Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Intitulé « La formation de la noosphère »,
Paragraphe C , Quelques réflexions sur le chômage et les misères du monde


J.P.Frésafond/En ECHO au CHAPITRE 10, tome 5 Ed. du Seuil  de L’AVENIR DE L’HOMME
Teilhard traite les problèmes liés à la surcompression de l’humanité, la mondialisation, l’industrialisation, etc … et une brève allusion au chômage : « Un phénomène trop commun très inquiétant en apparence, mais au fond extrêmement révélateur et rassurant, c’est le phénomène du chômage ».
Si un chômeur lit ce passage il ira voir ailleurs… En revanche, Teilhard développe dans ce chapitre les autres effets de la compression de l’humanité sur sa petite planète ; il faudra franchir, dit-il, plusieurs seuils critiques pour créer le climat favorable au développement de la noosphère.
 

-La misère morale des acteurs de la finance génère la misère physique des pauvres lesquels, ayant le ventre vide, ont d’autres soucis en tête que de se construire une philosophie. De ce point de vue les riches ne se passionnent pas non plus avec avec l’étude de la philosophie, leur ventre est trop plein mais ils cherchent quand même à le remplir davantage. Leur désir de richesse est sans limite. Les managers financiers ont transformé la noblesse du travail des salariés en une variable d'ajustement, c'est une forme de crime contre l'humanité qui devrait être jugée à la Cour de la Haye, car ces gens là tuent aussi beaucoup de monde. A défaut nous pourrions punir les chefs d'Etats qui laissent faire cela en leur donnant un bulletin négatif lors des élections.

-On nous ressasse une contre vérité à propos des banlieues qui seraient le cœur de l’insécurité, et le seul remède consisterait à augmenter les effectifs policiers…Le fait est que les policiers y sont en insécurité et en augmenter le nombre ne supprimera pas le chômage, sauf si on transformait tous les chômeurs en flics. Il faut prendre le problème autrement. C’est le chômage, cause de la misère physique des personnes, qui les pousse à trouver d’autres moyens de subsistance, à savoir les commerces illicites, les vols et une organisation anti-flics. Le malheur est que si on supprimait le chômage, même en payant des salaires convenables, on ne supprimerait pas pour autant l’économie souterraine car les « chefs de bandes » ont pris goût à l’argent et, dans ce cas précis, des sureffectifs policiers seraient très probablement nécessaires.

Il faut prendre le problème à l’endroit :
Pour supprimer la misère il faut supprimer le chômage et, pour supprimer le chômage il faut remplacer l’économie libérale sauvage et mondialisée par une économie mixte : gérer un équilibre entre libéralisme et protectionnisme, tout en ne perdant pas de vue que la mondialisation est inévitable. En effet, une partie de l’humanité vit avec un dollar par jour (mais il y a pire) et l’autre partie vit avec cent fois plus, au minimum. Cette situation doit être rééquilibrée, elle durera peut-être un siècle mais, gérer comme je l’ai dit ci-dessus deux économies « concurrentes » en faisant en sorte de ne pas tuer l’une pour sauver l’autre, c’est à ce point précis qu’il faut doser les moyens intelligents et progressivement.

Gérer l’économie mondiale dans un tel but impose l’interdiction de la spéculation sur certains produits qui sont sacrés : les monnaies, la valeur du travail et l’énergie. Seuls les Etats devraient avoir le pouvoir, au sein d’un organisme mondial comme le FMI par exemple, de statuer sur la parité des monnaies. On ne peut concevoir une monnaie unique dans le monde et, quand bien même il y en aurait une, il serait impossible qu’elle ait la même valeur dans les pays riches et dans les pays pauvres.
Nous voyons bien le problème actuel avec l’Euro : la différence entre pays riches et pays pauvres dans la zone Euro se traduit par des déficits budgétaires aussitôt comblés par de l’endettement (emprunts ou émissions d’obligations ce qui revient au même). C’est d’ailleurs à ce niveau qu’interviennent les spéculateurs qui jouent non seulement sur les dettes, mais aussi sur les assurances destinées à couvrir des dettes ! Comme le décrit Teilhard (voir son article : visite d’un cyclotron à Berkeley, tome-7 « L’Activation de l’Energie »)et des personnalités de l’économie, l’argent c’est de l’énergie sous une forme facile à stocker et à transporter.

