable. Après un « gaz d’étoiles » on peut aussi parler d’un « gaz de galaxies ». Au nom du principe de récurrence, peut-on dire : et ainsi de suite ? Selon la physique d’Albert Einstein, au-dessus des galaxies il n’y aurait rien, si non le cadre sphérique d’espace-temps à l’intérieur duquel toutes choses se meuvent en rond, sans rencontrer de « bout » et sans pouvoir sortir…
Laissons de côté ce problème encore irrésolu des limites supérieures du monde, et puisque nous ignorons encore ce qu’il y a autour, ou en avant des galaxies, essayons de considérer ce qui les relie entre elles, découvrons leur genèse.

Au commencement, disent les astronomes, s’étendait une atmosphère diffuse et extrêmement peu dense. Ce chaos primordial, apparemment homogène, était énormément instable et, qu’une irrégularité s’exerçât par hasard en un point, et c’est l’ensemble qui se disjoignait de proche en proche, s’enroulait en d’énormes grumeaux de plus en plus serrés sur eux-mêmes. Ainsi sont nées les galaxies. Puis à l’intérieur de celles-cile même mécanisme de rupture se produisit, ainsi apparurent les étoiles.
Allons-nous dire maintenant qu’une phase identique se reproduisit à l’intérieur des étoiles ? Laplace l’avait pensé, mais une analyse plus précise a prouvé qu’il ne pouvait en être ainsi ; les astronomes sont d’accord sur ce point et préfèrent l’hypothèse d’un accident fortuit comme le frôlement de deux étoiles. A moins de trois diamètres, cet accident arrache par effet d’attraction un long filament ou chapelet d’éléments d’étoiles. Ainsi, à première vue, les planètes se présentent comme des filles pauvres, étrangères intruses dans le système sidéral ; nées par un coup du hasard, elles n’ont pas de place dans l’évolution régulière des étoiles.
Selon Jeans et Eddington, une étoile sur des millions a des chances de posséder des planètes. Si non, ajoutons à cela que pour une planète en particulier les chances de réunir les conditions propres à l’apparition de la vie sont extrêmement rares et les cas des planètes habitées dans l’univers sont proportionnellement peu répandues et ce constat fit dire Jeans : « A quoi se réduit la vie ? Tomber par erreur dans un univers qui de toute évidence n’était pas fait pour elle… »
Victoire de l’improbable sur le probable qui suggère de regarder l’univers avec une autre lorgnette, celle de la biochimie, non pas celle de l’immense, mais celle de la complexité.
b) Le point de vue de la complexité ou les planètes, centres vitaux de l’univers
Par la complexité d’une chose nous entendons la qualité de celle-ci d’être formée d’un grand nombre d’éléments très étroitement organisés entre eux. De ce point de vue un atome est plus complexe qu’un électron, une molécule plus complexe qu’un atome et ainsi de suite pour la cellule vivante, les organismes vivants, l’Homme … Les différences entre organisations ne dépendent pas uniquement du nombre d’éléments, mais aussi de la qualité des liaisons entre les éléments et leur centréité. Ainsi, la notion de centro-complexité est la plus importante à considérer dans l’approche des choses. Voici une comparaison pour illustrer cette hypothèse : il y a plus d’informations dans une cathédrale que dans un tas de sable, car elle est symbole de complexité alors que le tas de sable n’est qu’un agrégat. Cette différence de qualité s’impose quelle que soit la taille de l’objet considéré.
Le coefficient de complexité permet d’établir une classification par ordre de contenu d’informations. Le coefficient d’informations d’une cathédrale a plus de valeur que l’agrégat d’un tas de sable dans lequel les arrangements sont plus ou moins liés à la densité des éléments.

Voici un exemple de classification par ordre de complexité des éléments de l’univers :

-Tout à fait en bas nous trouvons le tableau des 92 éléments de la chimie, ils vont de l’hydrogène à l’uranium.
-Au-dessus viennent les molécules ; celles des composés carbonés peuvent avoir des milliers d’atomes comme pour les albuminoïdes ou protéines, une molécule d’hémoglobine en contient 68 000.
-Plus haut encore, nous arrivons aux premières cellules vivantes qui peuvent atteindre des billions d’atomes.
-Et finalement, voici arrivé le monde des êtres vivants supérieurs dont les groupements de cellules peuvent être évalués à 4x1020 d’atomes.

Cette table de classification naturelle est hautement significative :
- D’abord parce qu’elle fait disparaître la vieille irréductibilité entre la biologie et la physique, néanmoins, si grande soit la différence de nature, que pour des raisons philosophiques on croit pouvoir maintenir entre vie et matière inerte, une loi de récurrence se découvre enfin dans l’ordre des apparences, reliant expérimentalement l’apparition des phénomènes. Au-delà du billion d’atomes, tout se passe comme si les corpuscules matériels s’animaient, si bien que l’univers s’arrangent en une seule grande série clairement orientée et montante, de l’atome à l’être humain.

-Elle est très significative encore cette table de complexité des éléments si l’on considère qu’ils se succèdent par ordre de complexité croissante, ainsi ils sont datés ! Le fil conducteur de cette progression est d’une valeur absolue pour pénétrer la vérité du monde ; nous découvrons alors un renversement des valeurs et un retournement des perspectives.

Commençons par ce qu’il y a de plus grand, les galaxies. Dans leurs parties les moins condensées, elles renferment les vestiges du chaos primitif dans l’univers : l’hydrogène (1 électron / 1 noyau). Impossible d’imaginer plus simple.

Maintenant, descendons d’un degré dans l’immense, les étoiles. Ici la chimie est déjà plus riche et nous distinguons la présence d’éléments lourds extrêmement instables, comme l’uranium dans les régions profondes. Dans la zone superficielle des étoiles qui est plus légère, la spectrographie décèle la série complète de nos 92 corps simples mais cette complexité montante n’atteint jamais le niveau des corps composés car, dans les étoiles, la température est encore trop élevée pour que les conditions soient stables. Les étoiles sont le laboratoire où se fabriquent les atomes, rien de plus.
Pour que l’opération chimique se poursuive, il faudrait imaginer une sorte d’écrémage pour isoler des hautes températures la matière superficielle, sans pour autant trop les refroidir, mais les maintenir à une température favorable à la synthèse. C’est justement ce qui a été fait d’un seul geste par un astre providentiel, frôlant la surface de l’étoile mère et arrachant de celle-ci une mince pellicule de sa substance, pour la disperser à une distance propice à la formation d’une nouvelle planète.

C’est sur les planètes et sur elles seules que repose la mission de poursuivre l’ascension vers une matière plus complexe ; elles sont le laboratoire de l’univers pour fabriquer les grosses molécules.

Nous restons confondus devant la rareté et l’improbabilité d’un tel accident de circulation de l’espace, mais l’expérience scientifique de tous les jours ne nous apprend elle pas que les choses ne réussissent qu’au prix d’un gaspillage et d’un hasard fous. Dans la nature, le concours de chances scandaleusement fragiles a toujours présidé à la naissance de ce qu’il y a de plus précieux pour l’évolution, inclinons-nous devant cette loi universelle.

Maintenant fixons notre attention sur la planète terre qui, enveloppée de la buée bleue d’oxygène, inhale et exhale sa vie, elle flotte exactement à la bonne distance du soleil pour qu’à sa surface s’accomplissent les chimismes supérieurs.

b) L’Homme sur la planète terre : la plus complexe des molécules.

Après avoir établi, par raison de complexité, la prééminence des planètes, établissons sur la terre elle-même la signification et la valeur de ce qu’on appelle l’espèce humaine.