L’énergie au sens propre du terme, qu’elle soit sous forme de pétrole ou d’électricité doit aussi être à l’abri des spéculations car, elle aussi, est un bien public donc sacré.

Mais qu’est-ce que la spéculation ? C’est un pari que l’on fait sur un « produit » financier ou concret comme l’énergie, le blé, les métaux, etc … qui verra son prix monter ou baisser pour une cause réelle ou imaginaire et que, partant de cela, il faut acheter ou vendre cette « denrée ». Ce mécanisme ne produit aucune richesse réelle, si ce n’est le différentiel qui profite aux parieurs, au détriment des consommateurs de la denrée en question, dont le prix va monter ou baisser dans des proportions de 1 à 10 de la valeur réelle initiale. Le parieur gagnant profite de la perte de l’autre parieur perdant, mais c’est toujours le consommateur ou le producteur qui payent le différentiel final.

Le problème est que les gains des parieurs sont « hors bilan » pour la bonne raison que ces comptes courants sont dans les paradis fiscaux où ils sont intouchables pour la bonne raison que les capitalistes, les banques et les Etats qui en profitent aussi sont tous d’accord pour conserver les paradis fiscaux. Les réunions des G-20 et autres ne sont qu’une mascarade. L’un des pays fondateurs de l’U.E. est lui-même un paradis fiscal. La tricherie et le jeu sont les cancers de l’économie mondiale. Supprimer les paradis fiscaux dans une zone de la planète ne servirait à rien car ils se développeront ailleurs.
Ce sont tous les Etats ensemble qui doivent supprimer les paradis fiscaux ; tous ou personne, s’il en reste un, ça ne marchera pas. Le fond du problème est là.

Pour ce qui est de la prévention des guerres à l’O.N.U. le manque d’unanimité est gérable ; le « tout de peu » est possible, mais pour le fric c’est le « tout ou rien ».

Ces problèmes de spéculation ne sont pas nouveaux (voir l’ARGENT » d’E. Zola) ; les crises mondiales non plus (la dernière-née est toujours la plus forte, dit-on), mais on s’en remet toujours, ce qui prouve bien que la valeur de l’argent est une conséquence arbitraire, on refabrique de la monnaie et c’est le peuple qui paye, et la reprise se fera jusqu’à la prochaine crise.

Le problème est qu’avec l’informatique on fait des milliards de fois plus d’opérations que du temps de la « corbeille », et les valeurs de la spéculation portent sur des milliers de fois les valeurs de l’économie réelle.

Que font les dirigeants des pays ? Ils trichent avec les comptes qu’ils présentent à l’union mondiale de la triche. Les agences de notation et les médias économiques ont pour mission de créer les courants de panique ou les fausses joies. Il faut que ça bouge dans un sens ou dans l’autre, la « ligne plate » est une catastrophe ! De toute façon on a de la marge, disent-ils, jusqu’à 10% de chômeurs la situation est gérable !
Selon eux, l’énergie humaine est une variable d’ajustement… et dire que ces dirigeants affichent tous leur référence aux valeurs sacrées des religions et des idéologies ; surtout aux U.S.A.

Teilhard prêche pour donner le goût de vivre à l’humanité, à l’union sacrée des âmes pour construire la noosphère de notre terre. Cela aussi risque d’être long, mais peut-être moins long que l’union sacrée des économies mondiales, car l’union sacrée pour la noosphère dépend de la grande peur de la mort, tandis que l’union monétaire ne tue pas les dirigeants mais les peuples qui meurent de faim.

Jeudi 29 Septembre 2011 17:59