Si, d’une part, la fonction de la planète terre consiste à être un des rares laboratoires où peut s’effectuer la synthèse des toujours plus grandes molécules et si, d’autre part, les organismes vivants ne tirent pas leur origine de quelques germes tombés des espaces célestes, les êtres vivants représentent bien les composés les plus élevés sortis du géochimisme planétaire ; dans ces conditions, définir la place de l’homme dans l’univers revient à décider de sa position dans la série croissante des super molécules ; mais cela pose une difficulté. Si l’on ne considère que les unités moléculaires relativement simples, leur ordre de complexité peut s’exprimer par le nombre d’atomes qu’ils contiennent ; mais avec les virus et a fortiori avec les êtres vivants supérieurs, le comptage des atomes devient difficile, voire impossible ; d’ailleurs ce nombre d’atomes, fut-il déterminé, perd de sa signification et de son importance, comparé à la qualité des liaisons nouées entre les atomes. Alors comment faire pour classer l’homme dans les rangs des unités vivantes en raison de sa complexité ?

La réponse est simple si l’on opère un changement de variable. Plus un être est complexe plus il se centre sur lui-même et conséquemment, plus il devient conscient plus il est complexe. Donc, plus il est complexe plus il est conscient et inversement, les deux propriétés étant réciproquement dépendantes. Cela revient à dire qu’au-delà d’une certaine valeur la complexité cesse d’être calculable en nombre d’atomes, mais on peut la mesurer avec précision par ce qu’elle génère d’accroissement de conscience en observant les progrès acquis dans les systèmes nerveux des familles d’êtres vivants et particulièrement leur cérébralisation.

Parmi les unités vivantes apparues au cours de ces 300 derniers millions d’années l’homme, à en juger son pouvoir de réflexion lié à l’ultra complexité de son cerveau, occupe non seulement la première place, mais une place à part ; il tend à se détacher des espèces vivantes jusqu’à former une enveloppe planétaire distincte. Ainsi l’homme fait de la terre un des points connus les plus vifs de l’univers ; il en est l’élément planétaire le plus précieux.
Si telle est la place de l’homme, quelle est sa destinée ?

c) Position présente de l’humanité : la phase de planétisation.

Lorsqu’on lit un traité philosophique, scientifique ou social sur l’avenir de l’humanité (fut-il écrit par Bergson ou Jeans), on est frappé par le présupposé selon lequel l’homme était parvenu à son état suprême définitif et indépassable ; le processus de super-molécularisation serait complètement arrêté. Ces allégations sont décourageantes, gratuites et scientifiquement fausses ; c’est un préjugé immobiliste.
Au contraire, tout suggère que nous entrons dans une phase particulièrement critique de super humanisation sociale. Cet état symptomatique est caractérisé par l’envahissement accéléré du monde par les puissances de collectivisation : libéralisation de l’économie, trusts intellectuels, totalisation des régimes politiques, frein à la pensée individuelle, montée de l’autre, etc … Devant ce déchaînement tentaculaire on ne peut que s’esquiver ou se résigner ; ou essayer de comprendre.

La progression démographique sur la rotondité de la terre dont la surface est limitée, provoque un effet de compression. Il n’y a rien de surprenant à cela, c’était prévisible. En effet, c’est la loi naturelle et universelle de toutes les espèces vivantes : la nature ne se sur-vitalise qu’en se comprimant. Cette loi se vérifie partout, qu’il s’agisse de molécules, d’organismes primitifs, d’espèces animales ou de sociétés humaines. La collectivisation accélérée de la sphère humaine n’est pas autre chose qu’une unité organique close sur elle-même. L’humanité est une archi-molécule hyper complexe, hyper centrée et hyper consciente.

La fermeture du circuit sphérique pensant est l’exact phénomène qui se produit actuellement.

L’idée d’une totalisation planétaire de la conscience humaine, avec un phénomène identique sur les autres planètes habitables de l’univers paraît folle a priori, mais n’est-elle pas l’extrapolation de la courbe cosmique de molécularisation ? Cette idée fantastique ne hausse-t-elle pas aussi notre vision de la vie au niveau des autres idées de même niveau déjà définitivement acceptées comme certaines lois de la physique et de l’astronomie ? Les grands biologistes comme J. Huxley et J.S. Haldane envisagent de diagnostiquer et traiter l’humanité comme s’il s’agissait d’un cerveau des cerveaux ; autre idée révolutionnaire qui fait déjà son chemin.
Sur ce dernier point je ne saurais forcer votre assentiment, mais je puis vous dire d’expérience que cette perspective est éminemment satisfaisante pour l’intelligence et fortifiante pour la volonté. En effet, ces réseaux de pensée opérant dans des domaines sensibles multiples et variés sont une nécessité inquiétante et, regardés sous un angle nouveau, ils sont les premiers linéaments du super organisme et tirés de nos fils individuels ; ils ne s’apprêtent pas à nous mécaniser et à nous confondre mais à nous porter au sein de plus de complexité, à un plus haut niveau de conscience.
Cet envahissement de la passion de découvrir, ce déplacement progressif de l’usine par le laboratoire, de la production par la recherche, du besoin de bien être par le besoin de plus être, ces tendances n’indiquent-elles pas la montée d’un grand souffle de sur-évolution ? Un clivage profond se produit entre l’homme qui croit au progrès et l’homme qui n’y croit pas ; ségrégation diront certains … Cette deuxième guerre mondiale dans laquelle se heurtent des groupes humains quel aspect prend-elle sinon celui d’une crise d’enfantement proportionnée à l’énormité de la naissance attendue.
Lumière pour notre intelligence, réconfort pour notre volonté disions-nous… pour l’Homme-espèce, comme pour l’Homme-individu, la vie devient toujours plus lourde à porter. Sur notre génération le monde pèse davantage que sur les épaules de nos devanciers. Que l’humanité culmine dans nos existences privées, que l’évolution plafonne en chacun de nous, alors l’énorme labeur d’organisation demandé apparaît tragiquement superflu ; serions-nous des dupes ? Alors tuons la machine, fermons le laboratoire et cherchons une évasion dans la pure jouissance de la vie …
Par contre, que l’humanité voit s’ouvrir au-dessus d’elle un étage pour ses développements, que chacun de nous puisse se dire qu’il travaille pour que l’univers s’élève en lui et par lui d’un degré de plus, alors, c’est une nouvelle pulsation d’énergie qui monte au cœur des travailleurs de la terre.

En vérité, le goût de la vie, l’idée d’espérance d’une planétisation de la vie est bien plus qu’une spéculation biologique, car elle est plus nécessaire qu’une source d’énergie nouvelle, c’est elle qui peut nous apporter le feu spirituel faute duquel tous les autres foyers s’éteindront.

Malgré tout cela, il reste une ombre au tableau, au lieu d’un élargissement et d’un approfondissement de la conscience terrestre, la totalisation nous mène à une régression et une matérialisation de l’intelligence, une réponse s’impose. Je pense que nous ne sommes pas en mesure , ni en situation, de faire le procès de ces expériences, mais je peux affirmer que dans la mesure où ces premiers essais ont paru nous incliner dangereusement vers un état infra-humain de fourmilière, ce n’est pas le principe de totalisation qui est en cause, mais la façon maladroite et incomplète avec laquelle ces expériences ont été appliquées.
En vertu des lois de complexité, que faut-il pour que l’humanité grandisse spirituellement en se collectivisant ? Il faut que les unités humaines prises dans le mouvement se rapprochent entre elles, non pas sous l’action de forces externes ou dans l’accomplissement de gestes matériels, mais sous l’action directe de centre à centre par attirance interne et volontaire. C’est par affinité atomique que se forment les molécules, ^pareillement, c’est par sympathie que dans un univers personnalisé les éléments humains peuvent accéder à une plus grande synthèse.

A l’intérieur d’un groupe restreint (famille, équipe, etc …)il est admis qu’une union réussie ne diminue pas les êtres, bien au contraire, une synergie se crée et se développe. Si l’on étendait dans d’autres domaines cette « formule de production d’énergie de liaison » à l’échelle de la planète, on peut, sans risque d’erreur, affirmer qu’un courant de solidarité universelle basé sur une nature et un destin commun sauverait l’humanité, cette nouvelle forme d’amour serait irrésistible. Cette affirmation n’est pas une utopie. A quelle condition cela peut-il réussir ? Pour que tous les hommes arrivent à s’aimer il n’est pas suffisant qu’ils se reconnaissent être les éléments d’un même « quelque chose », il faut qu’en se planètisant ils aient conscience de devenir « quelqu’un », sans se confondre. Mais ce n’est pas encore suffisant, un autre facteur est nécessaire, c’est la montée sur notre horizon intérieur de quelque centre cosmique psychique d’un pôle de conscience suprême vers lequel convergent les consciences élémentaires du monde. C’est ici que se découvre pour notre raison, en harmonie avec la loi de complexité-conscience, une manière acceptable d’imaginer la fin du monde.

d) La fin de la vie planétaire : maturation et évasion.

Avons-nous réfléchi à la fin du monde, ce qui directement pour nous est la fin de notre planète terre, perspective menaçante et certaine ?

Prise à ses débuts la vie paraît modeste dans ses ambitions, mais ce n’est qu’une apparence démentie par la ténacité dont témoignent les plus humbles cellules à se multiplier ; ceci est également confirmé par la montée de la vie sous toutes ses formes, comme le constate l’homme qui en plus est doté d’un redoutable pouvoir de prévision.

Avec le germe de conscience éclos à sa surface, la terre, notre terre périssable que guette le zéro absolu, a fait surgir dans l’univers un besoin désormais irrépressible, non seulement ne pas mourir entièrement, mais sauver ce qui dans le monde s’est développé de plus en plus complexe, de plus centré et de plus subtile : être ou ne pas être irréversible ; que restera-t-il un jour de l’humanité ?
Ainsi se pose le grave problème de la mort, non plus individuelle mais planétaire, perspective qui risquerait de paralyser tout élan de salut sur terre.
La probabilité de cette échéance est certes très lointaine et l’humanité en est encore à sa phase d’adolescence, un long avenir lui est promis.
Il ne s’agit pas de lui cacher la fin du monde, mais il faut absolument exorciser le spectre de la mort totale avec l’idée qu’il existe, selon la logique du principe de complexité/centréité/conscience, un centre divin de convergence, dont la fonction synthétisante et personnalisante est probable, bien qu’elle se situe hors du temps. Nous appellerons ce principe Point Omega.

Imaginons que la sensibilité mystique de la couche humaine vienne à se généraliser de façon à échauffer psychiquement la terre, et ce en même temps que physiquement elle se refroidit.
Dans de telles conditions ne devient-il pas concevable que l’humanité atteigne un seuil critique au-delà duquel , laissant ce qu’il reste de la matière retourner à la masse évanescente de l’énergie primordiale, tandis que l’énergie psychique enrichie de nos individualités, rejoigne le Point Omega ? Phénomène semblable à une mort, donc, mais en réalité simple métamorphose et accès à la synthèse suprême… Evasion non spatiale par le dehors des choses, mais spirituelle par le dedans des choses.

Cette hypothèse tient, elle coïncide avec les réflexions des meilleurs penseurs actuels, tous domaines confondus. En tout cas, seule entre toutes les suppositions que nous pouvons faire sur la fin de la terre, elle nous ouvre une perspective cohérente où convergent les deux courants les plus fondamentaux et les plus puissants de la conscience humaine, celui de l’intelligence et de l’action, ceux de la science et de la religion.

Mercredi 23 Février 2011 18:22